Depuis la présidence socialiste les lois sociétales se succèdent, projetées sur le devant de la scène, et conduisant immanquablement à diviser la société.
L’euthanasie, selon toute vraisemblance, sera le prochain sujet de mécontentement pour les uns et de satisfaction pour les autres, d’autant plus qu’elle a été légalisée et depuis au moins une décennie dans les pays voisins, légalisation qui n’a guère fait de vagues dans ceux-ci alors que l’on peut s’attendre en France à de vives protestations au besoin dans la rue.
Dans le milieu médical, en dehors des erreurs commises par les médecins eux-mêmes, il y a trois façons de faire mourir un patient selon son état :
La première est le suicide assisté, le patient en pleine conscience demande à être tué par un médecin qui admet les raisons du suicide, mais qui se comporte nécessairement en bourreau. En fait, le patient aurait la possibilité de se suicider lui-même mais préfère la méthode douce.
La deuxième est l’interruption active de la vie d’un patient ayant un handicap majeur sans aucun espoir de récupération et réclamée par le patient lui-même alors que sa vie n’est pas directement menacée à moyen terme.
La troisième est de laisser mourir un patient plus ou moins végétatif et dont l’état n’a aucune chance de s’améliorer après un temps d’observation suffisamment long qui peut se compter en années. Cette forme d’euthanasie passive est courante en France depuis longtemps et renforcée par la loi Léonetti qui prévoit en outre que la cessation du traitement peut être réclamée par le patient lui-même lorsqu’il peut s’exprimer ou lorsqu'il l'a fait de façon anticipée. La décision est toujours collégiale.
L’affaire Vincent Lambert est donc des plus curieuses. Tétraplégique proche de l’état végétatif, il est nourri et hydraté depuis cinq ans, ses fonctions vitales ne sont pas maintenues artificiellement (en dehors de la nutrition), mais sans espoir de récupération selon l’équipe médicale. Celle-ci, en accord avec la plus grande partie de la famille, a jugé licite d’interrompre l’alimentation artificielle. Cette interruption a été considérée comme illégale par une ordonnance prise par le tribunal administratif de Chalons en Champagne saisi par une partie (minoritaire) de la famille, considérant que nourrir le patient n’était pas maintenir sa vie artificiellement. Le Conseil d’Etat devrait trancher.
On voit que dans ce cas (comme dans d’autres), la justice prend une décision médicale, compétence qu’elle n’a pas, en opposition avec l’équipe médicale. Ce qui est ahurissant, et qui vient à l’appui de ceux qui veulent légiférer sur l’euthanasie, jugeant la loi Léonetti insuffisante.