Publié le 29 Septembre 2023

Un temple laïcJ’entre dans une librairie comme j’entre dans un temple. Le silence d’abord, plus de murmures que d’éclats de voix. L’odeur de papier neuf comme l’odeur de l’encens.  Hommes et femmes penchés sur les livres comme sur des bréviaires. Ils passent d'un bréviaire à un autre à la recherche de quelque chose qui les transcendera, qui les fera rêver ou leur donnera peut-être des réponses à leurs interrogations. Un temple construit de briques de connaissance quasi infinie ou de rêve à portée de main vers un au-delà imaginaire. Des briques bariolées aux arêtes tranchantes sagement rangées ou en vrac sur les tables pour mieux les offrir aux fidèles.

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Publié le 26 Septembre 2023

On se demande donc pourquoi le serpent fait partie du symbole de la médecine et des professions paramédicales, toutes destinées à porter secours aux autres. Le caducée des médecins comporte le Bâton guérisseur (l’arbre de vie) d’Asclépios/Esculape autour duquel s’enroule une couleuvre (sans danger pour l’homme) et surmonté d’un miroir, symbole de la prudence. Les explications de la présence du serpent, qui paraît pourtant déplacée comme symbole de professions altruistes, ne manquent pas. Il symboliserait le médicament (en raison du venin), il serait aussi un symbole de vie (alors qu’il peut tuer) parce qu'il peut changer de peau, retrouvant ainsi l'apparence de la jeunesse. On dit également que « Le serpent, en s'insinuant dans les fissures de la Terre, était censé en connaître tous les secrets et ainsi que les vertus des plantes médicinales, voire les mystères entourant la mort ! ».

L’explication qui me paraît la plus séduisante est que ce serpent figure le demi-dieu de la médecine lui-même : Asclépios pour les Grecs ou Esculape pour les Romains qui s'étaient appropriés la mythologie inventée par les Grecs en se bornant à changer le nom des protagonistes.

C’est une longue histoire. Les dieux de l’Olympe ne pensant qu’à forniquer, tout commence par une coucherie. Celle d’Apollon avec la mortelle Coronis qu’il engrossa, mais la belle fut infidèle, ce qui ulcéra le dieu, vexé que ses attraits irrésistibles soient ainsi négligés par une simple mortelle. Mauvais coucheur, il décida de tuer sa maîtresse. Un crime passionnel. Mais comme nombre d'êtres de sexe masculin, Apollon était lâche, il demanda donc à sa sœur Artémis, qui maniait l’arc comme pas une, de se charger de cette basse besogne. La charmante tueuse à gages exécuta sans hésiter le contrat confié par son frère. Mais Apollon, un peu distrait tout de même, s’aperçut que le corps de Coronis, alors qu'il était déjà sur le bûcher funéraire, portait un enfant, le sien, qu’il arracha alors du ventre de sa mère avant la flambée. Et devinez qui était cet enfant survivant ? Asclépios. Evidemment, Apollon trop occupé à forniquer ailleurs ne se chargea pas de l’éducation de son demi-dieu de fils, et le mis en pension chez le centaure Chiron, ce qui est tout de même cavalier. Chiron appris au fils d’Apollon à soigner les malades et Asclépios devint bon médecin. Comme tous les médecins, il rêva de rendre les mortels immortels en utilisant le sang de la Gorgone. L’imprudent. L'immortalité, c’est le domaine privé du dieu des dieux et Zeus foudroya le médecin téméraire qui s’était cru tout permis, une tendance qui persistera dans le temps. Mais Zeus eut des remords, ce qui est étonnant pour un dieu, et décida finalement de le ramener à la vie sous la forme d’un serpent, et à titre de dédommagement, d’une constellation, celle du Serpentaire.

Cette histoire a donc une fin heureuse. Mais il y a une suite. Asclépios sous sa nouvelle forme reptilienne revint sur terre avec son bâton pour épouser Epioné, fille du roi de Cos. Le couple eut une descendance nombreuse : les Asclépiades, prêtres-médecins, et l’un d'eux fut Hippocrate, né 460 ans avant JC, qui s’efforça, en trahissant son clan, de séparer la médecine des dieux dont il doutait de l’efficacité.

464. Le serpent, symbole de l'altruisme

Fresque de Pompéi : Apollon le papa, Chiron le prof., Esculape (Asclépios) le bon élève.

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Publié le 25 Septembre 2023

463; L’intimité n’est plus ce qu’elle étaitSavez-vous combien il y a de poils dans vos narines ? Je sais que la question est indiscrète et pénétrer dans l’intimité de vos nasaux est un pillage de vos données personnelles. Malgré l’intérêt de ces poils pour se défendre contre les germes qui ont le toupet de pénétrer dans vos cavités nasales en profitant de l’air que vous respirez, j’ignorais jusqu’à présent le nombre de barreaux de la grille de défense nasale, à présent, je sais. Je le sais grâce à une équipe internationale de chercheurs (Etats-Unis, Canada, Macédoine, Iran et Vietnam) qui ont compté les poils dans chaque narine sur des cadavres, et je peux vous révéler que chacune de vos narines contient de 112 à 120 poils. C’est rassurant, et vous n'avez pas intérêt à les perdre. Le jury des Ig Nobel a récompensé à juste titre ce travail original peu ragoûtant en décernant à ses auteurs le prix de médecine marqué par « un diplôme signé par d’anciens prix Nobel (des vrais !), et un billet de 10 000 milliards de dollars zimbabwéens. Une monnaie qui ne vaut plus rien à cause de l’hyperinflation ». Cette cérémonie (en vidéo) étatsunienne, la 33e édition, s’est déroulée le 14 septembre et neuf autres lauréats ont été récompensés dans des domaines divers de la recherche insolite pour ne pas dire farfelue. Pour rester dans mon domaine, l’Ig Nobel de santé publique a été décerné à Seung-min Park, pour avoir inventé les "Stanford Toilettes", « des toilettes intelligentes qui, grâce à plusieurs technologies (bandelettes de test, caméras, capteurs…), analysent les urines et les excréments de celles et ceux qui les utilisent. Un système de télécommunications permet d’envoyer les données recueillies pour les analyser. Ces toilettes pourraient être utilisées pour le dépistage, le diagnostic et la surveillance au long cours de populations de patients spécifiques, écrit le premier auteur de cette étude. Qui sait ? Peut-être qu’un jour nous en aurons tous chez nous… ». Je trouve cette invention plus effrayante que farfelue. Il est en effet probable que les médecins iront un jour vous chercher jusqu’à dans vos chiottes.

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Publié le 24 Septembre 2023

Dans cette manifestation contre les violences policières (et qui a été marquée par des violences contre des policiers) organisée le 23/09/23 par les mélenchonistes qui se prétendent insoumis, et on se demande à quoi, ce graffiti qui semble inscrit sur un corbeau montre que ces hurluberlus ne savent même pas écrire le mot "fascisme". Ce qui prouve qu'ils ne savent pas ce que c'est, alors qu'ils prétendent le subir, et leur degré navrant d'inculture aussi bien sur l'orthographe que sur l'histoire. Les pancartes voisines font toujours  référence à l'histoire en mentionnant en écriture inclusive - bien sûr - le début d'un vers ("Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines") du chant des partisans français pendant la IIème guerre mondiale en usurpant, indécemment, leur résistance héroïque. Ces pseudo-résistants sont minables.

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Publié le 23 Septembre 2023

Le créateur de complots a une qualité remarquable : l'imagination, et une émotion pénible : la peur. La peur d'être berné, la peur d'être empoisonné, la peur d'officines ou de forces souterraines qui lui veulent du mal, le surveiller, le dominer et le diriger. Celui qui se sent menacé vit dans l'inconfort avec cependant la consolation d'être celui qui sait, celui qui n'est pas dupe et qui regarde les autres avec commisération. Mais il est de son devoir de révéler aux autres les manigances des forces occultes ou des entreprises dominatrices dont il est peut-être le seul à connaître l'existence. Les réseaux sociaux lui en donne les moyens. Des complots peuvent apparaître à partir de faits réels, détournés ou interprétés d'une façon paranoïaque sans la moindre preuve. D'autres se dispensent des faits et tiennent du délire complet.

C'est le cas du complot rapporté par FH dans le Journal International de Médecine : "Vous chaussiez tranquillement vos lunettes sans savoir que vous étiez victime d'une odieuse machination. Figurez-vous que cet accessoire est totalement inutile et n'est que le fruit d'un odieux complot ourdi par des ophtalmologistes, des orthoptistes et des opticiens /.../ les troubles ophtalmiques auraient des causes émotionnelles et les lunettes ne seraient qu'un moyen de vous soutirer de l'argent. C'est ce qu'a affirmé, notamment, une "TikTokeuse" canadienne, Samantha Lotus, durant une "Masterclass" (sic) facturée 11 dollars. Infiltré par des militants en lutte contre les pseudo-sciences, ce cours magistral débute par une affirmation : la myopie, l'hypermétropie, l'astigmatisme et la presbytie ne sont pas des problèmes de santé oculaire mais plutôt la conséquence « de raisons mentales, émotionnelles et même spirituelles » et les lunettes sont « des barrières au monde réel » (contrairement à TikTok !). « On vous a peut-être dit que vous aviez besoin de lunettes, mais c'est en fait un mensonge », assène-t-elle. Sa formation ne fonctionne pas sur tous, prévient-elle également, mais uniquement sur ceux « ouverts à la guérison multidimensionnelle holistique (…). Si vous avez l'esprit fermé et que vous voulez rester une victime, ce n'est pas pour vous ». Au total, la clé est de se badigeonner le visage d'huile essentielle de la marque DoTerra… qui sponsorise « l'influenceuse ».

Grâce à l'action d’anti-charlatans, cette vidéo a été retirée de toutes les plateformes où elle était diffusée." Je n'aurais donc pas le plaisir de la voir.

Illustration : Vladimir Kush

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Publié le 21 Septembre 2023

461. L’intoxication par le motDans les troubles du langage (aphasie) il existe parfois ce que les neurologues dénomment une « intoxication par le mot » caractérisée par des phénomènes de persévération qui consistent en la répétition fortuite de mots ou de phrases émis peu de temps auparavant. Les intoxications par le mot entrainent une production intempestive et régulière, sans raison apparente, d’un mot ou d’une phrase appartenant ou pas au contexte de parole. Il me semble que ce phénomène s’observe de plus en plus fréquemment, et notamment dans le monde politique, surtout lorsque le patient est dominé par une idéologie productrice de phrases toutes faites, avec l’impression que la personne atteinte n’attend que le moment pour les émettre, même si parfois cette production linguistique est en contradiction avec le discours ambiant. Le discours des idéologues consiste essentiellement à ouvrir des tiroirs déjà remplis et à étaler leur contenu. D’ailleurs, l’auditeur sait que ce fragment linguistique va être prononcé dans le cours du discours, l’ayant entendu répété oralement ou par l’écrit de multiples fois par les tenants de la même idéologie. Pour donner un exemple collectif, une tribune est parue le 13 septembre dans Politis signée par de multiples organisations et de personnalités dont l’inévitable Adèle Haenel, tribune dénonçant l’interdiction des abayas (et qamis) à l’école comme une « offensive raciste, islamophobe, sexiste et patriarcale ». On voit par cet exemple que « l’intoxication par le mot » ou par une brochette de mots peut être en contradiction avec la réalité mais le patient ne peut s’empêcher de le ou de les émettre, quel que soit le contexte. Illustration : Soutine « La folle »

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Publié le 19 Septembre 2023

Masochisme ?On pourrait qualifier de masochistes ces personnalités de l’extrême droite française venues se précipiter à Lampedusa pour contempler l’échec de leur alter ego, l’admiratrice de Mussolini, à contrôler le flux des migrants africains débarquant dans l’île alors qu’elle avait été élue sur la promesse d’assurer ce contrôle, au besoin par un blocus naval. Que venait faire Marion Maréchal et ses amis dans cette galère ? Donner des conseils à Mme Giorgia Meloni ? L’assurer de leur soutien ? Pointer l'échec de l'UE dont l'Italienne reste partisane ? Mais de toute façon, c'est une démarche contre-productive. Se mettre en scène pour venir constater que ce n’est pas simple de contrôler l’afflux des miséreux, et montrer ainsi que leurs propres promesses sur lesquelles ces touristes de Lampedusa, venus de Reconquête  ou du RN, espèrent être élus risquent de ne pas être tenues.

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Publié le 17 Septembre 2023

Cette « opération » a inspiré les peintres, notamment des Pays-Bas, et les tableaux la représentant sont nombreux, le plus souvent ironiques. En voici quelques-uns :

La folie de la pierre

Le tableau de Jérôme Bosch est le plus connu. "L'opérateur", médecin des fous est, comme de juste, coiffé d'un entonnoir, et sort une fleur de la tête de l'opéré qui ne semble guère souffrir. Le peintre manifeste son anticléricalisme en faisant figurer, pour encourager le bourgeois à se livrer au charlatan, un moine et une nonne, et si l'on en croit les objets qu'ils portent, le premier est alcoolique et la seconde inculte qui ne se sert d'un livre que pour s'en couvrir.

La folie de la pierre

J'ignore l'auteur de ce tableau qui exprime la jubilation du charlatan et la souffrance de l'opéré

La folie de la pierre

Ce tableau anonyme exposé au musée de Rotterdam exprime bien la souffrance de l'opéré. Par contre "l'opérateur" parait sérieux et concentré sur son travail de duperie.

La folie de la pierre

Ce tableau de Pieter Jansz montre une équipe "d'opérateurs" à la mine patibulaire.

La folie de la pierre

Ce tableau est de Jan Sandres Van Hemessen. Il montre bien que le cuir chevelu saigne abondamment. La pierre est visible, "l'opérateur" satisfait de l'avoir fait apparaître aux yeux de tous. On ne sait pas si le personnage de droite est heureux que l'intervention ait réussie ou s'il fait simplement craquer ses doigts. 

La folie de la pierre

Dans ce tableau de Giacomo Francesco, l'intervention se passe en famille. Le gamin semble s'amuser et la femme a interrompu la tétée pour regarder l'opération.

La folie de la pierre

Ce tableau de Pieter Bruegel l'Ancien est mon préféré. C'est une véritable clinique où les pierres sont "extraites" à la chaîne, un peu comme les cristallins atteints de cataracte aujourd'hui. Au moins trois patients ne sont pas d'accord pour subir l'excision, notamment celui dont la chaise à laquelle il était lié s'est renversée. Pourtant le militaire ne s'est pas servi de son épée pour se défendre et tourne la tête sans doute pour ne pas voir le personnage nu à gauche en train de déféquer.

 

 

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Publié le 15 Septembre 2023

Un couple de déraisonCe sont deux fruits du communisme. Le communisme n’a donné que des fruits pourris, quel que soit le verger où les arbres poussent. Le joufflu est le troisième représentant d’une famille régnante sur un pays peuplé d'esclaves aux cerveaux lavés et qui ne produit que des armes. Sa principale occupation est d’envoyer de gros pétards en l’air. Il est resté très enfant, mais jouer avec des allumettes est un jeu dangereux. Le joufflu est content de voyager un peu et de sortir de sa prison à ciel ouvert dont il est le gardien. Il sourit à l’autre dont il vient de se faire un copain et va pouvoir jouer dans la cour des grands, alors que le monde avait tendance jusqu’à présent à le bouder en le laissant seul dans son coin. Son nouvel ami, le paranoïaque messianique poursuivi pour crimes de guerre, continue le tsarisme à sa manière et son peuple en a pris l’habitude, il est fort possible qu’un autre régime risquerait de le désorienter. Il a un sourire un peu crispé car il n’est peut-être pas enchanté de son nouveau copain, mais on ne crache pas sur un sac de billes car si l’un prépare la guerre sans relâche et accumule les billes, l’autre la fait, et en a besoin. Ce couple déraisonnable est l’illustration que les évènements historiques, les massacres, le malheur des peuples ne dépendent que de petits hommes assis sur leur cul.

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Publié le 12 Septembre 2023

Demande de remboursementDans une interview, Régis Debray a déclaré que, pour lui, le maître en littérature était Julien Gracq. J’avais jadis lu un de ses livres sans avoir été suffisamment accroché pour en retenir le titre. Impressionné par le jugement de Régis Debray, et soucieux de ne pas rater un plaisir de lecture, j’ai donc acheté « Le rivage des Syrtes » qui est l’œuvre la plus connue de Julien Gracq. Dire que je n’ai pas adhéré à ce roman est un euphémisme car je l’ai trouvé franchement…ennuyeux. L’intrigue est d’une minceur filiforme qui ne s’épaissit que vers la page 200, et il a fallu m’accrocher pour y arriver, alors que les cent dernières pages auraient pu faire un roman convenable. L’histoire, un tantinet hermétique, se déroule dans un pays imaginaire ressemblant à l’ancienne Venise – celle des Doges - où l’on nage dans un anachronisme mêlant le Moyen Âge et le contemporain (on se déplace en automobile et on fume des cigarettes dans un monde qui évoque la Renaissance). Mais en laissant cela de côté, j’ai surtout trouvé l’écriture insupportable. Un verbiage élégant, à la limite du pompeux, une complaisance à aligner les phrases longues qui parfois ne veulent plus rien dire, une propension à accumuler les images énigmatiques où une éventuelle perle poétique est noyée dans un coulis interminable de comparaisons qui s’enfilent les unes les autres, si bien que l’on finit par perdre le point de départ de l’avalanche de digressions. Les dialogues sont rares, et lorsqu’ils existent, les personnages semblent se comprendre, mais le lecteur a plus de mal à saisir leur conversation pleine d’allusions. En définitive, j’ai eu du mal à supporter une prose qui laisse à penser que son auteur se regardait écrire en semblant dire au lecteur : « regardez comme j’écris bien ». Une demande de remboursement auprès de Régis Debray serait licite, à moins qu’il ne me soit rétorqué que je n’ai rien compris, ce qui est fort possible, car ce roman fut couronné par le prix Goncourt, mais que Julien Gracq refusa. Loin d’être féru de littérature, il me semble bien que Le rivage des Syrtes, livre paru en 1951, n’est qu’une imitation lourde, volontaire ou non, du roman bien plus réussi de Buzatti : Le désert des Tartares paru onze ans auparavant.

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Publié le 11 Septembre 2023

Alors que j'allais régulièrement au cinéma depuis mon adolescence, je m’aperçois avec déception que depuis la pandémie à SARS-CoV-2, donc depuis 2020, je n’ai pas mis les pieds dans une salle de projection, devant une toile immense, entouré de spectateurs qui, dans une même communion, braquaient leurs yeux et leurs pensées sur les ombres et lumières naissant et s’évanouissant miraculeusement devant nous en suscitant émotions ou rires partagés. Certes, une pléthore d’images nous sont servies à domicile dans le cercle familial, mais j’ai la curieuse impression qu’il s’agit d’images en conserve que l’on mange quand on veut et que nous ne méritons pas. Aucun effort.

Pourquoi vais-je dans un musée ou à une exposition ? Je pourrais fort bien voir les mêmes tableaux dans un livre ou sur internet. Pourtant, je me déplace, je fais la queue, je fends la bousculade pour accéder à l’œuvre originale. J’ai la curieuse impression que je mérite ainsi de la voir, et que je rends en quelque sorte hommage à l’œuvre et à son créateur par l’effort que je fais pour l’atteindre. En outre, il y a une différence entre la reproduction de l’œuvre et son original, non dans la vision elle-même, mais dans l’imaginaire qui entoure le tableau car, lui, fut en contact avec l’artiste, avec sa main et ses yeux dans le passé aussi lointain soit-il. L’original est un objet humanisé et le témoin d'une vie.

Illustration : Gustave Courbet : « L’atelier du peintre »

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Publié le 9 Septembre 2023

Recevoir ou prendreL’actualité prend souvent de curieux détours. C’est à l’occasion d’actes invraisemblables de vandalisme sur plusieurs camions utilisés par les « Resto du cœur » pour le transport de nourriture destinée aux plus démunis que l’on a vu des responsables  d'associations d'assistance exposer leur désarroi devant l’afflux des personnes qui font appel à leur aide et leur manque de moyens pour les satisfaire. On se demande si en l’absence du vandalisme qui a fait la une des médias, l’appel aux dons de ses associations aurait pu avoir un écho quelconque. Comme quoi un fait divers peut révéler un fait profond. La famille Arnault qui possèderait la première fortune mondiale s’est empressée de faire un don de 10 millions d’euros (sans vouloir en tirer les avantages fiscaux). Les malheureux ont vraiment pris des risques. S’ils n’avaient rien donné les Arnault auraient évité les quolibets, le mépris et la honte d’avoir fait un don et d’avoir ainsi montré combien ils étaient riches, ce qui en France est impardonnable. Les Français n’aiment pas la réussite et les riches, et s’ils aiment leur argent, c’est à une seule condition : leur prendre, leur confisquer par l'impôt ou la force, et le summum du plaisir est de leur couper la tête après les avoir dépouillés. C’est évidemment du côté des Mélenchonistes (les insoumis à la raison) que l’on a trouvé la réprobation la plus vive, une occasion rêvée de montrer leur fibre révolutionnaire pétrie de ressentiment. Mais qui est plus utile à la France : Arnault ou Mélenchon et sa troupe ? Illustration : Quentin Metsys : « Le Prêteur et sa femme ».

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Publié le 7 Septembre 2023

L’usureOn s’habitue aux malheurs du monde quand ils ne vous touchent pas directement. Le dire est une banalité. Cette banalité, Poutine en a fait une stratégie. La tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie a révolté les Européens, les Etatsuniens et leurs alliés en dehors des admirateurs de l’espion devenu président, faisant peu de cas des crimes de guerre de l’armée russe, des massacres ciblés des populations et de la destruction des infrastructures civiles, et même de la déportation d'enfants ukrainiens. Un spectacle marqué par l’horreur et la bêtise par son inutilité. Chaque jour nous avons les nouvelles du front assorties d’images parfois sans rapport, mais l’image même décalée est indispensable pour l’ambiance. Cette guerre fait l’essentiel d’une chaîne de TV avec des commentateurs qui ne font que se répéter. Ce n’est pas tous les jours que l’on a des surprises comme la marche des mercenaires Wagner sur Moscou et la mort de leur chef en plein ciel. Les discours de Poutine et de ses propagandistes provoquent des sourires un peu crispés, leur humour noir et leur côté ubuesque finissent par s’user. Et je constate avec regret que l’usure me touche également. Petit à petit, insidieusement, je constate que j’évite la représentation de cette guerre usante de tranchées, ses mines venues du sol, ses bombes venues du ciel, ses jeunes morts et ses amputés à vie. Une guerre pourtant à nos portes. Peut-être une répétition, un échantillon de ce qui pourrait advenir si la Russie la gagnait. Un exemple à suivre pour d’autres. Illustration : Fernand Léger

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Publié le 4 Septembre 2023

Boni-menteurs et boni-menteusesL’entrefilet ci-contre est tiré du Parisien. Que 100000 personnes, probablement proches de l’enfance, éprouvent le besoin de regarder, d’écouter et de suivre les conseils d’une gamine de 17 ans est tout même ahurissant, mais il est vrai que les enfants, persuadés d’être incompris des adultes, sont plus sensibles et plus perméables à la parole de jeunes proches de leur âge.

Les réseaux sociaux ont permis de démontrer grandeur nature la crédulité et le niveau d’inculture d’une partie de la population. Là, il s’agit essentiellement de jeunes (la gamine que l’on voulait prostituer avait 13 ans), il faut espérer que le temps changera leurs pôles d’intérêt, mais ce n’est pas certain car comme le disait Aragon : « C’est avec les jeunes idiots que l’on fait les vieux cons ».

Ce qui est également étonnant est la pullulation de la faune des influenceurs et influenceuses qui ont astucieusement trouvé un moyen de gagner de l’argent en montrant leur bobine et leur bagou sur les écrans, rejetant dans le passé les bonimenteurs et les vendeurs à la sauvette, petits artisans de rue qui ne manquaient pas de talent mais dont l’influence ne dépassait pas le trottoir. Influencer les autres est un des objectifs du commerce, l’astuce est ici d’avancer masqué et l’influence exercée par ce que les abonnés pensent être un copain ou une copine à qui on fait confiance et non par un vendeur ou une vendeuse qui officie à visage découvert. Cette faune d’influence commerciale contribue à formater très jeune le consommateur, la consommation étant la fonction essentielle du citoyen dans notre société. Les influenceurs seraient donc d’utilité publique en favorisant la consommation même en l’orientant de travers. Mais l’influence commerciale n’est qu’un moindre mal car l’influence peut s’exercer dans des domaines plus dangereux comme le montre l’entrefilet ci-dessus et en  diffusant de fausses informations notamment en matière de santé.

Boni-menteurs et boni-menteusesLes influenceurs ou ceuses n'ont guère d'épaisseur mais avec leurs avatars virtuels, ils n'en ont plus aucune, ce qui n'empêche pas les gogos d'être hypnotisés par leurs prestations sans chair, mais avec tiroir-caisse.

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Publié le 3 Septembre 2023

La justice au secours de la familleImaginons qu’au lieu de ce non-lieu, les gendarmes aient été condamnés, la famille Traoré n’aurait alors plus d’objet pour appeler à manifester (sauf une fois pour triompher), et la Justice aurait ainsi retiré leur gagne-pain à cette famille éplorée,  et notamment celui d'Assa, la demi-sœur d'Adama, qui s’est fait un nom jusqu’aux USA et a exploité la mort de son demi-frère en créant autour de son label une véritable entreprise ayant pignon (ou pognon) sur rue depuis des années mais qui finit par sentir. Ce non-lieu est une bonne nouvelle pour la famille qui va pouvoir relancer le schmilblick pour un certain temps encore.La Justice au secours de la famille

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Publié le 1 Septembre 2023

Sieste de girafeLe Nippon est très stressé, c'est la seule explication que l'on peut trouver à la nouvelle invention de designers japonais rapportée par Nicolas Carreau dans Marianne : une cabine  pour faire la sieste debout ou plutôt en dessinant avec son corps avachi un Z étiré. Une cabine dénommée "Giraffenap" déjà proposée dans un café séduit par son faible encombrement au sol et qui pourrait remplacer dans les rues les anciennes cabines téléphoniques ou compléter les toilettes publiques, ce qui serait judicieux pour les hommes ou les femmes transgenres handicapé.e.s pendant leur sommeil par un adénome prostatique conséquent. Que l'on  me pardonne ici d'utiliser exceptionnellement l'écriture inclusive pour ne pas heurter les femmes encore pourvues d'un appareil masculin complet en état de marche (ça peut toujours servir). Une invention à dormir debout.

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