Il arriva un jour où les usines devinrent désertes, ceux qui y travaillaient furent, les uns
licenciés, les autres suicidés, les suicides étant devenus très tendance au début du XXIe siècle. Les rescapés devinrent pour la plupart chômeurs s’ils ne trouvaient pas un poste dans le monde
des supermarchés qui écoulaient alimentation et produits fabriqués dans les pays affamés.
Cependant dans le cadre des plans sociaux, on utilisa par bonté d’âme les bâtiments vides des usines comme refuges pour les chômeurs devenus sans domicile, ce qui avait l’avantage de ne pas trop les désorienter.
Cette évolution atteignit peu à peu le monde entier, car après avoir délocalisé les entreprises sous d’autres cieux, les dirigeants, toujours pour augmenter les bénéfices et satisfaire les actionnaires, finirent par se heurter ailleurs aux mêmes problèmes et par appliquer les mêmes solutions : se débarrasser des hommes.
Sans hommes la plupart des usines finirent par ne plus rien produire, dans le strict respect de l’écologie, ce qui n’avait qu’une importance relative car la plupart de gens ne pouvaient plus rien acheter de superflu et auparavant ces usines ne fabriquaient pour l’essentiel que du superflu.
Dans un premier temps les actionnaires continuèrent à toucher des dividendes sur des produits financiers que les banques se refilaient les unes aux autres, puis un jour on s’aperçut que ces produits et les actions ne correspondaient plus à rien, à rien du tout. En tuant l’homme aux œufs d’or, la valeur de l’action devint celle du vide numérique.
C’est alors que les dirigeants remarquèrent que les usines emplies de chômeurs ressemblaient bigrement à des casernes, ce qui leur donna une idée pour, dans un même mouvement patriotique et guerrier, relancer la production et se débarrasser des chômeurs[1]
Ce n’est qu’une fable, toute ressemblance avec des faits historiques ne serait que pure coïncidence.
[1] Voir pour la suite « Histoire optimiste » dans les « Bâtons rompus »