Hier, j’ai vu une grande partie de la conférence de presse des duettistes Philippe-Véran. Un spectacle bien mis en scène, images à l’appui, mais qui tenait plus de la conférence « magistrale » que d’une séance de réponses aux questions des journalistes. Ce qui s’explique très bien car quand on n’a pas les réponses, il vaut mieux éviter que des questions soient posées.
Nous nous sommes rapidement rendus à l’évidence : nos duettistes n’avaient rien à nous apprendre que nous ne connaissions déjà, et n’avaient rien à nous apprendre sur ce que nous ne connaissions pas, c’est dire de quelle façon (en dehors de la progressivité, elle-même mystérieuse) le dé-confinement se déroulera à la date prévue du 11 mai, elle-même incertaine. Les duettistes ne savent pas, ils y réfléchissent dans l’incertitude, ce qu’ils ont fini par avouer.
Mais si l’on n’a rien à dire, pourquoi ce show ? Mise à part une exposition d’autosatisfactions, en particulier pour le travail accompli par les hospitaliers.
Pour être objectif, nous avons eu droit à un épisode nouveau. Vous vous souvenez sans doute du numéro de magicien du directeur général de la santé, Jérôme Salomon, nous expliquant, gestes à l’appui, que les masques ne servaient à rien, que les gens étaient trop cons pour savoir les mettre et les retirer, et que leur protection était illusoire (puisque la pénurie de masques, elle, ne l’était pas). Olivier Véran, ne voulant pas être en reste, nous a expliqué hier dans un numéro de magie personnel que les tests diagnostiques (puisque leur pénurie est criante) ne servaient pas à grand-chose, qu’ils devaient être réservés pour la confirmation du diagnostic, par ailleurs évident cliniquement, et que tester les porteurs asymptomatiques du virus (par lesquels se propage l’épidémie, car les gens malades sont bien visibles), serait stupide, arguant qu’une personne testé négatif pouvait devenir positif ultérieurement. Joli numéro, mais qui revient à dire : pourquoi traiter un malade puisque de tout façon il devra mourir. L'hypothèse que la personne testée puisse être porteuse du virus et écartée de la chaîne de contamination n'est pas envisagée par notre escamoteur. On se demande pourquoi l’OMS répète depuis le début : tester ! tester ! Et que d’autres pays le font le plus largement possible et contrôlent ainsi plus efficacement l’épidémie en dépistant les porteurs de virus, tout simplement parce qu’ils ont un stock de tests que nous n’avons pas. Comme pour les masques nous attendons un changement de stratégie opportuniste rendant obsolètes les tours de magie dont on pourrait se dispenser car un peu trop voyants.
Illustration : Bosch « L’escamoteur et les pigeons »