• Au début de ce mois a débuté un vaste programme espérant inclure un million de participants, recrutés dans sept villes américaines (Birmingham, Chicago, Detroit, Kansas City, Nashville, New York et Pasco). Ce programme élaboré et conduit par les Instituts nationaux de la santé (NIH) doté de 1,45 milliards de dollars alloués pour une période de dix ans par le gouvernement américain a pour objectif « de déterminer avec précision les différents marqueurs génétiques, sociaux ou comportementaux, qui favorisent le développement de certains facteurs de risque ou maladies ou au contraire qui semblent conditionner le maintien en bonne santé. »

    La médecine prédictive appliquée à des populations entières est en marche. Une gigantesque base de données va être constituée, ultra sécurisée (vraiment ?), qui recensera toutes les informations des dossiers médicaux, des questionnaires sur l'alimentation, le sommeil, l'environnement et d'autres aspects de la vie quotidienne. Les recherches s'orienteront dans des domaines très variés, allant de la sensibilité particulière à certains médicaments à la prédisposition à différents cancers

    Soulignons que l’on fera appel à des capteurs connectés et à des prélèvements ADN sur le plus grand nombre de participants, afin de mettre en place une des plus importantes « biobanques » du monde.

    Le secrétaire d'État américain à la santé est très fier de la mise sur pied de ce programme. Il a sans doute raison. Mais, pour ma part, je sens qu’une partie de mon cerveau est réticent, une rébellion synaptique qui me fait honte, aussi ai-je demandé à cette partie rebelle ce qu’elle trouve à redire à cette enquête monumentale qui touchera aussi bien les noirs (habituellement moins surveillés sur le plan médical) que les blancs.

    D’une façon générale, je n’ai pas trop de sympathie pour les surveillances collectives de la part d’une autorité quelconque surtout lorsqu’elle porte sur l’intime. Pourtant, là, elle peut être d’une grande utilité si elle précise les facteurs environnementaux susceptibles d’influencer notre santé car ces facteurs peuvent être corrigés, à condition que l’on n’oblige pas à ce qu’ils le soient. Aux USA des entreprises (dont peut dépendre l’assurance maladie) ont ainsi obligé certains de leurs employés à modifier leur comportement sous peine de rétorsions.

    La partie rebelle de mon cerveau se méfie des prélèvement ADN. L’ADN c’est vraiment un truc très intime. Et que peut-on y trouver ? Des gènes prédisposant à des maladies graves. Cela vous plairait que l’on vous annonce que vous risquez d’avoir une maladie grave et peut-être sans traitement efficace ? Une maladie qui n’apparaîtra peut-être pas, mais il va falloir vivre avec cette hantise. Cependant, me dira-t-on, le savoir permettra de mieux vous surveiller, de prendre des précautions et de vous traiter plus vite. Sans doute, mais allez-vous vivre mieux avec cette épée de Damoclès ? D’autant plus qu’elle peut ne jamais tomber.

    En fait, il est certain qu’une épée tombera, mais ce n’est pas forcément celle qui est prévue par les prédictions.

    Nous vivons dans le provisoire et dans l’incertitude, mais c’est cette incertitude qui nous permet de vivre le présent en attendant qu’une épée tombe. On se doute bien du moment où elle tombera, mais on n’est jamais sûr de sa forme.

    J’ai tendance à éviter les cartomanciennes, qu’elles exercent dans les foires ou dans la science.

    267. Plaidoyer pour l’incertitude


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  • 266. Les inspecteurs des travaux finis

    Deux spécialistes de l’économie de la santé (Jean de Kervasdoué et Roland Cash) se sont penchés sur les sources d’économie possibles et donc sur les dépenses inutiles : "la pertinence des actes permettant d'améliorer la balance entre les bénéfices et les ressources".

    Il est vrai que les actes demandés par les médecins ne sont pas toujours pertinents, ne serait-ce que de demander de façon répétée le groupe sanguin d’une personne alors qu’il ne changera jamais au cours de sa vie (4,5 millions de détermination de groupe sanguin en France en 2015, soit 31 millions de dépenses, sans compter les tests effectués à l'occasion d'une hospitalisation ou de dons du sang).

    Sans vouloir défendre aveuglément ma corporation, cette approche rend les médecins seuls coupables de tous les maux, ni les patients, ni l’organisation de l’assurance maladie n’ayant apparemment la moindre responsabilité dans les dépenses qui leur paraient excessives.

    Dans leur analyse les deux compères trouvent qu’il y a trop d’évènements indésirables graves (EIG) durant une hospitalisation ou ayant induit une hospitalisation. Ils représenteraient 11 % des causes de décès. En 2009, la Drees a recensé entre 300 000 et 400 000 EIG. Les désordres physiologiques et métaboliques postopératoires (260 millions), les septicémies (155 millions), les escarres (137 millions) et les embolies pulmonaires post opératoires (71 millions). 

    Moi aussi, je trouve qu’il y a trop de complications graves chez les hospitalisés, mais j’aimerais que les « inspecteurs des travaux finis » me disent comment les éviter puisqu’ils sont si malins. On a vraiment l’impression que ces analystes accusent les médecins de provoquer délibérément les septicémies, les escarres ou les embolies pulmonaires. La maladie n’est pas un long fleuve tranquille se déroulant toujours sans complications. Mais peut-être pourrait-on en réduire la fréquence en augmentant le personnel notamment infirmier ? Ce qui serait une source de dépenses.

    Nos deux spécialistes soulignent que les médecins demandent trop d’examens d’imagerie. Un rapport de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sureté nucléaire) estimait avec la CNAM, qu'à raison de près d'1 millions de radiographies du crâne annuelles, 24 millions d'euro ont été dépensés entre 1999 et 2012, pour un acte inutile dans la grande majorité des cas. C’est sûrement vrai, mais cela veut dire aussi que dans une minorité de cas la radio du crâne est pathologique, alors comment le savoir à l’avance avec certitude ?

    Pour l’imagerie ou les examens biologiques, seuls des examens qui se révèleraient pathologiques ne seraient pas demandés inutilement.

    D’un autre côté s’il est plus que souhaitable de demander des examens à bon escient, un tri trop sévère pourrait laisser échapper une anomalie que l’on pourrait par la suite reprocher au médecin. Celui-ci se trouve parfois dans des situations difficiles que ne connaissent pas nos deux spécialistes, comme, par exemple, un patient consultant pour un mal de tête qui paraît sans gravité, mais réclamant un scanner cérébral dont l’indication est très discutable. Imaginez les conséquences si l’examen refusé se révélait ultérieurement pathologique.

    En théorie et a posteriori on peut constater que des complications auraient pu être évitées, que des examens ont été inutiles, mais combien de maladies dépistées ou prévenues par des examens dont l’indication aurait pu se discuter ? La médecine n’est pas une science divinatoire et elle est parfois obligée de voir large pour ne pas faire d’erreurs, si bien, que pour la satisfaction du patient comme du médecin, les examens demandés sont le plus souvent normaux (donc inutiles) que pathologiques.

    Ceci ne doit pas empêcher le praticien de réfléchir, de raisonner, d’exercer son art et son bon sens plutôt que de se réfugier trop facilement derrière une pluie d’examens complémentaires. 

    Goya et son médecin  


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  • Nous sommes dans un Etat de droit. Les gens ont donc des tas de droits, mais certains s’arrogent celui d’en avoir de supplémentaires pour satisfaire une exigence ou un désir qu’ils présentent comme un droit, en sommant l’Etat ou la justice de faire le nécessaire pour en bénéficier.

    Certains sont farfelus comme l’ambitieux « droit à la santé » qui s’était fait une place de choix dans le passé, mais dont on parle moins car les gens sensés se sont sans doute aperçus que ce droit à la santé devait logiquement déboucher sur un droit à l’immortalité (ça viendra peut-être), aussi, à présent, parle-t-on plus volontiers d’un « droit aux soins », parfaitement justifié et restant dans le domaine du possible.

    Pourtant est apparue sur la place publique une association qui défend le « droit à guérir » ce qui impliquerait qu’il n’y a pas de maladies inguérissables et que si un médecin ne guérit pas son patient il tombe, non pas dans l’illégalité (car ce droit ne figure pas encore dans la législation), mais dans la culpabilité.

    Cette association « Le Droit à guérir » (à noter le D majuscule) défend en particulier des patients mordus par une tique et qui peuvent développer par la suite une infection, une borréliose nommée maladie de Lyme du nom de la ville où cette maladie fut décrite pour la première fois. Cette infection évolue en plusieurs phases et pourrait laisser des troubles séquellaires dans une forme dite chronique.

    L’ennui est qu’il a été attribué à cette forme chronique, dont l’existence même est discutée, tout et n’importe quoi étant donné l’absence de spécificité des troubles signalés. Le diagnostic est parfois avancé par les patients ou des médecins peu scrupuleux malgré la négativité des tests (dont la fiabilité est alors mise en doute par les intéressés) et même parfois en l’absence dans les antécédents de morsure de tique, hôte de nos forêts et vecteur inconscient de la maladie.

    Les spécialistes des maladies infectieuses et notamment ceux qui connaissent le mieux les borrélioses, doutent du rapport de causalité entre l’agression ancienne de la tique (lorsqu’elle existe) et le tableau pathologique survenant à distance de l’infection initiale (lorsqu’elle a existé) chez tous les patients qui viennent les consulter.

    Cette confusion multi-pathologique suscite des vocations médicales et des centres dédiés à la maladie de Lyme qui accueillent à bras ouverts les déçus des infectiologues compétents mais réticents.  Des cliniques promettraient même une guérison contre des sommes dépassant les 10 000 euros, car il est incontestable que les patients souffrent, même si la cause invoquée de leurs maux est plus que discutable. Les charlatans, eux, sont toujours prêts à les soulager.

    Comme on le voit, c’est là qu’apparaît un droit supplémentaire : le « droit de faire son diagnostic » ou le « droit de choisir sa maladie ». Avec internet, rien n’est plus simple de faire un autodiagnostic, mais si le médecin, quel que soit sa compétence, à qui vous vous adressez ensuite n’est pas d’accord avec vous, vous avez le droit de lui faire un procès.  Dans le cas qui nous occupe, dans une logique surréaliste, des spécialistes authentiques de la maladie de Lyme sont attaqués en justice parce qu’ils ne reconnaissent pas à la tique la responsabilité de la diversité pathologique dont souffrent les patients alors qu’eux sont certains du diagnostic clinique et étiologique, aidés en cela par quelques spécialistes auto-proclamés, des associations dont on se demande la motivation, et des avocats prêts à défendre l’indéfendable.

    C’est ainsi que plusieurs patients soutenus par l'association « Le Droit à guérir » ont déposé plainte contre X pour non-assistance à personne en danger, pour violences psychologiques et verbales à l'encontre d'une vingtaine de professeurs de médecine "détracteurs" de la forme chronique de Lyme, ces accusés ayant été auparavant harcelés par voie postale.

    Pour l’avocat de cette cause « Lymite », l'absence de reconnaissance en France de la forme chronique de la maladie de Lyme inflige aux malades "une souffrance physique et psychologique insupportable et les contraint à des errances médicales qui leur sont extrêmement préjudiciables" écrit-il dans son dépôt de plainte. La formation médicale et scientifique acquise par ses études de droit et son expérience de pathologiste lui permet d’affirmer que : "La forme chronique de la maladie de Lyme est une pathologie extrêmement grave consistant en un syndrome d’immunodéficience acquise inflammatoire bactérien multisystémique, dont la présence dans le corps humain peut entrainer chez certains des maladies et souffrances associées, et qui nécessite une prise en charge longue de poly-antibiothérapieEn outre, il est reconnu, du fait de nombreuses données épidémiologiques et scientifiques, que la maladie de Lyme dans sa forme chronique est impliquée dans un grand nombre de pathologies inflammatoires chroniques, auto-immunes et dégénératives (pathologies ophtalmologiques multiples, pathologies cardiaques, Sclérose en plaque, Sclérose latérale amyotrophique, Alzheimer, maladies de la sphère autistique, Fibromyalgie, Syndrome de Fatigue Chronique, etc…)".

    N’en jetez plus ! C’est du sérieux, mais on a aussi le droit de ne pas l’être.


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  • La fréquentation sporadique des toilettes publiques, notamment lorsqu’elles sont vastes comme sur les autoroutes, m’a permis de constater que la très grande majorité des hommes se lavent systématiquement les mains en sortant des cabines ou en quittant l’urinoir. Ce qui est un progrès incontestable de l’hygiène qui ne peut que satisfaire mon esprit médical.

    La question n’est donc pas de se laver les mains, mais de les essuyer. Papier jetable et torchons ont disparu pour faire place aux sèche-mains électriques qui pulsent de l’air chaud sur vos mimines que vous retournez comme des crêpes pour bien exposer tous les recoins de votre peau humide.

    C’est là où les choses se gâtent. Vous étiez propres (surtout en quittant l’urinoir, puisque les urines sont habituellement stériles), mais après avoir séché vos mains celles-ci vont s’enrichir de multitudes de germes et pas de ceux qui copinent avec nous en bonne entente.

    Courrier international rapporte l’information d’un site indien DailyO faisant état des constations de Nicole Ward, une étudiante américaine en microbiologie, qui a eu la curiosité de placer pendant 3 minutes des boîtes de Pétri (milieu favorable à la croissance microbienne) sous un sèche-mains et au bout de 3 jours elle a pu observer (des travaux antérieurs avaient déjà jugé catastrophique les sèche-mains sur le plan de l’hygiène) une pullulation de champignons et de microbes pathogènes provenant de l’air ambiant des toilettes pulsé par le sèche-mains et enrichi par les pulvérisations projetées par les chasses d’eau.

    Les germes retournent, en quelque sorte, sous pression à l’envoyeur alors que celui-ci voulait sagement s’en débarrasser en se lavant les mains. Comme quoi les meilleures intentions peuvent mal tourner.

    La nocivité de l’air pulsé notamment par les tours aéro-réfrigérentes et les climatiseurs est connue depuis 1976, date à laquelle on a assisté à une épidémie survenue chez 182 participants du 58e congrès de la Légion Américaine à Philadelphie, dont 29 sont décédés. Ce microbe très pathogène touchant en particulier le poumon a été appelé de ce fait : Legionella, il fait partie de la flore aquatique avec un goût prononcé pour les amibes. L’émergence récente de la légionellose s’explique par l’utilisation des systèmes modernes d’alimentation en eau comme les tours de refroidissement, les climatiseurs, les bains à jet, les bains à remous (jacuzzi), les canalisations d’eau chaude.

    On aurait envie de temps en temps d’arrêter le progrès.


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  • "Des médecins du quotidien ont décidé d'alerter sur la part grandissante de pseudo-médecines à l'efficacité non prouvée et aux promesses fantaisistes qui sont proposées aux patients.

    Sous couvert d'une prétendue innocuité bien moins évidente qu'il n'y paraît et produisant un discours à la limite du complotisme, entretenant la confusion dans l'esprit du public entre médecine scientifique et croyances, ces « disciplines » à la tête desquelles trône l'homéopathie font beaucoup plus de mal que de bien.

    Ainsi ces médecins demandent l’exclusion de ces disciplines ésotériques hors de la caution que leur apportent les médecins ou les institutions médicales. Il est important que les patients cessent d'être abusés par ces remèdes illusoires, juste bons à profiter des effets contextuels. Même si nous reconnaissons l’utilité de ces effets contextuels, ils s’appuient sur un discours ésotérique et fallacieux qui ne font pas le cœur et l'efficacité de ce que devrait être la médecine scientifique basée sur des preuves."

    Ce texte introduit une tribune, signée par 124 médecins et publiée le 19 mars 2018 dans le Figaro, s’élevant contre la place de plus en plus grande que prennent les médecines alternatives utilisées par des médecins eux-mêmes. Le diplôme médical donnant en quelque sorte une caution scientifique à ces traitements, d’autant plus que leur pratique est parfois enseignée (donc aux frais de la société) dans le cadre hospitalo-universitaire. Ajoutons que l’ex-ministre de la Santé Roselyne Bachelot a apporté son soutien à l’homéopathie avec comme preuve le succès de la méthode sur son chien, en déclarant sur LCI :

    "J'ai évidemment lu avec beaucoup d'intérêt votre tribune. D'abord, c'est une tribune qui est, pour résumer, contre l'homéopathie. Le titre contre la montée des "fake médecines" met un peu dans le même paquet toutes sortes de thérapeutiques qui peuvent relever purement du charlatanisme. Est-ce qu'on peut rappeler quand même que l'homéopathie pour être remboursée doit être pratiquée par des docteurs en médecine qui sont des gens qui ont obtenu le même diplôme que le vôtre ? Moi j'ai soigné mon chien à l'homéopathie. Là, l'effet placebo est assez limité, mais enfin peut-être qu'il me voyait avec mon tube de granules et qu'il se disait 'Cette femme-là me veut du bien'… C'est peut-être ça qu'il s'est passé, parce ça marchait très très bien".

    Nombre de sociétés savantes dans le monde (dont l’Académie de Médecine en France et le Conseil scientifique des académies des sciences européennes : Eaasae) sont à l’unisson (mais avec moins de virulence) de cette tribune.

    Cette querelle à l’intérieur même du milieu médical ne semble pas devoir cesser, et comme il fallait s’y attendre les médecins homéopathes (Ils sont 5000 en France) ont vivement réagi à cette tribune, s’agissant de leur gagne-pain, appuyés par le laboratoire Boiron le premier fabricant mondial de granules homéopathiques (1) dont certains sont remboursés par l’Assurance maladie à hauteur de 30%. (2)

    « Dans un communiqué, Union Collégiale indique avoir été rejoint dans cette initiative par le Syndicat des Médecins Indépendants Libéraux Européens, le Syndicat de la Médecine Homéopathique, le Syndicat des Mésothérapeutes Français, et des médecins libéraux pratiquant ces médecines alternatives dénoncées dans la tribune »

    Et des plaintes disciplinaires ont été déposées devant l'Ordre des médecins contre les médecins signataires de cette tribune qui met les deux pieds dans le plat.

    Les partisans des médecines alternatives se disent scandalisés par cette tribune "anti confraternelle, sectaire et réactionnaire de quelques médecins / qui revendiquent / la disparition du champ médical de l’homéopathie mais aussi de l’acupuncture et de la mésothérapie".

    C’est vrai que cette tribune est anti-confraternel car le Conseil de l’Ordre et les autres confrères nous invitent toujours à nous taire sur les conneries que les autres peuvent faire. Mais il faut aussi ajouter que si cela n’était pas le cas, le monde médical risquerait d’exploser.

    Enfin, traiter de réactionnaires des médecins qui veulent s’appuyer pour leur pratique sur des preuves scientifiques est du plus haut comique : l’hypothèse plus ou moins farfelue de Hahnemann sur laquelle est basée l’homéopathie date de 1796, quant à l’acupuncture elle a plus de 5000 ans !

    Ce qui ne retire rien à l’intérêt de l’écoute du patient que peut avoir un homéopathe, et de l’effet placebo des granules homéopathiques dont la seule nocivité serait de retarder un traitement efficace pour une maladie sérieuse dont on peut espérer qu’elle n’échapperait pas à un médecin suffisamment compétent pour ne pas se contenter de l’homéopathie.

    (1) En 2017 le chiffre d'affaires du laboratoire Boiron a été de 618 millions € avec un bénéfice net de 78 millions €

    (2) En 2016 l'Assurance maladie a remboursé 128,5 millions € pour l'homéopathie. En Allemagne (Hahnemann était saxon)) le remboursement peut aller jusqu'à 100% et le marché de l'homéopathie aurait été de 600 millions € en 2016 (1/3 de la population aurait recours à ces granules)


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  • « Ce samedi 24 mars, les femmes, mais aussi les hommes, marchent / pour la cinquième fois / en France et en Europe contre l’endométriose, cette maladie encore mal connue, qui pourrait toucher jusqu'à 10% des femmes en âge de procréer » (la presse)

    262. La maladie citoyenne

    L’une des marraines, issue, bien entendu, du monde du spectacle, a déclaré : "Tout peut arriver, continuez à y croire et vous battre".

    L’endométriose est liée à l’existence de cellules de la muqueuse de l’utérus en dehors de celui-ci. Ces cellules ectopiques sont habituellement situées sur la muqueuse de la partie terminale de l’intestin (sigmoïde et rectum). Ces dernières, bien que placées au mauvais endroit, subissent le sort de la muqueuse utérine et notamment l’influence des hormones entrainant des manifestations diverses, surtout douloureuses, au moment des règles.

    On ne peut donc pas lutter contre l’endométriose "Tout peut arriver, continuez à y croire et vous battre" est une déclaration assez curieuse, c’est un peu comme si l’on déclarait devoir croire à la lutte finale contre les pieds plats, cela étant dit avec tout le respect que je dois à ces femmes très handicapées pendant leur période de fertilité.

    On ne lutte pas contre l’endométriose (et on ne marche pas pour…), on doit la dépister et la traiter, ce n’est pas un problème de société, mais un problème médical. En fait, cette marche me paraît plus destinée aux médecins qu’au public ou aux autorités, et le message sérieux est, et rien d’autre : médecins, sachez faire le diagnostic pour pouvoir nous traiter ! Mais le diagnostic comme le traitement ne sont pas toujours simples.

    Jusqu’aux années 80 du siècle dernier, la maladie était discrète, on s’efforçait même de la cacher aux autres, elle gardait la chambre. Depuis, de la chambre, elle est descendue dans la rue. Les malades s’organisent en associations, forment des groupes de pression, protestent jusqu’à l’insulte, réclament, défilent et manifestent. Ils s’estiment injustement frappés et exigent que tout soit fait pour qu’ils puissent recouvrir la santé, qui, comme chacun le sait, est un droit.

    La maladie est devenue un problème politique depuis l’apparition du SIDA frappant surtout les homosexuels. Mais les chercheurs et les médecins n’ont pas eu besoin des manifestations de rue à l’époque pour trouver le virus responsable du SIDA et le traitement d’une maladie mortelle touchant des millions de personnes, sa gravité était une motivation bien suffisante pour stimuler les biologistes et les médecins.

    262. La maladie citoyenne

    Si l’on comprenait l’angoisse des personnes atteintes ou menacées par la SIDA pour les pousser à descendre dans la rue au siècle dernier, on comprend moins les manifestations revendicatives récentes alors que le traitement existe et est distribué gratuitement en France, qu’il suffit par ailleurs de mettre un préservatif ou d’éviter les comportements à risque pour ne pas contracter la maladie. Dans ces conditions on peut trouver déplacé que les gouvernements soient aujourd’hui considérés par les manifestants comme coupables des comportements à risque que nombre d’entre eux continuent à avoir, attitude que l’on peut juger irresponsable sur le plan médical puisque pérennisant la maladie. Ce n'est pas le gouvernement, quel qu'il soit, qui est désespérant mais ceux plus que celles qui ne prennent pas les précautions nécessaires pour éviter la contagion.

    262. La maladie citoyenne

    On peut également s’étonner des manifestations des patientes traitées par le Lévothyrox réclamant l’ancienne formule du médicament alors que la nouvelle formule est identique pour le produit actif (l’hormone thyroïdienne) la seule différence portant sur deux excipients sans effet notable, les troubles ressentis ne pouvant s’expliquer que par un manque d’information et un gigantesque effet nocebo (perception de troubles que l’on craint de ressentir) amplifié par les médias et les réseaux sociaux.

    Manifester pour demander au gouvernement en place de supprimer une maladie (par ordonnance, peut-être ?) ou pour intervenir dans la composition d’un médicament en se basant uniquement sur le ressenti et la crainte, c’est aller loin dans l’expression citoyenne de la maladie.  


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  • Bête et incroyable

    Un spécialiste en "exploration de conscience" a été embauché par un hôpital pour effectuer un "nettoyage énergétique" en "neutralisant les flux d'énergies négatives" du bâtiment. Ce "chasseur de mauvaises ondes", par ailleurs concessionnaire automobile, a été rémunéré 95 000€. Il ne s’agit pas d’un hôpital (lieu où l’on croit tout de même aux preuves scientifiques) dans un pays où la superstition fait partie de la culture, mais d’un hôpital autrichien avant son ouverture.

    Le diocèse de Vienne a fait remarquer, non sans ironie, qu'"une simple bénédiction aurait été moins coûteuse". Il est regrettable dans cette affaire que la municipalité n’ait pas recouru à un appel d’offre en matière d’absurdité.

    Source : Egora.fr / AFP

    Bête et méchant

    Il s’agit d’un pays : le Salvador, pays très très catholique où règne le crime et où l’avortement est non seulement interdit mais les fausses couches spontanées sont également soupçonnées d’avoir été provoquées (le soupçon étant d’autant plus fort quand la grossesse est secondaire à un viol). La perte d’un fœtus est ainsi assimilée à un « homicide aggravé », puni de 30 à 50 ans de réclusion. Voir « Bonté christique ».

    Dans ce pays bête et méchant, une bonne nouvelle : Maira Figueroa vient d’être libérée de prison. Cette femme âgée de 34 ans avait passé quinze ans derrière les barreaux car à l’âge de dix-neuf ans, enceinte (après avoir été violée), elle a été victime d’une hémorragie.

    Source : JIM.fr

    Bête et rigolo

    Il est dommage que les violeurs du Salvador n’aient pas pu disposer du "slip contraceptif" pour homme, conçu par un médecin toulousain et dont la fonction est de remonter les testicules. Porté quinze heures par jour, « il augmenterait la température des testicules et permettrait ainsi une limitation de la spermatogénèse et une infertilité réversible ». Ce dispositif a été présenté dans le cadre du colloque « contraception pour tou.te.s » (pitié pour la langue française !) qui s’est tenu à  Rennes le 10 mars. Ce caleçon aurait pour acronyme : RCT pour "remonte couille toulousain ».

    Source : JIM.fr


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    Les surprises du surgelé

    En parcourant Slate, Je suis tombé sur cette belle photo[1] : aurore sur la ville de Longyearbyen, capitale d’un archipel norvégien situé près du pôle nord. On apprend dans l’article que les règles imposées à ses habitants ne manquent pas d’originalité et s’expliquent par le grand froid qui règne dans cette cité. On peut s’étonner qu’il y ait encore des habitants en ce lieu, d’autant plus que les municipalités n’acceptent plus de nouveaux habitants. Il est tout de même surprenant qu’il puisse y avoir des candidats pour affronter des conditions de vie aussi difficiles et qu’ils soient repoussés.

    Que les êtres humains qui postulent ne se sentent pas discriminés, car les chats non plus n’ont pas droit de cité, mais dans leur cas c’est pour protéger les volatiles. Les chômeurs, comme les chats, sont priés d’aller voir ailleurs, car chacun doit pouvoir survenir à ses besoins. Les habitants ne peuvent même pas trouver un peu de chaleur dans l’alcool car sa vente est contingentée, son prix étant dérisoire le risque d’alcoolisme est élevé.

    Le plus étonnant est qu’il est interdit de naître et surtout de mourir à Longyearbyen. Naître, c’est compréhensible : il n’y a pas d’hôpital et les femmes vont accoucher sur le continent. Pas de maisons de retraite et les patients en phase terminale, eux, sont transportés 0slo, à 2000 km, pour y mourir. La municipalité ne veut pas depuis 1950 qu’ils meurent dans la ville car les cadavres conservés par le froid ne se décomposent pas. Cependant pour les réchauffer l’incinération reste possible.

    C’est ainsi que l’on a retrouvé en ce lieu polaire des cadavres bien conservés et porteurs du virus de la grippe H1N1, encore prêts à l’action. Virus qui avait été responsable de la pandémie mondiale de 1918-1919 et dont la mortalité a été estimée entre 50 et 100 millions de terriens. Elle a provoqué en Europe bien plus de morts que la guerre en tuant une part de ceux qui avaient échappé au massacre, comme Apollinaire. Un des remèdes utilisés fut le rhum qui pouvait permettre de mourir dans l'ivresse. Cette grippe a été qualifiée d’espagnole en raison de la censure imposée pendant l’année 1918 par les belligérants afin de ne pas démoraliser les troupes au combat en leur signalant l’apparition d’un adversaire bien plus redoutable que l’ennemi. Par contre les espagnols qui n’étaient pas engagés dans le conflit ont informé la population du fléau, le messager devenant en quelque sorte le responsable de la pandémie. Il semble que ce sont les troupes américaines qui auraient transporté le virus d’origine aviaire d’un continent à l’autre.

    Cette grippe survenue il y a un siècle fut la plus grande pandémie des temps modernes. Mais lors d’une réunion récente de l’OMS, une maladie X a été inscrite comme fléau possible dans l’avenir, car l’OMS s’attend à la survenue d’une maladie jusqu’ici inconnue dont on ne connaît ni l’origine, ni la prévention, ni le traitement. Nous voilà rassurés et bien avancés.

     

    [1] aurora over longyearbyen | Christer van der Meeren via Flickr CC License by

     


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  • 259. Odeurs et politique

    On se souvient de la réflexion d’Edouard Herriot : « La politiquec'est comme l'andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop. » et de la sortie de Chirac lors d’une diner-débat du RPR en 1991 parlant des populations d’origine africaine : « Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. » 

    Et bien un laboratoire de psychologie suédois[1] dont les chercheurs cherchaient un objet de recherche, objectif principal de certains chercheurs, ont soumis 160 personnes à des questionnaires. « Le premier interrogeait leur conception sociale, fiscale et morale, le deuxième recueillait leur avis sur des citations de candidats aux élections présidentielles américaines et le dernier, évaluait leur degré d’aversion envers différentes odeurs humaines. » (Journal international de Médecine).

    Au terme de cette étude, un tantinet limitée tout de même, l’équipe suédoise a conclu dans un article paru dans la revue Royal Society Open Science que la répugnance pour les odeurs de sueurs, d’urines, de selles et d’autres du même acabit est corrélée à l’inclinaison pour l'autoritarisme, aux idées de droite et au soutien à Donald Trump, en affirmant que « La chimio-signalisation » était « un système primitif pour réguler le contact interpersonnel et l'évitement des maladies, caractéristiques essentielles de l'autoritarisme ». Les « attitudes sociales » serait ainsi enracinées dans des fonctions sensorielles primitives…

    Est-ce à dire que le « peuple de gauche » a le nez bouché ? Car l'éventuelle tolérance aux odeurs "fortes" ne semble pas liée à de mauvaises conditions d'habitat, le "peuple de gauche" ne correspondant plus pour une grande partie à celui de la pauvreté. Par ailleurs la gauche a connu et connait encore une floraison de régimes et de militants autoritaires.

    Illustration : Magritte

     

    [1] Tullio Liuzza M et coll. : Body odour disgust sensitivity predicts authoritarian attitudes. R. Soc. open sci. 2018 5 171091; DOI: 10.1098/rsos.171091. Published 28 February 2018

     


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  • 258. Le mauvais exemple de l’hôpital télévisuel

    Bien que ne regardant habituellement pas les téléfilms prenant pour thème le milieu hospitalier, il m’est arrivé de voir quelques épisodes de la série TV « Dr House » dont on m’avait dit grand bien. J’en ai vu peu pour ne pas élever ma tension artérielle de façon dangereuse et pour ne pas incommoder mon entourage par mes ricanements désobligeants et mes remarques outrées. Cette série a eu un grand succès puisqu’en 2011, 8,4 millions de Français, en moyenne, ont regardé chaque semaine le personnage pervers du Dr House martyriser ses subalternes, mais également ses malades, et je crois que la série continue à passer sur des chaînes secondaires.

    Je ne sais pas si c’est la perversité du médecin boiteux (et fort mal dans sa peau) qui attirait les téléspectateurs ou la vision qu’on leur donnait de la médecine. Ce qui me faisait réagir, c’est justement cette vision grotesquement déformée de la pratique médicale.

    Ce service d’urgence mis en scène n’accueillait que des cas exceptionnels, ceux qu’un médecin ne voit qu’une ou deux fois dans sa vie et pratiquement aucun vieillard, alors que les gens âgés constituent la majorité des patients. Mais je comprends fort bien qu’une personne âgée atteinte d’une maladie courante n’est pas très télégénique et surtout ne pose habituellement aucun problème de diagnostic, ce qui ne cadrerait pas avec la substance même de cette série.

    Un patient qui tombait dans les griffes de l’équipe du Dr House subissait les affres d’explorations à la chaîne, les plus diverses et les plus agressives au gré des illuminations les plus fantaisistes des cerveaux médicaux, les diagnostics se succédant sans aucun rapport les uns avec les autres. Une hypothèse farfelue = une exploration souvent traumatisante et parfois dangereuse. Les explorations répétées ne laissant pas au malade le temps de respirer et donnant une idée de la confiance et de la résistance de l’Américain moyen.

    « Dans 22 épisodes, 18 patients ont été examiné ou ont subi un examen complémentaire à 225 reprises pour arriver au diagnostic final, soit un total de 14 actes par épisode, c'est-à-dire 1 toutes les 3,1 minutes » selon une étude menée par des urgentistes du SAMU 93 sur la saison 2011 de Dr House, publiée dans The American Journal of Medicine. « Parmi les examens complémentaires, l'IRM vient en tête (72 %), avant le bilan biologique standard (61 %), les biopsies (56 %), les échographies (39 %), les scanners (33 %), les angiographies (17 %), les EEG (17 %) et les ECG (11 %) [examen pourtant courant mais anodin et peu spectaculaire]. Vingt-deux autres examens ont été pratiqués au moins une fois au cours de la saison télévisuelle ». Des examens souvent sophistiqués immédiatement réalisés sans le moindre délai d’attente.

    Quant aux traitements, ils sont appliqués sans états d’âme, « pour voir », et pas des moindres : corticothérapie, chimiothérapie, chirurgie etc…Une idée = un traitement souvent majeur. Bien qu’à la décharge du Dr House, je dois dire que les traitements « d’épreuve » existent également dans la « vraie vie », mais avec plus de prudence.

    Et ce qu’il y a de remarquable dans cette médecine télévisuelle, c’est que tous les membres de cette équipe, dans l’ensemble jeune, étaient capables de réaliser toutes les explorations aussi spécialisées soient-elles et tous les traitements (y compris chirurgicaux) aussi complexes soient-ils.

    Ainsi cette série distille une fausse image de la médecine et bien souvent farfelue que les patients devraient bien vite oublier et surtout ne pas exiger dans leur propre intérêt

    La série télévisée Grey’s Anatomy a également du succès, mais je n’ai vu aucun de ses épisodes. Par contre une équipe américaine a publié une étude parue dans la revue Trauma Surgery & Acute Care Open, (rapportée par Univadis). Elle a comparé la représentation des traumatismes subis par 290 patients fictifs au cours de 269 épisodes de Grey’s Anatomy avec les blessures réelles subies par 4 812 patients. Ces chercheurs ont constaté que près des trois quarts des patients de la série télévisée sont directement passés du service des urgences à la salle d’opération alors que cela n’a été le cas que d’un seul patient sur quatre dans la réalité. Parmi les personnes gravement blessées, la moitié des patients fictifs ont passé moins d’une semaine à l’hôpital tandis que cela n’a été le cas que d’un seul patient sur cinq dans la réalité. Cette série donne donc l’impression que les soins sont appliqués avec une grande célérité et avec une grande efficacité puisque les personnes gravement blessées sortent vite de l’hôpital. Par contre le taux de mortalité était trois fois plus élevé dans Grey’s Anatomy que dans la vie réelle, ce qui jette un doute sérieux sur l’efficacité de l’hôpital fictif, et devrait pousser les patients à se faire plutôt hospitaliser dans un hôpital réel, malgré sa lenteur, que dans un hôpital fictif. Cette lenteur que des patients éduqués par les séries télévisées pourrait reprocher au personnel hospitalier réel qui, lui, fait ce qu’il peut, mais tue moins. Mais à choisir, je préfère la mort fictive à une mort réelle.


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