Salvador Dali : "Ciel hyperxiologique"
Tous voulaient gravir cette montagne. Ils étaient formés pour ça. Au début, la pente était forte, ils allèrent lentement, à petits pas, trébuchant au moindre obstacle et les plus avancés, ceux
qui avaient de l’expérience, les tiraient en leur donnant la main et en les encourageant de la voix.
Petit à petit, la pente devint plus douce et tous marchèrent de moins en moins lentement. Tous, non. Quelques-uns qui s’étaient égarés en chemin ou frappés par la foudre, restèrent couchés sans pouvoir se relever. Les autres d’abord tristes de perdre ainsi des compagnons de route, continuaient malgré tout leur course vers l’avant, sans se retourner.
La plupart parvinrent au sommet et contemplèrent le spectacle. Certains étaient heureux en voyant le chemin parcouru, d’autres pas, en voyant ce qu’ils étaient devenus. Mais tous regardaient avec appréhension la descente vertigineuse qui se déroulait devant eux. C’était la partie la plus difficile et la plus dangereuse de la course. Malgré leur désir, il leur était impossible de rester plus longtemps au sommet.
Et ils commencèrent la descente, de plus en plus rapide, de plus en plus chaotique, certains tombèrent dans des crevasses, d’autres se fracassèrent sur les rochers ou glissèrent jusqu’au précipice sans pouvoir se retenir.
Les plus forts ou les plus chanceux parvinrent au bas de la descente dans un triste état. Ils restèrent assis, à bout de force, au bord du précipice sans oser regarder son fond noir où des compagnons avaient disparu et qui maintenant les attirait. Certains pour éviter de le voir levaient les yeux vers le ciel.
D’une voix chevrotante l’un deux demanda : « quel est le nom de cette montagne ? » et celui qui avait conservé un peu de sa mémoire répondit : « le Temps ».
Ce n’est qu’une fable
Et je vous souhaite une bonne année
En vous encourageant à freiner des deux pieds.
