Je me demande si nous n’allons pas regretter cette période de confinement. D’ailleurs notre premier ministre, hier, dans son allocution au parlement, sentant peut-être notre réticence à sortir de la sieste, n’a pas exclu de prolonger notre assignation à résidence au-delà du 11 mai. Edouard Philippe jouant le mauvais flic en laissant à Emmanuel Macron le rôle du bon flic, avec peut-être l’espoir d’accroître la popularité de ce dernier, en chute malgré sa position de premier de cordée.
Comment ne pas apprécier le calme et le silence des rues après ce que nous avons vécu ces dernières années : les manifestations hebdomadaires, parfois destructrices, des mécontents de tout poil, venus de tous les horizons, de la droite et de la gauche, en même temps, le poitrail ceint d’un gilet jaune comme signe de reconnaissance. Les manifestations de la CGT assorties de grèves itératives, les manifestations diverses à l’occasion du jour X, protestant contre Y ou en faveur de Z…
Silence. Rues vides et propres. Vitrines intactes. Bien sûr, on a quelques illuminés qui veulent toujours tuer et mourir en martyr au volant de leur voiture, dans le but d’aller baiser une escouade de vierges dans un lieu indéterminé à bien distinguer d’un bordel, sans doute seront-ils considérés comme irresponsables pour peu qu’ils aient abusé de la fumette. Mais, enfin, ce n’est qu’une piqûre de rappel pour réveiller notre vigilance un tantinet endormie.
Alors, goûtons ce calme avant la tempête. Je soupçonne l’exécutif de le goûter également avant que le ciel ne lui tombe sur la tête, que les rues se remplissent de monde, de banderoles et de vociférations, que les parkings s’illuminent de joyeuses flambées pour relancer l’industrie automobile, dès que le virus aura tourné son ARN parasite vers d’autres bêtes.
Illustration : Vladimir Kush « Divine géométrie »