• 300. La consolation du carnivore

    J’aime le confit de canard et la charcuterie. Cette information vous laisse, à juste titre, parfaitement indifférent, mais j’avais besoin de me confesser car en tant que médecin, je me sens évidemment coupable. De tels penchants sont devenus des vices impardonnables sur le plan sanitaire et très politiquement incorrects. Le canard est gras et la charcuterie contient théoriquement du porc (et dieu sait quoi encore), ce qui sera de plus en plus mal vu car sa viande heurte non seulement les végétariens et végans mais aussi deux monothéismes sur trois, ce qui n’est pas rien.

    A ma décharge, j’aime moins la viande de bovidé dont les pets sont une source de méthane nocif pour le climat, mais les écologistes ne me pardonneront pas le porc dont l’élevage entraîne la prolifération des algues sur nos plages.

    Pour ce qui concerne la santé, je savoure néanmoins mon confit de canard car l’épidémiologie a montré il y a quelques années que c’est dans le sud-ouest de la France, là où prolifère justement le confit de canard, que le taux d’infarctus du myocarde est le plus bas. La médecine est riche en paradoxes.

    Mais comment ne pas devenir végétarien ou végan, si l’on veut se nourrir en restant en bonne santé, protéger l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique ?

    Justement, des chercheurs de la perfide Albion ont voulu vérifier la chose[1], en l’occurrence, une équipe d’épidémiologistes d’Oxford qui ont suivi sur 18 ans une cohorte de 46188 participants sans antécédents de maladies cardiovasculaires, en distinguant trois groupes : les mangeurs de viande (avec ou sans poisson), les mangeurs de poisson (sans viande) et les végétariens dont les végans.

    Cette étude prospective menée au Royaume-Uni a finalement montré que les consommateurs de poisson et les végétariens ont moins d’angine de poitrine et d’infarctus du myocarde, la réduction du risque étant de 13% pour le poisson et de 22% pour le végétal, (ce qui correspond à 10 cas en moins pour 1000 personnes sur 10 ans) que les consommateurs de viande, mais par contre les végétariens ont une augmentation du risque d’avoir un accident vasculaire cérébral notamment hémorragique de 20% (équivalent à 3 cas supplémentaires d’accidents vasculaires cérébraux pour 1000 personnes sur 10 ans).

    Au total s’il faut, d’après cette étude prospective, manger plutôt du poisson que de la viande, il n’est pas si bon d’être totalement herbivore, sans compter que l’on soigne mieux le cœur que le cerveau.

     

    [1] Tong T. Y. N. Risks of ischaemic heart disease and stroke in meat eaters, fish eaters and vegetarians over 18 years of follow-up: results from the prospective EPIC-Oxford studyBMJ 2019 ; 366 : l4897


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    299. De l’inutilité du père

    Adriaen Brouwer : "Devoirs paternels désagréables"

    L’Académie de médecine s’est permis de faire remarquer que les enfants de lesbiennes ou de femmes seules obtenus par procréation artificielle en utilisant le sperme d’un inconnu pouvaient éventuellement pâtir de l’absence totale de père en étant, en quelque sorte, orphelin de naissance. Les académiciens pensent que les études qui ne relèvent aucune conséquence de l'absence de père sur la construction de l’enfant sont peut-être discutables sur le plan méthodologique et manquent, à leur avis, de recul.

    Cette déclaration académique intempestive qui parle de "rupture anthropologique majeure" à l’heure de la discussion de la loi de bioéthique a été très mal reçue (on a de suite parlé d'idéologie) car il est pratiquement certain que le débat aboutira à permettre à toutes les femmes d’avoir des enfants par procréation artificielle. En outre, bien que les soins médicaux n’aient rien à voir ici (à moins de considérer l’homosexualité comme une maladie), il est plus que probable – le désir étant devenu un droit – que la fabrication de ces enfants orphelins de père sera à la charge de la société.

    Il est ainsi admis que le père dans une famille est inutile, puisque l'on peut d'emblée s'en dispenser sans en éprouver le manque. (voir a contrario "L'ancêtre des nouveaux pères").

    L’argument qui consiste à dire que l’enfant trouvera sûrement un substitut du père dans l’entourage me paraît spécieux et plutôt aléatoire et ne change rien à la proclamation que le père n'est aucunement indispensable pour l'épanouissement de l'enfant, et les études, surtout anglo-saxonnes, qui ont été faites vont apparemment dans ce sens.

    Existe-t-il une différence entre l’absence de père comme une donnée de base et la disparition du père dès les premières années ? Dans le premier cas le père n’a jamais existé tel un zéro dans l’équation de la vie, dans le second, son existence fait partie du récit familial, il a pu laisser des traces de son passage, ne serait-ce que des photos.

    Je n’ai aucune compétence pour émettre un avis quelconque sur le plan général, d'autant plus que je ne connais pas en détail les études sur le devenir des enfants en milieu exclusivement féminin, mais je pense qu'il est probable que la non existence d'un père a moins d'impact que sa disparition. Une fois n’est pas coutume, je vais parler de mon cas personnel, ce qui n’a, j’en conviens, aucune valeur statistique. J’ai perdu mon père à l’âge de dix ans et je suis devenu vieux très jeune.


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  • 298. L’appel au SAS

    Lorsque j’étais en activité, je trouvais regrettable la fermeture de services d’urgences afin de les concentrer façon usine, associée à la fermeture drastique de lits hospitaliers.

    On justifiait la fermeture des « petits » services d’urgence par le fait que ceux-ci ne disposaient pas toujours de tous les équipements qui auraient pu s’avérer nécessaires pour prendre totalement en charge tous les patients, quelle que soit leur pathologie. La vérité est évidemment économique : concentrer les moyens et le personnel coûte moins cher.

    Quant aux raisons de la fermeture des lits, elles étaient et sont toujours essentiellement économiques, en s’imaginant dans une logique à la Gribouille que la disparition des lits diminuerait un nombre équivalent de malades, mais cela permettait aussi de respecter le quota réglementaire d’infirmières et d’aides-soignantes en fonction du nombre de lits. La fermeture de lits a permis un remplissage maximum des services, avec une réduction de la durée de séjour au point de faire sortir parfois des patients à moitié guéris et à favoriser (ce qui n’est pas un mal) l’hospitalisation de jour.

    La conséquence aujourd’hui est que devant l’afflux des patients se présentant aux urgences, on ne sait plus où les mettre lorsqu’une hospitalisation s’avère nécessaire. Ne parlons pas d’une éventuelle catastrophe.

    Notons qu’un lit vide ne coûte presque rien (le maintien de la propreté) mais les règlements ne sont pas pragmatiques, même non fonctionnel, un lit vide doit avoir son quota de personnel qui, lui, doit être payé.

    Quant à la fermeture de nombreux services d’urgence à laquelle nous avons assistée, c’était évidemment une ânerie, car s’ils n’avaient pas tous les derniers équipements, ils permettaient de faire un tri parmi les patients et de diriger sur de plus grosses structures la minorité de patients qui le nécessitaient (d'ailleurs le nouveau plan présenté prévoit la création de 50 "maisons médicales de garde")

    La ministre de la Santé devant la grogne qui règne dans les services d’urgence débordés vient de sortir un plan. Pour juger de son efficacité il faudra voir les résultats une fois appliqué. D’après ce que j’ai pu en lire il s’agit surtout d’un programme d’organisation et de distribution des compétences, et je n’ai pas vu grand-chose d’autre (notamment pour le nombre de lits et du personnel à disposition).

    La réforme présentée comme spectaculaire et qui me laisse dubitatif est la concentration sur un seul numéro de tous les appels à l’aide (si j’ai bien compris : santé, pompier, police) : le SAS (service d’accès aux soins). La ministre de la Santé Agnès Buzyn déclarant : "Je pense qu’il existe un continuum, qui va du conseil médical et demande d’orientation à la vraie urgence vitale, et nous devons répondre à ces besoins qui sont intimement liés", et elle appelle à cesser la "guerre de tranchée" entre les médecins libéraux, les hospitaliers et les secours d’urgence. Personnellement, je ne vois pas en quoi sont liés un conseil médical et une urgence vitale et je n'ai jamais vu de "guerre de tranchée" entre les libéraux et l'hôpital, mais mon activité était à la fois hospitalière et libérale.

    Evidemment, je ne sais pas comment la chose sera organisée, mais je crains un bordel monstre. Les robots seront très probablement de la partie et je vois d’ici la famille affolée taper la main tremblante le 1, le 2, le 3 ou le 4 et probablement plus, à côté d’un malade au plus mal et recommencer en cas d’erreur sans pouvoir accéder à une voix humaine. Il me semble plus simple et plus rapide d'accéder directement au service recherché plutôt que de suivre une filière. Mais je fais sans doute un procès d’intention : tout se passera bien en mélangeant la police, les pompiers, une demande de RV, un conseil médical, et un appel pour une urgence vitale. Il est prévu en outre de diriger éventuellement un patient vers un cabinet médical. Est-ce que Mme Buzyn est entrée dans une salle d’attente d’un cabinet médical ? Sait-elle que les médecins se font agresser par des patients parce que l’attente leur paraît trop longue ? Pense-t-elle qu’ils pourront se charger en plus des demandes du SAS ?

    Que l’organisation améliore les choses, je veux bien, mais ça n’augmentera pas le nombre de médecins, d’infirmières, d’aides-soignantes et autre personnel et de lits disponibles. Mais la ministre de la Santé actuelle hérite d'une situation dont elle n'est pas directement responsable et il faut des années pour former le corps de santé.

    Illustration : Goya et son médecin


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  • 297. « Le vin ce n’est pas de l’alcool », mais ce n’est pas de l’eau non plus

    Il est répété, à juste titre, qu’en période caniculaire il est nécessaire de maintenir une hydratation suffisante pendant toute la journée par des boissons diverses. Mais comme le disait notre ministre de l’agriculture si « le vin, ce n’est pas de l’alcool », ce n’est pas de l’eau non plus, et il vaut mieux boire de l’eau tout court, bien qu’insipide.

    Comme j’ai le goût des paradoxes, j’ai retrouvé le résumé d’un éditorial accompagnant les recommandations américaines de 2015 à propos des dangers d’une consommation trop importante d’eau, car rien n’est simple dans ce bas monde.

    « Dans un éditorial associé à ces recommandations, MH. Rosner (Université de Virginie, Etats-Unis) rappelle que dans le milieu sportif mais aussi dans le grand public, une idée-fausse règne très largement, à savoir celle des bienfaits d’une hyperhydratation. Mais celle-ci peut avoir des conséquences dramatiques, en particulier dans les sports d’endurance mais pas seulement puisqu’un cas est également décrit chez un adepte du yoga ! Parmi les cas décrits, on trouve celui, caricatural par l’importance de l’excès de consommation de liquides, d’un jeune ayant bu plus de 16 litres durant un exercice d’endurance dans l’objectif d’endiguer des crampes musculaires. Ce jeune est décédé d’une encéphalopathie hyponatrémique (taux bas de sodium – apporté par le sel – du milieu intérieur et notamment dans le sang, par dilution. Le cerveau dans ce cas n’a pas apprécié de baigner dans de l’eau pas assez salée).

    D’autres exemples aussi dramatiques existent sans que la consommation de liquides soit aussi disproportionnée par rapport aux besoins. Si bien que dans les recommandations publiées dans le Clinical Journal of Sport Medicine (de 2015), les experts s’insurgent contre les avis largement diffusés sur les sites internet consultés par les sportifs, où il est recommandé de boire abondamment avant même de ressentir le phénomène de soif. Les experts insistent sur le fait que chez de nombreux sportifs, notamment pratiquant des sports d’endurance tel le marathon, une telle recommandation peut être mal interprétée et conduire à des comportements totalement inappropriés. Pour ces experts, la meilleure recommandation qui puisse être faite à un sportif est de boire régulièrement avec la seule perspective d’étancher sa soif, phénomène physiologique de régulation des besoins de l’organisme en eau.

    Il en va bien sûr autrement chez la personne âgée exposée à une température caniculaire car chez celle-ci, le phénomène régulateur de la soif est souvent largement émoussé, exposant aux conséquences également dramatiques d’une déshydratation sévère »

    Illustration : Annibal Carrache : "Homme buvant"


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  • Si pour les tenants de la « théorie du genre », le sexe n’est qu’un présupposé biologique, le sexe étant surtout façonnée par la société à partir de ce présupposé, il faut avouer qu’en matière de santé le sexe s’impose en dehors de toute pression sociale. En ce domaine la parité d’existe pas. La société ne peut rien faire contre le marquage génétique sexué de chaque cellule de l’organisme, même si l’environnement, qui peut être différent selon le sexe, est susceptible de modifier l’expression des gènes (épigénétique).

    Un article de Junien C et coll. paru en avril 2019 dans les Archives des Maladies du Coeur et des Vaisseaux [1] montre bien que la parité sexuelle n’existe pas en biologie. Les auteurs rappellent que « si la ressemblance, en termes de séquence d’ADN, entre deux hommes ou deux femmes est de 99,9%, la ressemblance entre un homme et une femme n’est que de 98,5% du même ordre de grandeur qu’entre un humain et un chimpanzé, de même sexe… ». Des études ont montré qu’il y avait une différence hommes/femmes statistiquement significative dans l’expression de nos gènes pour environ 30% des gènes exprimés.

    Même si l’on doit tenir compte des conditions de vie, les hommes meurent plus jeunes que les femmes avec 20% de cancers en plus. Ils se suicident deux à quatre fois plus, meurent deux fois plus après une fracture de hanche, ont plus de retards mentaux, ou encore d’AVC ischémiques… que les femmes. Mais celles-ci meurent plus souvent d’une maladie cardiovasculaire que les hommes, sont plus souvent atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une autre démence, sont plus souvent concernées par la sclérose en plaque, la dépression, ont 20% de cancer du poumon en plus à âge et consommation tabagique équivalents, et sont plus souvent atteintes d’anorexie, de dépression, d’ostéoporose que les hommes. En fait pour chaque maladie, et chacun le sait, il existe le plus souvent une prédominance masculine ou féminine. Les constantes elles-mêmes sont souvent différentes selon le sexe, et pas seulement biologiques : par ex. en électrocardiographie la durée de l’activité électrique périodique du cœur (intervalle QT) est en moyenne plus court chez l’homme (effet de la testostérone) que chez la femme

    Les auteurs insistent sur le fait que 80% des études faites chez l’animal pour tester les médicaments ne l’ont été que sur des mâles. Entre 1997 et 2000, sur 10 molécules retirées du marché, 8 l’ont été suite à des effets secondaires survenus chez des femmes qui ont donc une tolérance pharmacologique différente. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont pris la décision de ne plus allouer de financements aux études qui n’incluaient pas les deux sexes lorsqu’elles le pouvaient, que ce soit sur l’animal ou l’humain. En France atteint d’un politiquement correct imbécile, le sujet est évité sous prétexte d’égalité des sexes. Selon les auteurs de l’article, la France aurait 10 ans de retard par rapport à certains de ses voisins européens qui mettent en place une médecine différenciée sans être accusés de discrimination.

     

    [1] Junien C et al. L'inextricable enchevêtrement du sexe et du genre dans la recherche et les études cliniques : le corps, ce grand oublié de la parité. Archives des Maladies du Coeur et des Vaisseaux - Pratique Volume 2019, Issue 277, April 2019, Pages 11-19.

     


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  • Ignace Philippe Semmelweiss est mort un 13 août il y a 154 ans

    A la demande des chirurgiens d'Amsterdam, Rembrandt a peint ce tableau, "La leçon d'anatomie du Dr Nicolaes Tulp" en 1632, il avait 26 ans. On y voit le Pr Tulp disséquer la face antérieure du bras gauche (ce qui explique l'orientation du pouce) de Aris Kindt, pendu le jour même pour vol à l'âge de 41 ans.

    Une dissection en public n'était autorisée qu'une fois par an, et de préférence en hiver, le sujet pour la démonstration devant rester la plus frais possible par égard pour les notables qui venaient y assister. Le livre aux pieds du pauvre Aris est peut-être celui de Vesale, ouvrage qui avait balayé un siècle auparavant les connaissance anatomiques qui dataient de l'Antiquité.(voir 36)

    Ce que ce tableau montre surtout est que l'opérateur et les spectateurs sont en habits de ville, que tous ont les mains nus et qu'aucun, probablement, sauf peut-être le Dr Tulp (en raison du sang dont elles pouvaient être éventuellement maculées) ne se les lavera à la sortie de la salle d'autopsie. Tout ce petit monde ira donc transporter à l'extérieur les germes plutôt méchants recueillis sur le cadavre, au profit des autres, et notamment des malades qu'ils auront à examiner par la suite.

    C'est le Hongrois Semmelweiss, mort il y a 154 ans jour pour jour, qui a montré, un siècle environ après la création de ce tableau, que les obstétriciens eux-mêmes transportaient le vecteur des fièvres puerpérales (qui tuaient à l'époque jusqu'à près d'un cinquième des accouchées à Vienne) à partir des autopsies qu'ils réalisaient pour tenter d'expliquer cette hécatombe. Bien entendu, la plupart de ses confrères autrichiens, n'ont guère apprécié d'être considérés comme des meurtriers involontaires, alors que le lavage des mains à l'hypochlorite de calcium préconisé par Semmelweiss suffisait à faire chuter la mortalité vers 1%.

    Interné à Vienne pour maladie mentale, ce précurseur de l'hygiène serait mort à 47 ans, le 13 août 1865, d'une septicémie liée aux blessures infligées par le personnel de l'asile. 

     


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  • Une étude parue dans Inter J Epidemiol[1] montre que le stress provoqué par des actes terroristes peut modifier le déroulement de la gestation des femmes qui le subissent. Mais curieusement, les conséquences touchent davantage les fœtus masculins que féminins. Un phénomène semblable avait déjà été observé aux États-Unis à la suite des attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001.

    L’étude récente basée sur une analyse des naissances franciliennes ayant encadré les attentats parisiens du 13 novembre 2015 a mis en évidence un nombre de naissances prématurées des fœtus masculins accru suite à l’évènement ainsi qu’un sex ratio déséquilibré en faveur des naissances de filles. Ceci n’a pas été observé pour d’autres périodes et dans le reste du territoire pour la période concernée.

    Doit-on en conclure que des fœtus masculins ont plus souvent la trouille que les féminins de ce qui se passe à l’extérieur et préfèrent rester dans l’utérus jusqu’à ce que mort s’ensuive, alors que d’autres sortent volontiers prématurément, poussés soit par une curiosité pour voir ce qui se passe dehors, soit parce qu’ils ne supportent plus l’angoisse de la génitrice.

    J’ajoute que ces hypothèses n’ont aucunement été émises par les auteurs de l’étude. Ce sont des gens sérieux qui suggèrent plutôt une fragilité accrue des fœtus masculins sous l’influence in utero de facteurs de stress. Ce qui, évidemment, n’explique rien, mais qui suggère que les genres bien différenciés  existent déjà dans l’utérus sans avoir besoin de la pression sociale pour exister.

     

    [1] Bruckner TA, Lebreton É, Perrone N, Mortensen LH, Blondel B. Preterm birth and selection in utero among males following the November 2015 Paris attacks. Int J Epidemiol. 2019 Jun 24 [Epub ahead of print]. doi: 10.1093/ije/dyz089. PMID: 31231759

     


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  • Vincent Lambert, en état végétatif depuis presque onze ans est donc décédé le 11 juillet après arrêt de la nutrition accompagné de sédation. Il ne faut pas entendre par état végétatif celui qui s’apparenterait à l’état d’un végétal. Ce contresens est fréquemment commis , alors qu'il s’agit d’un état où seul le système neurovégétatif (système nerveux autonome, parasympathique et sympathique, indépendant du système nerveux central qui, lui, est en relation avec le monde extérieur) est fonctionnel, permettant de maintenir les fonctions vitales comme la circulation et la respiration.

    Vincent Lambert aurait été victime d’après l’écrivain Michel Houellebecq d’une surmédiatisation. Il a surtout été victime d’un accident de la route le laissant tétraplégique et dans un état de conscience dite « minimale ». Mais la surmédiatisation est incontestable, surtout entretenue par le combat juridique de ses parents qui ont plus tenu compte d’eux-mêmes que de leur fils pour lequel il n’y avait aucun espoir d’amélioration.

    Michel Houellebecq s’est insurgé dans Le Monde : “Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole”… “l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert”. Et curieusement l’écrivain s’en prend à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qu’il accuse d’avoir voulu “ouvrir une brèche” et “faire évoluer les mentalités” pour ce qui concerne la fin de vie. Or, il me semble que la décision de laisser mourir Vincent Lambert a été prise par une partie de ses proches, les juges et les médecins et aucunement par Agnès Buzyn.

    L’écrivain regrette cette décision car : “Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout (...) Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien”…“La dignité ne peut en aucun cas être (altérée) par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé ». En effet, on peut dire que l’on ne sait « à peu près rien » de ce que ressentait Vincent Lambert, mais dans un état de conscience minimale, on estime que des émotions et des douleurs peuvent être ressenties, et Houellebecq devrait pouvoir imaginer (c’est son métier) ce que ce patient entièrement dépendant des autres devait ressentir lors des moments d’éveil, peut-on affirmer qu’il ne souffrait pas de son état de totale impuissance, même s’il ne souffrait pas physiquement ? Si les soignants respectaient sa dignité (c’est leur métier), peut-on penser que Vincent Lambert dans sa faible conscience, si elle existait, pouvait estimer que sa vie de pantin manipulé depuis près de onze ans restait digne ?

    Surmédiatisation, sûrement, car on assiste à l’invraisemblable. Le procureur Matthieu Bourrette n’hésite pas à ouvrir une enquête : “Le 11 juillet 2019 peu après 8H30, j’ai été avisé par le centre hospitalier universitaire de Reims du décès de Vincent Lambert (...) j’ai immédiatement décidé de l’ouverture d’une enquête en recherche des causes de la mort”, en saisissant même un service de police et en prévoyant une autopsie et des analyses toxicologiques ! Rechercher les causes de la mort ! S’assurer que le patient est bien mort selon la loi : “Cette enquête a pour seul objet de connaître les circonstances du décès de Vincent Lambert et de vérifier que les opérations médicales ont bien été réalisées conformément à la loi”. On croit rêver. Va-t-on relever les empreintes digitales et demander à la « scientifique » de passer le lieu du crime au « peigne fin » (expression qui ne manque jamais dans les séries policières). Bon, Mathieu a le trouillomètre à zéro, les parents de Vincent ne sont pas des tendres, ils pourraient bien accuser les médecins d’avoir poignardé leur fils dans son « sommeil » puisqu’ils parlent de « crime d’Etat ».


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  • 292. Les Français sont mal dans leur peauLe 12 juin dernier, l’Assurance maladie a fourni les données de remboursement et livré une analyse médicalisée des 140 milliards d'euros environ dépensés pour les 56,7 millions de personnes en France, bénéficiaires du régime général en 2017. Les dépenses ont progressé de 14% en 6 ans.

    292. Les Français sont mal dans leur peau

    Le poste le plus important (22% des dépenses globales) est constitué par les « hospitalisations ponctuelles » qui ne sont pas liées à des maladies spécifiques (ce sont par ex. les coloscopies, fractures du col du fémur, chirurgie de la cataracte…) et qui ne peuvent que croître en raison du vieillissement de la population.

    Si les dépenses concernant les maladies cardiovasculaires et des cancers (notamment le cancer du poumon) augmentent au cours du temps, on est tout de même frappé par le fait que parmi les maladies, ce sont celles de la sphère psychiatrique qui entrainent les dépenses les plus importantes avec plus de 20 milliards d’euros ! C'est ce qu'ont coûté, en 2017, les remboursements de soins, d'hospitalisations et traitements en lien avec la santé mentale. « Dans le détail, les troubles névrotiques et de l'humeur ont généré 5,3 Md€ de remboursements, les troubles psychotiques 4,4 Md€, les antidépresseurs ou régulateurs de l'humeur 2,4 Md€, les anxiolytiques 2,2 Md€. Plus de 7 millions de personnes furent concernées cette année-là, bien que leur nombre ait légèrement baissé en cinq ans (-132 000) ». Il faut donc admettre que près de 13% de la population française sont mal dans leur peau au point de prendre un traitement.

    Il faut rapprocher cette constatation du fait que le peuple français est le plus pessimiste au monde (des peuples en guerre et/ou dans la misère l’étant bien moins) et il vient seulement d’être dépassé dans sa vision noire de l’avenir par le Japon.

    Selon MEDIA-PRESSE.INFO du 1er février 2018 : La France est un cas unique de dégringolade dans le monde, les autres pays restant à un niveau similaire à celui de 2012 ou 2013. Ci-dessous l’évaluation de l’optimisme dans le monde, le premier chiffre entre parenthèse indiquant les gens très convaincs et le second les relativement convaincus. La moyenne mondiale est de 76 % (31/45).

    Plus de 90 % d’optimistes : Colombie 93 % (65/28), Pérou 93 % (66/27).

    Plus de 80 % d’optimistes : Chili 88 % (56/32), Chine 88 % (32/56), Mexique 87 % (48/39), Inde 87 % (46/41), Russie 85 % (52/33), Afrique du Sud 85 % (44/41), Brésil 84 % (46/38), Hongrie 84 % (33/51), Argentine 83 % (42/41), Etats-Unis 80 % (29/51).

    Plus de 75 % d’optimistes : Serbie 78 % (33/45), Malaisie 77 % (25/52), Pologne 77 % (24/53), Canada 76 % (20/56), Australie 76 % (18/58).

    Plus de 70 % d’optimistes : Espagne 74 % (21/53), Arabie Saoudite 74 % (33/41), Suède 72 % (20/52).

    Plus de 60 % d’optimistes : Turquie 69 % (28/41), Corée du Sud 69 % (22/47), Allemagne 67 % (15/52), Royaume-Uni 66 % (14/52), Belgique 65 % (12/53), Italie 60 % (12/48).

    Moins de 60 % d’optimistes : France 55 % (14/41), Japon 44 % (6/38).

    Quand on voit les dépenses sociales consacrées aux Français, Tesson n’aurait-il pas raison quand il dit qu’ils sont au Paradis et se croient en Enfer ? Si les Français se sentent aussi pessimistes et même malheureux au point d'en souffrir, la France vue de l’extérieur ne connaît pas la pire des situations.

    Selon Psychomédia du 20 mars 2019, le rapport de l’ONU qui classe pour 2019 156 pays selon le niveau de bonheur perçu par leurs citoyens, d'après leur évaluation de leur propre vie. Le classement serait en particulier expliqué par le PIB par habitant, le soutien social, l'espérance de vie en bonne santé et la liberté de faire des choix de vie : les pays en tête sont :

    1. Finlande 2. Danemark 3. Norvège 4. Islande 5. Pays-Bas 6. Suisse 7. Suède 8. Nouvelle-Zélande 9. Canada 10. Autriche

    La France est passée de la 23e à la 24e place (sur 156) mais pas à la dernière si l’on suivait leur vision de l’avenir et leur santé mentale. Alors pourquoi les Français prennent-ils autant de tranquillisants et de psychotropes ? Les Français ont peut-être des raisons de ne pas être satisfaits de leur sort, mais il semble aussi que quoi que l’on fasse pour les satisfaire, ils ne le seront jamais au point de verser dans la pathologie pour 13% d'entre eux avant de verser...dans la révolution. Point de vue plus flatteur que de considérer que les Français sont plus volontiers atteints de maladies mentales.


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  • 291. Bien nommer les choses

    Image du film de Woody Allen « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... sans jamais oser le demander ! » : l'attente des spermatozoïdes.
    Un de mes confrères (que je ne connais pas) du nom de Grégoire Moutel a affirmé dans une interview au Point que « le désir d’enfanter est un droit fondamental ». Cette formulation, pour le moins absurde, résume assez bien l’état d’esprit de nos contemporains, du moins sous nos climats, le désir est devenu un droit et ce droit est même fondamental aux yeux de certains : « Puisque j’ai envie de ça, on doit me le donner », « si l’autre a droit à quelque chose, la collectivité se doit de me l’offrir par souci d’égalité ». Par cette affirmation, le Dr Moutel est partisan du droit à l’enfant, et l’enfant devient ainsi un objet de consommation à disposition. Le désir transformable en droit suscite la naissance d'associations d'individus éprouvant le même désir afin de peser sur l'Etat pour que son objet leur soit procuré.

    La « procréation médicalement assistée » (PMA) est une dénomination qui n’a plus de sens. Technique biomédicale introduite pour pallier les infertilités pathologiques d’un couple hétérosexuel, elle est devenue une technique utilisée en dehors de la pathologie, à moins de considérer l’impossibilité féminine de faire un enfant sans mâle ou sans sperme comme une pathologie, ou l’homosexualité comme une maladie, en l’occurrence une phobie sexuelle de l'autre sexe plutôt qu'une attirance pour le même avec la constitution de couples infertiles d'individus fertiles.

    Le « médicalement » dans la PMA est assez irritant car il ne s’agit plus de médecine. Le terme d’AMP que certains préfèrent utiliser est encore plus signifiant, car dans « assistance médicale à la procréation », le premier terme est « assistance », et peut-on refuser à quelqu’un une assistance, de surcroît médicale ? On est quasiment dans la compassion.

    L’insémination artificielle d’une femme permet à celle-ci d’obtenir du sperme anonyme en rejetant son producteur que l'on préfère en général maintenir dans les limbes en tant que fantôme paternel impuissant (le comble). Nous ne sommes plus dans le soin mais dans l’utilisation d’une technique identique à celle des vétérinaires pour satisfaire un désir et une convenance, alors que les intéressées sont normalement fécondes mais rejette le rapport hétérosexuel (ce qui est parfaitement leur droit).

    De ce fait PMA ou AMP ne permet pas de bien nommer les choses, et si l’on ne veut pas employer la dénomination « insémination artificielle » qui sent un peu trop l’étable, pourquoi ne pas parler de PHS : « procréation hors sexe » (« hors copulation » ou « hors coït » manque d’élégance  et « sans rapport » manque de précision), cela permettrait d’évacuer la médecine de cette affaire où elle s'est un peu fourvoyée.

    Texte tiré de la chronique médicale n°219 :

    Pour ma part, je serais partisan de permettre la PMA pour celles qui désirent y recourir mais à condition que la société ne la prenne en charge qu’à titre thérapeutique comme le veut la loi actuelle.

    Celles qui recourent à la PMA à l’étranger le font à leur frais, il serait plus simple pour elles de la faire en France de la même façon, la situation législative en serait plus claire et les garanties médicales plus sûres.

    J’entends d’ici la vague de protestation des vierges effarouchées :

    Comment ! On sépare les femmes en deux catégories : les lesbiennes et les hétérosexuelles ! Discrimination intolérable ! Homophobie ! Et pourquoi pas, racisme ! Seulement :

    1 Avoir un enfant n’est pas un droit, mais une faculté que l’on possède ou pas, que l’on désire utiliser ou pas.

    2 Les lesbiennes peuvent avoir des enfants par un rapport hétérosexuel mais qu’elles refusent par convenance personnelle en manifestant de facto une sorte de discrimination à l’égard de l’homme. Il me semble inconvenant de demander à la société d'assurer leur fécondation.

    3 Elles désirent préférentiellement se procurer du sperme anonyme pour créer des enfants d’emblée orphelins de père (l’auto-insémination avec le sperme d’un ami volontaire ne pose aucune difficulté réelle).

    4 L’homosexualité n’étant pas une maladie, le recours à l’Assurance maladie n’a pas lieu d’être.*

    5 Il est logique que la PMA pour convenance personnelle soit payante comme l’est la chirurgie esthétique pour convenance personnelle (bien différente de la chirurgie réparatrice qui, elle, est prise en charge). Il existe aussi une inégalité entre celles ou ceux qui ont les moyens financiers d’embellir leur apparence et celles ou ceux qui ne les ont pas. Celles qui sont laides sans pouvoir s’embellir souffrent probablement plus qu’une lesbienne sans enfant, car celle-ci sait qu’elle pourrait en définitive s’en procurer un d’une façon ou d’une autre, ce qui exclut toute inégalité réelle et définitive.

    Axel Kahn, qui est partisan de la PMA pour les lesbiennes, considère (dans Le Point du 13/07/17) que ce "droit" est la conséquence du mariage homosexuel et que l'on peut ranger dans la pathologie "l'infertilité" d'un couple dont les deux membres sont fertiles mais pas ensemble (ce qui peut exister pour un couple hétérosexuel). Raisonnement un peu tordu qui, de toute façon, ne peut pas s'appliquer aux femmes seules et qui donne au passage un caractère pathologique à l'homosexualité.

    Voir aussi : « 158. Les 343 fraudeuses »,« 210. La médecine au service du désir » et # Ne balance pas ton sperme


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