Dans une interview, Régis Debray a déclaré que, pour lui, le maître en littérature était Julien Gracq. J’avais jadis lu un de ses livres sans avoir été suffisamment accroché pour en retenir le titre. Impressionné par le jugement de Régis Debray, et soucieux de ne pas rater un plaisir de lecture, j’ai donc acheté « Le rivage des Syrtes » qui est l’œuvre la plus connue de Julien Gracq. Dire que je n’ai pas adhéré à ce roman est un euphémisme car je l’ai trouvé franchement…ennuyeux. L’intrigue est d’une minceur filiforme qui ne s’épaissit que vers la page 200, et il a fallu m’accrocher pour y arriver, alors que les cent dernières pages auraient pu faire un roman convenable. L’histoire, un tantinet hermétique, se déroule dans un pays imaginaire ressemblant à l’ancienne Venise – celle des Doges - où l’on nage dans un anachronisme mêlant le Moyen Âge et le contemporain (on se déplace en automobile et on fume des cigarettes dans un monde qui évoque la Renaissance). Mais en laissant cela de côté, j’ai surtout trouvé l’écriture insupportable. Un verbiage élégant, à la limite du pompeux, une complaisance à aligner les phrases longues qui parfois ne veulent plus rien dire, une propension à accumuler les images énigmatiques où une éventuelle perle poétique est noyée dans un coulis interminable de comparaisons qui s’enfilent les unes les autres, si bien que l’on finit par perdre le point de départ de l’avalanche de digressions. Les dialogues sont rares, et lorsqu’ils existent, les personnages semblent se comprendre, mais le lecteur a plus de mal à saisir leur conversation pleine d’allusions. En définitive, j’ai eu du mal à supporter une prose qui laisse à penser que son auteur se regardait écrire en semblant dire au lecteur : « regardez comme j’écris bien ». Une demande de remboursement auprès de Régis Debray serait licite, à moins qu’il ne me soit rétorqué que je n’ai rien compris, ce qui est fort possible, car ce roman fut couronné par le prix Goncourt, mais que Julien Gracq refusa. Loin d’être féru de littérature, il me semble bien que Le rivage des Syrtes, livre paru en 1951, n’est qu’une imitation lourde, volontaire ou non, du roman bien plus réussi de Buzatti : Le désert des Tartares paru onze ans auparavant.