Si la deuxième guerre mondiale fut en Europe une nécessité pour abattre le nazisme et le fascisme imposés par la folie de quelques hommes, la première fut une boucherie parfaitement inutile. Les commémorations se succèdent. S’il est important que leurs descendants rendent hommage à la mémoire des sacrifiés sur l’autel de l’aveuglement des dirigeants et de la bêtise des généraux de l’époque, commémorer à répétition les évènements désastreux de la « Grande Guerre » tient du masochisme.
Hier ce fut la commémoration de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche-Hongrie à Sarajevo, motif avancé du conflit, aujourd’hui celle de l’invasion de la Belgique par le Allemands. Sur l’invitation du roi des Belges douze chefs d’Etat – dont Hollande - sont attendus à Liège pour « fêter » ce désastre.
Que l’on fête une victoire ou la fin d’une guerre est justifié, mais pourquoi les échecs et les défaites ? L’histoire de l’Europe est riche de ces évènements, et il est à craindre que les hommes ou les femmes d’Etat soient amenés dans l’avenir à passer plus de temps à commémorer qu’à gouverner. Hollande montre l’exemple, et semble se complaire dans ce rôle passéiste où il ne prend guère de risques.
L’Europe ressasse son histoire jusqu’à la nausée. C’est un indice inquiétant : elle est plus tournée vers le passé que vers l’avenir. L’Europe est vieille et fatiguée et comme les vieillards elle vit plus dans le passé que dans le présent, et ne se projette plus guère vers l’avenir. A cet égard, la France semble être la plus percluse. De commémoration solennelle en commémoration solennelle, elle traîne solennellement son passé comme un boulet, et ancienne puissance coloniale, ses anciennes colonies vont finir par la digérer.
René Magritte : « Mémoire »
/image%2F0651388%2F20260415%2Fob_f1ab9a_me-decin-fond-noir-copie-4.jpg)
