• Les revers de la conquête

    « L'amour est une agitation éveillée, vive et gaie...Elle n'est nuisible qu'aux fols » disait Montaigne. Des études ont montré que le mariage était bon pour le système cardiovasculaire, à condition toutefois que la relation conjugale soit satisfaisante. D'une façon générale, l'amour partagé est favorable à la santé, mais chacun sait qu'il peut être la source de bien des maux. Ô préservatif ! « Préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ». Des amoureux, même sages, ne sont pas à l'abri du danger. Ils sont exposés à la maladie du baiser (mononucléose infectieuse), le garçon est en outre menacé de paralysie radiale s'il laisse la tête de sa promise trop longtemps appuyée sur son bras, sans oublier la fracture du talon lorsqu'il saute par la fenêtre de la chambre à l'arrivée du père soupçonneux (syndrome de Roméo). Encore que par les temps qui courent, ce soit parfois le père menacé qui saute par la fenêtre après son intrusion intempestive.

    La maladie d'amour

    Jusqu'au XIXe siècle, les troubles du comportement dus à la frustration amoureuse étaient considérés comme une vraie maladie. Elle atteignait particulièrement les beaux-fils qui tombaient amoureux d'une belle-mère, bien entendu jeune et jolie. Hippocrate en fit le diagnostic chez le roi de Macédoine Perdicas II. Erasistrate en fit de même chez  Antiochus, et Avicenne pour un prince de Rhages en Perse. Au XVIIIe siècle, on se pose toujours la question : « L'amour peut-il être guéri par les plantes ? » (Thèse de Doctorat. François Boissier de Sauvages 1726).

    Une façon moderne et plus radicale que les plantes pour calmer sa flamme est d'incendier ou de défigurer la femme qui se refuse ou de l'enlever pour la forcer au mariage et la tuer devant des policiers comme cela vient de se produire au Kirghizstan.

    Au XIXème, on parle d'hystérie puis la psychanalyse s'en empare. De nos jours les médecins ne sont plus sentimentaux. Les seuls concernés sont les sexologues qui comme leur nom l'indique s'intéressent au sexe et non pas à l'amour. « Il m'avait toujours semblé que lorsque la sexualité tend à se muer en sexologie, la sexologie ne peut plus grand chose pour la sexualité » (Romain Gary).[1]  Cependant William Masters et Virginia Johnson, eux, sont passés de l'un à l'autre : réalisant les recherches fondamentales en sexologie, publiées en 1968 (Les Réactions sexuelles), William a fini par épouser Virginia, on ne peut impunément assister au coït des autres.

    L'amour dopé

    Le philtre d'amour est de tous les temps. Un des plus anciens est le fruit de la mandragore, offrande de Rachel à Léa pour coucher à sa place avec Jacob (Genèse 30/14). Un des plus utilisés, et des plus dangereux, a été la mouche de Milan ou cantharide qui réduite en poudre provoquait les érections souhaitées mais aussi des néphrites souvent mortelles. L'ecstasy l'a remplacée, vendue dans les grandes surfaces des rave parties, tout aussi dangereuse, pouvant provoquer des dégradations cérébrales sévères, même après une seule prise. L'argument libido est toujours présent pour faire vendre les vitamines et autres compléments alimentaires.

    La médecine traditionnelle chinoise attribue à la bile d'ours le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et bien entendu de restaurer ou accroître les capacités sexuelles masculines. D'où un braconnage et surtout un élevage des ours, en Chine, Corée, Vietnam. Cette exploitation sans fondement des ours n'atténue en rien l'admiration béate de certains pour des médecines qui n'ont d'autre qualité que l'exotisme. Dans ces mêmes régions on attribue au phallus des phoques des vertus aphrodisiaques. C'est un des motifs de leur massacre à coups de gourdin sur la banquise, rouge de leur sang.

    Il est moins exotique, plus facile et moins cruel d'accroître le flux sanguin au bon endroit en avalant au bon moment un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase du type 5.

    En avoir ou pas

    Les hommes inquiets par la baisse de leur virilité se doutaient bien depuis longtemps que les testicules devaient contenir un principe actif. Dans l'antiquité et au Moyen Age, les testicules de castor étaient utilisés pour fabriquer des drogues et pommades et la légende voulait que le castor poursuivi par un chasseur se châtrait lui-même pour éviter d'être tué. Légende sans fondement car les testicules de castor sont internes. A la fin du XIXe siècle, c'est un américano-anglo-français venu de l'île Maurice, successeur de Claude Bernard, Edouard Brown-Séquard qui découvrit que même quand ils sont externes les testicules sont aussi des glandes à sécrétion interne. A 72 ans il s'injecta des extraits de testicules de chiens et cobayes et constata avec satisfaction que ses «  ardeurs défaillantes »[2] étaient ranimées. Mais cet effet s'avéra fugace. Dans les années 1920  le russo-français Serge Voronov, directeur du laboratoire de chirurgie expérimentale du Collège de France et son frère Georges greffèrent des testicules de singe, d'abord sur un arriéré, puis sur un vieil anglais disposant apparemment de toutes ses facultés et enfin sur des membres de l'intelligentsia et l'Archevêque de Paris. Ce « traitement paraît si prometteur que les compagnies d'assurances l'interdisent aux porteurs de rentes viagères »[3]. En Amérique, c'est le professeur d'urologie de Chicago, Lespinasse, qui greffa des morceaux de testicules humains récupérés après suicide ou exécution.

    Des fourmis dans un membre

    Une autre recette possible à base de fourmis est donnée par Maïmonide :"Prenez une unité d'huile de carottes, une autre de radis et un quart d'unité d'huile de moutarde. Mélangez et ajoutez-y une demi- unité de fourmis jaunes vivantes. Exposez l'huile au soleil durant quatre à sept jours. Oignez-vous-en le membre deux ou trois heures avant les rapports. Vous constatez qu'il se maintiendra même après l'émission de sperme. Rien de plus efficace n'a été trouvé en ce domaine !... " [4].


    [1] Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable 

    [2] Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

    [3] M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

    [4] Cité par R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie

     

    7 commentaires
  • Mais on pourrait également affirmer l’inverse : ce qui est dit ou montré n’existe pas toujours ou n’est pas forcément vrai.

    En septembre 2012, j’avais écrit un petit article après la publication d’une étude du Pr Gilles-Eric Séralini censée montrer la toxicité d’un maïs génétiquement modifié (voir 118. Les OGM, graines de discorde). Cette étude fit grand bruit et fut bien orchestrée sur le plan médiatique avec notamment une couverture du Nouvel Observateur que certains pourraient qualifier de putassier et que je qualifierais de malhonnête et d’irresponsable :

    271. Ce qui n’est pas dit ou montré, n’existe pas.

    Rapidement, il est apparu que la méthodologie de cette étude était très critiquable et qu’il a semblé que le Pr Séralini mêlait un peu trop science et militantisme puisqu’il est persuadé de la nocivité des OGM, et que, comme tout militant, il possède la réponse avant de débattre de la question. Devant les biais de cette étude, sa publication dans une revue scientifique (Food and Chemical Toxicology) fut par la suite retirée, à noter cependant que son comité de lecture aurait pu s’en apercevoir avant de la publier.

    Quoi qu’il en soit, le Pr Séralini fit suffisamment de bruit avec ses rats boursoufflés de tumeurs pour provoquer une inquiétude de la part des autorités et susciter des études plus sérieuses. C’est ainsi que les autorités françaises et européennes ont lancé trois programmes de recherche concernant la toxicité des maïs génétiquement modifiés (GRACE, GTwYST et GMO90+). Leurs résultats ont été présentés au mois de juin par l’Association française des biologistes végétaux (AFBV) et viennent contredire l'étude de Séralini :

    « Les résultats de ces programmes de recherche confirment l’absence d’effets sur la santé des maïs porteurs de MON 810 et NK 603 dans les études à 90 jours. (…) Les études à long terme (un an et deux ans), ne mettent en évidence aucun effet toxique des maïs analysés et n’apportent rien de plus que les études à 90 jours, comme l’avaient prévu les toxicologues. Ainsi, l’AFBV constate que ces nouvelles études réfutent les principales conclusions tirées des études de GE Séralini sur la toxicité des maïs « OGM » analysés : aucun risque potentiel n’a été identifié. En outre, elles contredisent ses propositions sur la nécessité de réaliser des études à long terme. Pour l’AFBV, il est donc important que les consommateurs européens soient maintenant informés des résultats de ces études qui devraient les rassurer sur la qualité pour leur santé des plantes génétiquement modifiées autorisées à la commercialisation et sur la procédure d’évaluation européenne, déjà la plus rigoureuse du monde » (communiqué de l’AFBV rapporté par JIM.fr).

    Bien que le service de presse de l’AFBV ait envoyé les conclusions de ces travaux à 150 journalistes et 250 parlementaires, on ne peut pas dire que leur divulgation ait eu le même retentissement que l’étude fracassante de Séralini « Même l’AFP n’a pas voulu passer une ligne » affirme un représentant de l’AFBV.

    Il est évident que pour les médias une information rassurante est beaucoup moins « sexy » qu’une information inquiétante, et qu’une information faisant état de leurs erreurs reste discrète. A cela il faut ajouter que les mouvements d’opposition comme celui des anti-OGM semblent avoir la sympathie des médias, toujours attirés par les conflits, sans parler de leur prudence devant le caractère souvent belliqueux des militants en règle persuadés d’être détenteurs de la vérité même lorsqu’elle n’a pas été démontrée.

    On peut attendre en vain une couverture rectificative du Nouvel Obs aussi péremptoire que la précédente affirmant que l’on vient de démontrer que « Non, les OGM ne sont pas des poisons ! ». Les médias ont préféré donner la parole à GE Séralini en parlant de « guerre de communication ». On voit que le « chercheur » de Caen préfère quitter le domaine scientifique, et la confrontation sur la valeur des études en cause, pour rejoindre celui de la médiatisation. Le Pr Séralini a en effet tout intérêt à quitter la science où sa faiblesse est manifeste, pour rejoindre celui de la communication où il a prouvé en 2012 sa maîtrise.

    Le Nouvel Obs. à peine troublé par les trois études qui viennent contredire celle de Séralini, lui a donné plutôt la parole. Je suis incompétent pour juger des arguments avancés pour sa défense (qui m'ont cependant paru à la lecture un peu tirés par les cheveux), mais le mis en cause s’est surtout élevé contre le détournement de fonds publics pour « discréditer » ses travaux. Je ne connais pas le Pr Séralini mais je trouve qu’il ne manque pas de culot : il publie une étude discutable, mais inquiétante, et il proteste que l’on soit dans l’obligation d’en vérifier la validité dans le strict respect d’une démarche scientifique. Il est en effet regrettable que la peur des pouvoirs publics après son étude d’emblée sujette à caution ait conduit à dépenser plusieurs millions d’euros pour l’infirmer. On comprend aussi que le Pr Séralini aurait préféré que l’on ne vérifie pas les résultats de son étude. C’est humain, mais détestable.


    17 commentaires
  • L’OMS a fait connaître le 18 juin dernier la 11ème version de sa classification internationale des maladies (CIM 11). Ce travail qui a demandé 10 ans sera présenté à l’Assemblée mondiale de la Santé, en mai 2019, pour adoption par les États Membres, et entrera en vigueur le 1er janvier 2022.

    Il est intéressant de noter que les classifications médicales internationales qui devraient ne tenir compte que des données de la science sont en fait influencées par l’évolution des normes sociétales et des problèmes judiciaires qui peuvent en découler.

    C’est ainsi que le transsexualisme considéré jadis comme une perversion sexuelle est devenu ensuite une maladie mentale, ce qui a soulevé les protestations des intéressés, pour devenir dans la dernière version une « incongruence du genre », utilisation inadéquate d’un terme habituellement employé pour qualifier le rapport des deux segments d’une fracture osseuse (le terme de « dissonance » est moins brutal). Il était également envisagé (je n’ai pas vérifié si cela a été fait) de sortir certaines paraphilies des perversions sexuelles comme le fétichisme, le transvestisme fétichiste ou le sadomasochisme dès lors qu’il est pratiqué avec le consentement des participants.

    Certains s’opposent au diagnostic « d’incongruence de genre » chez l’enfant, jugeant que cette « pathologisation » de la diversité de genre contrevient aux droits des individus transgenres. Ces opposants sont très imprudents car la CIM 11 en inscrivant « l’incongruence de genre » comme un des aspects relatifs à la santé sexuelle permet de l’extraire de la catégorie des troubles psychiatriques, tout en la conservant dans la classification des maladies, ce qui permet aux assurances maladie de prendre en charge les frais de la transformation sexuelle et de la prescription à vie des hormones pour maintenir l’artifice. Rejeter toute pathologie, c’est rejeter tout remboursement.

    Dans la CIM 10 la transsexualité était classée dans les "troubles de l’identité sexuelle" ce qui était considéré comme stigmatisant. Je veux bien croire que classer son ressenti parmi les maladies mentales soit mal vécu (attitude qui stigmatise d’ailleurs les malades mentaux), mais j’aimerais que l’on m’explique la différence entre « trouble de l’identité sexuelle » et « incongruence du genre » sinon par l’apparition du concept de « genre » car se considérer comme du genre opposé à son sexe biologique est évidemment un trouble de l’identité sexuelle puisque celle-ci est double et non superposable. La notion de genre est plus subjective qu'objective et plus sémantique que réelle car le sexe lorsqu'il est déterminé est invariable quel que soit le genre que l'on désire vivre.

    Quoi que l’on puisse dire, en l’absence d’anomalie organique à l’origine du ressenti d'appartenance à l'autre sexe (ou genre), celui-ci est forcément mental, ce qui n’a rien de péjoratif. Evidemment, si l’on considère que le transsexualisme est une modalité de la norme, il faut admettre que la norme n’existe pas, y compris celle qui a permis le développement et la pérennisation de l’espèce.

    On peut néanmoins penser que le transsexualisme a de l’avenir, surtout avec les progrès du féminisme. Je viens d’apprendre (Slate) qu’au Mexique où est imposée une stricte parité entre les hommes et les femmes pour toutes les candidatures au Congrès et que les transgenres ayant acquis le genre féminin peuvent se présenter dans le quota des femmes, quinze hommes auraient usurpé le statut de transsexuelles pour pouvoir se présenter. Les hommes « cisgenres » qui se sentent à leur place dans leur corps, ce qui est, j’en conviens, d’une banalité à pleurer, ont du souci à se faire.


    8 commentaires
  • En lisant un article du biologiste J.F. Bouvet paru dans Le Point d’aujourd’hui, j’ai appris avec surprise qu’en France, en 2016, le nombre de femmes qui firent le don d’ovocytes fut plus du double de celui des hommes pour leur sperme (540/255). Surpris, car je pensais l’inverse puisque le don de sperme est simple et sans déplaisir, alors que celui d’ovocytes est plus complexe et ne comporte que des désagréments pour leurs donneuses. Cela confirme l’altruisme féminin car dans l’hexagone le don de gamètes est pour l’instant gratuit et anonyme, et ceci explique aussi la pénurie de gamètes françaises.

    Ailleurs, le commerce de la semence et l’œuf humains est florissant et obéit à toutes les lois du marché. En Amérique du Nord, les étalons et les pouliches sont choisis avec soin dans les banques sérieuses, les qualités des donneurs et des donneuses sont vantées et le prix est en rapport, on attire les consommateurs par des promotions, une banque américaine propose ainsi deux flacons de sperme d’un donneur renommé pour le prix d’un. Il existe même au Royaume-Uni une application pour smartphone qui permet d’avertir les clients que leur commande, selon le profil souhaité et enregistré en ligne, est à leur disposition.

    Dans un article de la Revue du Praticien de mai 2018, j’ai noté que chaque année plus 1000 Françaises se rendent en Belgique pour y bénéficier d’une insémination, non pas avec du sperme belge, mais pour la plupart avec du sperme danois car elles se procurent des paillettes en provenance de la banque de sperme danoise Cryos qui fournit en paillettes tous les pays d’Europe. Au Danemark les donneurs sont franchement rémunérés et il ne semble pas y avoir de limitation du nombre d’enfants né d’un seul donneur (ce nombre est limité à 10 en France). Une extension du nombre d’enfants par donneur augmente également la probabilité d’une rencontre entre des individus ayant le même père biologique.

    On voit qu’il faut s’attendre à avoir beaucoup de petits demi Danois à travers l’Europe, notamment en France où le bon sperme devient rare. On peut également se poser une autre question : en raison de la libre circulation des gamètes gelées en Europe que devient le « droit du sang » ?


    16 commentaires
  • On sent que Mme Agnès Buzyn, notre ministre de la Santé, est très mal à l’aise avec l’homéopathie dont elle affirme qu’elle n’agit que comme un placebo, mais sans oser la dérembourser (128,5 millions € en 2016) car il s’agit d’un placebo manipulé par 5000 praticiens homéopathes et apprécié par de nombreuses personnes, y compris l’ancienne ministre de la santé, Roselyne Bachelot, dont le chien, selon ses dires (pas ceux du chien), semble avoir apprécié cette « thérapeutique ». Alors pour clore ce débat embarrassant, Mme Buzyn a fini par déclarer doctement qu’une évaluation de l’homéopathie serait nécessaire.

    Déclaration parfaitement ridicule car cela fait au moins un siècle que cette évaluation a été faite, que de nombreuses instances scientifiques en Europe ou aux USA se sont prononcées récemment et n’ont accordé à l’homéopathie qu’un effet placebo. Aux USA il a même été imposé de signaler sur les boîtes de granules l’absence de preuves scientifiques de l’efficacité du produit vendu.

    De plus, les quelques études qui ont comparé l’homéopathie à l’absence de traitement n’ont pas montré de différences entre elles ce qui jette même un doute sur l’effet placebo de l’homéopathie (Le Point).

    L’homéopathie illustre à la fois la nécessité pour un médecin d’agir, même lorsqu’il doute de l’efficacité de sa prescription, et du besoin du patient d’être traité, même lorsqu’il est amené à guérir spontanément.

    Par contre, c’est sans doute avec raison que la ministre de la Santé envisage le déremboursement des médicaments aujourd’hui prescris pour traiter la maladie d’Alzheimer (Ebixa, Aricept, Exelon et Reminyl). Leur l’efficacité n’est aucunement démontrée mais surtout ils sont susceptibles de provoquer de sérieux effets secondaires. Leur service rendu est donc des plus discutables. Cette perspective de déremboursement est évidemment critiquée par des médecins et les associations s’occupant de cette maladie avec trois arguments principaux :

    - Iniquité entre ceux qui auront les moyens et ceux qui ne les auront pas de se payer ces médicaments. On pourrait, à mon avis, parler d’iniquité en sens inverse, car les plus pauvres éviteront de dépenser de l’argent pour des médicaments peu ou pas efficaces et parfois mal tolérés

    - C’est au moment où la fréquence de la maladie augmente avec le vieillissement de la population (le nombre de cas est estimé en France à plus de 850000) que l’on dérembourse son traitement. Argument curieux : le nombre de malades ne rend pas le traitement actuel plus efficace et mieux toléré.

    - Comment pourra-t-on traiter les patients  si les médicaments ne sont plus remboursés ? L'ennui est que le traitement actuel ne change pas le cours de la maladie. Mais il est difficile, comme le disait François Magendie, d’essayer de ne rien faire, l’homme étant un imbécile actif ayant la passion de l’intervention d’après Fernando Savater (voir « Primum non nocere »)

    Alors, j’ai une idée : pourquoi ne pas utiliser davantage l’homéopathie pour traiter les troubles de la mémoire des patients atteints de la maladie d’Alzheimer puisque des homéopathes prétendent que les granules du laboratoire Boiron ont le souvenir des molécules actives disparues qui les ont traversés. Il s'agirait alors d'un transfert de mémoire.

    268. La difficulté de ne rien faire


    12 commentaires
  • Au début de ce mois a débuté un vaste programme espérant inclure un million de participants, recrutés dans sept villes américaines (Birmingham, Chicago, Detroit, Kansas City, Nashville, New York et Pasco). Ce programme élaboré et conduit par les Instituts nationaux de la santé (NIH) doté de 1,45 milliards de dollars alloués pour une période de dix ans par le gouvernement américain a pour objectif « de déterminer avec précision les différents marqueurs génétiques, sociaux ou comportementaux, qui favorisent le développement de certains facteurs de risque ou maladies ou au contraire qui semblent conditionner le maintien en bonne santé. »

    La médecine prédictive appliquée à des populations entières est en marche. Une gigantesque base de données va être constituée, ultra sécurisée (vraiment ?), qui recensera toutes les informations des dossiers médicaux, des questionnaires sur l'alimentation, le sommeil, l'environnement et d'autres aspects de la vie quotidienne. Les recherches s'orienteront dans des domaines très variés, allant de la sensibilité particulière à certains médicaments à la prédisposition à différents cancers

    Soulignons que l’on fera appel à des capteurs connectés et à des prélèvements ADN sur le plus grand nombre de participants, afin de mettre en place une des plus importantes « biobanques » du monde.

    Le secrétaire d'État américain à la santé est très fier de la mise sur pied de ce programme. Il a sans doute raison. Mais, pour ma part, je sens qu’une partie de mon cerveau est réticent, une rébellion synaptique qui me fait honte, aussi ai-je demandé à cette partie rebelle ce qu’elle trouve à redire à cette enquête monumentale qui touchera aussi bien les noirs (habituellement moins surveillés sur le plan médical) que les blancs.

    D’une façon générale, je n’ai pas trop de sympathie pour les surveillances collectives de la part d’une autorité quelconque surtout lorsqu’elle porte sur l’intime. Pourtant, là, elle peut être d’une grande utilité si elle précise les facteurs environnementaux susceptibles d’influencer notre santé car ces facteurs peuvent être corrigés, à condition que l’on n’oblige pas à ce qu’ils le soient. Aux USA des entreprises (dont peut dépendre l’assurance maladie) ont ainsi obligé certains de leurs employés à modifier leur comportement sous peine de rétorsions.

    La partie rebelle de mon cerveau se méfie des prélèvement ADN. L’ADN c’est vraiment un truc très intime. Et que peut-on y trouver ? Des gènes prédisposant à des maladies graves. Cela vous plairait que l’on vous annonce que vous risquez d’avoir une maladie grave et peut-être sans traitement efficace ? Une maladie qui n’apparaîtra peut-être pas, mais il va falloir vivre avec cette hantise. Cependant, me dira-t-on, le savoir permettra de mieux vous surveiller, de prendre des précautions et de vous traiter plus vite. Sans doute, mais allez-vous vivre mieux avec cette épée de Damoclès ? D’autant plus qu’elle peut ne jamais tomber.

    En fait, il est certain qu’une épée tombera, mais ce n’est pas forcément celle qui est prévue par les prédictions.

    Nous vivons dans le provisoire et dans l’incertitude, mais c’est cette incertitude qui nous permet de vivre le présent en attendant qu’une épée tombe. On se doute bien du moment où elle tombera, mais on n’est jamais sûr de sa forme.

    J’ai tendance à éviter les cartomanciennes, qu’elles exercent dans les foires ou dans la science.

    267. Plaidoyer pour l’incertitude


    12 commentaires
  • 266. Les inspecteurs des travaux finis

    Deux spécialistes de l’économie de la santé (Jean de Kervasdoué et Roland Cash) se sont penchés sur les sources d’économie possibles et donc sur les dépenses inutiles : "la pertinence des actes permettant d'améliorer la balance entre les bénéfices et les ressources".

    Il est vrai que les actes demandés par les médecins ne sont pas toujours pertinents, ne serait-ce que de demander de façon répétée le groupe sanguin d’une personne alors qu’il ne changera jamais au cours de sa vie (4,5 millions de détermination de groupe sanguin en France en 2015, soit 31 millions de dépenses, sans compter les tests effectués à l'occasion d'une hospitalisation ou de dons du sang).

    Sans vouloir défendre aveuglément ma corporation, cette approche rend les médecins seuls coupables de tous les maux, ni les patients, ni l’organisation de l’assurance maladie n’ayant apparemment la moindre responsabilité dans les dépenses qui leur paraient excessives.

    Dans leur analyse les deux compères trouvent qu’il y a trop d’évènements indésirables graves (EIG) durant une hospitalisation ou ayant induit une hospitalisation. Ils représenteraient 11 % des causes de décès. En 2009, la Drees a recensé entre 300 000 et 400 000 EIG. Les désordres physiologiques et métaboliques postopératoires (260 millions), les septicémies (155 millions), les escarres (137 millions) et les embolies pulmonaires post opératoires (71 millions). 

    Moi aussi, je trouve qu’il y a trop de complications graves chez les hospitalisés, mais j’aimerais que les « inspecteurs des travaux finis » me disent comment les éviter puisqu’ils sont si malins. On a vraiment l’impression que ces analystes accusent les médecins de provoquer délibérément les septicémies, les escarres ou les embolies pulmonaires. La maladie n’est pas un long fleuve tranquille se déroulant toujours sans complications. Mais peut-être pourrait-on en réduire la fréquence en augmentant le personnel notamment infirmier ? Ce qui serait une source de dépenses.

    Nos deux spécialistes soulignent que les médecins demandent trop d’examens d’imagerie. Un rapport de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sureté nucléaire) estimait avec la CNAM, qu'à raison de près d'1 millions de radiographies du crâne annuelles, 24 millions d'euro ont été dépensés entre 1999 et 2012, pour un acte inutile dans la grande majorité des cas. C’est sûrement vrai, mais cela veut dire aussi que dans une minorité de cas la radio du crâne est pathologique, alors comment le savoir à l’avance avec certitude ?

    Pour l’imagerie ou les examens biologiques, seuls des examens qui se révèleraient pathologiques ne seraient pas demandés inutilement.

    D’un autre côté s’il est plus que souhaitable de demander des examens à bon escient, un tri trop sévère pourrait laisser échapper une anomalie que l’on pourrait par la suite reprocher au médecin. Celui-ci se trouve parfois dans des situations difficiles que ne connaissent pas nos deux spécialistes, comme, par exemple, un patient consultant pour un mal de tête qui paraît sans gravité, mais réclamant un scanner cérébral dont l’indication est très discutable. Imaginez les conséquences si l’examen refusé se révélait ultérieurement pathologique.

    En théorie et a posteriori on peut constater que des complications auraient pu être évitées, que des examens ont été inutiles, mais combien de maladies dépistées ou prévenues par des examens dont l’indication aurait pu se discuter ? La médecine n’est pas une science divinatoire et elle est parfois obligée de voir large pour ne pas faire d’erreurs, si bien, que pour la satisfaction du patient comme du médecin, les examens demandés sont le plus souvent normaux (donc inutiles) que pathologiques.

    Ceci ne doit pas empêcher le praticien de réfléchir, de raisonner, d’exercer son art et son bon sens plutôt que de se réfugier trop facilement derrière une pluie d’examens complémentaires. 

    Goya et son médecin  


    12 commentaires
  • Nous sommes dans un Etat de droit. Les gens ont donc des tas de droits, mais certains s’arrogent celui d’en avoir de supplémentaires pour satisfaire une exigence ou un désir qu’ils présentent comme un droit, en sommant l’Etat ou la justice de faire le nécessaire pour en bénéficier.

    Certains sont farfelus comme l’ambitieux « droit à la santé » qui s’était fait une place de choix dans le passé, mais dont on parle moins car les gens sensés se sont sans doute aperçus que ce droit à la santé devait logiquement déboucher sur un droit à l’immortalité (ça viendra peut-être), aussi, à présent, parle-t-on plus volontiers d’un « droit aux soins », parfaitement justifié et restant dans le domaine du possible.

    Pourtant est apparue sur la place publique une association qui défend le « droit à guérir » ce qui impliquerait qu’il n’y a pas de maladies inguérissables et que si un médecin ne guérit pas son patient il tombe, non pas dans l’illégalité (car ce droit ne figure pas encore dans la législation), mais dans la culpabilité.

    Cette association « Le Droit à guérir » (à noter le D majuscule) défend en particulier des patients mordus par une tique et qui peuvent développer par la suite une infection, une borréliose nommée maladie de Lyme du nom de la ville où cette maladie fut décrite pour la première fois. Cette infection évolue en plusieurs phases et pourrait laisser des troubles séquellaires dans une forme dite chronique.

    L’ennui est qu’il a été attribué à cette forme chronique, dont l’existence même est discutée, tout et n’importe quoi étant donné l’absence de spécificité des troubles signalés. Le diagnostic est parfois avancé par les patients ou des médecins peu scrupuleux malgré la négativité des tests (dont la fiabilité est alors mise en doute par les intéressés) et même parfois en l’absence dans les antécédents de morsure de tique, hôte de nos forêts et vecteur inconscient de la maladie.

    Les spécialistes des maladies infectieuses et notamment ceux qui connaissent le mieux les borrélioses, doutent du rapport de causalité entre l’agression ancienne de la tique (lorsqu’elle existe) et le tableau pathologique survenant à distance de l’infection initiale (lorsqu’elle a existé) chez tous les patients qui viennent les consulter.

    Cette confusion multi-pathologique suscite des vocations médicales et des centres dédiés à la maladie de Lyme qui accueillent à bras ouverts les déçus des infectiologues compétents mais réticents.  Des cliniques promettraient même une guérison contre des sommes dépassant les 10 000 euros, car il est incontestable que les patients souffrent, même si la cause invoquée de leurs maux est plus que discutable. Les charlatans, eux, sont toujours prêts à les soulager.

    Comme on le voit, c’est là qu’apparaît un droit supplémentaire : le « droit de faire son diagnostic » ou le « droit de choisir sa maladie ». Avec internet, rien n’est plus simple de faire un autodiagnostic, mais si le médecin, quel que soit sa compétence, à qui vous vous adressez ensuite n’est pas d’accord avec vous, vous avez le droit de lui faire un procès.  Dans le cas qui nous occupe, dans une logique surréaliste, des spécialistes authentiques de la maladie de Lyme sont attaqués en justice parce qu’ils ne reconnaissent pas à la tique la responsabilité de la diversité pathologique dont souffrent les patients alors qu’eux sont certains du diagnostic clinique et étiologique, aidés en cela par quelques spécialistes auto-proclamés, des associations dont on se demande la motivation, et des avocats prêts à défendre l’indéfendable.

    C’est ainsi que plusieurs patients soutenus par l'association « Le Droit à guérir » ont déposé plainte contre X pour non-assistance à personne en danger, pour violences psychologiques et verbales à l'encontre d'une vingtaine de professeurs de médecine "détracteurs" de la forme chronique de Lyme, ces accusés ayant été auparavant harcelés par voie postale.

    Pour l’avocat de cette cause « Lymite », l'absence de reconnaissance en France de la forme chronique de la maladie de Lyme inflige aux malades "une souffrance physique et psychologique insupportable et les contraint à des errances médicales qui leur sont extrêmement préjudiciables" écrit-il dans son dépôt de plainte. La formation médicale et scientifique acquise par ses études de droit et son expérience de pathologiste lui permet d’affirmer que : "La forme chronique de la maladie de Lyme est une pathologie extrêmement grave consistant en un syndrome d’immunodéficience acquise inflammatoire bactérien multisystémique, dont la présence dans le corps humain peut entrainer chez certains des maladies et souffrances associées, et qui nécessite une prise en charge longue de poly-antibiothérapieEn outre, il est reconnu, du fait de nombreuses données épidémiologiques et scientifiques, que la maladie de Lyme dans sa forme chronique est impliquée dans un grand nombre de pathologies inflammatoires chroniques, auto-immunes et dégénératives (pathologies ophtalmologiques multiples, pathologies cardiaques, Sclérose en plaque, Sclérose latérale amyotrophique, Alzheimer, maladies de la sphère autistique, Fibromyalgie, Syndrome de Fatigue Chronique, etc…)".

    N’en jetez plus ! C’est du sérieux, mais on a aussi le droit de ne pas l’être.


    14 commentaires
  • La fréquentation sporadique des toilettes publiques, notamment lorsqu’elles sont vastes comme sur les autoroutes, m’a permis de constater que la très grande majorité des hommes se lavent systématiquement les mains en sortant des cabines ou en quittant l’urinoir. Ce qui est un progrès incontestable de l’hygiène qui ne peut que satisfaire mon esprit médical.

    La question n’est donc pas de se laver les mains, mais de les essuyer. Papier jetable et torchons ont disparu pour faire place aux sèche-mains électriques qui pulsent de l’air chaud sur vos mimines que vous retournez comme des crêpes pour bien exposer tous les recoins de votre peau humide.

    C’est là où les choses se gâtent. Vous étiez propres (surtout en quittant l’urinoir, puisque les urines sont habituellement stériles), mais après avoir séché vos mains celles-ci vont s’enrichir de multitudes de germes et pas de ceux qui copinent avec nous en bonne entente.

    Courrier international rapporte l’information d’un site indien DailyO faisant état des constations de Nicole Ward, une étudiante américaine en microbiologie, qui a eu la curiosité de placer pendant 3 minutes des boîtes de Pétri (milieu favorable à la croissance microbienne) sous un sèche-mains et au bout de 3 jours elle a pu observer (des travaux antérieurs avaient déjà jugé catastrophique les sèche-mains sur le plan de l’hygiène) une pullulation de champignons et de microbes pathogènes provenant de l’air ambiant des toilettes pulsé par le sèche-mains et enrichi par les pulvérisations projetées par les chasses d’eau.

    Les germes retournent, en quelque sorte, sous pression à l’envoyeur alors que celui-ci voulait sagement s’en débarrasser en se lavant les mains. Comme quoi les meilleures intentions peuvent mal tourner.

    La nocivité de l’air pulsé notamment par les tours aéro-réfrigérentes et les climatiseurs est connue depuis 1976, date à laquelle on a assisté à une épidémie survenue chez 182 participants du 58e congrès de la Légion Américaine à Philadelphie, dont 29 sont décédés. Ce microbe très pathogène touchant en particulier le poumon a été appelé de ce fait : Legionella, il fait partie de la flore aquatique avec un goût prononcé pour les amibes. L’émergence récente de la légionellose s’explique par l’utilisation des systèmes modernes d’alimentation en eau comme les tours de refroidissement, les climatiseurs, les bains à jet, les bains à remous (jacuzzi), les canalisations d’eau chaude.

    On aurait envie de temps en temps d’arrêter le progrès.


    17 commentaires
  • "Des médecins du quotidien ont décidé d'alerter sur la part grandissante de pseudo-médecines à l'efficacité non prouvée et aux promesses fantaisistes qui sont proposées aux patients.

    Sous couvert d'une prétendue innocuité bien moins évidente qu'il n'y paraît et produisant un discours à la limite du complotisme, entretenant la confusion dans l'esprit du public entre médecine scientifique et croyances, ces « disciplines » à la tête desquelles trône l'homéopathie font beaucoup plus de mal que de bien.

    Ainsi ces médecins demandent l’exclusion de ces disciplines ésotériques hors de la caution que leur apportent les médecins ou les institutions médicales. Il est important que les patients cessent d'être abusés par ces remèdes illusoires, juste bons à profiter des effets contextuels. Même si nous reconnaissons l’utilité de ces effets contextuels, ils s’appuient sur un discours ésotérique et fallacieux qui ne font pas le cœur et l'efficacité de ce que devrait être la médecine scientifique basée sur des preuves."

    Ce texte introduit une tribune, signée par 124 médecins et publiée le 19 mars 2018 dans le Figaro, s’élevant contre la place de plus en plus grande que prennent les médecines alternatives utilisées par des médecins eux-mêmes. Le diplôme médical donnant en quelque sorte une caution scientifique à ces traitements, d’autant plus que leur pratique est parfois enseignée (donc aux frais de la société) dans le cadre hospitalo-universitaire. Ajoutons que l’ex-ministre de la Santé Roselyne Bachelot a apporté son soutien à l’homéopathie avec comme preuve le succès de la méthode sur son chien, en déclarant sur LCI :

    "J'ai évidemment lu avec beaucoup d'intérêt votre tribune. D'abord, c'est une tribune qui est, pour résumer, contre l'homéopathie. Le titre contre la montée des "fake médecines" met un peu dans le même paquet toutes sortes de thérapeutiques qui peuvent relever purement du charlatanisme. Est-ce qu'on peut rappeler quand même que l'homéopathie pour être remboursée doit être pratiquée par des docteurs en médecine qui sont des gens qui ont obtenu le même diplôme que le vôtre ? Moi j'ai soigné mon chien à l'homéopathie. Là, l'effet placebo est assez limité, mais enfin peut-être qu'il me voyait avec mon tube de granules et qu'il se disait 'Cette femme-là me veut du bien'… C'est peut-être ça qu'il s'est passé, parce ça marchait très très bien".

    Nombre de sociétés savantes dans le monde (dont l’Académie de Médecine en France et le Conseil scientifique des académies des sciences européennes : Eaasae) sont à l’unisson (mais avec moins de virulence) de cette tribune.

    Cette querelle à l’intérieur même du milieu médical ne semble pas devoir cesser, et comme il fallait s’y attendre les médecins homéopathes (Ils sont 5000 en France) ont vivement réagi à cette tribune, s’agissant de leur gagne-pain, appuyés par le laboratoire Boiron le premier fabricant mondial de granules homéopathiques (1) dont certains sont remboursés par l’Assurance maladie à hauteur de 30%. (2)

    « Dans un communiqué, Union Collégiale indique avoir été rejoint dans cette initiative par le Syndicat des Médecins Indépendants Libéraux Européens, le Syndicat de la Médecine Homéopathique, le Syndicat des Mésothérapeutes Français, et des médecins libéraux pratiquant ces médecines alternatives dénoncées dans la tribune »

    Et des plaintes disciplinaires ont été déposées devant l'Ordre des médecins contre les médecins signataires de cette tribune qui met les deux pieds dans le plat.

    Les partisans des médecines alternatives se disent scandalisés par cette tribune "anti confraternelle, sectaire et réactionnaire de quelques médecins / qui revendiquent / la disparition du champ médical de l’homéopathie mais aussi de l’acupuncture et de la mésothérapie".

    C’est vrai que cette tribune est anti-confraternel car le Conseil de l’Ordre et les autres confrères nous invitent toujours à nous taire sur les conneries que les autres peuvent faire. Mais il faut aussi ajouter que si cela n’était pas le cas, le monde médical risquerait d’exploser.

    Enfin, traiter de réactionnaires des médecins qui veulent s’appuyer pour leur pratique sur des preuves scientifiques est du plus haut comique : l’hypothèse plus ou moins farfelue de Hahnemann sur laquelle est basée l’homéopathie date de 1796, quant à l’acupuncture elle a plus de 5000 ans !

    Ce qui ne retire rien à l’intérêt de l’écoute du patient que peut avoir un homéopathe, et de l’effet placebo des granules homéopathiques dont la seule nocivité serait de retarder un traitement efficace pour une maladie sérieuse dont on peut espérer qu’elle n’échapperait pas à un médecin suffisamment compétent pour ne pas se contenter de l’homéopathie.

    (1) En 2017 le chiffre d'affaires du laboratoire Boiron a été de 618 millions € avec un bénéfice net de 78 millions €

    (2) En 2016 l'Assurance maladie a remboursé 128,5 millions € pour l'homéopathie. En Allemagne (Hahnemann était saxon)) le remboursement peut aller jusqu'à 100% et le marché de l'homéopathie aurait été de 600 millions € en 2016 (1/3 de la population aurait recours à ces granules)


    18 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique