Chaque soir Jérôme Salomon commence, et/ou termine son bulletin de guerre par un « le pays vit une crise sanitaire sans précédent ». Nous verrons la suite des évènements, mais sans remonter à la peste du XIVème qui a tué la moitié de la population européenne, on pourrait évoquer la "grippe espagnole" de 1918 qui entraina des millions de morts et plus que la Première Guerre mondiale, « la grippe asiatique » des années 1956-58 qui aurait fait aux environs de 2 millions de morts dans le monde, et peut-être jusqu’à 100000 en France, et la « grippe de Hong-Kong » en 1968 qui aurait provoqué 1 million de morts dans le monde et au moins 30000 en France.
Ces deux dernières pandémies meurtrières du XXème siècle, je les ai vécues, et je ne m’en souviens pratiquement pas.
En fait, on en parlait peu : les émissions d’information permanente et les réseaux sociaux n’existaient pas. Malgré les hôpitaux surchargés, les médias évoquaient le problème sans insister, et aucune mesure drastique ne fut prise par les autorités et bien sûr pas le moindre confinement.
On mourrait en faisant un minimum de bruit médiatique, sans déranger personne sauf les hôpitaux où les médecins travaillaient sans défiler sur les plateaux de télévision. La fatalité.
Pourtant, la grippe de Hong-Kong, je devrais m‘en souvenir pleinement puisque j’exerçais des responsabilités à l’hôpital (mais pas en infectiologie). Non, je me souviens surtout de ce désordre provoqué par des enfants gâtés parmi lesquels des minables qui manquaient de respect à des gens remarquables en prétendant être aptes à prendre leur place. Cette pseudo révolution qui ne fit aucun mort sur les barricades a été suivi en été par une hécatombe grippale qui s’est déroulée dans l’indifférence, venant confirmer l’adage qui veut qu’un événement non médiatisé n’existe pas.
Maintenant, et c’est heureux, l’Etat se préoccupe davantage des crises sanitaires car il sera rendu responsable de tout excès de mortalité, et il devra souffrir la comparaison avec les autres Etats comparables. L’Etat français a été rapidement débordé par une pandémie dont les meilleurs esprits (notamment Raoult) et l’OMS* n’avaient pas prévu qu’elle se propagerait aussi vite et avec une mortalité nettement plus élevée que la grippe saisonnière. Mais l’Etat français risque de souffrir des comparaisons, non seulement avec les pays asiatiques plus souvent confrontés aux maladies venues régulièrement de Chine, mais également européens comme l’Allemagne. Le gouvernement français n’a pas pu ou pas su trouvé les moyens pour appliquer une politique sanitaire cohérente, alors il a adapté sa politique sanitaire aux moyens qu’il avait, en dénigrant dans un premier temps, et avec maladresse, ceux qu’il n’avait pas, en psalmodiant : « le pays est confronté à une crise sanitaire sans précédent » et « nous n’avons pris aucun retard ». Le gouvernement a fait ce qu’il a pu avec ce qu’il avait. On lui reprochera sans doute de ne pas en avoir.
* Pour l'OMS, il est possible qu'il y ait eu un copinage entre la Chine et le directeur de l'OMS pour retarder l'annonce de la pandémie dont l'Empire du Milieu est à l'origine pour la nième fois.