Ce tableau peint par André Bouillet en 1887, quasiment photographique, représente une leçon du mardi donnée par Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Salpêtrière où il était chef de service. Des leçons renommées où se pressaient non seulement des étudiants, des médecins, parfois étrangers (et il est de coutume d’ajouter ici : dont Freud), mais également un public non médecin venant y assister comme aller au spectacle.
Le clou du spectacle était le malade ou plutôt la malade, car il s’agissait le plus souvent d’une jeune femme qualifiée d’hystérique, parfois endormie par hypnose, alanguie, soutenue ici par le jeune Babinski, la surveillante, derrière, prête à venir à son secours. Le risque de la chute étant cependant faible, ces patientes, parfois quasi professionnelles, savaient se tenir.
L’exposition de malades en public dans les amphithéâtres de médecine a disparu depuis de nombreuses années. Cependant, en première année de médecine, j’ai été scandalisé par la prestation d’un chirurgien de l’Hôtel-Dieu qui fit devant un amphithéâtre comble un toucher rectal à un patient à quatre pattes ! Loin de cette ignominie, les seuls patients que l’on voit exposés en public sont amenés sur scène pour toucher la générosité des spectateurs.
Ce tableau ne montre que trois femmes : une surveillante, une infirmière et la patiente. Tous les médecins sont des hommes. Aujourd’hui la moitié du corps médical, au moins, est constituée par des femmes.
Au premier rang, se trouve un médecin portant un tablier comportant une large poche devant où l’on mettait divers objets comme le stéthoscope ou un marteau à reflexe. J’ai porté jadis ce tablier qui faisait un peu boucher, il a disparu depuis longtemps au profit d’une blouse simple, et le stéthoscope de la poche est monté au cou.
Le jeune Babinski qui soutient la jeune femme évanescente est passé à la postérité en grattant la plante des pieds ou plus exactement son bord externe (ce qui est très désagréable), épreuve qui, normalement, provoque la flexion des orteils dans une réaction de défense, mais dans le cas d’une lésion du faisceau pyramidal (cortico-médullaire) on observe une extension majestueuse de gros orteil parfois accompagnée d’une levée en éventail de ses quatre voisins.