• 340. Pas sérieux, s’abstenirJe ne connais pas personnellement le Pr Didier Raoult. J’ai lu quelques-uns de ses écrits qui m’ont toujours paru intéressants. Pourtant, je n’ai pas pu écouter son audition au Sénat où il a refusé la discussion avec d’autres médecins de sa partie en déclarant : « Je ne peux pas me retrouver à discuter avec des gens qui disent que je fraude et que je triche… » en ajoutant : « J'ai écrit 3 500 publications internationales, je n'en ai rétracté aucune ! ». Un fait d'arme qui, pour lui, devrait faire taire tous ses contradicteurs, aucun n'étant à sa hauteur. 3500 publications, cela représente un rythme continu, même pendant le week-end, d'une étude publiée tous les quatre jours pendant quarante ans ! Et là je me suis dit, sans contester sa compétence en microbiologie (d’autant plus que je suis incapable de la juger), que ce type était peut-être brillant mais pas sérieux, et lassé de ses rodomontades, j’ai arrêté la télévision. Mais je viens de voir que la moitié des Français le soutiendraient et 4 sur 10 prendraient son traitement par l'hydroxychloroquine. D'abord, je ne vois pas exactement ce qu'ils soutiennent en dehors de l'individu pseudo rebelle, puisqu'ils sont incompétents pour le juger sur le plan médical, ensuite, choisir un traitement par sondage est une nouveauté, que semble ailleurs apprécier le microbiologiste marseillais (et non clinicien traitant comme il semble le prétendre), ce qui nous ouvre des horizons scientifiques fertiles pour les publications futures.


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  • 339. Et moi, et moi, et moi…Cette photo montre la manifestation « d'anti-masques » à Paris, place de la Nation, le 29 août (Photo by Adnan Farzat/NurPhoto via Getty Images) et on voit au premier plan la pancarte proclamant : « masque vaccin liberté de choix ». En somme, il s’agit d’une manifestation pour soi, pour sa petite personne, « je veux choisir ce qui me convient ». Le corolaire qui découle de cette proclamation rebelle est tout simplement : « les autres, je m’en fous, ce qui est important est ma liberté, celle des autres m’indiffère, ce qui peut leur arriver n’est pas mon problème". En cas d'épidémie, cette liberté réclamée est celle de transmettre son virus aux autres. Il y a des partages plus généreux. On pourrait m’accuser d’attribuer à ces manifestants des pensées qu’ils n’ont pas, mais dans ce cas, ce serait de l’inconscience, de l’irresponsabilité et aucunement un déficit cognitif qui les empêcherait de raisonner car les anti-vaccins se recrutent plus chez les diplômés, voire chez des élus, que dans les classes populaires. Or, le vaccin, comme le masque, est préconisé aussi bien pour protéger les autres que se protéger soi-même. La vaccination est efficace que si la majorité possède les anticorps contre le germe. J’ai entendu, il y a quelques années, l’actrice Adjani se vanter sur les ondes que ses enfants n’avaient pas eu de maladies contagieuses alors qu’elle avait refusé de les faire vacciner. Il ne lui est pas venu à l’esprit que ce sont les autres enfants vaccinés contre les maladies infantiles qui ont permis à ses rejetons d'y échapper. Pour le masque, c’est encore plus net : il protège davantage l’autre que soi-même dans les circonstances qui favorisent la contamination, ces conditions peuvent toujours se discuter, mais être contre le port du masque en toute circonstance ou selon son bon vouloir n’est pas sérieux en période épidémique, à moins de suivre scrupuleusement les autres gestes préventifs, même dans la foule. On pourrait, certes, déterminer les circonstances dangereuses et faire confiance à tous pour s’y plier sans aucune intervention des autorités. Ce serait l’idéal, mais je crains que cela ne soit pas très réaliste, du moins chez nous. La fondation Jean Jaurès publie aujourd’hui une première étude sur le profil des « anti-masques » en France sur plus d’un millier de réponses à un questionnaire en ligne. Les caractéristiques qui ressortent schématiquement de ce groupe sont : 1- Une majorité des femmes : 63%. L’âge moyen serait la cinquantaine. La plupart s’opposent à toute contrainte de la part de l’Etat. Une tendance populiste a été notée avec rejet des partis traditionnels et peu de participation aux élections. 2- Une défiance extrême envers les institutions en s’appuyant, entre autres, sur les cafouillages initiaux des représentants de l’Etat sur l’utilité du masque, voire sur sa dangerosité. Cette défiance touche même les hôpitaux qui ne récoltent la confiance que chez 53% des personnes interrogées (82% pour la population générale). 3- Un niveau de diplôme plus élevé que la moyenne (Bac + 2), “les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 36%”, selon l’étude, “alors que leur poids n’est que de 18% dans l’ensemble de la population française”. Les ouvriers et employés, ne représentent que 23% « des anti-masques » interrogés, deux fois moins que dans la population française. L’auteur de l’étude estime que le profil constaté (âge élevé, niveau de diplôme élevé) est similaire à celui des soutiens de Didier Raoult. 4- Un goût pour les thèses complotistes. Pour certains, la COVID-19 n’a même jamais existé. Pour d’autres, le masque serait un moyen d’asservir la population et la priver de sa liberté. Neuf répondants sur dix pensent que “le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins”...Désespérant.


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  • 338. Pas de vaccin contre le germe de la discorde

    Dans des billets précédents j’ai donné mon opinion sur la personnalité du Pr Raoult et sur ses sorties médiatiques que j’ai considérées souvent comme inopportunes, en dehors des prévisions erronées sur l’épidémie actuelle qu’il a pu faire et dont il est loin d’avoir l’exclusivité.

    Ceci dit, j’avoue être étonné que la « Société de pathologie infectieuse de langue française » (Spilf) qui regroupe plus de 500 spécialistes, ait déposé en juillet une plainte auprès du Conseil départemental de l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône contre le Pr Raoult. La Spilf l’accuse d'avoir enfreint neuf articles du Code de déontologie médicale : « Le Pr Didier Raoult a délibérément prescrit de l'hydroxychloroquine souvent associée à de l'azithromycine à des patients atteints de Covid-19 sans qu'aucune donnée acquise de la science soit clairement établie à ce sujet, et en infraction avec les recommandations des autorités de santé »… « On peut se demander si ses prises de position très tranchées n'ont pas contribué à nuire au message de prévention et de santé publique, et donc à la protection de la population, en décrédibilisant ces mesures de prévention sur des bases scientifiques infondées ».

    Pour ma part, je vois surtout une infraction à la déontologie médicale par ses jugements à la limite de la diffamation à l’égard de ses confrères, accusant les uns d’être à la solde des laboratoires pharmaceutiques et les autres d’être responsables de morts pour ne pas avoir prescrit à temps le traitement qu’il préconisait.

    Par contre, je ne vois pas pourquoi on lui reproche de l’avoir prescrit. Il n’y avait aucun médicament efficace sur le virus, et nous n’en avons toujours pas. L’hydroxychloroquine a une activité antivirale in vitro, ce produit et ses effets secondaires sont archi connus, et sa prescription à Marseille a été, me semble-il, bien encadrée. L’ennui est que depuis on a montré que ce médicament est inefficace et les essais du Pr Raoult pour en démontrer l’efficacité sont plus que douteux, ce qui lui est également reproché. Mais à ma connaissance, il n’a porté aucun préjudice à ses malades et il est plus que probable que les actions de son institut furent bénéfiques. Il a surtout eu tort de vanter son traitement alors qu’il est manifestement inefficace, de donner un faux espoir, d'inciter les malades à exiger de leur médecin qu'il soit prescrit, et surtout d’avoir accusé ses confrères de tuer des malades en ne le prescrivant pas.

    Mais s’il fallait passer devant le Conseil de l’Ordre pour avoir prescrit un médicament inefficace, le corps médical ferait la queue devant sa porte. Par ailleurs, il est souhaitable d’avoir des opinions et de susciter des controverses scientifiques, en regrettant cependant qu’elles se soient étalées dans les médias et les réseaux sociaux., comme il n’est pas interdit de se tromper tant que l’erreur ne porte pas préjudice à ses malades.

    Illustration : Sharkeys


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  • D’un côté nous avons les autorités chinoises qui proclament quasiment la fin de l’épidémie au coronavirus cuvée 2019 dans leur pays en montrant des foules joyeuses fêtant l’évènement, les gens les uns contre les autres, le visage découvert et souriant.

    D’un autre côté, en Europe et spécialement en France, on nous annonce qu’il faudra vivre longtemps avec ce virus qui semble se plaire sous nos cieux et qui n’aurait donc pas l’intention de disparaître. L’Europe (en dehors de la Suède) met le masque, la Chine le retire.

    Qui croire ? Bien sûr, il faut se méfier de la propagande chinoise qui affirme la disparition de l’épidémie et présente celle-ci comme une victoire du régime, en sous-entendant que ce régime est, de ce fait, bien plus efficace que tous les autres et pourrait ainsi devenir un modèle pour le monde entier. Attitude qui, au passage, permettrait de faire oublier la responsabilité des Chinois dans l’éclosion de maladies infectieuses ces dernières décennies.

    Mais il est fort possible qu’ils aient réellement fait disparaître l’épidémie dans leur pays, et le masque a fait partie de la panoplie préventive contre la transmission du virus. Mes précédents billets montrent que je suis partisan du port du masque, un des obstacles à la transmission interhumaine du virus, tout en étant conscient que cette contrainte est le plus souvent inutile dans le cours d’une journée.

    Car il faut garder raison. Aujourd’hui, en France, des milliers de tests de dépistage ont été effectués (on approche du million de tests par semaine). La cohorte testée est devenue importante. Certes, la proportion de cas positifs augmente, mais elle n’est actuellement que d’environ 4%. Je ne connais pas les caractéristiques de la population testée, mais il est probable qu’un grand nombre de personnes qui se font tester ont des symptômes ou craignent d’avoir contracté la covid. On encourage d’ailleurs ces personnes à se faire tester en demandant aux autres de ne pas le faire pour éviter d’engorger les centres de dépistage. On peut donc raisonnablement penser que s’agissant de la population générale le taux de contamination pourrait être inférieure à 4%, mais l'estimation devient difficile en raison de la proportion des faux négatifs qui peut atteindre environ 30% des cas testés.

    L’évaluation de la contamination dans la population générale ne pourrait être valable que si l’on teste une cohorte représentative de celle-ci et on n’est pas certain que ce soit le cas pour celle qui est actuellement testée, notamment pour ce qui concerne la proportion de jeunes dont on sait qu’ils peuvent être des porteurs asymptomatiques du virus.

    Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, si l'on admet qu’environ 95% des personnes rencontrées ne sont pas porteuses du virus, celui-ci ne disposerait finalement que d’un petit cheptel. Si les gestes barrières étaient bien respectés, dont le masque, il ne ferait pas long feu, à moins que la contamination prenne des voies que nous ignorons, mais l’exemple de la Chine n’est pas en faveur de cette hypothèse.

    On peut donc craindre que plus il y aura de personnes qui ne suivront pas les directives préventives, plus l’épidémie sera prolongée, plus longtemps nous devront porter le masque, plus on aura une surmortalité, plus l’économie ira mal et plus le chômage augmentera.


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  • L’affirmation du titre est une évidence, sinon on approcherait de la fin de l’histoire des sciences. Mais c’est aussi une définition possible de l’incertitude, état qui accompagne tout fait nouveau, et qui aujourd’hui prédomine devant l’épidémie actuelle. Une décision prise dans l’incertitude devient donc sujet à caution et source de discussions dans les pays où il est permis de discuter et où l’on passe son temps à le faire. La mise en cause de la décision parasite l’action qui en découle au risque de rendre incertain son résultat, ce qui aboutit à une nouvelle discussion sur son opportunité.

    Ce billet fait suite au billet 335 où j’exprimais vainement le vœu que mes confrères mettent un peu la sourdine dans leurs interventions dans les médias dont la teneur, pour nombre d’entre elles, va à l‘encontre des décisions gouvernementales.

    A commencer par Didier Raoult qui pérorait le 27 août dans son fief, flanqué de deux femmes politiques, édiles de la mairie de Marseille, son masque sur le menton barbu et parlant à peu de distance aux deux autres qui le portaient correctement. L’une d’entre elles a félicité la sommité de sa position « révolutionnaire » correspondant à la sienne (il me semble pourtant que cet édile est plutôt de droite). J’ai beau chercher, je ne vois pas en quoi la position de Raoult est révolutionnaire, à moins de considérer que ses interventions dans les médias et les réseaux sociaux le sont. Lors de cette conférence de presse (simultanée avec celle du Premier ministre, ce qui ne doit pas être un hasard), l’oracle de Marseille s’est encore vanté d’une mortalité plus faible à Marseille qu’à Paris, sous-entendant ainsi que tous les médecins hospitaliers parisiens sont des incompétents confrontés à son génie. Il a souligné ainsi que le nombre de patients en réanimation est “deux fois plus faible à Marseille qu’à Paris, et une mortalité deux fois plus faible également parmi les cas diagnostiqués et hospitalisés”. Mais il a ajouté : “Nous, on hospitalise plus qu'à Paris, on pense qu'il faut traiter les gens le plus tôt possible”. Ce qui veut dire qu’en hospitalisant des patients peu malades, on a évidemment moins de gens en réanimation et que la mortalité globale est évidemment plus faible. Sacré Raoult.

    Mais il n’est pas le seul à jeter le trouble. Les autorités sanitaires imposent le masque pratiquement partout dans les zones où la contamination semble fâcheusement amorcer une courbe exponentielle, mais des médecins sur les plateaux de TV affirment que le masque ne sert à rien en plein air. On se demande donc pourquoi les asiatiques, sans doute des demeurés, qui comptent cependant beaucoup moins de morts que nous, le mettent tous dans la rue en cas d’épidémie. L’argument de nos professeurs est que l’on n’a jamais démontré la contamination en plein air. Mais mes chers confrères, a-t-on démontré qu’elle ne peut pas exister ? A-t-on démontré que dans la rue une personne parlant fort à une autre, même à 1 mètre, ne peut pas lui transmettre le virus ? Il paraît que le virus s’envole, mais s’il s’envole justement dans les narines du vis-à-vis ? C’est bien connu les mouvements de l’air écartent gentiment le virus dans la bonne direction.

    Un des arguments de l’inutilité du masque en plein air est l’absence de foyers après les grandes réunions qui ont lieu malgré les directives. Mais comment le sait-on ? Ces gens se sont largement dispersés, ils n’ont pas été dépistés à la sortie de la réunion, la période d’incubation peut même être supérieure à deux semaines, et les formes asymptomatiques sont les plus nombreuses, surtout s'il s'agit de sujets jeunes, ce qui est habituellement le cas dans ces réunions.

    Parmi ces infectiologues, il y en a un (Pr Caumes) qui, pour montrer les incohérences du port du masque dans la rue, a déclaré en substance et pas peu fier de sa remarque : « des gens masqués vont passer dans la rue devant des terrasses où les consommateurs ne sont pas masqués ». Mais cher professeur, je ne vois pas où est l’incohérence. Cette disposition évitera aux gens sur le trottoir de contaminer, s’ils stationnent et parlent fort (notamment lorsqu’ils téléphonent) ceux qui sont en terrasse et qui, eux, n’ont aucune protection. Puis-je me permettre de vous trouver un peu idiot pour un spécialiste des maladies infectieuses. 


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  • 335. Chers confrères, si vous pouviez un peu la fermer !Mes confrères défilent en brochettes sur le petit (de moins en moins petit) écran : infectiologues, épidémiologistes, virologues, immunologues, urgentistes (on a même un néphrologue) pour nous parler de la covid-19, et des facéties de ce virus exotique qui a pris possession du monde à la barbe de ses dirigeants qu’ils soient démocratiques ou dictatoriaux. C’est un virus apolitique même si l’opinion que l’on a de lui semble dépendre de la position politique.

    Les journalistes sont enchantés, ils ont de quoi remplir, et les médecins sont flattés, rien ne les prédisposait à une célébrité aussi longue, elle dépasse nettement le quart d’heure d’Andy Warhol. L’un d’eux a même été pratiquement sanctifié.

    Tout ce beau monde est là pour causer. Et ça cause. Soit pour dire la même chose, soit pour se contredire eux-mêmes, soit pour s’opposer, étalant le débat médical devant le public, quand ce n’est pas leur ignorance sur ce qui se passe et surtout ce qu’il faut faire. Et c’est là que le bât blesse.

    Les uns vous disent que le masque (ce putain de masque) a la même efficacité que le préservatif pour protéger du SIDA, les autres vous disent que ça rassure, que l’on peut ainsi voir sur les visages qu’il existe une épidémie, que ça ne sert à rien en plein air, que le problème est dans les mains…etc…En fait mes confrères ne savent pas grand-chose, surtout pour ce qui concerne l’évolution même de l’épidémie sur laquelle ils sont évidemment interrogés alors qu'ils n'ont pas de réponse en dehors des constatations que chacun peut faire. On ignore la contagiosité à partir des surfaces inertes, la persistance du virus dans l’air et la durée de sa virulence hors du corps humain, les études étant contradictoires et, il faut l’avouer, difficiles à faire. Quant à l'hydroxychloroquine, la querelle fut sanglante mais le combat cessa faute de combattants...

    Alors, au moment où les autorités ont tendance à imposer de plus en plus le masque dans les lieux fréquentés clos ou pas clos, on assiste à ce déballage qui fait les délices des médias et la perplexité du public qui ne sait plus à qui se vouer, mais qui engage certains à discuter le bien-fondé des décisions en criant à la dictature.

    Vous me direz : le public a le droit de savoir, mais quand on ne sait pas vraiment, est-il nécessaire de partager avec aplomb une ignorance plus ou moins savante ?

    Alors conservons notre bon sens : qui peut le plus, peut le moins. Ce virus pénètre par le visage et sort du visage, le couvrir est un barrage même s’il n’est pas totalement hermétique, il évite aussi que vous touchiez votre visage avec les mains quand elles ont traîné sans avoir été lavées. Bien sûr que ce masque est le plus souvent inutile, mais il peut être utile une seule fois pendant la semaine et cela suffit pour le porter au milieu de vos congénères, et si eux le portent aussi vous pouvez être rassurés et s'ils se tiennent de surcroît à distance vous pouvez l'être pleinement. (Voir aussi 309 et 331)

    A mon humble avis, je ne vois pas ce que l’on peut dire de plus, alors, chers confrères si vous cessiez d’envahir les écrans pour répéter tout et parfois son contraire ou faire des prévisions dont la plupart se sont révélées fausses jusqu'à présent.


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  • 334. Coucou, le revoilàJe m’étonnais de ne plus entendre le Pr Raoult. Il vient de réapparaître dans une interview accordée aujourd’hui à Cnews, interview que je n’ai pas vue ou entendue et dont je n’ai lu que des extraits dans la presse. Je dois au préalable dire que je ne connais probablement pas le centième de ce qu’il sait sur les maladies infectieuses, ce domaine étant loin de ma spécialité. Ses points de vue étant originaux, il n’est pas inutile d’en prendre connaissance.

    Comme Trump, dont on s’est beaucoup moqué, il attribue lui aussi l’augmentation du nombre de contaminations à la pratique accrue des tests de dépistage. Ce n’est pas illogique, et pour une fois le président américain ne méritait pas les ricanements lorsqu’il avait déclaré la même chose. Toutefois, avec le temps et une épidémie persistante, il est probable que le nombre de contaminés augmentent sans que la diffusion des tests en soit la cause. Il ne faut pas accuser le thermomètre de donner de la fièvre.

    Notre professeur au cours de l’interview sort une banalité : “Plus on s'affole, moins on soigne bien”. Mais suivez mon regard : “On n’organise pas de lutte en ayant peur”…“Il faut enlever ceux qui ont peur et mettre ceux qui ont du courage devant”. Je ne vois pas très bien ce qu’il a voulu dire. Que veut dire « courage » pour un médecin en dehors d’aller porter secours à un blessé sous la mitraille ou de soigner des infectés comme l’ont fait les soignants en pleine épidémie. Quand il s’agit de prendre des décisions préventives et/ou thérapeutiques (ce que semble sous-entendre Raoult), le médecin ne prend aucun risque, c’est le malade qui en prend puisqu’il subit les conséquences d’une mauvaise décision. Paroles aussi verbales que vainement critiques. Pour les politiques, le courage est d'appliquer, dans l'incertitude, une bonne décision alors qu'elle est impopulaire.

    Il note que « dans les cas qu’on trouve, on est en train de regarder, entre ceux qu'on trouve maintenant et ceux que l'on trouvait en février ou en mars, ce n'est plus la même maladie”…Il s’agirait désormais de formes “très bénignes”“sans troubles de la coagulation”.

    Ce n’est plus la même maladie ? Je ne peux en juger (c'est possible en cas de mutation du virus), mais ce n’est peut-être plus la même population qui se contamine, peut-être est-elle plus jeune et les jeunes ont toujours fait pour la plupart des formes bénignes ou asymptomatiques.

    Puisque la maladie est devenue – à ses yeux – bénigne, on comprend qu’il ne soit guère formel sur l’utilisation de masques : “Si les masques peuvent rassurer c'est une chose, mais je suis inquiet qu'on fasse une fixation trop importante dessus, parce que maintenant c'est les gens qui vont vouloir faire la loi”. Aussi est-il partisan de la recommandation plutôt que de l’obligation. Il donne au masque un intérêt comme signal, celui qu'“il y a une maladie contagieuse qui circule”, mais il nous accorde toutefois que le masque joue un rôle physique de protection.

    Mais professeur, si vous recommandez, cela veut dire que l’on peut aussi se dispenser de la recommandation, et que des contaminés, surtout s’ils sont asymptomatiques, continueront à diffuser le virus et peut-être à tuer. Vous avez dit vous-même devant la commission parlementaire que plus l’on parle, plus on risque de dire des bêtises. Vous auriez mieux fait de vous taire plutôt que d’envoyer un tel message qui va conforter les réfractaires au masque. Je ne vous dis pas merci.    


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  • 333. Hippocrate, Pasteur, réveillez-vous !

    D’après Rue89Strasbourg, une médecin du Bas-Rhin, âgée de 60 ans, naturopathe, homéopathe et adepte de “l’hypnose humaniste” “médecin de la conscience” et non "big pharma” envoie au sein d’un groupe “contre le masque obligatoire, pour la liberté de respirer et de sourire” un certificat de complaisance sur lequel il n’y a plus qu’à ajouter son nom et son prénom : “Les masques c’est un faux problème. Imaginez, quand un petit enfant se promène avec un masque, c’est une muselière. Le problème, c’est la dictature qui monte”, dit-elle, en affirmant par ailleurs avoir réussi à guérir des malades du Covid avec des méthodes alternatives. “J’ai prescrit pour tout le monde des vitamines, des huiles essentielles, etc… Pour moi le masque, comme les vaccins, c’est un mensonge". Elle préconisait également aux patients de “se rapprocher de la nature, de prier, voire même de répéter une succession de chiffres pour se protéger du Covid”… “Radiée ou pas radiée, cela importe peu, d’autres l’ont été avant moi… Moi je m’irradie au soleil, je respire la lumière. J’ai prêté serment devant Dieu et devant Hippocrate, pas devant Bill Gates et ‘Big Pharma’, les labos pharmaceutiques", a-t-elle affirmé, interviewée par la radio locale France Bleu. 

    Je ne condamne pas a priori une position différente de celle du commun. Les progrès scientifiques viennent le plus souvent d'une position originale, voire révolutionnaire, qui s'oppose à ce qui est admis par tout le monde. Encore faut-il amener des arguments à la thèse défendue, et quand il s'agit d'un traitement, il faut aussi démontrer qu'il n'est pas nocif et qu'il est au moins aussi efficace que la conduite thérapeutique admise. Ici, cette médecin se contente d'affirmer sans démontrer, son point de vue est essentiellement idéologique et non scientifique, c'est du charlatanisme dangereux pour ses patients et on peut se demander si son cas ne relève pas de la psychiatrie.


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  • 332. Des chiffres et de l’être« Le Premier ministre Jean Castex a annoncé mardi 11 août la prolongation jusqu'au 30 octobre de l'interdiction des évènements de plus de 5 000 personnes, soulignant que la situation épidémique en France s’est dégradée. Les préfets auront la « possibilité d'y déroger avec la vérification du strict respect des consignes sanitaires » (les journaux)

    Cette limite des 5000 personnes me rend perplexe. Pourquoi 5000 et pas 4000 ou 6OOO ? Tout rassemblement est une source de contamination. Deux personnes proches qui se parlent est l’occasion pour un virus de passer de l’une à l’autre, à cheval sur un postillon ou transporté plus élégamment par un aérosol. Ce qui compte est de faire obstacle à cette migration. 10000 personnes qui se réunissent en portant toutes un masque couvrant la bouche pour ne pas émettre et couvrant le nez pour ne pas recevoir, en se lavant les mains avant et après de se réunir, en évitant entre temps de se toucher le visage et les yeux, exposent à moins de danger de propagation du virus que 10 personnes dans un milieu clos ne prenant aucune précaution.

    Je sais bien que ceux qui nous dirigent doivent prendre des décisions, mais ces décisions ont parfois l'allure d'oukases dont on se demande la justification. C'est en particulier le cas des décisions chiffrées qui paraissent le plus souvent totalement arbitraires.


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  • 331. La révolte contre la médecine

    Cette image montre une manifestation de 20000 Allemands environ descendus dans le rue à Berlin, le 1er août, pour s’élever contre les mesures imposées pour lutter contre la pandémie qui immobilise plus ou moins le monde depuis l’hiver dernier, avec comme slogan : « la fin de la pandémie, le jour de la liberté ». Notons que ces citoyens allemands décrètent la fin de la pandémie qu’ils estiment ainsi de leur décision. Peut-être que certains d’entre eux se rangent parmi les « complotistes » qui pensent que cette pandémie a été montée de toutes pièces ou même qu’elle n’existe pas.

    Nous avons eu droit à une présence médiatique médicale dense et multi-quotidienne, ce qui a permis au public de voir les failles et les contradictions de la science médicale. Nous avons aussi assisté à des querelles entre les médecins, où la controverse très habituelle et très saine dans la sphère médicale s’est étalée dans les médias, touchant le public et devenant même matière politique. Chaque opinion sur la conduite médicale à suivre ayant ses partisans hors du milieu médical dont certains ont été – comme c’est devenu habituel aujourd’hui – jusqu’à menacer physiquement les médecins n’ayant pas la même opinion que la leur, opinion basée sur une croyance plus que sur des faits. Mais il faut admettre que devant un virus nouveau, les renseignements erronés initialement venus de Chine et les retournements du corps médical au fur et à mesure des constations, le public a été tenté de croire plutôt que de savoir, le savoir paraissant incertain, et une incertitude étalée quotidiennement au grand jour, ce qui n’est pas pour donner confiance.

    La présence médicale dans les médias a-t-elle été excessive et continue-t-elle à l'être ? Oui, pour ce qui me concerne. Les journalistes se livrent depuis le début à une pêche aux médecins venus de tous les horizons et pas toujours du meilleur. Chaque médecin répétant ce que disait son voisin ou son prédécesseur sur le plateau, même quand il s’agissait d’une affirmation se révélant fausse par la suite. Mais était-ce inutile pour le public confronté pour la première fois à une pandémie ? En Occident, nous n’avions aucun des réflexes communs aux asiatiques proches de la Chine. N’avions-nous pas tendance à nous moquer des asiatiques marchant masqués dans la rue ? Moi-même j’avais un sourire narquois en voyant des Chinois masqués dans les rues de Paris quelques mois avant le déclenchement de la pandémie en Europe. La répétition est la méthode la plus efficace de la pédagogie et le masque est devenu un objet commun, on sort dans la rue muni d’un masque comme on se munit de ses clefs. Il faut en outre constater que la présence médicale itérative, la répétition ad nauseam des conseils préventifs ont permis aux politiques d’imposer des mesures liberticides, mais contre lesquelles une partie de la population se révolte.

    A-t-elle raison de se révolter ? Un malade peut toujours refuser un traitement, une personne saine peut toujours refuser une prévention. L’un comme l’autre prend un risque pour lui-même. En cas d’épidémie grave, il ne s’agit plus de soi mais des autres (comme pour la vaccination où l'on n'est pas seul en cause). Il est licite de restreindre la liberté d’un individu s’il représente une menace pour les autres jusqu'à l’assigner à résidence. Toutes proportions gardées, on enferme un criminel s’il représente une menace pour la société. Si un individu est porteur d’une maladie contagieuse et qu’il ne fait rien pour ne pas contaminer les autres dont certains risquent de mourir de la maladie, n’est-ce pas criminel ?

    Mais le point d’achoppement est le suivant : les mesures préconisées sont-elles les bonnes ? En matière médicale tout est basé sur la confiance, et elle a été fortement entamée par les tergiversations, notamment au sujet des masques à propos desquels on a assisté à une comédie de dupes tristement hilarante. On sait que lorsqu’un médecin fait une seule erreur, il n’a plus la confiance de son patient. Le doute sur l’opportunité des mesures médicales sévères est renforcé par le fait que d’autres conduites différentes ont été adoptées ailleurs mais dont l’efficacité n’a pas été clairement établie, notamment en Suède. Reste que dans les pays où les mesures que nous avons suivies sont mal conduites, la situation parait préoccupante.

    Alors, faute de mieux, faites confiance à vos médecins. Quoi qu'il en soit, ce sont eux les mieux placés pour vous aider, la plupart conservent leur bon sens et ne cessent de s'informer et ils ont été plutôt bons pour prendre en charge les malades dans la tourmente, comme le furent les autres soignants.


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