• 280. Le retour de l’ArlésienneLa ministre de la Santé vient de relancer aujourd'hui le « dossier médical personnel ou partagé » (DMP). Sur ce blog, j’avais déjà écrit deux articles sur ce sujet en 2009 et 2010. En les relisant huit ans après, je n’ai pas l’impression qu’ils sont devenus obsolètes. En théorie l’idée n’est pas mauvaise, mais en pratique elle a des inconvénients, et notamment celui de conduire le médecin à passer plus de temps devant son ordinateur à chercher un renseignement dans le DMP (qui risque à la longue d’être monstrueux) ou à y introduire des données qu’à écouter et à examiner son patient.

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  • 279. La primauté de la loi sur la science

    Dans les années 80 du siècle dernier, il était imposé aux médecins de ne rechercher l’infection par le virus du Sida chez un patient qu’avec son autorisation afin de ne pas stigmatiser les homosexuels, alors que la maladie était à l’époque toujours mortelle. Le ministère de la Santé s’était passé de l’avis des médecins qui le plus souvent passaient outre ce principe politique et antiscientifique afin de protéger le personnel de santé d’une éventuelle contamination par le sang.

    Récemment, c’est aux députés de l’Assemblée nationale que fut demandé de décider si les homosexuels masculins, population la plus menacée et la plus atteinte par le VIH, pouvaient donner ou non leur sang sans restriction. Leur décision fut prudente bien que prise par des personnes qui – a priori – ne connaissaient rien à la question. On ne voit vraiment pas pourquoi cette décision devait être débattue à l’Assemblée nationale alors qu’il s’agit d’un problème purement médical dont la solution est du domaine, non des politiques, mais des responsables des banques de sang, des infectiologues ou de l’Académie nationale de médecine et sans nécessité d'une loi mais d'un simple règlement de  fonctionnement des banques de sang.

    A trois reprises les juges ont admis que les vaccins pouvaient entraîner l’apparition de maladies alors qu’aucune étude sérieuse n’a permis jusqu’à présent d’établir une relation de cause à effet entre une vaccination et l’apparition ultérieure d’une maladie.

    Ce fut le cas en décembre 2017 où la cour administrative d’appel de Nantes a condamné l’Etat à verser une indemnité de plus de 190000 € à une secrétaire médicale qui, obligée de se vacciner contre l’hépatite B, avait développé par la suite une atteinte musculaire (myofasciite à macrophages).

    En janvier 2018, à Bordeaux ce fut le tour du laboratoire Sanofi d’être tenu pour responsable de l’apparition d’une sclérose en plaques d’un homme vacciné contre l’hépatite B en 1996.

    La cour d’appel de Montpellier, en mars 2018, a condamné l’armée française à verser une pension à un ancien militaire atteint d’une sclérose en plaques 16 mois après une vaccination, en 2005, contre la fièvre jaune.

    On se demande évidemment sur quoi s’appuient les juges pour établir des liens de causalité entre deux évènements alors que les scientifiques ont été jusqu’à présent incapables de les établir. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut affirmer avec certitude qu’ils n’existent pas, mais la preuve n’en a pas été apportée jusqu’à présent. Les juges sont en avance, ils écartent toute possibilité de coïncidence, il suffit que deux événements de nature semblable (médicale en l’occurrence) se succèdent pour établir une relation de cause à effet entre le premier et le second.

    La causalité juridique n’a donc rien à voir avec la causalité scientifique mais s’avère avoir la priorité dans les faits. De tels jugements ne sont évidemment pas sans conséquence sur l’adhésion de la population à la vaccination. Remarquons qu’il est étonnant qu’il n’y ait pas plus de procédures judiciaires étant donné le nombre de vaccinés et la probabilité de survenue chez certains d'entre eux d’une maladie quelconque dans la période post-vaccinale.

    Illustration : Gaston Mélingue « Le Dr Edward Jenner réalisant la première vaccination » (le 14 mai 1796)


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  • 278. On n’a pas de moyens, mais on a des idéesLe nombre de passages aux urgences hospitalières est passé de 7 millions en 1990 à 23 millions aujourd’hui. Inutile de dire qu’elles sont surchargées et que l’attente est longue. Les causes de cette surcharge sont multiples : fermeture des petits services d’urgence, car moins équipées, mais qui avaient l’intérêt de faire un premier tri, fermeture de lits en aval, et médecins généralistes eux-mêmes moins disponibles. Parmi ces millions de patients se présentant aux urgences, beaucoup ne nécessitent pas une intervention médicale rapide et si certains trouvent plus commode d’aller à l’hôpital pour leur bobo, d’autres ne peuvent pas faire autrement pour être soignés.

    Devant cette inflation de pseudo urgences qui encombrent les couloirs et les salles, le député LREM Olivier Véran et néanmoins médecin, considère qu’un quart des patients dans les services d’urgence relèvent en réalité de la médecine de proximité, d’où son idée lumineuse (qui semble intéresser la ministre de la Santé Agnès Buzyn) : pour désengorger les urgences, il suffit de renvoyer les patients, et récompenser par des primes les services qui le feraient. Se faire payer pour ne pas soigner, travailler moins pour gagner plus (pour l’hôpital).

    Des patients pourraient ainsi se trouver entre l’hôpital dont ils ont été renvoyés (même à juste titre) et une médecine de proximité pas toujours accessible (surtout dans les « déserts médicaux »).

    Mais la question n’est pas là : qui va décider qu’un patient ne nécessite pas de soins rapides et comment va-t-on pouvoir l’affirmer ? En dehors de quelques cas évidents comme une dermatose, un diagnostic de non gravité impose au moins un interrogatoire, souvent un examen physique et parfois des examens complémentaires biologiques et/ou radiologiques et on se retrouve devant la situation habituelle. A moins que l’infirmière ou le médecin juge « au pif » et bonjour les dégâts et les procès. 


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  • Le plan pour rénover notre système de santé a donc été dévoilé ces jours-ci. J’avoue que l’intitulé de ce plan m’a un peu irrité, sans préjuger de son contenu : « Ma santé 2022 ». Un intitulé qui cède à la mode du possessif imbécile au même titre que les jeans troués ou la barbe de trois jours. On ne met plus une chose à votre disposition mais on vous attribue « ma chose », mon espace, mon compte etc…Evidemment « Ma santé 2022 » ne veut rien dire, on serait bien en peine de la prévoir dans 4 ans, et il ne s’agit pas de ma santé mais de la réforme du système de santé destiné à toute la population. Bien sûr, c’est un procédé de communication pour montrer que ce plan est un cadeau qui m’est fait personnellement et pour lequel je devrais être reconnaissant.

    « Ma santé 2022 » rétablit ce qui existait lors de mon activité : hôpitaux de proximité (avec attribution d’un label), et retour de la place qu’avaient auparavant le service et la commission médicale d’établissement dans les hôpitaux. Outre le retour à l’ancien, « Ma santé 2022 » ne contient par rapport aux plans précédents instaurés ou prévus que deux innovations :

    D’abord, une réforme des premiers cycles des études des professions de santé avec en particulier la suppression prévue du numerus clausus pour la médecine mis en place par Simone Veil en 1971. Ce plafond limitant le nombre d’étudiants à poursuivre les études avait été instauré avec l’idée, tout de même un peu saugrenue, qu’en limitant l’offre on diminuerait la demande, mais il faut savoir qu’en limitant le nombre de médecins, on ne limite pas pour autant le nombre de malades (le même raisonnement a conduit à supprimer des lits dans les hôpitaux, or un lit vide mais disponible ne coûte rien). La conséquence de ce numerus clausus n’a aucunement limité les dépenses de santé mais a poussé des jeunes gens qui avaient la vocation à faire leurs études à l’étranger, et à encourager des médecins étrangers à s’installer en France. Reste que l’on ne sait pas par quoi remplacer le numerus clausus, et il est envisagé de remplacer le plafond par un plancher.

    La seconde innovation est l’introduction auprès des médecins de 4000 assistants médicaux pour les aider et notamment pour les débarrasser des tâches administratives afin qu’ils puissent se consacrer davantage aux malades et augmenter le nombre de consultations (bonjour le stakhanovisme). Là, on doit s’émerveiller de la chose car l’Etat par se plans successifs n’a pas cessé d’augmenter la paperasse à remplir par les médecins et à présent il est amené à créer ces postes (onéreux) d’assistants médicaux pour les aider. Notons tout de même que leur nombre est nettement inférieur au nombre de médecins, à moins de les destiner uniquement aux cabinets de groupe.

    Enfin, je sais au moins où va passer une partie des sommes supplémentaires obtenues par l’augmentation du prélèvement par la CSG sur ma retraite. Si c’est pour aider des confrères…


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  • Un homme n’est pas une femme comme une autre

    Des chercheurs de l’Université d’Indiana (USA) ont tenté de démontrer que les hommes qui adoptent un comportement machiste sont plus enclins à avoir des troubles de santé mentale. On voit déjà que ces chercheurs partent du présupposé que se comporter selon les stéréotypes masculins risque de mener à la pathologie.

    Ils ont donc fait une méta-analyse de 78 études groupant 19453 cas pour étudier le lien entre machisme et santé mentale. Ses résultats ont été publiés dans le Journal of Counseling Psychology.*

    Ce qui est d’abord intéressant est la définition des stéréotypes masculins. Pour les auteurs ils peuvent être définis par les 11 critères suivants:

    - Désir de gagner.
    - Besoin de contrôle émotionnel.
    - Prise de risque.
    - Violence.
    - Besoin de domination.
    - Autonomie.
    - Comportement de playboy en recherche de promiscuité sexuelle.
    - Pouvoir sur les femmes.
    - Dédain pour l'homosexualité.
    - Importance de l'activité professionnelle.
    - Poursuite du succès.

    On peut supposer que seuls les super-machos sont capables de réunir tous les onze critères. A noter qu’il n’y a que deux critères correspondant aux relations homme/femme. Si des critères de ce panel se retrouvent chez des destructeurs de l’humanité, ils se retrouvent également chez beaucoup de découvreurs et d'artistes qui l’ont fait progresser, tout dépend de la façon dont l’énergie hormonale est utilisée. Ceux qui furent à l’origine des conquêtes humaines ne les ont pas faites, apparemment, sans risque, car en dehors de l’importance donnée à l’activité professionnelle toutes les autres caractéristiques et notamment les deux concernant les relations avec les femmes auraient un impact négatif sur la santé mentale. On peut également regretter que ces pauvres machos, pour ne pas déchoir, ne recourent que rarement à une aide psychologique.

    Et le Dr Wong de conclure "La solide association trouvée entre ces deux normes (relatives aux femmes) met en évidence que le sexisme est non seulement une injustice sociale, mais pourrait bien avoir un effet néfaste sur la santé mentale de ceux qui adoptent de telles attitudes".

    Il n’y a plus qu’à balancer les porcs, et pourquoi pas à l’asile.

    Illustration de Jean-André Rixens : « Don Juan aux enfers »

    * Article repéré par le site "Pourquoi docteur"


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    275. Quand on prend de la bouteille

    Une étude récente parue dans The Lancet avance que dès le premier verre d’alcool nous sommes exposés à des dangers multiples. Cette fâcheuse nouvelle a peut-être diffusé comme une traînée de poudre blanche parmi les pochards et les pochardes qui ont les moyens de boire du bon vin, mais sans doute pas parmi les habitants de nos rues à ciel ouvert pour qui le litre de rouge bon marché constitue leur chauffage central pendant l’hiver. Cette nouvelle inquiétante laisse totalement indifférentes les nouvelles mendiantes importées du Moyen-Orient qui, voile sur la tête et progéniture dans les bras, constellent les couloirs du métro parisien et pour lesquelles, Allah merci, l’alcool est interdit.

    Une telle étude étonne par sa radicalité, ce qui amène à soupçonner une manipulation des données (ce qui semble être le cas) pour démontrer ce qui heurte le bon sens le plus élémentaire, c’est à dire qu’un verre d’alcool puisse changer votre destinée, en dehors d’un accident provoqué par une ivresse au volant. Le vin étant évidemment inclus dans la consommation d’alcool, cette étude ne tient pas compte de celles qui montrent que le vin, à doses très modérées, a des vertus expliquant pour certains le « paradoxe français » de la fréquence moindre des maladies cardiovasculaires par rapport aux pays du nord de l’Europe malgré une alimentation à la française plutôt riche. C’est ainsi que les médecins, qui échappent pour la plupart aux études du genre mais pas au sexisme, préconisent à leurs patients de ne pas dépasser : 14 verres de vin par semaine s’ils sont du sexe masculin et seulement 8 s’ils sont du sexe féminin sans le moindre souci de respecter la parité à cet égard. A ma connaissance aucune détermination n’a été faite pour les autres genres qui tendent à se multiplier à défaut d’enfanter.

    Quand on prend de la bouteille, on n’est que modérément impressionné par les études, surtout lorsque leurs conclusions radicales se veulent révolutionnaires, car on a eu le temps de voir les études défiler en montrant tout et son contraire. Il suffit d’attendre.

    C’est ainsi que, tout jeune médecin, il m’était enseigné de rechercher une cause à l’hypertension artérielle chez tous les patients qui en étaient atteints – il faut dire qu’à l’époque le budget de l’assurance maladie était peu ou pas troué - pour ne le faire plus tard que dans les cas sélectionnés.

    Il fut un temps où les béta-bloquants étaient formellement contre-indiqués lorsque le cœur était défaillant pour devenir ultérieurement formellement indiqués dans ce même cas (mais à doses très progressives).  

    Jusqu’à présent on avait tout intérêt à tenter d’élever le taux du « bon cholestérol » (HDL), il vient de paraître une étude qui affirme qu’il deviendrait mauvais s’il est trop haut.

    Des études montrent que les sucres ne seraient pas bon pour la santé, ce qui conduirait, du coup, à privilégier les graisses qui, jusqu’à présent, n’étaient pas bon pour les artères, et les viandes rouges accusées d’être cancérigènes.

    Il est certain que la vie est dangereuse - la preuve est que l’on en meure - et ces fichus médecins n’ont pas fini de regarder dans nos assiettes et dans nos verres avec une insistance qui finit par nous couper l’appétit et la soif car les légumes, les fruits et l’eau, qui, pour l’instant, sortent toujours indemnes des critiques, s’avèrent un peu lassants à la longue.

    Illustration de Degas : « Absinthe »    


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  • 274. La chimie ! Vous dis-je

    Images de neurones saisies par la chercheuse Alexandra Auffret

    (et non le ciel et la mer à travers des branches d'arbres)

    Une étude est parue récemment sur le suivi pendant 5 ans de plus de 400 patients atteints de la maladie de Parkinson et traités par des médicaments visant à pallier le déficit en dopamine dans certaines structures de leur cerveau. Le déficit de ce neurotransmetteur au niveau des connexions entre neurones étant responsable de la maladie. La dopamine est une molécule impliquée, entre autres, dans la sensation de satisfaction et de récompense.

    Près de la moitié des patients traités par ces médicaments qui miment l’action de la dopamine (« agonistes dopaminergiques ») cèdent à leurs impulsions et n’ont pas hésité à satisfaire leurs envies pouvant aboutir à des troubles alimentaires, une hyperactivité sexuelle, des achats compulsifs, une dépendance au jeu et même à l’exhibitionnisme, mais aussi à l’augmentation de la créativité artistique ou littéraire.

    La dopamine joue-t-elle un rôle dans ce qui serait une addiction au shopping ? L'oniomanie, trouble lié à l'achat compulsif qui toucherait environ 1% (6% dans certaines études) de la population mondiale (60% de femmes). Anxiété du manque qui ne peut être comblée que par l’achat.

    Est-ce la peur de manquer qui pousse de façon incompréhensible (pour moi) des gens qui ont tout et qui en veulent davantage jusqu’à se perdre. Combien a-t-on vu de gens fortunés prendre des risques insensés pour agrandir leur fortune, une augmentation qui ne leur sert strictement à rien. C’est sans doute plus un jeu qu’une nécessité. Ainsi en est-il de l’ex-roi Carlos d’Espagne qui devait entrer dans l’histoire auréolé d’avoir rétabli la démocratie dans son pays après la dictature de Franco, et d’avoir par la suite fait échouer un coup d’Etat. Cet homme qui jouissait d’un grand prestige, et à qui rien ne manque, est en passe d’être accusé de malversations, fraude fiscale, comptes en Suisse. Etait-il dans le besoin pour s’embarquer dans une telle galère ? Il y a de la chimie là-dessous.


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  • En cette période caniculaire on nous invite à boire. Faut-il boire même si l’on n’a pas soif ? La sensation de soif est un excellent signal de régulation du métabolisme de l’eau de notre organisme. Des personnes, notamment les sportifs, on tendance à devancer l’appel, mais boire sans soif n’est pas dénué de danger même quand il ne s’agit pas d’alcool ; une consommation hydrique trop importante peut être mortelle par encéphalopathie hyponatrémique (abaissement par dilution du taux de sodium dans le milieu intérieur). En 2015 on citait le cas d’un jeune ayant bu plus de 16 litres durant un exercice d’endurance afin d’éviter des crampes musculaires, il n’a pas eu le temps d’avoir des crampes car son cerveau n’a pas aimé baigner dans une eau peu salée et il en est mort. Un cas a également été décrit chez un adepte du yoga, exercice où les efforts sont pourtant limités. Les alcooliques seront sans doute satisfaits d’apprendre qu’un abus d’eau est dangereux pour santé.

    Cependant chez les personnes âgées exposées à une température caniculaire, le phénomène régulateur de la soif est souvent émoussé, exposant aux conséquences également dramatiques d’une déshydratation sévère, et il leur est permit de boire régulièrement même sans soif.

    Et pour vous rafraîchir :

    Paul Cézanne : La fontaine

    L'EAU DES FONTAINES    

    Il y a des pays    

    Où il n’y a pas de fontaines  

    Des pays sans eau  

    Des pays malheureux  

    Il y a des pays    

    Où il y a de l’eau    

    Mais pas de fontaines    

    Ce sont des pays heureux    

    Mais qui n’ont rien compris

             

    Les fontaines    

    On les entend avant de les voir  

    La chanson joyeuse et familière    

    De l’eau clapotant dans l’eau    

    De l’eau éclaboussant la pierre  

    Un chant de promesse de bonheurs  

    Le bonheur d’apaiser la soif    

    Le bonheur de fraîcheur    

    Le bonheur de pureté

     

    Bien sûr il y a les fontaines royales    

    Avec leurs jets d’eau domestiquée  

    De l’eau qui fait des ronds  

    De l’eau qui fait le beau    

    De l’eau qui fait la roue    

    Pour se faire bien voir    

    Mais elle n’est pas à boire

     

    Les petites fontaines sont bien plus belles  

    Au milieu d’une place nue    

    Avec leur chant de chanterelle  

    Coulée de fraîcheur têtue    

    Sur la pierre douce arrondie par l’usure    

    Quelques herbes en houppes    

    Et un peu de mousse au mur    

    Dans ses mains en coupe    

    Pour exaucer une prière    

    On recueille l’eau claire    

    Que l’on boit goulûment    

    Sans retenue bruyamment  

    En serrant les doigts pour éviter les pertes    

    Le visage mouillé de fraîcheur  

    Le menton humide le sourire éclos    

    Sur une place déserte  

    Ecrasée de chaleur    

    Où les maisons volets clos    

    Abritent les dormeurs

         

    Paul Obraska


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  • 272. La meilleure façon de recruter« L’American College of Cardiology et l’American Heart Association ont récemment modifié leurs recommandations pour les stratégies de prise en charge de l’hypertension artérielle. Le seuil d’hypertension est maintenant fixé à 130 mm Hg pour la systolique et 80 mm Hg pour la diastolique, contre 140 et 90 antérieurement. Le « guideline » préconise que le seuil de traitement soit fixé à 140 mm Hg et 90 mm Hg, sauf pour les personnes de 65 ans et plus » (JIM.fr 22/07/18). Il est même préconisé de traiter les patients présentant des facteurs de risque cardio-vasculaire dès 13/8 en cm Hg.

    La frontière entre la normalité et la pathologie étant déplacée par cette décision, des gens jusqu’alors considérés comme normo-tendus vont se retrouvés hypertendus et glisser de la santé à la maladie, ce qui les conduira à devoir prendre un traitement susceptible de leur provoquer des troubles qu’ils n’avaient pas.

    Bien sûr, si la modification de la norme est motivée sur le plan de la prévention, elle a néanmoins provoqué nombre de réactions pour ce qui concerne les patients à faible risque, et combien de nouveaux malades vont-ils arriver sur le « marché » ? Si je suis réticent à utiliser le terme de « marché » pour les relations médecin/patient, je n’ai aucune réticence à l’employer s’agissant des laboratoires pharmaceutiques. Le nombre de nouveaux malades si ces nouvelles recommandations sont adoptées a été estimé pour les USA et la Chine et il est considérable :

    « Aux États-Unis, 70,1 millions de personnes de 45 à 75 ans seraient en effet classées comme ayant de l’hypertension, soit 63 % de cette classe d’âge. En Chine, cela concernerait 267 millions de personnes, soit 55 % de la classe d’âge. Cela représente une augmentation relative de 26,8 % aux États-Unis et de 45,1 % en Chine par rapport à la prévalence basée sur les recommandations en vigueur jusqu’à présent. »[1] 

    En médecine, la fixation des normes peut s’avérer délicate et la frontière entre la santé et la maladie ressemble parfois à ces frontières qui passent au milieu d’un village où en changeant de trottoir, on change de pays. Mais si la chaussée d’un village c’est du dur, la tension (ou pression) artérielle (TA), c’est du variable.

    J’ai toujours été étonné par la précision des chiffres quand on parle de TA aussi bien pour les normes que pour les résultats des études où les variations rapportées sont parfois de l’ordre de quelques mm Hg. Dans la « vraie vie » la TA est un paramètre qui ne cesse de bouger. Si la TA est prise plusieurs fois de suite, il est fréquent de ne jamais retrouver les mêmes chiffres même au repos. Souvent la TA n’est pas la même aux deux bras et il peut donc arriver à la limite que l’on soit hypertendu à un bras et normo-tendu à l’autre. La TA est bien entendu fonction de notre activité physique et de nos émotions où elle s’élève. On voit donc que la précision des normes telles qu’elles seraient fixées par les nouvelles recommandations est sujette à caution, et pour affirmer que quelqu’un a une hypertension artérielle dans la zone limite, il faut s’entourer de précautions (mesures répétées, mesure ambulatoire, automesure) car la TA peut paraître élevée chez le médecin (« effet blouse blanche ») ou au contraire plus basse au cabinet que dans la vie courante (hypertension cachée).

    La médecine a de plus en plus le goût des chiffres, sans doute la nostalgie de ne pas être une science « dure ».

     

    [1] Khera R et coll. : Impact of 2017 ACC/AHA guidelines on prevalence of hypertension and eligibility for antihypertensive treatment in United States and China: nationally representative cross sectional study. BMJ 2018 ; 362 : k2357.

     


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  • Une très brève et incomplète histoire de l'amour masculin

    Les revers de la conquête

    « L'amour est une agitation éveillée, vive et gaie...Elle n'est nuisible qu'aux fols » disait Montaigne. Des études ont montré que le mariage était bon pour le système cardiovasculaire, à condition toutefois que la relation conjugale soit satisfaisante. D'une façon générale, l'amour partagé est favorable à la santé, mais chacun sait qu'il peut être la source de bien des maux. Ô préservatif ! « Préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ». Des amoureux, même sages, ne sont pas à l'abri du danger. Ils sont exposés à la maladie du baiser (mononucléose infectieuse), le garçon est en outre menacé de paralysie radiale s'il laisse la tête de sa promise trop longtemps appuyée sur son bras, sans oublier la fracture du talon lorsqu'il saute par la fenêtre de la chambre à l'arrivée du père soupçonneux (syndrome de Roméo). Encore que par les temps qui courent, ce soit parfois le père menacé qui saute par la fenêtre après son intrusion intempestive.

    La maladie d'amour

    Jusqu'au XIXe siècle, les troubles du comportement dus à la frustration amoureuse étaient considérés comme une vraie maladie. Elle atteignait particulièrement les beaux-fils qui tombaient amoureux d'une belle-mère, bien entendu jeune et jolie. Hippocrate en fit le diagnostic chez le roi de Macédoine Perdicas II. Erasistrate en fit de même chez  Antiochus, et Avicenne pour un prince de Rhages en Perse. Au XVIIIe siècle, on se pose toujours la question : « L'amour peut-il être guéri par les plantes ? » (Thèse de Doctorat. François Boissier de Sauvages 1726).

    Une façon moderne et plus radicale que les plantes pour calmer sa flamme est d'incendier ou de défigurer la femme qui se refuse ou de l'enlever pour la forcer au mariage et la tuer devant des policiers comme cela vient de se produire au Kirghizstan.

    Au XIXème, on parle d'hystérie puis la psychanalyse s'en empare. De nos jours les médecins ne sont plus sentimentaux. Les seuls concernés sont les sexologues qui comme leur nom l'indique s'intéressent au sexe et non pas à l'amour. « Il m'avait toujours semblé que lorsque la sexualité tend à se muer en sexologie, la sexologie ne peut plus grand chose pour la sexualité » (Romain Gary).[1]  Cependant William Masters et Virginia Johnson, eux, sont passés de l'un à l'autre : réalisant les recherches fondamentales en sexologie, publiées en 1968 (Les Réactions sexuelles), William a fini par épouser Virginia, on ne peut impunément assister au coït des autres.

    L'amour dopé

    Le philtre d'amour est de tous les temps. Un des plus anciens est le fruit de la mandragore, offrande de Rachel à Léa pour coucher à sa place avec Jacob (Genèse 30/14). Un des plus utilisés, et des plus dangereux, a été la mouche de Milan ou cantharide qui réduite en poudre provoquait les érections souhaitées mais aussi des néphrites souvent mortelles. L'ecstasy l'a remplacée, vendue dans les grandes surfaces des rave parties, tout aussi dangereuse, pouvant provoquer des dégradations cérébrales sévères, même après une seule prise. L'argument libido est toujours présent pour faire vendre les vitamines et autres compléments alimentaires.

    La médecine traditionnelle chinoise attribue à la bile d'ours le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et bien entendu de restaurer ou accroître les capacités sexuelles masculines. D'où un braconnage et surtout un élevage des ours, en Chine, Corée, Vietnam. Cette exploitation sans fondement des ours n'atténue en rien l'admiration béate de certains pour des médecines qui n'ont d'autre qualité que l'exotisme. Dans ces mêmes régions on attribue au phallus des phoques des vertus aphrodisiaques. C'est un des motifs de leur massacre à coups de gourdin sur la banquise, rouge de leur sang.

    Il est moins exotique, plus facile et moins cruel d'accroître le flux sanguin au bon endroit en avalant au bon moment un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase du type 5.

    En avoir ou pas

    Les hommes inquiets par la baisse de leur virilité se doutaient bien depuis longtemps que les testicules devaient contenir un principe actif. Dans l'antiquité et au Moyen Age, les testicules de castor étaient utilisés pour fabriquer des drogues et pommades et la légende voulait que le castor poursuivi par un chasseur se châtrait lui-même pour éviter d'être tué. Légende sans fondement car les testicules de castor sont internes. A la fin du XIXe siècle, c'est un américano-anglo-français venu de l'île Maurice, successeur de Claude Bernard, Edouard Brown-Séquard qui découvrit que même quand ils sont externes les testicules sont aussi des glandes à sécrétion interne. A 72 ans il s'injecta des extraits de testicules de chiens et cobayes et constata avec satisfaction que ses «  ardeurs défaillantes »[2] étaient ranimées. Mais cet effet s'avéra fugace. Dans les années 1920  le russo-français Serge Voronov, directeur du laboratoire de chirurgie expérimentale du Collège de France et son frère Georges greffèrent des testicules de singe, d'abord sur un arriéré, puis sur un vieil anglais disposant apparemment de toutes ses facultés et enfin sur des membres de l'intelligentsia et l'Archevêque de Paris. Ce « traitement paraît si prometteur que les compagnies d'assurances l'interdisent aux porteurs de rentes viagères »[3]. En Amérique, c'est le professeur d'urologie de Chicago, Lespinasse, qui greffa des morceaux de testicules humains récupérés après suicide ou exécution.

    Des fourmis dans un membre

    Une autre recette possible à base de fourmis est donnée par Maïmonide :"Prenez une unité d'huile de carottes, une autre de radis et un quart d'unité d'huile de moutarde. Mélangez et ajoutez-y une demi- unité de fourmis jaunes vivantes. Exposez l'huile au soleil durant quatre à sept jours. Oignez-vous-en le membre deux ou trois heures avant les rapports. Vous constatez qu'il se maintiendra même après l'émission de sperme. Rien de plus efficace n'a été trouvé en ce domaine !... " [4].

    Illustration : Bonnard "Homme et Femme"


    [1] Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable 

    [2] Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

    [3] M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

    [4] Cité par R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie

     

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