• 286. Un métier tout confort.84 % des Français seraient favorables à des dispositions visant à « répartir équitablement les médecins sur le territoire quitte à leur imposer leur lieu d’exercice les premières années ». (Sondage IPSOS).

    Rien d’étonnant à cela. D’abord parce que l’on comprend très bien que chacun est logiquement inquiet de ne pas avoir un médecin à proximité de chez lui, ensuite parce que ce n’est pas à lui que l’on impose éventuellement d’habiter dans un lieu qu’il n’aurait pas choisi, sauf s’il est fonctionnaire, ce que le médecin n’est pas encore, mais ce qui ne saurait tarder avec les inconvénients pour les patients que l’on peut observer lorsque c’est le cas.

    Reste que des agglomérations peuvent se retrouver sans médecin malgré les efforts des municipalités pour en attirer. C’est un vrai problème, mais ce problème ne doit pas être isolé du reste : suppression des services publics, des écoles, des petits commerces, loisirs limités ou totalement absents et les médecins font partie de la charrette. Pourquoi les médecins iraient dans des lieux que les gens fuient pour se rapprocher d’une métropole. Mais il est possible que l’on soit obligé un jour ou l’autre d’établir un mode régulation ce qui ne favorisera pas le recrutement des médecins généralistes dont l’exercice n’attire guère les jeunes.

    Ceci étant dit, je trouve injuste et injurieux l’exposé des motifs de l’amendement proposé (et depuis retiré) à la loi de santé par des députés de la « France insoumise » (Caroline Fiat et consorts) : « Cette liberté d’installation constitue une forme d’ingratitude corporatiste envers la collectivité » ou encore « la liberté d’installation totale (…) les mène à privilégier leur confort de vie présumé sur leur mission de service public »

    Il ressort de ce genre d’arguments que les médecins libéraux sont corporatistes, ingrats (sous- entendu que leurs études sont payées par la société) et que leur vie est confortable.

    Les médecins sont-ils corporatistes ? Ils le sont moins que la plupart des corps de métier car ce sont des libéraux (donc plus ou moins individualistes) et qu’ils ne font pratiquement jamais grève, et même en cas de grève, ils continuent le plus souvent à soigner leurs malades. Rien à voir avec les corporations des transports par exemple qui ont également une mission de service public et qui n’hésitent pas à immobiliser un pays.

    Les médecins sont-ils ingrats ? Ils suivent des études universitaires prises en charge (en dehors des frais d’inscription) de la même façon que toutes les autres études universitaires, mais ce que semble ignorer (entre autres) les députés de la « France insoumise » est que c’est l’Etat qui est ingrat car il reste débiteur vis à vis des étudiants en médecine au terme de leurs études. Ces étudiants passent autant de temps à contribuer à la bonne marche des hôpitaux qu’à se former. Sans les externes et les internes, les hôpitaux ne pourraient tout simplement pas fonctionner correctement.

    En 2018 le président d’un syndicat médical (UFML) a fait faire une étude sérieuse avec la contribution d’économistes et de juristes pour évaluer le coût pour l’Etat si les externes étaient remplacés par des salariés de l’hôpital effectuant le même nombre d’heures et la même chose si l’interne était remplacé par un assistant : « ainsi, il (l’Etat) économise 80 000 euros  par cursus pour un étudiant en médecine générale, 120 000 euros par cursus pour un étudiant de spécialité et 200 000 euros par cursus pour un étudiant en chirurgie. Lorsque l'on fait une moyenne de 120 000 euros par étudiant, que l'on multiplie par 8 500 que sont le nombre d'étudiants admis à passer en deuxième année selon le numerus clausus, on arrive à une économie de plus d'un milliard d'euros par génération ». Alors les insoumis au bon sens, vous trouvez que les médecins sont ingrats ?

    Les médecins recherchent-ils une vie confortable ? Moi qui ai travaillé une dizaine d’heures par jour et parfois la nuit pendant plusieurs décennies, j’ai du mal à répondre à cette question. J’ai trouvé mon métier passionnant mais pas confortable du tout. Si l’on recherche le confort, il faut faire impérativement un autre métier.


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  • Le nom du site de presse de la Bibliothèque nationale de France est dans le français le plus pur : Retronews.fr ! J’aimerais savoir pourquoi les responsables français de la BnF ont éprouvé le besoin d’utiliser l’anglo-saxon pour baptiser ce site qui émane d’une administration française regroupant des archives essentiellement françaises.

    Quoi qu’il en soit, en février dernier, l’historien Anton Serdeczny qui s’est intéressé à l’histoire de la réanimation y publia un article* très documenté à partir des journaux du XVIIIe siècle sur une méthode pour le moins originale de réanimation des noyés venue de Hollande et qui consistait à insuffler de la fumée de tabac dans le rectum du noyé

    Le fondement de la réanimation

    Tiré de la Gazette du commerce du 3 mars 1770, les recommandations venues d’Amsterdam :

    « Premièrement, il faut souffler dans le fondement du noyé, au moyen d’une pipe ordinaire, d’un tuyau, d’une gaine de couteau ou d’un fourreau d’épée, dont on aura coupé le bout, ou d’un souflet [sic].

    Plus cette opération sera prompte, forte & continue, plus elle sera avantageuse ; elle deviendra encore plus efficace, si l’on se sert d’une pipe à fumer, ou d’un fumigateur, pour introduire dans le corps du noyé, au lieu d’air simple, la fumée chaude & pénétrante du tabac.

    On ne peut mettre trop de célérité dans cette première opération qui peut avoir lieu au moment même où le corps est tiré de l’eau, soit sur un bateau, soit sur le rivage, & en quelque lieu que le noyé soit posé. »

    La Société d’agriculture de Nantes qui diffusa la méthode recommande également de suivre l’insufflation du tabac par le réchauffement du noyé (ce qui est sensé) au besoin en écorchant un mouton sur-le-champ (ce qui est plus délicat et aléatoire) pour couvrir le noyé de sa peau encore chaude, ou, s’il se trouve « une personne saine qui auroit le courage », en se couchant nu dans un même lit contre la victime. Cette dernière proposition est tout de même curieuse car il est rare de trouver un lit au bord de l'eau et l'urgence veut que l'on n'a guère le temps de transporter le noyé dans une chambre à coucher.

    Et la Gazette du commerce de rapporter la réanimation d’un noyé au mois de mai suivant par cette méthode un peu fumeuse :

    « Aussi-tôt [sic] que les pipes & le tabac furent arrivés, un des camarades du noyé chargea une des pipes, & lui en souffla la fumée dans l’anus, la bouche & les narines, ce qu’il exécuta à diverses reprises.

    À la seconde pipe, & environ trois quarts d’heure après que le noyé eut été retiré de l’eau, il commença à donner quelques signes de vie ; il lui survint une espèce de râle ou sterteur semblable à celui d’un homme tombé en apoplexie, ou prêt à expirer.

    À la troisième pipe, il s’agita de tout son corps, de manière que trois hommes robustes avoient de la peine à le contenir, & il se mit à faire des hurlements. On lui fit alors sentir de nouveau de l’eau de Cologne & de l’eau de la Reine de Hongrie, dont on lui frotta les tempes & les bords des lèvres, sans discontinuer d’introduire de la fumée de tabac dans l’anus. »

    On peut aisément comprendre que revenu à la vie, le noyé se fut agité en hurlant et que trois hommes robustes furent nécessaires pour le contenir.

    Néanmoins, on ne douta pas de l’efficacité de cette méthode de réanimation, et un apothicaire créa même une « boîte fumigatoire », contenant le matériel propre à administrer le traitement le plus efficace (la fumée de tabac dans le derrière des noyés). Ces boîtes furent placées à intervalles réguliers le long des quais de la Seine, et, dès l’année suivante, dans tout le royaume de France. « On doit regarder comme une des découvertes les plus importantes pour l’humanité les boites fumigatoires destinées à rappeler à la vie les noyés. » selon la Gazette du commerce.

    Ces « boîtes fumigatoires » devinrent en quelque sorte les défibrillateurs de l’époque.

    Au milieu du siècle suivant, insuffler de la fumée de tabac dans le derrière (avec quelques conseils pour désobstruer la canule en cas d’obstruction par des matières) était encore considéré comme un dernier recours.

    Sur ce blog une cinquantaine d’articles (les premières chroniques médicales) furent consacrés à l’histoire de la médecine, il eut été dommage de ne pas ajouter celui-ci qui montre encore que les médecins ne supportent pas leur impuissance face à la maladie et la mort et qu’ils essayent parfois tout et n’importe quoi. Il faut cependant noter que nombre de noyés semblent avoir été réanimés par voie rectale et après tout on ne sait pas si l’insufflation de nicotine dans le fondement ne provoque pas de l’effet. Mais j'aimerais connaître le raisonnement physiopathologique qui permit à l'inventeur de la méthode de penser que  d'insuffler de l'air et de la fumée de tabac dans le derrière permettrait de libérer les voies aériennes de l'avant.

    L’histoire de la médecine est émaillée de traitements qui nous paraissent farfelus et parfois dangereux comme la saignée qui, efficace dans quelques maladies, fut appliquée à toutes les maladies y compris l’anémie. Peut-être que nos successeurs s’étonneront de certaines des thérapeutiques que nous appliquons aujourd’hui. Et sans aller dans l’avenir lointain, je m’étonne parfois aujourd’hui de certaines de mes pratiques lorsque j’étais jeune médecin.

    * Article rapporté par le site egora


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  • C’est en 1677 que le Hollandais Johan Hamm ou son compatriote Antoine Van Leeuwenhoek découvrit les spermatozoïdes alors qu’ils étaient à portée de main depuis la nuit des temps. A l’époque, certains, les « spermatistes », pensèrent que les spermatozoïdes étaient des êtres entièrement formés, de sexe soit masculin soit féminin et devant leur profusion se sont même demandé si le sperme d’Adam ne contenait pas déjà toute l’Humanité à venir. « Voilà donc toute la fécondité qui avait été attribuée aux femelles rendues aux mâles ». (Moreau de Maupertuis cité par Kûss et Grégoir, Histoire illustrée de l’urologie).

    De Graaf qui, à la même époque, toujours aux Pays-Bas, découvrit le follicule ovarien, donna au contraire, avec les « ovistes », la priorité à l’ovule et un rôle secondaire au spermatozoïde. La vérité est, comme toujours, à la jonction des deux.

    Mais sans aller jusqu’au machisme des « spermaticistes », à la question enfantine : comment on fait les bébés ? La réponse va souvent dans le même sens quand les parents expliquent la fécondation à leur rejeton curieux comme l’introduction active de la « petite graine » paternelle dans le ventre maternel ainsi passivement fécondé. Récit soutenu par la biologie habituellement enseignée qui décrit, en somme, une course effrénée et concurrentielle des spermatozoïdes pour atteindre l’ovule confortablement installé dans une trompe (« la belle endormie » ou « femme au foyer » pour les féministes) attendant que l’un d’eux (« le preux chevalier ») réussisse à perforer son enveloppe pour apporter son lot complémentaire et indispensable de chromosomes, en calquant ainsi sur le coït la pénétration d’un gamète féminin par un gamète masculin.

    Des biologistes, notamment féminines, s’élève contre cette présentation de la fécondation qui leur semble obéir à des stéréotypes (voir l’article de Slate) : une présentation où l’élément mâle domine par sa mobilité et son agressivité. Ces biologistes se rangent ainsi du côté de de Graaf et des « ovistes », dans la querelle du XVIIème siècle. Non sans quelques arguments, les deux gamètes s’accrochent en fait l’un à l’autre dans une alliance féconde par l’encastrement de protéines à géométrie complémentaire situées à la surface de leur membrane.

    « La petite graine » aurait dans ce cas du souci à se faire quant à son prestige : ce ne serait pas elle qui pénètrerait de force dans l’ovule grâce à son énergie et à sa tête aussi chercheuse que perforatrice, mais c’est l’ovule qui la boufferait après l’avoir attirée dans ses filets. Une conception qui devrait plaire aux féministes.


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  • En lisant un article d’Elodie Emery sur la prévention du Sida paru dans l’Express du 13/01/19, j’ai appris une nouvelle étonnante, ahurissante, bouleversante, effarante, étrange, inattendue, inconcevable, incroyable, renversante, stupéfiante, ébouriffante, époustouflante, mais surtout désopilante : le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) agit en pleine conscience et ses opinions sont pour le moins nauséabondes. D’après le "petit lexique à usage interne" de l'association « Paris sans sida » de la mairie de Paris, que L'Express a pu consulter, il est recommandé de dire que "le VIH est raciste, homophobe et transphobe" pour éviter de dire que "le VIH touche particulièrement les HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) et les migrants". L'idée générale étant de "ne pas insister sur la responsabilité des individus".

    Il me semble que les adjectifs par lesquels j’ai pu qualifier cette information sont encore au-dessous de la vérité.

    A cela, il faut ajouter un maternage aveugle qui s’efforce de dégager de toute responsabilité les HSH dans leurs prises de risques. Si une majorité d’homosexuels masculins ont un comportement responsable en prenant toutes les précautions dans leur activité sexuelle pour éviter la contamination et la propagation de l’infection au VIH (« safer sex »), d’autres prennent, par leur comportement, des risques pour eux et les autres. Le préservatif est de plus en plus abandonné depuis l’introduction de la PrEP ("prophylaxie pré-exposition") par le Truvada (voir aussi 165 et 192), médicament onéreux (à présent remboursé par l’assurance-maladie) qui assure une prévention correcte en encadrant (traitement de 3 jours) la prise de risques et du TPE, ("traitement post-exposition") qui est un traitement plus lourd de quatre semaines à prendre en urgence après un rapport « à risque ».

    Il me semble qu’il est tout de même de la responsabilité des individus de prendre ou non des risques, comme de faire payer à la société leurs envies passagères s’ils se dispensent du préservatif.

    A noter que d’après l’article de l’Express, l’association « Paris sans sida » de la mairie de Paris met toutes les mesures préventives sur le même plan alors que si le préservatif est bon marché et assure une protection contre toutes les maladies sexuellement transmissibles, dont la syphilis qui fait un retour en force, les médicaments, eux, sont onéreux et ne protègent que contre l’infection par le VIH.


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  • Je lis en ce moment un livre (un de mes cadeaux pour Noël) de Yascha Mounk intitulé : Le peuple contre la démocratie. Il analyse avec beaucoup de clarté le processus qui peut conduire la volonté populaire à détruire la démocratie libérale, les cas où la démocratie poussée à l’extrême sous sa forme « populiste » avec sa haine des élites, et son adhésion aux solutions simples assorties de quelques boucs émissaires commodes, finit par détruire la part libérale d’un régime, c’est à dire le respect et la garantie institutionnelle des libertés individuelles. Un processus qui risque de conduire le peuple souverain à abdiquer sa souveraineté au profit d’un autocrate ou d’un dictateur.

    Dans mon billet : « 279. La primauté de la loi sur la science » j’avais noté que les juges prenaient facilement des décisions en établissant sans la moindre preuve scientifique un rapport de causalité entre deux évènements médicaux simplement en raison de leur succession chronologique.

    Nous savons tous que la politique intervient dans la science ne serait-ce que pour des raisons éthiques, mais dans les démocraties libérales les politiques tiennent en général compte des données scientifiques pour prendre leurs décisions.

    Il semble que les dirigeants dits « populistes », champions de la désinformation, ont tendance à se dispenser des preuves scientifiques si cela peut faire plaisir à une partie de la population. « La concurrence organisée par ces groupes politiques entre l’expertise scientifique et l’expertise populaire, au nom d’une prétendue égalité des opinions, ne peut qu’être redoutée par ceux qui fondent leur discours sur les preuves et refusent les raccourcis faciles. » (Aurélie Haroche, Journal International de Médecine).

    Donald Trump, qui manie les fausses nouvelles avec un culot qui force l’admiration n’hésite pas à le faire même pour la médecine et la science, en recommandant en outre aux membres du National Health Institute (NIH) de ne plus utiliser la formule "fondé sur les preuves". Ce que l’on peut reconnaître au Président américain, c’est sa franchise puisqu’il réclame le droit de dire n’importe quoi à visage découvert, en encourageant les autres, et même les scientifiques, à faire de même.

    En Italie, l’une des premières décisions du nouveau pouvoir que l’on peut considérer comme populiste a été de revenir sur l’obligation vaccinale qui avait été une réponse à l’affaiblissement de la couverture vaccinale des jeunes enfants. Admirons au passage l’expertise de Matteo Salvini, vice-président du Conseil, lorsqu’il a affirmé qu’il considérait « en tant que père » que les vaccins étaient « trop nombreux, inutiles et nocifs ». Ce qui a conduit des responsables de l’Institut supérieur de la santé (ISS) à démissionner. Ce qui conduira sans doute les autorités italiennes à choisir un personnel médical, non pas sur des critères de compétence, mais sur leur caractère politico-compatible (ce qui n’est pas une spécialité italienne). Le ministère italien de la Santé a d’ailleurs évoqué la possibilité de porter plainte contre ceux qui, par leurs critiques, « entachent l’honneur et la réputation des institutions ».


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  • En cette période agitée où les Français se plaignent beaucoup de leur sort, ils ont tout de même l’avantage d’avoir un système de santé qui reste encore performant malgré ses imperfections, où tous les soins sont gratuits pour plusieurs millions d’entre eux en raison de la faiblesse de leurs ressources, et peu onéreux pour les autres malgré le prix très élevé de certains actes dont ils peuvent bénéficier.

    Dans d’autres lieux, des patients sont pris en otages dans les hôpitaux dans lesquels ils ont été soignés, et ne peuvent en sortir que lorsque les factures des soins ont été réglées par la famille. Les patients peuvent ainsi être enchaînés derrière des portes verrouillées et gardées par des hommes en armes qui patrouillent dans les couloirs.

    C’est ce qui ressort d’une enquête publiée par l'agence de presse américaine Associated press (AP). Ces faits ont été observés dans une trentaine de pays. La pratique serait courante au Kenya et au Congo mais également signalée en Inde, en Chine, en Thaïlande, en Iran, en Bulgarie, en Lituanie et en Amérique latine. Des dizaines de femmes auraient été détenues à la maternité de Pumwani (Kenya) après la naissance de leur enfant. "Même la mort ne garantit pas la libération", relève AP. Les hôpitaux et les morgues kenyans retiennent des centaines de corps afin de forcer les familles à payer les factures.

    D’après le Dr Ashish Jha, directeur du Harvard Global Health Institute. "Ce sont probablement des centaines de milliers, voire des millions de personnes qui sont affectées dans le monde entier."

    Sources : Egora et  Apnews.com


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  • 280. Le retour de l’ArlésienneLa ministre de la Santé vient de relancer aujourd'hui le « dossier médical personnel ou partagé » (DMP). Sur ce blog, j’avais déjà écrit deux articles sur ce sujet en 2009 et 2010. En les relisant huit ans après, je n’ai pas l’impression qu’ils sont devenus obsolètes. En théorie l’idée n’est pas mauvaise, mais en pratique elle a des inconvénients, et notamment celui de conduire le médecin à passer plus de temps devant son ordinateur à chercher un renseignement dans le DMP (qui risque à la longue d’être monstrueux) ou à y introduire des données qu’à écouter et à examiner son patient.

    Lire la suite...


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  • 279. La primauté de la loi sur la science

    Dans les années 80 du siècle dernier, il était imposé aux médecins de ne rechercher l’infection par le virus du Sida chez un patient qu’avec son autorisation afin de ne pas stigmatiser les homosexuels, alors que la maladie était à l’époque toujours mortelle. Le ministère de la Santé s’était passé de l’avis des médecins qui le plus souvent passaient outre ce principe politique et antiscientifique afin de protéger le personnel de santé d’une éventuelle contamination par le sang.

    Récemment, c’est aux députés de l’Assemblée nationale que fut demandé de décider si les homosexuels masculins, population la plus menacée et la plus atteinte par le VIH, pouvaient donner ou non leur sang sans restriction. Leur décision fut prudente bien que prise par des personnes qui – a priori – ne connaissaient rien à la question. On ne voit vraiment pas pourquoi cette décision devait être débattue à l’Assemblée nationale alors qu’il s’agit d’un problème purement médical dont la solution est du domaine, non des politiques, mais des responsables des banques de sang, des infectiologues ou de l’Académie nationale de médecine et sans nécessité d'une loi mais d'un simple règlement de  fonctionnement des banques de sang.

    A trois reprises les juges ont admis que les vaccins pouvaient entraîner l’apparition de maladies alors qu’aucune étude sérieuse n’a permis jusqu’à présent d’établir une relation de cause à effet entre une vaccination et l’apparition ultérieure d’une maladie.

    Ce fut le cas en décembre 2017 où la cour administrative d’appel de Nantes a condamné l’Etat à verser une indemnité de plus de 190000 € à une secrétaire médicale qui, obligée de se vacciner contre l’hépatite B, avait développé par la suite une atteinte musculaire (myofasciite à macrophages).

    En janvier 2018, à Bordeaux ce fut le tour du laboratoire Sanofi d’être tenu pour responsable de l’apparition d’une sclérose en plaques d’un homme vacciné contre l’hépatite B en 1996.

    La cour d’appel de Montpellier, en mars 2018, a condamné l’armée française à verser une pension à un ancien militaire atteint d’une sclérose en plaques 16 mois après une vaccination, en 2005, contre la fièvre jaune.

    On se demande évidemment sur quoi s’appuient les juges pour établir des liens de causalité entre deux évènements alors que les scientifiques ont été jusqu’à présent incapables de les établir. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut affirmer avec certitude qu’ils n’existent pas, mais la preuve n’en a pas été apportée jusqu’à présent. Les juges sont en avance, ils écartent toute possibilité de coïncidence, il suffit que deux événements de nature semblable (médicale en l’occurrence) se succèdent pour établir une relation de cause à effet entre le premier et le second.

    La causalité juridique n’a donc rien à voir avec la causalité scientifique mais s’avère avoir la priorité dans les faits. De tels jugements ne sont évidemment pas sans conséquence sur l’adhésion de la population à la vaccination. Remarquons qu’il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de procédures judiciaires étant donné le nombre de vaccinés et la probabilité de survenue chez certains d'entre eux d’une maladie quelconque dans la période post-vaccinale.

    Illustration : Gaston Mélingue « Le Dr Edward Jenner réalisant la première vaccination » (le 14 mai 1796)


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  • 278. On n’a pas de moyens, mais on a des idéesLe nombre de passages aux urgences hospitalières est passé de 7 millions en 1990 à 23 millions aujourd’hui. Inutile de dire qu’elles sont surchargées et que l’attente est longue. Les causes de cette surcharge sont multiples : fermeture des petits services d’urgence, car moins équipées, mais qui avaient l’intérêt de faire un premier tri, fermeture de lits en aval, et médecins généralistes eux-mêmes moins disponibles. Parmi ces millions de patients se présentant aux urgences, beaucoup ne nécessitent pas une intervention médicale rapide et si certains trouvent plus commode d’aller à l’hôpital pour leur bobo, d’autres ne peuvent pas faire autrement pour être soignés.

    Devant cette inflation de pseudo urgences qui encombrent les couloirs et les salles, le député LREM Olivier Véran et néanmoins médecin, considère qu’un quart des patients dans les services d’urgence relèvent en réalité de la médecine de proximité, d’où son idée lumineuse (qui semble intéresser la ministre de la Santé Agnès Buzyn) : pour désengorger les urgences, il suffit de renvoyer les patients, et récompenser par des primes les services qui le feraient. Se faire payer pour ne pas soigner, travailler moins pour gagner plus (pour l’hôpital).

    Des patients pourraient ainsi se trouver entre l’hôpital dont ils ont été renvoyés (même à juste titre) et une médecine de proximité pas toujours accessible (surtout dans les « déserts médicaux »).

    Mais la question n’est pas là : qui va décider qu’un patient ne nécessite pas de soins rapides et comment va-t-on pouvoir l’affirmer ? En dehors de quelques cas évidents comme une dermatose, un diagnostic de non gravité impose au moins un interrogatoire, souvent un examen physique et parfois des examens complémentaires biologiques et/ou radiologiques et on se retrouve devant la situation habituelle. A moins que l’infirmière ou le médecin juge « au pif » et bonjour les dégâts et les procès. 


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  • Le plan pour rénover notre système de santé a donc été dévoilé ces jours-ci. J’avoue que l’intitulé de ce plan m’a un peu irrité, sans préjuger de son contenu : « Ma santé 2022 ». Un intitulé qui cède à la mode du possessif imbécile au même titre que les jeans troués ou la barbe de trois jours. On ne met plus une chose à votre disposition mais on vous attribue « ma chose », mon espace, mon compte etc…Evidemment « Ma santé 2022 » ne veut rien dire, on serait bien en peine de la prévoir dans 4 ans, et il ne s’agit pas de ma santé mais de la réforme du système de santé destiné à toute la population. Bien sûr, c’est un procédé de communication pour montrer que ce plan est un cadeau qui m’est fait personnellement et pour lequel je devrais être reconnaissant.

    « Ma santé 2022 » rétablit ce qui existait lors de mon activité : hôpitaux de proximité (avec attribution d’un label), et retour de la place qu’avaient auparavant le service et la commission médicale d’établissement dans les hôpitaux. Outre le retour à l’ancien, « Ma santé 2022 » ne contient par rapport aux plans précédents instaurés ou prévus que deux innovations :

    D’abord, une réforme des premiers cycles des études des professions de santé avec en particulier la suppression prévue du numerus clausus pour la médecine mis en place par Simone Veil en 1971. Ce plafond limitant le nombre d’étudiants à poursuivre les études avait été instauré avec l’idée, tout de même un peu saugrenue, qu’en limitant l’offre on diminuerait la demande, mais il faut savoir qu’en limitant le nombre de médecins, on ne limite pas pour autant le nombre de malades (le même raisonnement a conduit à supprimer des lits dans les hôpitaux, or un lit vide mais disponible ne coûte rien). La conséquence de ce numerus clausus n’a aucunement limité les dépenses de santé mais a poussé des jeunes gens qui avaient la vocation à faire leurs études à l’étranger, et à encourager des médecins étrangers à s’installer en France. Reste que l’on ne sait pas par quoi remplacer le numerus clausus, et il est envisagé de remplacer le plafond par un plancher.

    La seconde innovation est l’introduction auprès des médecins de 4000 assistants médicaux pour les aider et notamment pour les débarrasser des tâches administratives afin qu’ils puissent se consacrer davantage aux malades et augmenter le nombre de consultations (bonjour le stakhanovisme). Là, on doit s’émerveiller de la chose car l’Etat par se plans successifs n’a pas cessé d’augmenter la paperasse à remplir par les médecins et à présent il est amené à créer ces postes (onéreux) d’assistants médicaux pour les aider. Notons tout de même que leur nombre est nettement inférieur au nombre de médecins, à moins de les destiner uniquement aux cabinets de groupe.

    Enfin, je sais au moins où va passer une partie des sommes supplémentaires obtenues par l’augmentation du prélèvement par la CSG sur ma retraite. Si c’est pour aider des confrères…


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