Tous les observateurs (payés pour observer ce que les autres regardent), tous les milieux
autorisés (munis d’un laisser-penser), les intellectuels (ceux qui sont payés pour penser, les autres le font gratuitement), les milieux officiels
(ceux qui sont légalement dans le milieu) ayant constaté que le bon peuple votait de moins en moins et se désintéressait de plus en plus de la politique dont il n’espérait plus grand-chose,
cherchèrent un moyen de l’intéresser davantage.
Mais comment ?
A quoi le bon peuple s’intéressait-t-il avec passion ? Quelles informations et quelles émissions télévisées l’attiraient au point d’abandonner leurs autres occupations ? Et les observateurs ayant aiguisé au couteau leur don d’observation, les milieux autorisés, s’autorisant à quitter leurs sources, les intellectuels réfléchissant sans se regarder réfléchir, les milieux officiels sortant enfin de leur milieu (mais sous bonne escorte), finirent par trouver : la majorité du bon peuple s’intéressait au football.
Alors pourquoi ne pas remplacer les élections par des matchs de football ? Les coups de pied seraient donnés à la vue de tous, les coups seraient enfin francs, les participants pourraient être hors-jeu sans devoir faire appel à la justice. Les spectacles attireraient les foules vocifératrices qui cesseraient de penser et de se plaindre, le visage badigeonné aux couleurs des équipes en lice. Les éventuelles guerres civiles circonscrites à la sortie des stades et aisées à prévenir.
Chaque parti aurait son équipe et son financement consacré à l’acquisition de champions (sans double nationalité) et non pas à salir les murs et à occuper les ondes par leurs vantardises. Avoir de bons joueurs ne garantirait pas la victoire, étant donnée la noble incertitude du sport, d’autant plus qu’un quota de politiciens devrait faire partie de l’équipe, ce qui rajeunirait les cadres et obligerait à les renouveler. A l’inverse, les footballeurs auraient l’interdiction de faire de la politique, dans l’hypothèse où ils en seraient capables. Des poules (aucune allusion) seraient constituées et la proportion des élus déterminée selon un mode qui ne serait pas plus injuste ou compliqué que le mode électoral actuel.
Mais alors, me direz-vous, les idées des partis n’entreraient plus en jeu ?
Quelles idées ??
Reste la question de l’arbitrage. Qui pourrait arbitrer les partis ? Qui pourrait être assez objectif pour le faire ? Je ne vois qu’un enfant, de surcroît orphelin et sans aucune attirance pour les jeux video.