Henri Le Fauconnier : "Montagnards attaqués par des ours"
« La Chine a donné son feu vert à un médicament à base de bile d'ours afin de traiter des patients victimes du Covid-19, relançant la controverse sur le traitement des plantigrades élevés à cette fin. Des associations écologistes dénoncent de longue date le sort fait en Chine à des milliers d'ours (20000 selon une association), immobilisés dans d'étroites cages où leur abdomen est perforé par un cathéter relié à leur vésicule afin d'en prélever la bile » (AFP).
La bile d’ours, dont le commerce est florissant dans toute l’Asie, est une thérapeutique préconisée par la médecine traditionnelle chinoise, notamment pour réguler le taux de cholestérol ou pour dissoudre la lithiase, non sans raison puisqu’elle contient de l'acide ursodésoxycholique que l’on utilise également en Occident mais que l’on produit chimiquement (nom commercial : Delursan, Ursolvan...).
On ne voit pas très bien ce que pourrait bien faire la bile d’ours contre le covid-19. Néanmoins « Le ministère chinois de la Santé a recommandé le mois dernier une injection du nom de "Tan Re Qing" composée de bile d'ours, mais aussi de poudre de corne de chèvre et d'extraits de plantes, pour les patients gravement atteints. ». Ce mélange exotique serait indiqué dans le traitement des maladies respiratoires, notamment la pneumonie, d’où son emploi proposé contre la pneumonie atypique provoquée par le covid-19.
La Chine est un pays plutôt déroutant lorsqu’on lui applique la rationalité occidentale. Son régime est communiste mais le capitalisme s’y épanouit. Sur le plan médical, elle à la pointe du progrès selon les normes occidentales, mais elle utilise largement sa médecine traditionnelle comme on vient de le voir.
Pour ma part, je n’ai aucun mépris pour cette médecine traditionnelle, elle doit être jugée que sur son efficacité. Il ne faut pas oublier le nombre de substances thérapeutiques ou toxiques que l’on a pu extraire des plantes, tels la digitaline, le curare, l’opium ou la belladone, et c’est une spécialiste de la médecine traditionnelle chinoise, Mme Tu Youyou, qui découvrit l’artémisinine pendant la guerre du Vietnam, molécule extraite du qinghao ou artemesia annua (l’armoise), connue depuis des millénaires en Chine comme fébrifuge. Cette artémisinine est devenue depuis un des antipaludéens majeurs. Elle a permis de protéger les Vietnamiens du Nord contre le paludisme qui les décimait (la chloroquine étant devenue inefficace) et de vaincre ainsi l’armée américaine.
Par contre, je doute de l’efficacité de la bile d’ours même associée à la poudre de corne de chèvre, contre la pneumonie atypique du covid19, cette mixture ayant incontestablement un parfum moyenâgeux. On ne peut trouver que cruel et inutile d’enfermer ces grosses bêtes dans des cages de leurs dimensions, l’abdomen perforé par un cathéter pour prélever régulièrement leur bile dans le but de satisfaire des lubies asiatiques