Dans sa chronique du Point du 25/02/10, Patrick Besson a créé face aux rappeurs une nouvelle catégorie d’amuseurs : les dérappeurs (avec 2p) comme Nadine Morano peu satisfaite de l’allure des jeunes de banlieue ou Georges Frêche dont le dérapage parait être une spécialité et sa façon naturelle d’avancer.
Je rebondis sur sa chronique (je suis resté souple) pour envisager un autre aspect de la question. Puisque nous venons de vivre (à peine, pour ce qui me concerne) les jeux olympiques d’hiver, il me semble souhaitable de faire du dérapage une épreuve politique à part entière.
Cependant, il faut au préalable qu’un comité définisse les critères du dérapage : où commence-t-il ? Pour pouvoir l’homologuer et jusqu’où peut-il aller ? Sans parler de chute. Ce qui conduirait à définir les sentiers battus, le politiquement correct et le dérapage authentique, car certains athlètes politiques ne dérapent pas, ils n’expriment que ce qu’ils sont, pour eux l’effort sportif est de ne pas déraper.
Les meilleurs fans de ces champions et qui les suivent partout, sont les journalistes. Ils espèrent à chaque sortie les voir déraper dans les grandes largeurs. Beaucoup même les poussent volontiers pour obtenir d’eux un beau dérapage qu’ils pourront commenter sur des pages et des pages, sans effort, en laissant de côté les informations importantes qui en nécessitent un. Les dérapeurs, quant à eux et quoi qu’ils disent, sont en général satisfaits que l’on parle enfin de leur personne et s’épanchent sur les papiers, les ondes, les écrans, sur twitter ou facebook pour jouer les modestes en minimisant leur exploit.
Reste à organiser périodiquement une cérémonie de remise des médailles sur lesquelles serait gravée une langue de beauf sur fond de connerie. Ne serait-il pas émouvant de voir sur le podium des membres de la majorité côtoyer ceux de l’opposition enfin réunis, donnant son vrai sens au concept d’ouverture, en magnifiant par leurs exploits la fermeture d’esprit.
Il sera évidemment nécessaire de se préoccuper de l’avenir en préparant les jeunes à cette épreuve. Dans chaque parti, le dérapage devra être encouragé chez les
politiciens en herbe (ceux qui sont encore fauchés) enfin de s’attaquer aux records détenus par quelques champions d’exception pour pérenniser le spectacle et le rendre plus attrayant.