On a vu des manifestants brandir des petites pancartes accusant l’Etat français d’être une dictature, venant ainsi compléter celles qui, ailleurs, l’accusaient d’être raciste, brandies par des antiracistes dont le trait dominant est d’être racistes. L’Etat français serait donc une dictature raciste. Est-ce vraiment le sentiment ressenti par tous ces brandisseurs de pancartes ? Sont-ils débiles ou incultes ? Ils sont plus vraisemblablement malhonnêtes.
Les esprits totalitaires ou unidirectionnels ont une propension irrépressible à vider les mots de leur sens et à utiliser un langage inversé à l’appui de leur cause. On appelle ça de la propagande, c’est à dire un discours péremptoire contraire à la vérité, mais qui finit par faire douter d’elle. Goebbels avait été assez remarquable pour inverser le sens des mots. On a eu l’effroyable « le travail rend libre » à l’entrée de l’abattoir d’Auschwitz, mais aussi les démocraties populaires qui n’étaient ni démocratiques, ni populaires. Tous ceux qui prétendent parler au nom du peuple finissent par utiliser un langage inversé pour masquer les crimes à son égard.
Le brandisseur de pancarte accusant Macron d’être un dictateur se rend bien compte que sa durée de vie serait plutôt brève s’il manifestait dans une authentique dictature. Il serait bien embarrassé si on lui demandait combien de prisonniers politiques sont aujourd’hui dans les geôles en France, combien parmi eux ont été torturés, combien d’opposants ont été assassinés, combien de manifestants ont été tués par balles réelles, combien d’élections ont été manipulées et combien d’entre elles n’ont eu qu’un seul candidat autorisé à se présenter. Car tous les dictateurs tiennent à se revêtir des oripeaux du démocrate.
Comme les brandisseurs de pancartes dans les démocraties tiennent à revêtir les oripeaux des révolutionnaires. Alors il faut inventer une dictature pour jouer aux dissidents ou aux insoumis, car sans elle où est la dissidence, où est l’insoumission ? Certes, le jeu est sans risque, mais au moins revendiquer le statut de dissident ou d’insoumis, même si ce n’est que pour acquérir une stature de papier à l'abri des flammes.
Illustration Yue Minjun