• L’imaginaire de l’homo sapiens« Sapiens, une brève histoire de l’humanité », est un ouvrage écrit par Harari, professeur d’histoire à l’université hébraïque de Jérusalem. C’est un livre clair et intelligent qui aborde avec originalité de multiples questions. Le texte est étayé par de nombreuses références figurant au bas des pages. Il se lit comme un roman, ce qui explique son succès mondial.

    Il en ressort en particulier (ce qui n’est pas original) que l’homo sapiens est un être violent qui a une forte tendance à détruire les autres espèces dès qu’il met le pied quelque part et à supplicier celles qu’il domestique. A charge de revanche, et comme je l’ai entendu il y a peu : la revanche étant toujours une charge, cette violence, il l’exerce également contre lui-même montrant ainsi qu’il n’est de pire ennemi que soi-même. En 2002 « sur 57 millions de morts, 172000 seulement sont morts de la guerre et 569000 de crimes violents, soit un total 741000 victimes de violences humaines, pour 873000 suicides ». Il semble donc que l’être humain, si l’on se réfère à ces chiffres qui datent un peu, risque plus de mourir de sa propre main que de celle d’un autre.

    Une idée plus intéressante apparait en filigrane dans le livre : celle du rôle majeur dans l’évolution de l’humanité de l’imaginaire et de la fiction. Sont des fictions, les religions, la nation, les droits de l’homme et bien d’autres composantes de la culture. C’est la croyance par le grand nombre qui permet de les adopter comme des vérités intangibles. La culture pourrait même être comparée à un virus passant de tête en tête. Le capitalisme lui-même est basé sur l’imaginaire et la croyance, puisque l’argent que vous êtes censé posséder à la banque n’existe pas et quand il existe ce n’est que du papier sans valeur intrinsèque mais chargé de notre imaginaire et de la confiance, parfois mal placée, que nous avons dans les autres dont on espère qu’ils ont adopté la même fiction.

    Le rôle de l’imaginaire et des croyances de l’homo sapiens est largement développé en le comparant au naturel, c’est à dire à ce qui est inscrit dans la biologie et l’évolution.

    L’imaginaire de l’homo sapiens

    Matisse : « Modèle masculin »


    12 commentaires
  • L’insoumission n’est plus ce qu’elle était

    Il ne faut pas vivre dans le déni : les insoumis que nous avons en France ne sont pas à la hauteur de notre rayonnement international. Rendons-nous à la cruelle évidence, nous faisons pâle figure à côté des insoumis du Venezuela ou du Nicaragua dont l’insoumission laisse jusqu’à quelques centaines de morts sur le carreau. A notre décharge, eux savent à quoi ils ne soumettent pas : une dictature. Nos insoumis cherchent toujours à quoi ils pourraient bien l’être. Ils sont plein de bonne volonté, et ils viennent de trouver un petit quelque chose : un mec proche du Président de la République qui s’est pris indûment pour un flic. Cependant nos insoumis sont obligés pour montrer leur insoumission de joindre leur voix tonitruante à celle de leurs pires ennemis devenus ainsi leurs alliés objectifs comme le dit le jargon soviéto-mimétique.

    Non seulement nos insoumis n’ont pas un standing de niveau international et même national, mais le motif de leur insoumission a la minceur d’un cheveu de manifestant et aucun impact révolutionnaire, ce qui explique leur agitation compatible avec un syndrome de sevrage et un état de manque.

    Je n’ose pas proposer à nos mélenchonistes un stage de formation à l’insoumission au Venezuela ou au Nicaragua car il se trouve que les populations de ces pays expriment leur insoumission au risque de leur vie à des dirigeants qui sont du même bord que nos insoumis nationaux, et pour lesquels ils n’avaient pas hésité à exprimer leur admiration.

    A titre personnel, je souhaite pour le bien de tous que nos insoumis de pacotille restent aussi inoffensifs qu’ils le sont, et on ne leur reprochera pas leur usurpation d’identité, à condition, toutefois, qu’ils continuent à faire semblant d’être des révolutionnaires sans se prendre au jeu. Car s’ils arrivaient au pouvoir, ils risqueraient, s'ils s'inspirent de leurs modèles "bolivariens", de déclencher une insoumission authentique contre eux.

    Illustration : un arlequin de Picasso


    12 commentaires
  • En cette période caniculaire on nous invite à boire. Faut-il boire même si l’on n’a pas soif ? La sensation de soif est un excellent signal de régulation du métabolisme de l’eau de notre organisme. Des personnes, notamment les sportifs, on tendance à devancer l’appel, mais boire sans soif n’est pas dénué de danger même quand il ne s’agit pas d’alcool ; une consommation hydrique trop importante peut être mortelle par encéphalopathie hyponatrémique (abaissement par dilution du taux de sodium dans le milieu intérieur). En 2015 on citait le cas d’un jeune ayant bu plus de 16 litres durant un exercice d’endurance afin d’éviter des crampes musculaires, il n’a pas eu le temps d’avoir des crampes car son cerveau n’a pas aimé baigner dans une eau peu salée et il en est mort. Un cas a également été décrit chez un adepte du yoga, exercice où les efforts sont pourtant limités. Les alcooliques seront sans doute satisfaits d’apprendre qu’un abus d’eau est dangereux pour santé.

    Cependant chez les personnes âgées exposées à une température caniculaire, le phénomène régulateur de la soif est souvent émoussé, exposant aux conséquences également dramatiques d’une déshydratation sévère, et il leur est permit de boire régulièrement même sans soif.

    Et pour vous rafraîchir :

    Paul Cézanne : La fontaine

    L'EAU DES FONTAINES    

    Il y a des pays    

    Où il n’y a pas de fontaines  

    Des pays sans eau  

    Des pays malheureux  

    Il y a des pays    

    Où il y a de l’eau    

    Mais pas de fontaines    

    Ce sont des pays heureux    

    Mais qui n’ont rien compris

             

    Les fontaines    

    On les entend avant de les voir  

    La chanson joyeuse et familière    

    De l’eau clapotant dans l’eau    

    De l’eau éclaboussant la pierre  

    Un chant de promesse de bonheurs  

    Le bonheur d’apaiser la soif    

    Le bonheur de fraîcheur    

    Le bonheur de pureté

     

    Bien sûr il y a les fontaines royales    

    Avec leurs jets d’eau domestiquée  

    De l’eau qui fait des ronds  

    De l’eau qui fait le beau    

    De l’eau qui fait la roue    

    Pour se faire bien voir    

    Mais elle n’est pas à boire

     

    Les petites fontaines sont bien plus belles  

    Au milieu d’une place nue    

    Avec leur chant de chanterelle  

    Coulée de fraîcheur têtue    

    Sur la pierre douce arrondie par l’usure    

    Quelques herbes en houppes    

    Et un peu de mousse au mur    

    Dans ses mains en coupe    

    Pour exaucer une prière    

    On recueille l’eau claire    

    Que l’on boit goulûment    

    Sans retenue bruyamment  

    En serrant les doigts pour éviter les pertes    

    Le visage mouillé de fraîcheur  

    Le menton humide le sourire éclos    

    Sur une place déserte  

    Ecrasée de chaleur    

    Où les maisons volets clos    

    Abritent les dormeurs

         

    Paul Obraska


    12 commentaires
  • 272. La meilleure façon de recruter« L’American College of Cardiology et l’American Heart Association ont récemment modifié leurs recommandations pour les stratégies de prise en charge de l’hypertension artérielle. Le seuil d’hypertension est maintenant fixé à 130 mm Hg pour la systolique et 80 mm Hg pour la diastolique, contre 140 et 90 antérieurement. Le « guideline » préconise que le seuil de traitement soit fixé à 140 mm Hg et 90 mm Hg, sauf pour les personnes de 65 ans et plus » (JIM.fr 22/07/18). Il est même préconisé de traiter les patients présentant des facteurs de risque cardio-vasculaire dès 13/8 en cm Hg.

    La frontière entre la normalité et la pathologie étant déplacée par cette décision, des gens jusqu’alors considérés comme normo-tendus vont se retrouvés hypertendus et glisser de la santé à la maladie, ce qui les conduira à devoir prendre un traitement susceptible de leur provoquer des troubles qu’ils n’avaient pas.

    Bien sûr, si la modification de la norme est motivée sur le plan de la prévention, elle a néanmoins provoqué nombre de réactions pour ce qui concerne les patients à faible risque, et combien de nouveaux malades vont-ils arriver sur le « marché » ? Si je suis réticent à utiliser le terme de « marché » pour les relations médecin/patient, je n’ai aucune réticence à l’employer s’agissant des laboratoires pharmaceutiques. Le nombre de nouveaux malades si ces nouvelles recommandations sont adoptées a été estimé pour les USA et la Chine et il est considérable :

    « Aux États-Unis, 70,1 millions de personnes de 45 à 75 ans seraient en effet classées comme ayant de l’hypertension, soit 63 % de cette classe d’âge. En Chine, cela concernerait 267 millions de personnes, soit 55 % de la classe d’âge. Cela représente une augmentation relative de 26,8 % aux États-Unis et de 45,1 % en Chine par rapport à la prévalence basée sur les recommandations en vigueur jusqu’à présent. »[1] 

    En médecine, la fixation des normes peut s’avérer délicate et la frontière entre la santé et la maladie ressemble parfois à ces frontières qui passent au milieu d’un village où en changeant de trottoir, on change de pays. Mais si la chaussée d’un village c’est du dur, la tension (ou pression) artérielle (TA), c’est du variable.

    J’ai toujours été étonné par la précision des chiffres quand on parle de TA aussi bien pour les normes que pour les résultats des études où les variations rapportées sont parfois de l’ordre de quelques mm Hg. Dans la « vraie vie » la TA est un paramètre qui ne cesse de bouger. Si la TA est prise plusieurs fois de suite, il est fréquent de ne jamais retrouver les mêmes chiffres même au repos. Souvent la TA n’est pas la même aux deux bras et il peut donc arriver à la limite que l’on soit hypertendu à un bras et normo-tendu à l’autre. La TA est bien entendu fonction de notre activité physique et de nos émotions où elle s’élève. On voit donc que la précision des normes telles qu’elles seraient fixées par les nouvelles recommandations est sujette à caution, et pour affirmer que quelqu’un a une hypertension artérielle dans la zone limite, il faut s’entourer de précautions (mesures répétées, mesure ambulatoire, automesure) car la TA peut paraître élevée chez le médecin (« effet blouse blanche ») ou au contraire plus basse au cabinet que dans la vie courante (hypertension cachée).

    La médecine a de plus en plus le goût des chiffres, sans doute la nostalgie de ne pas être une science « dure ».

     

    [1] Khera R et coll. : Impact of 2017 ACC/AHA guidelines on prevalence of hypertension and eligibility for antihypertensive treatment in United States and China: nationally representative cross sectional study. BMJ 2018 ; 362 : k2357.

     


    11 commentaires
  • C’est celui qui le dit qui l’est

    On ne compte plus le nombre de fois où Erdogan a traité les Allemands d’aujourd’hui de fascistes au moindre désaccord entre l’Allemagne et la Turquie. Or c'est le régime turc qui prend progressivement toutes les couleurs du fascisme : un chef, même s’il fut élu, comme ce fut le cas pour Hitler, une idéologie : l’islamisme, la répression des opposants avec l’installation de fait d’un parti unique, le rejet des ethnies minoritaires comme les Kurdes qui succèdent aux Arméniens, la tendance conquérante ne s’exprimant pour l’instant qu’aux marges.

    Des racistes pur jus se trouvent parmi ceux et celles qui se proclament « antiracistes » car ils se permettent ouvertement de tenir des discours et des manifestations racistes. Ce sont ces antiracistes autoproclamés qui ont fait resurgir la notion de races (« racialisation») allant jusqu’à les comparer entre elles comme le fit Rokhaya Diallo en parlant « d’excellence noire » dans le Washington Post à propos de l’équipe de France de football ayant remporté la coupe du monde. Ce qui introduit une hiérarchie entre les races en respectant ainsi la définition princeps du racisme. Puis-je conseiller à Mme Diallo de ne pas étendre la comparaison en dehors du domaine sportif.  

    Quant à la Licra de Paris: dans un texte intitulé «le colonialisme vu sous un autre jour» diffusé sur Facebook elle critique «une équipe croate dramatiquement uniforme». Ce qui suggère que cette équipe a perdu la finale parce qu’elle était trop blanche ! Plus idiote et dangereuse que la Licra, tu meurs.

    Revenons à ce jugement enthousiaste de l’animateur du Daily Show : «l'Afrique a gagné la coupe du monde !» Ce n’est pas l’avis de l’écrivain algérien Kamel Daoud qui dans une chronique du Point, pense, lui, que la composition ethnique de l’équipe de France ne permet pas de proclamer une victoire de l’Afrique, mais bien au contraire sa défaite car pour exprimer leurs talents les Africains sont obligés de s’expatrier jusqu’à risquer leur vie pour y parvenir.

    Illustration : Le Caravage : "Joueurs d'échecs"


    14 commentaires
  • C’est incroyable, mais la République s’est arrêtée de marcher à la suite de faits insignifiants. Les médias s’efforcent de les gonfler en les faisant éclater, jour après jour, en petits morceaux dérisoires : pourquoi Mr Benalla, chargé par le Président de sa sécurité, avait-il un permis de port d’arme ? C’est en effet scandaleux. Pourquoi le couple Macron faisait-il confiance à Mr Benalla au point de lui confier les clefs de sa villa du Touquet ? Peut-être parce que d’autres lui avaient fait confiance auparavant pendant des années. Pourquoi avait-il un appartement de fonction ? Mais il s’agissait tout de même de l’adjoint du chef de cabinet du Président de la République, etc...

    Tout cela parce que ce personnage avait éprouvé le besoin (on se demande bien pourquoi) de jouer au flic en se faisant prêter une panoplie complète par des copains. Là où s’est un peu moins ridicule est qu’il s’est vraiment cru flic (un rêve d’enfant ?) au point de molester deux manifestants le 1er mai mais sans blesser.

    On ignorait jusqu’à présent ce qui s’était passé avant pour provoquer cette réaction de Mr Benalla, mais nous le savons à présent d’après cet extrait du Monde du 23/O7/18 : 

    « Selon Me Sahand Saber, le couple, pas tout à fait 30 ans, « des jeunes insérés, qui travaillent », n’étaient ni des manifestants ni des membres du black bloc, et n’étaient en aucun cas venus en découdre avec les forces de l’ordre. « C’étaient des badauds, des passants qui venaient prendre un verre et assister à une manifestation, explique-t-il. Ils voulaient voir à quoi ressemblait une charge de CRS. Mais la charge de CRS est tombée sur eux. »  La jeune femme et le jeune homme se trouvaient à proximité d’un café. Ils ont alors eu « une réaction sanguine, irréfléchie, admet leur avocat. Lui a lancé une carafe d’eau sur les forces de l’ordre. Elle, ne se souvient plus très bien. Mais c’était un objet qui se trouvait sous la main ». Une vidéo circulant sur Internet montre, en effet, les deux jeunes jeter, chacun, un projectile sur les CRS en faction sur la place. Puis, la jeune femme termine par un bras d’honneur. »

    Voilà, c’était des passants ordinaires, des badauds venus voir une charge de CRS et qui, comme chacun le sait, jettent, comme tout le monde, des carafes d’eau sur les CRS en faction.

    Par la suite le pseudo flic (dont l'information ci-dessus permet peut-être de comprendre la réaction (sanguine) aurait été suspendu de ses fonctions à l’Elysée mais on discute de la date de cette suspension.

    En dehors d’une usurpation de la fonction de flic par un proche du Président de la République mais avec l’assentiment d’autres flics, il ne s’est rien passé de grave, ni mort, ni blessure, ni escroquerie et la violence n’était pas gratuite mais en réaction à une agression. C’était d’ailleurs si insignifiant que des responsables haut placés chargés du maintien de l’ordre étaient apparemment dans l’ignorance, d’où la cacophonie devant la commission d’enquête de l’Assemblée.

    Quant aux députés de l’opposition, ils en ont profité pour monter sur leurs grands chevaux qui ressemblent plus à des baudets qu’à des coursiers. Mais c’est plus amusant de tempêter avec l’espoir d’ébranler le régime en rendant monstrueux des faits insignifiants, même s’ils sont répréhensibles, que de discuter de choses sérieuses comme la révision constitutionnelle qui, pourtant, les intéresse au premier chef et dont la discussion est de ce fait reportée en septembre.


    19 commentaires
  • Destiné à Brigitte (je n’écris que le prénom, mais elle se reconnaîtra) :

    Il serait opportun, voire prudent, de surveiller les fréquentations de votre jeune époux.

    Signé : un ami qui vous veut du bien.


    8 commentaires
  • Après avoir saturé les médias jusqu’à l’overdose, l’équipe de France de football a rapporté la coupe du monde, et à présent les médias la remplissent avec l’affaire Benalla. Ce personnage qui semble aimer la castagne pour la castagne a outrepassé ses attributions jusqu’à se défouler sur un manifestant le 1er mai dernier n’ayant pas eu l’occasion de le faire aux côtés de Macron qu’il semblait jusqu’à présent suivre ou précéder comme son ombre.

    Ce serait une affaire d’Etat, voire un scandale d’Etat pour ce qui reste de la droite. Le Monde s’efforce d’expliquer pourquoi c’est une affaire d’Etat, car après tout ce n’est pas si évident. Les médias se régalent avec cette affaire du matin au soir à en devenir fatigants.

    Une aubaine pour l’opposition qui n’a pratiquement rien à proposer sinon des amendements modifiant la ponctuation des projets de loi. Une affaire si cruciale que le débat sur la révision constitutionnelle envisagée est laissé de côté : du pipi de chat si on la compare à la castagne du gros bras révélée et sanctionnée avec retard. Mélenchon réclame une motion de censure du gouvernement, et comme il n’a toujours pas digéré sa quatrième place à la présidentielle, il rêve d’une destitution de Macron en parlant de Watergate.

    La démission du ministre de l’intérieur est évidemment exigée notamment par Hamon qui peut enfin faire parler de lui. Curieusement, cette démission n’avait pas été réclamée lorsque les magasins étaient pillés et les voitures brûlées par les sauvageons à la barbe des forces de l’ordre. Il est vrai que les émeutes en France sont d’une grande banalité et qu’il est prudent de ménager les sauvageons si l’on ne veut pas les aggraver, tandis que l’entrisme d’un agent de sécurité officiel dans la police c’est autrement plus grave, et bien plus que l’entrisme des islamistes à des postes sensibles dans les forces de l’ordre.


    14 commentaires
  • Fierté nationale

    La quasi-totalité des Français, des gamins des cités aux vieillards des maisons de retraite ont manifesté leur joie de voir l’équipe de France de football remporter la Coupe du Monde. Un sentiment de fierté nationale ressentie même par ceux qui se foutent de la nation française, jusqu’à cracher dessus. Tout s’est passé comme si chacun d’eux avait lui-même remporté la coupe. Une victoire par procuration, dans une communion identitaire de façade et probablement fugace.

    Bien sûr, des perdants ont rapidement voulu contester cette victoire française, en remarquant perfidement comme Maduro, l’affameur du Venezuela, ou un média américain, qu’il s’agissait en fait d’une victoire africaine en raison de la couleur de la peau de la majorité des joueurs bien que presque tous nés en France. Des sportifs noirs ont de suite répliqué que le nombre considérable de médailles olympiques remportées par des noirs américains devraient être attribuées à l’Afrique et que les victoires en rugby de l’Afrique du Sud devraient être attribuées à l’Europe. Obama a cru bon de remarquer que les joueurs de l’équipe de France ne ressemblaient pas à des Gaulois, mais il apparaît également que lui-même ne ressemble pas aux pères pèlerins anglais du Mayflower ou aux indiens d’Amérique, et qu'avec les invasions diverses, romaine, germaniques ou normande, cela fait longtemps que les Français ne ressemblent plus aux Gaulois.

    Appartenir à une nation, c’est d’abord en avoir le désir et ensuite de prendre connaissance de son héritage et même de se l’approprier, ce qui n’implique pas le rejet d’une culture familiale venue d’ailleurs, à condition que celle-ci ne devienne pas prééminente aux dépens des moeurs et des lois du pays d'accueil.

    Quoi qu’il en soit, appartenir à une nation justifie-t-il d’être fier des actions réalisées par d’autres nationaux ? N’est-ce pas ridicule d’être fier des exploits de footballeurs portant les couleurs de la France ? Peut-on être fier des artistes nés dans le pays ou de leurs œuvres ? Peut-on être fier des découvertes faites par d'autres? Et même peut-on être fiers des prouesses militaires d’une nation ?

    On ne peut être fier que de ce qu’on accomplit soi-même. On peut simplement être heureux de parler une belle langue, de faire partie d’une nation qui offre à ses nationaux de belles choses à lire et à contempler et de grands hommes ou de grandes femmes à admirer.    


    14 commentaires
  • Une très brève et incomplète histoire de l'amour masculin

    Les revers de la conquête

    « L'amour est une agitation éveillée, vive et gaie...Elle n'est nuisible qu'aux fols » disait Montaigne. Des études ont montré que le mariage était bon pour le système cardiovasculaire, à condition toutefois que la relation conjugale soit satisfaisante. D'une façon générale, l'amour partagé est favorable à la santé, mais chacun sait qu'il peut être la source de bien des maux. Ô préservatif ! « Préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ». Des amoureux, même sages, ne sont pas à l'abri du danger. Ils sont exposés à la maladie du baiser (mononucléose infectieuse), le garçon est en outre menacé de paralysie radiale s'il laisse la tête de sa promise trop longtemps appuyée sur son bras, sans oublier la fracture du talon lorsqu'il saute par la fenêtre de la chambre à l'arrivée du père soupçonneux (syndrome de Roméo). Encore que par les temps qui courent, ce soit parfois le père menacé qui saute par la fenêtre après son intrusion intempestive.

    La maladie d'amour

    Jusqu'au XIXe siècle, les troubles du comportement dus à la frustration amoureuse étaient considérés comme une vraie maladie. Elle atteignait particulièrement les beaux-fils qui tombaient amoureux d'une belle-mère, bien entendu jeune et jolie. Hippocrate en fit le diagnostic chez le roi de Macédoine Perdicas II. Erasistrate en fit de même chez  Antiochus, et Avicenne pour un prince de Rhages en Perse. Au XVIIIe siècle, on se pose toujours la question : « L'amour peut-il être guéri par les plantes ? » (Thèse de Doctorat. François Boissier de Sauvages 1726).

    Une façon moderne et plus radicale que les plantes pour calmer sa flamme est d'incendier ou de défigurer la femme qui se refuse ou de l'enlever pour la forcer au mariage et la tuer devant des policiers comme cela vient de se produire au Kirghizstan.

    Au XIXème, on parle d'hystérie puis la psychanalyse s'en empare. De nos jours les médecins ne sont plus sentimentaux. Les seuls concernés sont les sexologues qui comme leur nom l'indique s'intéressent au sexe et non pas à l'amour. « Il m'avait toujours semblé que lorsque la sexualité tend à se muer en sexologie, la sexologie ne peut plus grand chose pour la sexualité » (Romain Gary).[1]  Cependant William Masters et Virginia Johnson, eux, sont passés de l'un à l'autre : réalisant les recherches fondamentales en sexologie, publiées en 1968 (Les Réactions sexuelles), William a fini par épouser Virginia, on ne peut impunément assister au coït des autres.

    L'amour dopé

    Le philtre d'amour est de tous les temps. Un des plus anciens est le fruit de la mandragore, offrande de Rachel à Léa pour coucher à sa place avec Jacob (Genèse 30/14). Un des plus utilisés, et des plus dangereux, a été la mouche de Milan ou cantharide qui réduite en poudre provoquait les érections souhaitées mais aussi des néphrites souvent mortelles. L'ecstasy l'a remplacée, vendue dans les grandes surfaces des rave parties, tout aussi dangereuse, pouvant provoquer des dégradations cérébrales sévères, même après une seule prise. L'argument libido est toujours présent pour faire vendre les vitamines et autres compléments alimentaires.

    La médecine traditionnelle chinoise attribue à la bile d'ours le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et bien entendu de restaurer ou accroître les capacités sexuelles masculines. D'où un braconnage et surtout un élevage des ours, en Chine, Corée, Vietnam. Cette exploitation sans fondement des ours n'atténue en rien l'admiration béate de certains pour des médecines qui n'ont d'autre qualité que l'exotisme. Dans ces mêmes régions on attribue au phallus des phoques des vertus aphrodisiaques. C'est un des motifs de leur massacre à coups de gourdin sur la banquise, rouge de leur sang.

    Il est moins exotique, plus facile et moins cruel d'accroître le flux sanguin au bon endroit en avalant au bon moment un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase du type 5.

    En avoir ou pas

    Les hommes inquiets par la baisse de leur virilité se doutaient bien depuis longtemps que les testicules devaient contenir un principe actif. Dans l'antiquité et au Moyen Age, les testicules de castor étaient utilisés pour fabriquer des drogues et pommades et la légende voulait que le castor poursuivi par un chasseur se châtrait lui-même pour éviter d'être tué. Légende sans fondement car les testicules de castor sont internes. A la fin du XIXe siècle, c'est un américano-anglo-français venu de l'île Maurice, successeur de Claude Bernard, Edouard Brown-Séquard qui découvrit que même quand ils sont externes les testicules sont aussi des glandes à sécrétion interne. A 72 ans il s'injecta des extraits de testicules de chiens et cobayes et constata avec satisfaction que ses «  ardeurs défaillantes »[2] étaient ranimées. Mais cet effet s'avéra fugace. Dans les années 1920  le russo-français Serge Voronov, directeur du laboratoire de chirurgie expérimentale du Collège de France et son frère Georges greffèrent des testicules de singe, d'abord sur un arriéré, puis sur un vieil anglais disposant apparemment de toutes ses facultés et enfin sur des membres de l'intelligentsia et l'Archevêque de Paris. Ce « traitement paraît si prometteur que les compagnies d'assurances l'interdisent aux porteurs de rentes viagères »[3]. En Amérique, c'est le professeur d'urologie de Chicago, Lespinasse, qui greffa des morceaux de testicules humains récupérés après suicide ou exécution.

    Des fourmis dans un membre

    Une autre recette possible à base de fourmis est donnée par Maïmonide :"Prenez une unité d'huile de carottes, une autre de radis et un quart d'unité d'huile de moutarde. Mélangez et ajoutez-y une demi- unité de fourmis jaunes vivantes. Exposez l'huile au soleil durant quatre à sept jours. Oignez-vous-en le membre deux ou trois heures avant les rapports. Vous constatez qu'il se maintiendra même après l'émission de sperme. Rien de plus efficace n'a été trouvé en ce domaine !... " [4].

    Illustration : Bonnard "Homme et Femme"


    [1] Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable 

    [2] Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

    [3] M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

    [4] Cité par R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie

     

    12 commentaires