Dans les troubles du langage (aphasie) il existe parfois ce que les neurologues dénomment une « intoxication par le mot » caractérisée par des phénomènes de persévération qui consistent en la répétition fortuite de mots ou de phrases émis peu de temps auparavant. Les intoxications par le mot entrainent une production intempestive et régulière, sans raison apparente, d’un mot ou d’une phrase appartenant ou pas au contexte de parole. Il me semble que ce phénomène s’observe de plus en plus fréquemment, et notamment dans le monde politique, surtout lorsque le patient est dominé par une idéologie productrice de phrases toutes faites, avec l’impression que la personne atteinte n’attend que le moment pour les émettre, même si parfois cette production linguistique est en contradiction avec le discours ambiant. Le discours des idéologues consiste essentiellement à ouvrir des tiroirs déjà remplis et à étaler leur contenu. D’ailleurs, l’auditeur sait que ce fragment linguistique va être prononcé dans le cours du discours, l’ayant entendu répété oralement ou par l’écrit de multiples fois par les tenants de la même idéologie. Pour donner un exemple collectif, une tribune est parue le 13 septembre dans Politis signée par de multiples organisations et de personnalités dont l’inévitable Adèle Haenel, tribune dénonçant l’interdiction des abayas (et qamis) à l’école comme une « offensive raciste, islamophobe, sexiste et patriarcale ». On voit par cet exemple que « l’intoxication par le mot » ou par une brochette de mots peut être en contradiction avec la réalité mais le patient ne peut s’empêcher de le ou de les émettre, quel que soit le contexte. Illustration : Soutine « La folle »