Il était une fois un roi qui s’était emparé du trône en
enfermant un vieux roi malade, très aimé de son peuple car il l’avait libéré de maints jougs.
Une fois en place, le nouveau roi devint autoritaire et jaloux, tenant son royaume d’une main de fer, ne souffrant aucune critique et emprisonnant les auteurs du moindre libelle.
Ce roi régnait sans partage et se servait sans vergogne dans les caisses de l’Etat. Mais la Reine fit pire, elle imposa son abondante famille au Palais et ses membres mirent en coupe réglée les villes et les campagnes comme des bandits de grand chemin, prélevant leur écot sur toute chose et sur tout commerce en appauvrissant le peuple.
Le Roi et la Reine étaient cependant accueillis à bras ouverts dans toutes les cours, on leur faisait sourires et cadeaux, leur trouvant moult qualités et l’on fermait les yeux en excusant les quelques travers que les gens jugés trop rigides leur reprochaient.
Or il advint que le peuple, ne trouvant ni travail ni pain, se souleva et descendit dans la rue en dépit des hommes en armes qui n’hésitèrent pas à tirer sur la foule que le Roi traita d’abord – comme il est de coutume - de ramassis de bandits à la solde de l’étranger.
Mais à la fin, le Roi et la Reine, craignant pour leur vie, décidèrent de fuir leur pays à tire-d’aile. Ils se tournèrent alors vers les cours qui les avaient, il y a peu, si bien accueillis, mais la plupart des gouvernements de ces royaumes firent la sourde oreille et refusèrent de recevoir le couple royal déchu qui dut se résoudre à se réfugier dans le désert. L’un d’eux fit même main basse sur leurs avoirs qui, du jour au lendemain, devinrent suspects, sans doute pour se concilier les bonnes grâces du prochain Roi qui ne manquera pas de monter sur le trône vacant et qu’il sera bon de flatter comme on avait flatté le précédent.
Illustration : Saint-Louis Blaise (peintre haïtien de la deuxième moitié du XXe siècle) "Le Roi et la Reine en promenade à cheval"