• Et ce qui devait arriver, arriva. La pharmacovigilance signale des patients hospitalisés pour des complications liées à la prise d’hydroxychloroquine en automédication. Des décès ont même été signalés provoqués par des troubles du rythme cardiaque puisque ce médicament en allongeant la durée de l’activité électrique du cœur provoque parfois un « emballement » des ventricules sur un mode particulier (torsades de pointe) mortel en l’absence de traitement. Le contraire peut se voir, c’est à dire un ralentissement excessif du cœur.

    Lorsqu’un médecin prescrit ce médicament, il a en tête ces effets indésirables possibles, il enregistre un électrocardiogramme avant (pour mesurer la durée de l’activité électrique du cœur : « intervalle QT »), examen qui sera renouvelé par la suite, il s’enquiert de tout ce qui pourrait favoriser une intolérance, et notamment des autres médicaments pris par le patient et dont certains peuvent également allonger la durée de l’activité électrique du cœur, leur association avec la chloroquine étant alors catastrophique.

    Je suis certain que l’équipe de Raoult prend toutes ces précautions, et je ne sais pas si la chloroquine est efficace ou non dans l’attente des essais en cours. Mais on se demande ce qui a pris à cet infectiologue renommé de faire tout ce cinéma, de faire ces déclarations fracassantes et dont les premières devraient entamer sa crédibilité puisqu’il a claironné au début de la pandémie que le covid-19 n’était qu’une petite infection facile à traiter en se basant sur un petit essai foireux.

    Les conséquences de son show est, certes, que la chloroquine, dont on connaît depuis longtemps l’action antivirale in vitro, a été incluse dans des essais plus sérieux que les siens, mais aussi que la publicité déraisonnable faite à cet antipaludéen a conduit les gens à vouloir à tous prix se procurer le médicament « miracle », aux dépens des malades habituellement traités par le plaquenil pour d’autres affections, à le prendre sans la moindre précaution, à titre préventif ou pour des symptômes peut-être à tort attribués au covid-19.

    Ce show sur la place publique a provoqué une polémique bien française où se sont mêlés des politiciens et des personnalités des plus diverses, évidemment totalement incompétentes, mais venant à la rescousse du génie rebelle, allant à contre-courant des autorités médicales « officielles » lesquelles voudraient le faire taire. Ainsi un homme de talent s’est-il transformé en gourou dont il a un peu l’allure.

    Voilà un des aspects de la démocratie médicale tant vantée. La médecine est censée se conformer à l’opinion. Et pourquoi pas un referendum pour le choix des prescriptions médicales ?

    Note : Comme ses pairs ont critiqué le protocole de son essai, Raoult affiche un mépris pour la méthodologie utilisée habituellement pour démontrer l’efficacité d’un médicament. Certes, cette méthodologie (groupe contrôle, double aveugle etc…) est critiquable mais c’est la seule que nous avons. En dehors d’elle, on retombe dans l’empirisme d’antan. C’est un peu à lui que se réfère Raoult car les découvertes au cours de l’histoire n’ont été basées que sur l’empirisme (comme la vaccination), mais celui-ci a été aussi à l’origine de conduites délétères de la part des médecins qui ont amené à plus de morts que de guérisons.


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  • 311. Le coronavirus n’est pas racisteLes Africains ont d’abord cru que le covid-19 était une maladie de Blancs. Il semble donc que pour les Noirs, tout ce qui n’est pas noir est blanc, comme sur une portée de partition, y compris les Jaunes qui ont apparemment une appétence particulière pour les animaux sauvages, porteurs de virus inédits, et à qui ils attribuent des vertus secrètes dont certaines portent sur le sexe.

    Bien entendu, le coronavirus n’est aucunement raciste, il frappe avec égalité tout le monde, et si la majorité en réchappe, certains en meurent (comme dit la fable) quelle que soit leur couleur de peau, que l’animal soit humain ou pas.

    La chloroquine auréolée à Marseille fait un sacré Raoult et s’est répandue comme une trainée de poudre en franchissant la Méditerranée à la vitesse de la lumière. Les Africains qui s’en servent contre le paludisme la connaissent bien et comme le covid-19 n’est manifestement plus une maladie réservée au Blancs, comme ils l’avaient espéré, peut-être en rigolant, les pharmacies africaines sont dévalisées. Le gouvernement marocain a même racheté le stock de Nivaquine (une forme de chloroquine) de l’usine Sanofi de Casablanca.

    Evidemment, je n’ai pas d’avis autorisé sur la chloroquine, je sais qu’elle peut avoir des effets secondaires sérieux – secondaire, curieux terme pour des effets qui peuvent entraîner la mort – notamment cardiaques, car en allongeant la durée de l’activité électrique du cœur elle peut provoquer de graves troubles du rythme, le muscle cardiaque lui-même peut être atteint, ce qui implique une surveillance cardiologique pendant le traitement et la connaissance des associations médicamenteuses. Bien d’autres organes sont parfois touchés, comme l’œil, mais sans exagérer la fréquence de toutes ces complications.

    Je pense que pour l’instant, dans l’incertitude où l’on est quant à l’efficacité de la chloroquine sur le vivant (son activité serait nette in vitro), l’attitude du gouvernement est prudente en réservant le médicament aux cas graves, mais il n’est pas certain qu’il ait raison. Par contre prendre la chloroquine pour des formes bénignes ou à titre préventif c’est prendre des risques inutiles. Voir la queue de gens qui paraissent bien portants devant le service de Raoult pour éventuellement bénéficier de ce traitement me paraît aberrant, à moins que leur but soit de se faire tout simplement tester.


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  • Le président de la République a pris des accents Churchilliens pour déclarer que nous étions en guerre. Une guerre civile un peu spéciale où l’ennemi invisible utilise les tanks constitués par les Français eux-mêmes, opposés les uns aux autres, et où les armes sont leurs postillons et les aérosols projetés par leurs toux et de leurs éternuements.

    Une guerre spéciale où en pleine bataille, les combattants veulent passer leurs chefs en cour martiale.

    C’est ainsi que des combattants en première ligne, c’est à dire des médecins groupés en un collectif intitulé « C19 » attaque Agnès Buzyn et Edouard Philippe pour mise en danger des personnes. Il faut dire que l’ancienne ministre de la santé, sans doute dépitée par son échec aux municipales de Paris, avait affirmé dans un entretien au Monde le 17 mars dernier, avec une élégance dont je ne la savais pas capable, avoir alerté le Premier ministre du danger que courait la France face au coronavirus dès le début de l’épidémie. “Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu”, “On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade”. Ceci, après avoir officiellement minimisé le danger et elle s’est donc présentée aux municipales en pensant qu’elles n’auraient pas lieu. Bizarre. Mais si elle dit vrai à propos de l’épidémie, il y a manifestement un retard à l’allumage. Ce collectif 19 a déclaré dans un communiqué : “Il est clair que c’est par négligence coupable que le Premier ministre, mais aussi l’ancienne ministre de la Santé, n’ont pas anticipé une crise dont ils savaient manifestement la gravité, et qu’ils ne pouvaient, en tout état de cause ignorer”. Mais il est toujours facile de faire des prévisions rétrospectives. A l’époque personne ne pensait que l’épidémie diffuserait aussi vite et partout. Il est vrai que la crise hospitalière était manifeste avant l’épidémie, mais ce n’est pas le gouvernement actuel qui en est le seul responsable. (J’ai moi-même protesté contre la fermeture de lits et la suppression des « petites » urgences, il y a bien longtemps)

    Macron appelait à l’union nationale face au péril et voilà quune association représentant des patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) porte plainte contre X pour "mise en danger délibérée de la vie d'autrui face au manque d’informations et de moyens de prévention". « À travers cette plainte, nous visons toute la chaîne de responsabilités de l'Etat en matière de politique sanitaire", a indiqué le président de l'association.

    Mise en danger délibérée ?! Nous voilà bien. Pour ce qui concerne les informations nous en sommes abreuvés jusqu’à la nausée, quant aux mesures "barrières" ils sont répétés sans cesse et partout. Cependant,  on pourrait reprocher au gouvernement, outre les directives contradictoires, un manque d'anticipation pour les masques, les tests de dépistage et le contrôle sanitaire strict aux frontières, ce qui oblige les responsables à trouver des arguments du type "ça ne sert à rien" pour rendre logique la pénurie de matériel ou des décisions tardives.

    Je veux bien croire que les patients atteints de BPCO sont effrayés par cette épidémie virale à laquelle ils seraient particulièrement sensibles en les exposant certainement à un risque vital, mais en accuser l’Etat me semble extravagant et aucun Etat n’a pu prévenir la pénétration de l’épidémie dans son territoire. C’est encore une fois donner à l’Etat une fonction de maternage en déresponsabilisant le citoyen. Le seul procès que les patients atteints de BPCO pourraient faire à l’Etat est celui de leur avoir vendu des cigarettes, le tabagisme étant, et de loin, la cause principale de leur maladie, mais personne ne les a obligés à fumer.


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  • 309. Masques sans bergamasquePlutôt que de danser, nous voilà confinés. Tous les pays étaient prévenus des capacités de ce covid-19 depuis que ses promoteurs chinois les avaient expérimentées. Les Italiens, plus disciplinés que les Français, ont été les premiers européens à subir en force l’invasion virale alors qu’ils avaient plutôt l’habitude d’une pénétration plus visible dans leur péninsule. Confinés avant nous, ils se sont étonnés de notre laxisme incohérent. Les autorités françaises déconseillaient logiquement à nos compatriotes de se rendre en Italie, tout en permettant à des centaines d’Italiens du nord de l’Italie, où se trouvaient les foyers les plus importants de l’épidémie, de se rendre à Lyon pour un putain de match de football, un sport qui semble faire perdre la raison aux responsables. Macron réclame la fermeture des frontières de l’Union européenne, alors que les foyers les plus importants de l’épidémie se situent actuellement en Europe, après avoir affirmé que la fermeture des frontières nationales n’avait aucune utilité.

    Les discours sont martiaux, mais depuis des semaines les choses étaient claires, les masques, eux, n’étaient pas là. Ils arrivent quasiment après la bataille. Pour masquer cette défaillance, les experts (dont je ne suis pas) nous serinent que le masque FFP1 (chirurgical) ne protège pas d’une contamination, et ne serait utile que porté par un malade afin d’éviter de contaminer les autres. Raisonnement absurde car on nous dit par ailleurs que la majorité des personnes atteintes n’ont aucun symptôme, ne se savent pas porteuses du virus tout en ayant la faculté de contaminer. Pour être efficace il eût donc fallu que tout le monde porte un masque dès le démarrage de l’épidémie lors des déplacements ou des réunions, et peut-être que le confinement n’aurait pas été rendu nécessaire. Mais il n’y avait pas assez de masques d’où leur inutilité proclamée (ce qui serait le cas si les mesures "barrières" étaient scrupuleusement respectées), et sur laquelle on revient sans le proclamer à mesure qu’ils arrivent dans les pharmacies, si l’on en croit l’annonce du président de la République, mais qui restent réservés au personnel soignant, ce qui prouve bien que le masque, en tout cas le FFP2, est utile pour se protéger, à condition de ne pas transporter le virus sur les mains et de toucher son visage.

    Et que dire de la légèreté de la plupart des Français, surtout des jeunes dont on sait à présent que nombre d’entre eux peuvent aussi se retrouver dans les hôpitaux, qui, ces derniers jours, marchaient en groupe, se faisaient la bise, se tenaient côte à côte sur les bancs et les pelouses des parcs. Ces Français qui ont toujours du mal à comprendre qu’il faut laisser un écart entre chacun et éviter de parler fort pour ne pas postillonner, tousser ou éternuer dans le creux de son coude et en se tournant pour éviter des projections sur son voisin même s’il est à un mètre. Et pourtant on ne peut pas reprocher cette fois aux autorités de ne pas avoir répété le message à satiété. Il faut se mettre dans la tête que cela n’arrive pas qu’aux autres. 


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  • Début janvier 2020 est paru au Journal officiel le décret instituant « le forfait de réorientation aux urgences ». Tout part de la constatation indiscutable que les services d’urgences sont débordés par des patients qui n’ont rien à y faire car les urgences « conçues à l'origine pour prendre en charge les patients requérant un plateau technique complet sont devenues des lieux d'accueil et de traitement pour tous les patients ». En effet « entre un quart et un tiers des patients qui se présentent aux urgences auraient pu, sans perte de chance, être pris en charge par des praticiens de ville. ».

    A noter cependant que définir les urgences par son plateau technique n’est pas tout à fait exact : un service des urgences fonctionne avant tout pour donner des soins rapidement, si le plateau technique permet certains soins sophistiqués, il permet surtout d’aider à faire un diagnostic, mais celui-ci peut être souvent établi par des moyens simples. L’obligation d’avoir un plateau technique complet pour chaque service d’urgences a conduit – et ce n’est pas anodin – à fermer de nombreux services incomplètement équipés entraînant la situation que nous connaissons alors que ces services s'avéraient efficaces pour effectuer un tri et pour traiter directement de nombreux patients. Une mauvaise définition conduit à de mauvaises décisions.

    Mais quel est cet éclair de génie tombant des sphères gouvernementales, celle concernant la santé étant de plus dirigée par une personne censée connaître la pratique médicale ?

    Le décret met en place une expérimentation de deux ans où sera accordé pour les services d’urgences concernés « un forfait de réorientation des patients » de 60 € par acte. La réorientation d’un patient, par un médecin sénior, « vers une consultation de ville à une date compatible avec son état de santé ». Réorientation qui peut d’ailleurs être refusée par le patient.

    On sait que dans les conditions habituelles, l’urgentiste établit la nécessité ou non de soins urgents et les assurent lorsque c’est nécessaire, dans cette nouvelle expérimentation, non seulement il devra établir un diagnostic, mais en l'absence d'admission ou de soins urgents, il devra en outre rechercher ou faire rechercher un cabinet médical susceptible de prendre ultérieurement en charge le patient. Ce qui ne sera pas simple étant donné que les médecins généralistes sont également débordés.

    On voit que l’on peut craindre que loin de soulager les urgences, cette réorientation risque d’augmenter leur charge plutôt que de la diminuer. Le médecin devra de toute façon interroger le patient et souvent l’examiner pour ne pas laisser passer une authentique urgence. Pour prendre un exemple : si un patient arrive en se plaignant de palpitations, pour affirmer qu’elles sont bénignes, il faut au moins ausculter le cœur et faire un électrocardiogramme, examen qui devra être suivi par la recherche d’un cabinet médical pour une consultation ultérieure qui va occuper un agent du service pour on ne sait combien de temps. Et même si l’on renvoie le patient chez lui sans RV ultérieur, l’activité du service n’en aura pas été pour autant réduite.

    Cette « réorientation » qui donnera une charge supplémentaire aux équipes des urgences au lieu de les soulager, semble vouloir leur permettre de se jeter à l’eau pour se protéger de la pluie, au risque de se noyer.


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  • 307. La grande distributionDepuis 48 heures les médias se font l’écho de l’offre d’une plateforme née en Allemagne permettant de délivrer des arrêts de travail de 3 jours maximum et au plus toutes les 3 semaines pour 25 € pièce (prétendument remboursés par l’Assurance-maladie) et sans « perdre son temps » à se déplacer chez le médecin. La délivrance du précieux sésame étant fondée sur un questionnaire et éventuellement une téléconsultation.

    Cet offre commerciale est assez osée (cette plateforme aurait cependant délivré 30000 arrêts de travail outre-Rhin) faisant réagir l’Assurance-maladie, le Conseil de l’ordre des médecins et les syndicats médicaux.

    Que l’on ait pu concevoir une telle offre commerciale montre à quel point l’acte médical s’est dévalorisé. Le médecin est trop souvent vu comme un grand distributeur, soit de médicaments, soit d’arrêts de travail. Des médicaments parfois toxiques sont ou ont été en vente libre, alors pourquoi pas un distributeur d’arrêts de travail dans les grandes surfaces ? On a un peu perdu de vue que l’arrêt de travail éventuel est en principe une prescription après l’interrogatoire et l’examen du patient établissant un diagnostic.

    Cette plateforme propose un nombre réduit de motifs d’arrêt de travail (sans doute après une étude statistique) : coup de froid, règles douloureuses, stress, gastro-entérite, grippe, cystite, douleur de dos ou migraine.

    Je dois avouer que le « coup de froid » ne figure pas dans les livres de médecine, quant au stress, c’est un motif valable pour la majorité de la population, surtout en ce moment. C’est sans doute le motif invoqué par des employés de la RATP pour ne pas trop souffrir du manque à gagner en faisant grève, mais c’est aussi, authentiquement, le cas pour tous les travailleurs franciliens qui luttent depuis un mois, chaque jour, dans la cohue et l’attente, pour se rendre à leur boulot.

    Evidemment, il est impossible d’examiner le malade en ligne (exception faite pour la dermatologie), aussi les symptômes avancés par le patient peuvent être aisément simulés (simulation qui n’est pas exclue lors d’une consultation au cabinet médical). Mais s’ils existent réellement, ils peuvent être parfois les premiers symptômes d’une maladie sérieuse, comme une endométriose pour les règles douloureuses, une maladie du tube digestif pour une gastro-entérite, une affection de l’appareil urinaire pour une cystite, une atteinte vertébrale spécifique pour un mal de dos, une maladie cérébrale plus grave pour une migraine récente. Bien entendu, ces symptômes sont le plus souvent sans gravité, mais seul le médecin, face à son patient, permet d’en juger avec souvent la nécessité pour le faire de demander des examens complémentaires.


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  • « Pour préciser le possible lien entre art et mortalité, une équipe du Royaume Uni[1] a réalisé une étude de cohorte portant sur 6 710 personnes âgées de 50 ans et plus (53,6 % de femmes, âge moyen 65,9 ans), suivies pendant 14 ans. Les auteurs ont analysé la relation entre la participation à des activités artistiques « réceptives » (visites de musées, de galeries d’art, d’expositions, théâtre, concert, opéra) et la mortalité. » (Journal international de médecine). Cette cohorte est issue de « l’Étude anglaise longitudinale sur le vieillissement » et est donc représentative de la population générale pour la tranche d’âge étudiée. 2001 décès sont survenus pendant la période d’étude.

    Et bien entendu ces chercheurs géniaux ont trouvé une relation entre les activités artistiques et la mortalité, les premières diminuant la seconde et plus ces activités sont fréquentes et plus la mortalité diminuerait, jusqu’à 31% du risque de décès si la participation est mensuelle ou plus.

    Les auteurs heureux d’avoir trouvé un rapport entre la contemplation de l’art et la longévité se sont posés des questions : « Les auteurs ont suggéré que cette association pourrait en partie s’expliquer par des différences en matière de cognition, de santé mentale et d’activité physique, parmi les personnes qui participent à des activités artistiques et celles qui ne le font pas ».

    Il ne leur est pas venu à l’idée que ceux qui participaient aux activités artistiques étaient justement ceux qui vivaient en moyenne le plus longtemps. Ce n’est probablement pas la participation à ces activités qui diminue le risque de mortalité de ces amateurs d’art mais les conditions socio-professionnelles qui expliquent leur attraction pour l’art et qui leur permettent d’assouvir cet attrait.

    Les auteurs semblent oublier que si aller dans un musée reste abordable, le théâtre est nettement plus cher et ne parlons pas de l’opéra qui est hors de prix. Il faut donc que le salaire ou la retraite (qui lui est parallèle) soit suffisamment élevé pour pouvoir satisfaire ses goûts artistiques.

    Or comme le montre le diagramme ci-dessous les professions qui sont ou qui ont été les mieux rémunérées sont aussi celles qui vivent le plus longtemps. Les cas des agriculteurs et des chefs d'entreprises mériteraient d'être discutés (vie à la campagne favorable pour les uns, stress défavorable pour les autres ?)

    306. Cause toujours

    Enfin si l’amour de l’art peut toucher tout le monde, c’est tout de même l’éducation que l’on a reçue qui favorise cet attrait.

    Comme le montre le diagramme ci-dessous ce sont les plus diplômés qui vivent le plus longtemps :

    306. Cause toujours

    Ce diagramme un peu complexe montre également que (jusqu’à présent) la longévité augmente avec le temps, que quelles que puissent être les conditions, les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais j’ignore si elles vont plus souvent au théâtre qu’eux.

     

    [1] Fancourt D et coll. : The art of life and death: 14 year follow-up analyses of associations between arts engagement and mortality in the English Longitudinal Study of Ageing. BMJ 2019;367:l6377

     

     


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  • 305. La couleur des aliments

    « Après une bataille de plusieurs années, le logo nutritionnel coloriel Nutri-Score a été adopté officiellement en France en octobre 2017 (puis en Belgique, en Espagne, en Allemagne et aux Pays-Bas). Destiné à être affiché sur la face avant des emballages alimentaires, il a un double objectif : aider les consommateurs à juger, d’un simple coup d’œil, de la qualité nutritionnelle globale des aliments au moment de leur acte d’achat et inciter les industriels à reformuler la composition nutritionnelle des aliments qu’ils produisent. Le choix du Nutri-Score par les autorités de santé publique repose sur des bases scientifiques solides (plus de 40 études) qui ont validé l’algorithme sous-tendant le calcul du Nutri-Score et démontré son efficacité…Dans une étude récente de modélisation il a été démontré que le Nutri-Score apposé sur l’ensemble des aliments permettrait, en France, de réduire la mortalité par maladies chroniques de 3,4 %, soit de 6 600 à 8 500 décès qui pourraient être évités chaque année par cette simple mesure de santé publique. » (extrait d’un éditorial de Serge Hercberg paru dans la Revue du praticien de décembre 2019 )

    L’auteur de cet éditorial appelle à rendre obligatoire pour toutes les entreprises l’apposition de ce logo nutritionnel coloré du vert au rouge, car nombre d’entreprises sont très opposées à cette exposition, et l’auteur cite entre autres : Coca-Cola, Mars, Mondelez, Unilever, Kellogg’s, Ferrero…

    Le bénéfice en matière de santé publique avancé par l’auteur est impressionnant, et il parle de bénéfice démontré, or il s’agit d’une modélisation et non d’une démonstration. C’est une prospective probable mais non certaine. Loin de moi l’idée qu’il ne faut pas s’efforcer de manger plus sain, c’est à dire en général de façon plus ennuyeuse en retirant le plus souvent à la table le plaisir qu’elle peut donner. Je ne parle pas du Coca-Cola dont la consommation pour accompagner les aliments m’a toujours paru une aberration mais qui s’est malheureusement généralisée. Sélectionner ses aliments comme s’il s’agissait de médicaments (« nutriments ») me semble triste. Comme dit l’autre « je ne sais pas si en suivant ce régime vous prolongerez votre vie, mais il est certain qu’elle vous paraîtra plus longue »

    Le « Nutri-Score » est sûrement une bonne chose, surtout s’il permet d’écarter des saloperies. Mais c’est encore une médicalisation de la vie courante, une inquiétude supplémentaire, une incursion dans notre liberté de choisir, un formatage des esprits.

    J’ai eu l’expérience douloureuse concernant deux de mes amies, toutes deux obsédées par la sélection alimentaire, cuisant tout à la vapeur, se privant depuis des décennies de croissants ou d’autres mets qu’elles aimaient. Elles sont mortes toutes les deux prématurément d’un cancer du pancréas. Aucune valeur statistique, mais quelle triste ironie.

    Illustration : Renoir "Le déjeuner des canotiers"


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  • 304. Désordre à l’Ordre des médecinsQuand j’étais en activité, je me demandais (et je n’étais pas le seul) à quoi servait l’Ordre des médecins. Pour une cotisation annuelle rondelette, je participais obligatoirement à la récolte des 80 millions € qui tombent chaque année dans les caisses de ce Conseil, celui-ci n’en donne guère, et ceux qu’il donne éventuellement sont rarement pris en compte par le corps médical qui doute de son expertise. J’avais cependant pour récompense l’envoi de ma carte de médecin et du caducée pour ma voiture, justifications indispensables, mais d’un rapport qualité/prix désastreux. J’admettais cependant qu’il fallait bien qu’existât un organisme pour leur délivrance.

    Les médias se font l’écho des conclusions de l’enquête de la Cour des comptes qui envisage même de saisir la justice pour les faits constatés révélant un certain désordre financier dans l’Ordre (« faiblesses, voire de dérives préoccupantes ») et une réaction plutôt molle pour sanctionner les entorses à l’éthique médicale et qui n’intervient souvent qu’après les sanctions des tribunaux.

    Pour ma part, je sais enfin où va ma contribution annuelle (que je continue à verser mais d’un moindre montant). Si j‘en crois le Canard enchaîné qui rapporte quelques remarques de la Cour des comptes, le Conseil national est « devenu le dispensateur de petites et grandes largesses qui profitent à tous ». Le bénévolat des 54 membres du Conseil national est d’un bon rapport puisqu’ils auraient perçu en 2017 « 2,2 millions d’indemnités et se sont fait rembourser pour 2,6 millions de frais ». Ce qui fait un bon petit paquet pour chacun, en particulier pour les 16 membres du bureau, de quoi arrondir leur retraite, car la plupart ont un âge avancé.

    Je n’ai jamais cherché à faire partie de cet organisme en éprouvant pour lui que peu d’intérêt. Mais en matière d’intérêt, je n’y connais vraiment rien.

    Illustration : Klimt « Médecine »


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  • En clôturant le « Grenelle » consacré à la prévention des violences conjugales Édouard Philippe a déclaré : « lorsque cela peut sauver des vies, offrir la possibilité aux médecins de déroger au secret médical »… « Je souhaite que cela concerne des cas très stricts, les cas d’urgence absolue où il existe un risque de renouvellement de violence ».

    Initiative admirable, mais cette levée du secret médical est une dérogation déjà prévue par la loi : « La personne tenue au secret n'est pas dispensée de mettre en œuvre tous les moyens susceptibles de porter secours à personne en péril. En effet, l'article 223-6 du Code pénal punit « de cinq ans de prison et de 75 000 euros d'amende quiconque s'abstient volontairement de porter secours à une personne en péril ». (Je dois avouer, à ma grande honte, que j’hésiterais à porter secours à une personne en péril si en le faisant je risquerais de subir le même péril).

    Edouard Philippe enfonce donc prudemment une porte ouverte étant donnée la complexité du problème.

    Les médecins sont partagés concernant cette levée du secret médical. Le Journal International de Médecine s’est livré à un sondage en interrogeant sur son site, du 4 au 24 novembre,  694 médecins, infirmiers et pharmaciens. En voici les résultats :

    Le tiers partisan du lever du secret médical après  constatation de violences conjugales estime donc devoir le faire malgré le désir de la victime (souvent sous influence et terrorisée par les conséquences éventuelles du signalement). Ce qui amène deux remarques :

    - Le médecin doit avoir la certitude que les traumatismes constatés sont bien le fait de la personne accusée

    - Le secret médical n'appartient pas au médecin mais à la personne qui consulte, et celle-ci peut le lever ou non à sa guise. Passer outre c'est amputer son libre-arbitre et la considérer comme "un mineur de quinze ans ou à une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique" (autre dérogation légale). Bien sûr on peut toujours arguer que sous "emprise" (qui sera reconnue par le code pénal) la personne n'est pas à même de prendre une décision pour sa propre sauvegarde. C'est aussi infantiliser une personne adulte.

    Le tiers qui s'oppose à la lever du secret médical sans l'accord de la victime  pensent (outre les remarques précédentes) qu'une telle mesure risque de miner le lien de confiance entre le médecin et sa patiente et de créer pour le premier de nouvelles responsabilités complexes et qui s’éloignent de l’acte de soin.

    Le troisième tiers attend logiquement la récidive car un couple n'est pas à l'abri d'une rixe et d'un échange équilibré de vaisselle.

    Le Conseil de l'Ordre des médecins aurait été sollicité pour avoir son avis. Bon courage.


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