A Paris le temps est morose : gris, pluvieux, venteux et froid. Un temps qui incite à la paresse. Une paresse que je peux me permettre alors que d’autres se tuent dans les transports plutôt qu’au travail. Une morosité qui ne peut que s’accentuer lorsqu’on écoute les chroniqueurs débattre sans fin sur cette réforme des retraites, en se répétant inlassablement. La vacuité est un art qui permet de remplir les ondes. Le fait saillant qui ressort des conversations de plateau entre ces chroniqueurs savants est qu’ils ne comprennent rien à cette réforme qualifiée pompeusement de systémique car le gouvernement se garde bien d’en dérouler les conséquences pour chacun, mais il n’est pas certain qu’il les connaisse lui-même. Le débat semble ainsi se dérouler entre deux vacuités. Mais comme la nature a horreur du vide, la vacuité traînante de la gouvernance est remplie par des débordements quasi quotidiens dans les rues, et ceci depuis près d’un an et demi ou en faisant naître des actions stupides comme le jet de vieux manuels scolaires par des enseignants mal éduqués par-dessus la grille du rectorat de Clermont-Ferrand.
Un débat ente deux vacuités ne fait de mal à personne, mais nous sommes entrés dans l’ère de la violence démocratique. Violences policières contre violences militantes. Insultes électroniques, menaces de mort et agressions. Et tout ça dans un pays où l'on travaille le moins longtemps (quand on trouve du travail), le plus imposé, le moins inégalitaire, le plus assisté, et de ce fait un des plus endettés. Il semble que les Français ont le goût du pire. Curieusement, ce sont des révolutionnaires conservateurs qui réclament le changement dont ils ne veulent pas. C’est compliqué.
Heureusement que dans cette atmosphère morose et incertaine, il existe encore une valeur sûre pour nous égayer, je veux parler de Ségolène Royal. Elle ne déçoit jamais dans sa volonté d’exister, et bien qu’en passe d’être licenciée, elle s’accroche à la banquise en attendant sa fonte.