PARALLELES
Solitude des parallèles alignées
Cheminant chacune de son côté
Sans jamais se rencontrer
Comme deux jumelles fâchées
Peut-être qu’avec patience
Au bout de l’espace sans fin
Au bout de leur persévérance
Se rencontreront-elles enfin
Mais quand elles se croiseront
Ce sera dans l’infini leur fin
Par l’étreinte de l’intersection
J’ai toujours été captivé par les lignes parallèles. Ces lignes qui fuient devant vous en se perdant dans l’horizon lorsqu’elles sont rectilignes. Certaines meurent dans la mer, celles qui bordent les chemins meurent avec eux. Les rails peuvent épouser d’autres rails au gré des aiguillages, mais finissent par mourir dans les gares toujours séparés.
Un jour un enfant en regardant les rails du haut d’un pont m’a demandé quand et où ces lignes de fer se toucheront. Lui aussi était captivé par les parallèles. Je lui ai répondu : « jamais ».
Pour les géomètres les lignes parallèles se rejoignent à l’infini. C’est une promesse invérifiable. Une croyance. Et comme je ne suis pas croyant, je lui ai répondu : « jamais ».
Sans doute ai-je eu tort. La perspective nous donne l’illusion de leur union au lointain, mais ce n’est qu’une illusion d’optique. Par contre, les mathématiciens et les physiciens d’aujourd’hui trouvent la géométrie Euclidienne bien étroite, et ne se contentent plus des trois misérables dimensions qui encadrent notre vie. Et je ne sais pas si les parallèles ne se rejoignent pas dans le monde des particules. Dans ce monde dont nous sommes intimement faits et pourtant si étrange et si mystérieux : là où on peut être et ne pas être, ou être deux choses à la fois, ou être à deux endroits différents au même moment.
Alors ne dis jamais jamais.
