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Sans intérêt

Sans intérêt

Dans les conditions habituelles, j’écoute de la musique, plus souvent de la musique dite classique, et parfois du jazz. La musique classique m‘émeut, mais le jazz me fait sourire, c’est la seule musique gaie que je connaisse. Les chanteurs que j’aimais sont morts depuis longtemps et ils n’étaient pas toujours gais.

Pourtant depuis le confinement, je n’ai pas écouté une seule note de musique. Je me suis demandé pourquoi. J’ai d’abord pensé que je voulais goûter le silence inhabituel de la ville, mais je viens de lire une chronique de Kamel Daoud concernant la littérature qui me donne une autre explication : je n’ai rien à faire mais je ne suis pas disponible. Le virus n’est pas seulement dans les poumons, il est aussi virtuellement dans la tête. Il est toujours présent comme un fond d’écran. Il bouffe la concentration. Il occupe la scène de l’esprit comme une ombre, mais qui surgit en pleine lumière, sous les projecteurs, au moment des informations.

L’hôpital que j’ai quitté il y a quelques années s’installe en permanence dans mon salon : les malades voyageant sur les lits roulants dans les couloirs aux couleurs pimpantes en arborant chacun le drapeau de la gravité, celui des perfusions, blouses et sur-blouses couleur pastel, charlottes et masques pour un carnaval macabre, et les stéthoscopes pendus autour du cou des médecins dont certains se sont pendus.

J’évite la litanie mortuaire du soir, je ne retenais que la musique sans écouter vraiment les paroles, les commentateurs se chargeant par la suite de me les rappeler.

Et fasciné par ce petit amas moléculaire invisible qui s’insinue par la parole d’autrui dans notre intimité et s’accroche à la vie en dévorant la nôtre, je n’écoute plus de musique, je ne lis que des polars, alors que j’envisageais des lectures plus studieuses que je projetais depuis longtemps mais pour lesquelles la concentration est nécessaire et me voilà dilué. N’a-t-on pas dit que ce virus peut abolir le goût ?

Illustration : Kandinsky

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S
En illustration musicale des Montres Molles : Haydn, L'Horloge
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C
Je lis toujours vos articles avec beaucoup d'intérêt. Je les relis aussi quelquefois. Dans un article du 15/09/2013 vous citiez déjà le Professeur Didier Raoult....Quant à la musique, j'ai ressorti un vinyl de Gilles Vigneault, gai, tellement intelligent.
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P
Je lis et je relis. Celui qui est en train: Trois Jours de Petros Markaris (un Grec, comme son nom l'indique). Un recueil de nouvelles. Je conseille.<br /> La musique: Radio Classique quand je pose mon livre. Pour moi, la musique s'écoute, elle n'est pas un fond sonore.
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S
Dans le registre Mêle-toi de ce qui te regarde et cesse d'accaparer le beau blog du Dr Wo :<br /> Dr Wo, vous pourriez illustrer votre papier avec les Montres Molles de Dali.<br /> Mon salutaire conseil : ne pas écouter de requiem. La Fille du Régiment, oui. La Jeune Fille et la Mort, de Schubert, non.<br /> Nicolas Ungemuth, musicologue et rigolo patenté du FigMag, conseille :<br /> Le Petit Bonhomme en Mousse, quand on nettoie son évier à l'éponge.<br /> Le Bal Masqué de la Compagnie Créole, quand on angoisse parce qu'on a à sortir pour les achats de première nécessité (Ne pas montrer son sexe aux gendarmes quand, pour la 6ème fois, on n'a pas son attestation de déplacement dérogatoire)
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C
Je crois que nous sommes tous logés à la même enseigne. Moi depuis le début, je ne fais que regarder des films que j’ai déjà vu. Curieusement pas envie découvrir des choses nouvelles. Certainement par manque de cerveau disponible.
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O
"Le virus n’est pas seulement dans les poumons, il est aussi virtuellement dans la tête."<br /> En effet! Quand j'avais 10 ans (époque lointaine), ma mère, atteinte de tuberculose et pratiquement condamnée, était partie dans un hôpital à 100km de chez nous donc plus aucun contact avec elle. Mon père s'étourdissait avec de la musique classique. Depuis lors, rien de ce qu'est musique classique ne m'est étranger mais il m'est impossible d'en écouter même après tant de décennies, le passé me saute à l'esprit. 
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L
Pour oublier ce virus qui m'a enfermée, je continue de lire, d'écouter de la musique et d'écrire, sinon je sombrerai dans la neurasthénie!
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S
De 17 h à 18 h tous les jours sur Radio Classique, le ténor Rolando Villazón : érudition + bonne humeur + autodérision. Magique, vous oubliez le conard-virus.
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