On s’habitue aux malheurs du monde quand ils ne vous touchent pas directement. Le dire est une banalité. Cette banalité, Poutine en a fait une stratégie. La tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie a révolté les Européens, les Etatsuniens et leurs alliés en dehors des admirateurs de l’espion devenu président, faisant peu de cas des crimes de guerre de l’armée russe, des massacres ciblés des populations et de la destruction des infrastructures civiles, et même de la déportation d'enfants ukrainiens. Un spectacle marqué par l’horreur et la bêtise par son inutilité. Chaque jour nous avons les nouvelles du front assorties d’images parfois sans rapport, mais l’image même décalée est indispensable pour l’ambiance. Cette guerre fait l’essentiel d’une chaîne de TV avec des commentateurs qui ne font que se répéter. Ce n’est pas tous les jours que l’on a des surprises comme la marche des mercenaires Wagner sur Moscou et la mort de leur chef en plein ciel. Les discours de Poutine et de ses propagandistes provoquent des sourires un peu crispés, leur humour noir et leur côté ubuesque finissent par s’user. Et je constate avec regret que l’usure me touche également. Petit à petit, insidieusement, je constate que j’évite la représentation de cette guerre usante de tranchées, ses mines venues du sol, ses bombes venues du ciel, ses jeunes morts et ses amputés à vie. Une guerre pourtant à nos portes. Peut-être une répétition, un échantillon de ce qui pourrait advenir si la Russie la gagnait. Un exemple à suivre pour d’autres. Illustration : Fernand Léger