Quand les journalistes interrogent les manifestants sur ce qui les pousse, jour après jour, à marcher dans les rues au risque de subir les bavures éventuelles des charges policières, la réponse est presque toujours la même : la colère. Mais contre quoi ? Là encore la réponse est quasi unanime : Macron. Mais pourquoi ? Là, les réponses sont de deux ordres, l’un n’excluant pas l’autre :
1) Parce qu’il est responsable de la situation. Notons que la situation est surtout le fait des manifestants eux-mêmes, alors que les motifs pour manifester sont soit insaisissables, soit multiples, et changeants, parfois individuels. La réforme des retraites étant cependant devenue ces dernières semaines le point de fixation le plus cohérent, bien qu’elle pourrait être à l’avantage d’une partie des gens qui manifestent.
2) Parce qu’il est méprisant. Les Français sont dirigés par leurs émotions alors qu’ils ont la réputation, manifestement usurpée, d’être soumis à la raison. Ils sont d’abord insatisfaits de nature et colériques de comportement. Quand ils ne savent pas exactement l’origine de leur colère, ils pensent que le gouvernement – dont on connaît la perversité machiavélique – lui, doit le savoir. Mais ils sont aussi sentimentaux. Ils veulent qu’on les aime et plus précisément être aimés du premier d’entre eux, ils sont évidemment furieux s’ils s’estiment méprisés et sont indulgents pour celui qui les flattent. Quant aux présidents de la République, ils ont tous voulu également être aimés, et Macron n’est sans doute pas le dernier à le vouloir. Il a séduit une partie de la classe politique, et pensait séduire davantage les Français. Mais ceux-ci n’aiment pas les premiers de la classe, surtout quand eux-mêmes sont les derniers. Ils ont toujours préféré Poulidor à Anquetil, le vaincu devenu inoffensif au vainqueur qui pourrait représenter une menace. Leur colère les rend aveugle et les égare, leur jalousie les perdra.
Il n’y a pas d’amour heureux.
Picasso : "Le baiser"