J’ai passé la plus grande partie de ma vie entouré de médecins et de futurs médecins, en regardant par le hublot de la télévision j’ai l’impression de rajeunir, cela fait des années que je n’en avais pas vu autant en si peu de temps. Ils défilent en permanence sur nos écrans, quelques têtes s’y incrustent, mais les journalistes en pêchent un peu partout : aux urgences, en réanimation, en infectiologie, en épidémiologie, à l’institut Pasteur, et même dans des spécialités qui n’ont rien à voir avec les épidémies, c’est dire leur expertise. Bien entendu, ils disent tous à peu près la même chose au même moment, mais comme les connaissances changent au fur et à mesure que le coronavirus nouveau révèle ses secrets maléfiques, ils se contredisent assez souvent dans le temps dans une pâle imitation des politiques.
Chaque soir nous avons la cerise sur le gâteau : le directeur de la santé, Jérôme Salomon, qui nous lit son bulletin de guerre, flanqué de son traducteur ou plus souvent sa traductrice en langage des signes dont les gestes et les expressions nous distraient un peu du sombre tableau des blessés et des morts du champ de bataille. Ces doubles de Jérôme me font penser (avec tout le respect que je dois aux sourds) à ces cancres qui derrière le dos du professeur faisaient des grimaces pour faire rire la classe.
Il y a cependant un point sur lequel nos médecins télévisuels sont d’accord et fermes : à la sortie du confinement, il faudra séquestrer les vieux. Bien que certains d’entre eux ne sont pas loin de 65 ans, cet âge de séquestration prolongée leur paraît convenable. Bien sûr, ceux qui meurent plus souvent que les autres après leur hospitalisation, ce sont les vieux. Dans ma pratique, c’est également ce que j’avais observé, mais j’ai le sens de l’observation.
On comprend fort bien cette démarche, elle a ses justifications, ne serait-ce qu’en raison de l’incapacité des établissements de soins à absorber une nouvelle vague, car la France depuis le début n’a fait que tenter (pas trop mal, mais avec beaucoup de morts) de gérer la pénurie, et fait toujours pâle figure à côté de l’Allemagne. Mais la justification principale pour imposer aux vieux de continuer à s’enfermer (et jusqu’à la fin de l’année pour la présidente de la commission européenne !), serait d'agir pour leur bien.
La restriction imposée de la liberté, c’est toujours pour le bien de celui à qui elle est imposée. La dictature, c’est toujours pour le bien du peuple. D’ailleurs les dictatures ne prétendent-elles pas avoir mieux contrôlé l’épidémie que les démocraties ? La Chine, d’où sont parties toutes les récentes pandémies, tente de le faire croire après avoir mis en prison ses lanceurs d’alerte et pris du retard dans la communication et le contrôle de l’épidémie. Elle joue à présent la carte humanitaire, mais payante, et ne lésine pas sur la propagande, au besoin en tordant les chiffres, pour conserver les clients qu’elle risque de perdre. Si la démocratie de la Corée du sud a fait mieux, c’est aussi en restreignant les libertés individuelles.
La vérité est qu'il est bien difficile de s’opposer à la dictature médicale car on peut y laisser sa peau.