Je trouve déprimante la mode qui consiste à se photographier soi-même – ce que permet, et en toute circonstance, le téléphone portable, organe inévitable qui fait maintenant partie de l’organisme de chaque individu - puis à l’envoyer sur les réseaux dits sociaux afin que chacun sur la planète puisse contempler la pauvre tronche ou la fesse rebondie de nombrilistes patentés.
Ces selfies, plus joliment dénommés « egoportraits » au Québec, sont l’indice d’une étrange satisfaction de soi ou peut-être d’une misère d’être. J’hésite. C’est un exhibitionnisme du vide qui s’apparente à celui du pervers qui prend plaisir à ouvrir son imperméable dans la rue pour montrer son sexe aux enfants qui passent. Le vide égocentrique est parfois entouré d’un évènement que le « selfieur » tient à photographier, non pas pour l’évènement lui-même, mais pour montrer qu’il y était.
Si les selfies sont une manière de certifier au monde, mais de façon fugace et ridicule, que l’on existe quelle que soit sa médiocrité, les peintres, eux, ont laissé par leurs autoportraits la trace d’eux-mêmes, de leur talent ou de leur génie, à travers les siècles.
A cet égard, c’est peut-être Rembrandt qui nous a offert le plus d’autoportraits exécutés à tous les âges de sa vie et dont je reproduis ici quelques uns :
A 24 et 23 ans :
A 34 ans :
A 44 ans :
A 54 ans :
A 63 ans, l’année de sa mort :
Mais l’autoportrait le plus terrible que je connaisse est celui de Picasso qui date de 1972, l’année qui précède celle de sa mort :