Depuis 48 heures les médias se font l’écho de l’offre d’une plateforme née en Allemagne permettant de délivrer des arrêts de travail de 3 jours maximum et au plus toutes les 3 semaines pour 25 € pièce (prétendument remboursés par l’Assurance-maladie) et sans « perdre son temps » à se déplacer chez le médecin. La délivrance du précieux sésame étant fondée sur un questionnaire et éventuellement une téléconsultation.
Cet offre commerciale est assez osée (cette plateforme aurait cependant délivré 30000 arrêts de travail outre-Rhin) faisant réagir l’Assurance-maladie, le Conseil de l’ordre des médecins et les syndicats médicaux.
Que l’on ait pu concevoir une telle offre commerciale montre à quel point l’acte médical s’est dévalorisé. Le médecin est trop souvent vu comme un grand distributeur, soit de médicaments, soit d’arrêts de travail. Des médicaments parfois toxiques sont ou ont été en vente libre, alors pourquoi pas un distributeur d’arrêts de travail dans les grandes surfaces ? On a un peu perdu de vue que l’arrêt de travail éventuel est en principe une prescription après l’interrogatoire et l’examen du patient établissant un diagnostic.
Cette plateforme propose un nombre réduit de motifs d’arrêt de travail (sans doute après une étude statistique) : coup de froid, règles douloureuses, stress, gastro-entérite, grippe, cystite, douleur de dos ou migraine.
Je dois avouer que le « coup de froid » ne figure pas dans les livres de médecine, quant au stress, c’est un motif valable pour la majorité de la population, surtout en ce moment. C’est sans doute le motif invoqué par des employés de la RATP pour ne pas trop souffrir du manque à gagner en faisant grève, mais c’est aussi, authentiquement, le cas pour tous les travailleurs franciliens qui luttent depuis un mois, chaque jour, dans la cohue et l’attente, pour se rendre à leur boulot.
Evidemment, il est impossible d’examiner le malade en ligne (exception faite pour la dermatologie), aussi les symptômes avancés par le patient peuvent être aisément simulés (simulation qui n’est pas exclue lors d’une consultation au cabinet médical). Mais s’ils existent réellement, ils peuvent être parfois les premiers symptômes d’une maladie sérieuse, comme une endométriose pour les règles douloureuses, une maladie du tube digestif pour une gastro-entérite, une affection de l’appareil urinaire pour une cystite, une atteinte vertébrale spécifique pour un mal de dos, une maladie cérébrale plus grave pour une migraine récente. Bien entendu, ces symptômes sont le plus souvent sans gravité, mais seul le médecin, face à son patient, permet d’en juger avec souvent la nécessité pour le faire de demander des examens complémentaires.