Alors que j'allais régulièrement au cinéma depuis mon adolescence, je m’aperçois avec déception que depuis la pandémie à SARS-CoV-2, donc depuis 2020, je n’ai pas mis les pieds dans une salle de projection, devant une toile immense, entouré de spectateurs qui, dans une même communion, braquaient leurs yeux et leurs pensées sur les ombres et lumières naissant et s’évanouissant miraculeusement devant nous en suscitant émotions ou rires partagés. Certes, une pléthore d’images nous sont servies à domicile dans le cercle familial, mais j’ai la curieuse impression qu’il s’agit d’images en conserve que l’on mange quand on veut et que nous ne méritons pas. Aucun effort.
Pourquoi vais-je dans un musée ou à une exposition ? Je pourrais fort bien voir les mêmes tableaux dans un livre ou sur internet. Pourtant, je me déplace, je fais la queue, je fends la bousculade pour accéder à l’œuvre originale. J’ai la curieuse impression que je mérite ainsi de la voir, et que je rends en quelque sorte hommage à l’œuvre et à son créateur par l’effort que je fais pour l’atteindre. En outre, il y a une différence entre la reproduction de l’œuvre et son original, non dans la vision elle-même, mais dans l’imaginaire qui entoure le tableau car, lui, fut en contact avec l’artiste, avec sa main et ses yeux dans le passé aussi lointain soit-il. L’original est un objet humanisé et le témoin d'une vie.
Illustration : Gustave Courbet : « L’atelier du peintre »