On se demande donc pourquoi le serpent fait partie du symbole de la médecine et des professions paramédicales, toutes destinées à porter secours aux autres. Le caducée des médecins comporte le Bâton guérisseur (l’arbre de vie) d’Asclépios/Esculape autour duquel s’enroule une couleuvre (sans danger pour l’homme) et surmonté d’un miroir, symbole de la prudence. Les explications de la présence du serpent, qui paraît pourtant déplacée comme symbole de professions altruistes, ne manquent pas. Il symboliserait le médicament (en raison du venin), il serait aussi un symbole de vie (alors qu’il peut tuer) parce qu'il peut changer de peau, retrouvant ainsi l'apparence de la jeunesse. On dit également que « Le serpent, en s'insinuant dans les fissures de la Terre, était censé en connaître tous les secrets et ainsi que les vertus des plantes médicinales, voire les mystères entourant la mort ! ».
L’explication qui me paraît la plus séduisante est que ce serpent figure le demi-dieu de la médecine lui-même : Asclépios pour les Grecs ou Esculape pour les Romains qui s'étaient appropriés la mythologie inventée par les Grecs en se bornant à changer le nom des protagonistes.
C’est une longue histoire. Les dieux de l’Olympe ne pensant qu’à forniquer, tout commence par une coucherie. Celle d’Apollon avec la mortelle Coronis qu’il engrossa, mais la belle fut infidèle, ce qui ulcéra le dieu, vexé que ses attraits irrésistibles soient ainsi négligés par une simple mortelle. Mauvais coucheur, il décida de tuer sa maîtresse. Un crime passionnel. Mais comme nombre d'êtres de sexe masculin, Apollon était lâche, il demanda donc à sa sœur Artémis, qui maniait l’arc comme pas une, de se charger de cette basse besogne. La charmante tueuse à gages exécuta sans hésiter le contrat confié par son frère. Mais Apollon, un peu distrait tout de même, s’aperçut que le corps de Coronis, alors qu'il était déjà sur le bûcher funéraire, portait un enfant, le sien, qu’il arracha alors du ventre de sa mère avant la flambée. Et devinez qui était cet enfant survivant ? Asclépios. Evidemment, Apollon trop occupé à forniquer ailleurs ne se chargea pas de l’éducation de son demi-dieu de fils, et le mis en pension chez le centaure Chiron, ce qui est tout de même cavalier. Chiron appris au fils d’Apollon à soigner les malades et Asclépios devint bon médecin. Comme tous les médecins, il rêva de rendre les mortels immortels en utilisant le sang de la Gorgone. L’imprudent. L'immortalité, c’est le domaine privé du dieu des dieux et Zeus foudroya le médecin téméraire qui s’était cru tout permis, une tendance qui persistera dans le temps. Mais Zeus eut des remords, ce qui est étonnant pour un dieu, et décida finalement de le ramener à la vie sous la forme d’un serpent, et à titre de dédommagement, d’une constellation, celle du Serpentaire.
Cette histoire a donc une fin heureuse. Mais il y a une suite. Asclépios sous sa nouvelle forme reptilienne revint sur terre avec son bâton pour épouser Epioné, fille du roi de Cos. Le couple eut une descendance nombreuse : les Asclépiades, prêtres-médecins, et l’un d'eux fut Hippocrate, né 460 ans avant JC, qui s’efforça, en trahissant son clan, de séparer la médecine des dieux dont il doutait de l’efficacité.
Fresque de Pompéi : Apollon le papa, Chiron le prof., Esculape (Asclépios) le bon élève.