A l’entrée de l’hypermarché était écrit sur un panneau :
« De même que tu n’as le temps, à l’heure de la mort, de méditer sur le fait d’avoir tort ou raison, de même tu ne le saurais non plus dans la vie désespérée. Il suffit que les
flèches s’ajustent exactement aux plaies qu’elles ont faites. » (Franz Kafka, Journal intime).
Perplexe, j’entrai. Il y avait peu de monde et les caisses automatiques étaient libres, mais peut-on parler de liberté pour une caisse automatique ? J’avisai un vigile les poings dans les poches comme pour dissimuler une arme prohibée et lui demandai que voulait dire cette phrase énigmatique. Il me répondit qu’il n’en savait rien et que pourtant il avait fait des études, mais qu’il devait se contenter de cette place de vigile n’ayant pas trouvé un poste dans la mécanique. Pourtant, lui dis-je, les mécaniciens sont recherchés et il me rétorqua : pas dans la mécanique quantique. Je lui demandai alors pourquoi il y avait si peu de monde et il me répondit que c’était à cause du panneau, des gens hésitaient devant le nom de Kafka à entrer dans l’hypermarché, craignant de ne pouvoir en sortir. Alors pourquoi l’avoir mis ? C’est le directeur dit-il, il a horreur de la foule, il souffre d’agoraphobie et le vigile, qui semblait s’ennuyer sans ses quanta, me fit la confidence que le rêve du directeur était de tenir une petite épicerie où il connaîtrait tous ses clients et où il offrirait des bonbons à leurs enfants. Je lui dis alors qu’il est bien tard pour lui et qu’une fois les flèches tirées, les plaies sont faites.