Les hommes et les femmes politiques pourraient aisément remplacer le « Je pense, donc je suis » par : « On parle de moi, donc je suis ». Bien sûr, dans notre société médiatisée cette formule peut s’appliquer à d’autres catégories de la population, et même à certains individus « ordinaires » qui cherchent à se faire connaître par tous les moyens, y compris les plus stupides ou les plus dangereux, par le biais des réseaux sociaux. Les politiciens, pour exister, recherchent la complicité des médias, peaufinent des petites phrases pour accrocher l’audience, et s’introduisent où ils peuvent pour montrer leur bobine.
Un cas exemplaire est celui de Sarkozy dont on n’arrête pas de parler depuis sa défaite électorale. Le « reviendra, reviendra pas » et le « j’y vais ou j’y vais pas » font couler beaucoup d’encre dans les journaux et les magazines depuis son départ.
« Le Canard enchaîné » (13/08/14) rapporte l’analyse d’un parlementaire (dans le « Figaro » du 7/08/14) : « Sarkozy explique qu’il n’a pas le choix, mais qu’il n’a pas choisi, qu’il a un devoir mais qu’il n’a pas pris sa décision. Qu’il va revenir alors qu’il n’est jamais parti. Que voulez-vous que l’on commente ? ».
Depuis son départ, les médias ont suivi Sarkozy à la trace : bicyclette, scooter, conférences, concerts de sa dulcinée, goûts littéraires etc…C’est à dire qu’ils ont rapporté fidèlement des non-évènements, sans aucun intérêt pour le pays, uniquement pour faire de la copie, et maintenir l’existence publique de l’ancien président par le biais de sa vie privée, alors qu’il n’y a rien à dire sur lui puisqu’il n’a fait jusqu’à présent aucune déclaration significative et exposé aucun projet.
Comme les politiciens n’ont pas grand-chose à dire, et comme l’on devine aisément ce qu’ils vont déclarer, pour appliquer le principe : « on parle de moi, donc je suis », ils sont amenés à se montrer dans d’autres domaines que la politique, ce qui conduit à une « pipolisation » de la vie politique : où je vis, avec qui je suis, ce que je fais, ce que j’aime…Photos et articles sans intérêt sur leur personnalité, et même participation à des jeux télévisés où ils cherchent à se montrer sous un jour sympathique avec la simplicité du voisin qui vient boire l’apéro dans votre foyer.
Certes, le récit du rien tient une bonne place dans les médias, mais l’inverse est plus fâcheux : l’absence de récit sur des évènements existants, et qui de ce fait n’ont pas d’existence à nos yeux, et deviennent pour nous des non-évènements. A côté de la présence médiatique de l’absence, il peut exister une absence médiatique de la présence. Mais le pire est la présence médiatique d’un évènement fabriqué de toutes pièces, et qui devient existant à nos yeux, et ce rien entraînera des réactions du public ou même des gouvernements qui seront à leur tour médiatisées en raison de leur présence.