• Si pour les tenants de la « théorie du genre », le sexe n’est qu’un présupposé biologique, le sexe étant surtout façonnée par la société à partir de ce présupposé, il faut avouer qu’en matière de santé le sexe s’impose en dehors de toute pression sociale. En ce domaine la parité d’existe pas. La société ne peut rien faire contre le marquage génétique sexué de chaque cellule de l’organisme, même si l’environnement, qui peut être différent selon le sexe, est susceptible de modifier l’expression des gènes (épigénétique).

    Un article de Junien C et coll. paru en avril 2019 dans les Archives des Maladies du Coeur et des Vaisseaux [1] montre bien que la parité sexuelle n’existe pas en biologie. Les auteurs rappellent que « si la ressemblance, en termes de séquence d’ADN, entre deux hommes ou deux femmes est de 99,9%, la ressemblance entre un homme et une femme n’est que de 98,5% du même ordre de grandeur qu’entre un humain et un chimpanzé, de même sexe… ». Des études ont montré qu’il y avait une différence hommes/femmes statistiquement significative dans l’expression de nos gènes pour environ 30% des gènes exprimés.

    Même si l’on doit tenir compte des conditions de vie, les hommes meurent plus jeunes que les femmes avec 20% de cancers en plus. Ils se suicident deux à quatre fois plus, meurent deux fois plus après une fracture de hanche, ont plus de retards mentaux, ou encore d’AVC ischémiques… que les femmes. Mais celles-ci meurent plus souvent d’une maladie cardiovasculaire que les hommes, sont plus souvent atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une autre démence, sont plus souvent concernées par la sclérose en plaque, la dépression, ont 20% de cancer du poumon en plus à âge et consommation tabagique équivalents, et sont plus souvent atteintes d’anorexie, de dépression, d’ostéoporose que les hommes. En fait pour chaque maladie, et chacun le sait, il existe le plus souvent une prédominance masculine ou féminine. Les constantes elles-mêmes sont souvent différentes selon le sexe, et pas seulement biologiques : par ex. en électrocardiographie la durée de l’activité électrique périodique du cœur (intervalle QT) est en moyenne plus court chez l’homme (effet de la testostérone) que chez la femme

    Les auteurs insistent sur le fait que 80% des études faites chez l’animal pour tester les médicaments ne l’ont été que sur des mâles. Entre 1997 et 2000, sur 10 molécules retirées du marché, 8 l’ont été suite à des effets secondaires survenus chez des femmes qui ont donc une tolérance pharmacologique différente. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont pris la décision de ne plus allouer de financements aux études qui n’incluaient pas les deux sexes lorsqu’elles le pouvaient, que ce soit sur l’animal ou l’humain. En France atteint d’un politiquement correct imbécile, le sujet est évité sous prétexte d’égalité des sexes. Selon les auteurs de l’article, la France aurait 10 ans de retard par rapport à certains de ses voisins européens qui mettent en place une médecine différenciée sans être accusés de discrimination.

     

    [1] Junien C et al. L'inextricable enchevêtrement du sexe et du genre dans la recherche et les études cliniques : le corps, ce grand oublié de la parité. Archives des Maladies du Coeur et des Vaisseaux - Pratique Volume 2019, Issue 277, April 2019, Pages 11-19.

     


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  • Ignace Philippe Semmelweiss est mort un 13 août il y a 154 ans

    A la demande des chirurgiens d'Amsterdam, Rembrandt a peint ce tableau, "La leçon d'anatomie du Dr Nicolaes Tulp" en 1632, il avait 26 ans. On y voit le Pr Tulp disséquer la face antérieure du bras gauche (ce qui explique l'orientation du pouce) de Aris Kindt, pendu le jour même pour vol à l'âge de 41 ans.

    Une dissection en public n'était autorisée qu'une fois par an, et de préférence en hiver, le sujet pour la démonstration devant rester la plus frais possible par égard pour les notables qui venaient y assister. Le livre aux pieds du pauvre Aris est peut-être celui de Vesale, ouvrage qui avait balayé un siècle auparavant les connaissance anatomiques qui dataient de l'Antiquité.(voir 36)

    Ce que ce tableau montre surtout est que l'opérateur et les spectateurs sont en habits de ville, que tous ont les mains nus et qu'aucun, probablement, sauf peut-être le Dr Tulp (en raison du sang dont elles pouvaient être éventuellement maculées) ne se les lavera à la sortie de la salle d'autopsie. Tout ce petit monde ira donc transporter à l'extérieur les germes plutôt méchants recueillis sur le cadavre, au profit des autres, et notamment des malades qu'ils auront à examiner par la suite.

    C'est le Hongrois Semmelweiss, mort il y a 154 ans jour pour jour, qui a montré, un siècle environ après la création de ce tableau, que les obstétriciens eux-mêmes transportaient le vecteur des fièvres puerpérales (qui tuaient à l'époque jusqu'à près d'un cinquième des accouchées à Vienne) à partir des autopsies qu'ils réalisaient pour tenter d'expliquer cette hécatombe. Bien entendu, la plupart de ses confrères autrichiens, n'ont guère apprécié d'être considérés comme des meurtriers involontaires, alors que le lavage des mains à l'hypochlorite de calcium préconisé par Semmelweiss suffisait à faire chuter la mortalité vers 1%.

    Interné à Vienne pour maladie mentale, ce précurseur de l'hygiène serait mort à 47 ans, le 13 août 1865, d'une septicémie liée aux blessures infligées par le personnel de l'asile. 

     


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  • Une étude parue dans Inter J Epidemiol[1] montre que le stress provoqué par des actes terroristes peut modifier le déroulement de la gestation des femmes qui le subissent. Mais curieusement, les conséquences touchent davantage les fœtus masculins que féminins. Un phénomène semblable avait déjà été observé aux États-Unis à la suite des attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001.

    L’étude récente basée sur une analyse des naissances franciliennes ayant encadré les attentats parisiens du 13 novembre 2015 a mis en évidence un nombre de naissances prématurées des fœtus masculins accru suite à l’évènement ainsi qu’un sex ratio déséquilibré en faveur des naissances de filles. Ceci n’a pas été observé pour d’autres périodes et dans le reste du territoire pour la période concernée.

    Doit-on en conclure que des fœtus masculins ont plus souvent la trouille que les féminins de ce qui se passe à l’extérieur et préfèrent rester dans l’utérus jusqu’à ce que mort s’ensuive, alors que d’autres sortent volontiers prématurément, poussés soit par une curiosité pour voir ce qui se passe dehors, soit parce qu’ils ne supportent plus l’angoisse de la génitrice.

    J’ajoute que ces hypothèses n’ont aucunement été émises par les auteurs de l’étude. Ce sont des gens sérieux qui suggèrent plutôt une fragilité accrue des fœtus masculins sous l’influence in utero de facteurs de stress. Ce qui, évidemment, n’explique rien, mais qui suggère que les genres bien différenciés  existent déjà dans l’utérus sans avoir besoin de la pression sociale pour exister.

     

    [1] Bruckner TA, Lebreton É, Perrone N, Mortensen LH, Blondel B. Preterm birth and selection in utero among males following the November 2015 Paris attacks. Int J Epidemiol. 2019 Jun 24 [Epub ahead of print]. doi: 10.1093/ije/dyz089. PMID: 31231759

     


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  • Vincent Lambert, en état végétatif depuis presque onze ans est donc décédé le 11 juillet après arrêt de la nutrition accompagné de sédation. Il ne faut pas entendre par état végétatif celui qui s’apparenterait à l’état d’un végétal. Ce contresens est fréquemment commis , alors qu'il s’agit d’un état où seul le système neurovégétatif (système nerveux autonome, parasympathique et sympathique, indépendant du système nerveux central qui, lui, est en relation avec le monde extérieur) est fonctionnel, permettant de maintenir les fonctions vitales comme la circulation et la respiration.

    Vincent Lambert aurait été victime d’après l’écrivain Michel Houellebecq d’une surmédiatisation. Il a surtout été victime d’un accident de la route le laissant tétraplégique et dans un état de conscience dite « minimale ». Mais la surmédiatisation est incontestable, surtout entretenue par le combat juridique de ses parents qui ont plus tenu compte d’eux-mêmes que de leur fils pour lequel il n’y avait aucun espoir d’amélioration.

    Michel Houellebecq s’est insurgé dans Le Monde : “Il m’est difficile de me défaire de l’impression gênante que Vincent Lambert est mort d’une médiatisation excessive, d’être malgré lui devenu un symbole”… “l’Etat français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert”. Et curieusement l’écrivain s’en prend à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qu’il accuse d’avoir voulu “ouvrir une brèche” et “faire évoluer les mentalités” pour ce qui concerne la fin de vie. Or, il me semble que la décision de laisser mourir Vincent Lambert a été prise par une partie de ses proches, les juges et les médecins et aucunement par Agnès Buzyn.

    L’écrivain regrette cette décision car : “Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout (...) Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien”…“La dignité ne peut en aucun cas être (altérée) par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé ». En effet, on peut dire que l’on ne sait « à peu près rien » de ce que ressentait Vincent Lambert, mais dans un état de conscience minimale, on estime que des émotions et des douleurs peuvent être ressenties, et Houellebecq devrait pouvoir imaginer (c’est son métier) ce que ce patient entièrement dépendant des autres devait ressentir lors des moments d’éveil, peut-on affirmer qu’il ne souffrait pas de son état de totale impuissance, même s’il ne souffrait pas physiquement ? Si les soignants respectaient sa dignité (c’est leur métier), peut-on penser que Vincent Lambert dans sa faible conscience, si elle existait, pouvait estimer que sa vie de pantin manipulé depuis près de onze ans restait digne ?

    Surmédiatisation, sûrement, car on assiste à l’invraisemblable. Le procureur Matthieu Bourrette n’hésite pas à ouvrir une enquête : “Le 11 juillet 2019 peu après 8H30, j’ai été avisé par le centre hospitalier universitaire de Reims du décès de Vincent Lambert (...) j’ai immédiatement décidé de l’ouverture d’une enquête en recherche des causes de la mort”, en saisissant même un service de police et en prévoyant une autopsie et des analyses toxicologiques ! Rechercher les causes de la mort ! S’assurer que le patient est bien mort selon la loi : “Cette enquête a pour seul objet de connaître les circonstances du décès de Vincent Lambert et de vérifier que les opérations médicales ont bien été réalisées conformément à la loi”. On croit rêver. Va-t-on relever les empreintes digitales et demander à la « scientifique » de passer le lieu du crime au « peigne fin » (expression qui ne manque jamais dans les séries policières). Bon, Mathieu a le trouillomètre à zéro, les parents de Vincent ne sont pas des tendres, ils pourraient bien accuser les médecins d’avoir poignardé leur fils dans son « sommeil » puisqu’ils parlent de « crime d’Etat ».


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  • 292. Les Français sont mal dans leur peauLe 12 juin dernier, l’Assurance maladie a fourni les données de remboursement et livré une analyse médicalisée des 140 milliards d'euros environ dépensés pour les 56,7 millions de personnes en France, bénéficiaires du régime général en 2017. Les dépenses ont progressé de 14% en 6 ans.

    292. Les Français sont mal dans leur peau

    Le poste le plus important (22% des dépenses globales) est constitué par les « hospitalisations ponctuelles » qui ne sont pas liées à des maladies spécifiques (ce sont par ex. les coloscopies, fractures du col du fémur, chirurgie de la cataracte…) et qui ne peuvent que croître en raison du vieillissement de la population.

    Si les dépenses concernant les maladies cardiovasculaires et des cancers (notamment le cancer du poumon) augmentent au cours du temps, on est tout de même frappé par le fait que parmi les maladies, ce sont celles de la sphère psychiatrique qui entrainent les dépenses les plus importantes avec plus de 20 milliards d’euros ! C'est ce qu'ont coûté, en 2017, les remboursements de soins, d'hospitalisations et traitements en lien avec la santé mentale. « Dans le détail, les troubles névrotiques et de l'humeur ont généré 5,3 Md€ de remboursements, les troubles psychotiques 4,4 Md€, les antidépresseurs ou régulateurs de l'humeur 2,4 Md€, les anxiolytiques 2,2 Md€. Plus de 7 millions de personnes furent concernées cette année-là, bien que leur nombre ait légèrement baissé en cinq ans (-132 000) ». Il faut donc admettre que près de 13% de la population française sont mal dans leur peau au point de prendre un traitement.

    Il faut rapprocher cette constatation du fait que le peuple français est le plus pessimiste au monde (des peuples en guerre et/ou dans la misère l’étant bien moins) et il vient seulement d’être dépassé dans sa vision noire de l’avenir par le Japon.

    Selon MEDIA-PRESSE.INFO du 1er février 2018 : La France est un cas unique de dégringolade dans le monde, les autres pays restant à un niveau similaire à celui de 2012 ou 2013. Ci-dessous l’évaluation de l’optimisme dans le monde, le premier chiffre entre parenthèse indiquant les gens très convaincs et le second les relativement convaincus. La moyenne mondiale est de 76 % (31/45).

    Plus de 90 % d’optimistes : Colombie 93 % (65/28), Pérou 93 % (66/27).

    Plus de 80 % d’optimistes : Chili 88 % (56/32), Chine 88 % (32/56), Mexique 87 % (48/39), Inde 87 % (46/41), Russie 85 % (52/33), Afrique du Sud 85 % (44/41), Brésil 84 % (46/38), Hongrie 84 % (33/51), Argentine 83 % (42/41), Etats-Unis 80 % (29/51).

    Plus de 75 % d’optimistes : Serbie 78 % (33/45), Malaisie 77 % (25/52), Pologne 77 % (24/53), Canada 76 % (20/56), Australie 76 % (18/58).

    Plus de 70 % d’optimistes : Espagne 74 % (21/53), Arabie Saoudite 74 % (33/41), Suède 72 % (20/52).

    Plus de 60 % d’optimistes : Turquie 69 % (28/41), Corée du Sud 69 % (22/47), Allemagne 67 % (15/52), Royaume-Uni 66 % (14/52), Belgique 65 % (12/53), Italie 60 % (12/48).

    Moins de 60 % d’optimistes : France 55 % (14/41), Japon 44 % (6/38).

    Quand on voit les dépenses sociales consacrées aux Français, Tesson n’aurait-il pas raison quand il dit qu’ils sont au Paradis et se croient en Enfer ? Si les Français se sentent aussi pessimistes et même malheureux au point d'en souffrir, la France vue de l’extérieur ne connaît pas la pire des situations.

    Selon Psychomédia du 20 mars 2019, le rapport de l’ONU qui classe pour 2019 156 pays selon le niveau de bonheur perçu par leurs citoyens, d'après leur évaluation de leur propre vie. Le classement serait en particulier expliqué par le PIB par habitant, le soutien social, l'espérance de vie en bonne santé et la liberté de faire des choix de vie : les pays en tête sont :

    1. Finlande 2. Danemark 3. Norvège 4. Islande 5. Pays-Bas 6. Suisse 7. Suède 8. Nouvelle-Zélande 9. Canada 10. Autriche

    La France est passée de la 23e à la 24e place (sur 156) mais pas à la dernière si l’on suivait leur vision de l’avenir et leur santé mentale. Alors pourquoi les Français prennent-ils autant de tranquillisants et de psychotropes ? Les Français ont peut-être des raisons de ne pas être satisfaits de leur sort, mais il semble aussi que quoi que l’on fasse pour les satisfaire, ils ne le seront jamais au point de verser dans la pathologie pour 13% d'entre eux avant de verser...dans la révolution. Point de vue plus flatteur que de considérer que les Français sont plus volontiers atteints de maladies mentales.


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  • 291. Bien nommer les choses

    Image du film de Woody Allen « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... sans jamais oser le demander ! » : l'attente des spermatozoïdes.
    Un de mes confrères (que je ne connais pas) du nom de Grégoire Moutel a affirmé dans une interview au Point que « le désir d’enfanter est un droit fondamental ». Cette formulation, pour le moins absurde, résume assez bien l’état d’esprit de nos contemporains, du moins sous nos climats, le désir est devenu un droit et ce droit est même fondamental aux yeux de certains : « Puisque j’ai envie de ça, on doit me le donner », « si l’autre a droit à quelque chose, la collectivité se doit de me l’offrir par souci d’égalité ». Par cette affirmation, le Dr Moutel est partisan du droit à l’enfant, et l’enfant devient ainsi un objet de consommation à disposition. Le désir transformable en droit suscite la naissance d'associations d'individus éprouvant le même désir afin de peser sur l'Etat pour que son objet leur soit procuré.

    La « procréation médicalement assistée » (PMA) est une dénomination qui n’a plus de sens. Technique biomédicale introduite pour pallier les infertilités pathologiques d’un couple hétérosexuel, elle est devenue une technique utilisée en dehors de la pathologie, à moins de considérer l’impossibilité féminine de faire un enfant sans mâle ou sans sperme comme une pathologie, ou l’homosexualité comme une maladie, en l’occurrence une phobie sexuelle de l'autre sexe plutôt qu'une attirance pour le même avec la constitution de couples infertiles d'individus fertiles.

    Le « médicalement » dans la PMA est assez irritant car il ne s’agit plus de médecine. Le terme d’AMP que certains préfèrent utiliser est encore plus signifiant, car dans « assistance médicale à la procréation », le premier terme est « assistance », et peut-on refuser à quelqu’un une assistance, de surcroît médicale ? On est quasiment dans la compassion.

    L’insémination artificielle d’une femme permet à celle-ci d’obtenir du sperme anonyme en rejetant son producteur que l'on préfère en général maintenir dans les limbes en tant que fantôme paternel impuissant (le comble). Nous ne sommes plus dans le soin mais dans l’utilisation d’une technique identique à celle des vétérinaires pour satisfaire un désir et une convenance, alors que les intéressées sont normalement fécondes mais rejette le rapport hétérosexuel (ce qui est parfaitement leur droit).

    De ce fait PMA ou AMP ne permet pas de bien nommer les choses, et si l’on ne veut pas employer la dénomination « insémination artificielle » qui sent un peu trop l’étable, pourquoi ne pas parler de PHS : « procréation hors sexe » (« hors copulation » ou « hors coït » manque d’élégance  et « sans rapport » manque de précision), cela permettrait d’évacuer la médecine de cette affaire où elle s'est un peu fourvoyée.

    Texte tiré de la chronique médicale n°219 :

    Pour ma part, je serais partisan de permettre la PMA pour celles qui désirent y recourir mais à condition que la société ne la prenne en charge qu’à titre thérapeutique comme le veut la loi actuelle.

    Celles qui recourent à la PMA à l’étranger le font à leur frais, il serait plus simple pour elles de la faire en France de la même façon, la situation législative en serait plus claire et les garanties médicales plus sûres.

    J’entends d’ici la vague de protestation des vierges effarouchées :

    Comment ! On sépare les femmes en deux catégories : les lesbiennes et les hétérosexuelles ! Discrimination intolérable ! Homophobie ! Et pourquoi pas, racisme ! Seulement :

    1 Avoir un enfant n’est pas un droit, mais une faculté que l’on possède ou pas, que l’on désire utiliser ou pas.

    2 Les lesbiennes peuvent avoir des enfants par un rapport hétérosexuel mais qu’elles refusent par convenance personnelle en manifestant de facto une sorte de discrimination à l’égard de l’homme. Il me semble inconvenant de demander à la société d'assurer leur fécondation.

    3 Elles désirent préférentiellement se procurer du sperme anonyme pour créer des enfants d’emblée orphelins de père (l’auto-insémination avec le sperme d’un ami volontaire ne pose aucune difficulté réelle).

    4 L’homosexualité n’étant pas une maladie, le recours à l’Assurance maladie n’a pas lieu d’être.*

    5 Il est logique que la PMA pour convenance personnelle soit payante comme l’est la chirurgie esthétique pour convenance personnelle (bien différente de la chirurgie réparatrice qui, elle, est prise en charge). Il existe aussi une inégalité entre celles ou ceux qui ont les moyens financiers d’embellir leur apparence et celles ou ceux qui ne les ont pas. Celles qui sont laides sans pouvoir s’embellir souffrent probablement plus qu’une lesbienne sans enfant, car celle-ci sait qu’elle pourrait en définitive s’en procurer un d’une façon ou d’une autre, ce qui exclut toute inégalité réelle et définitive.

    Axel Kahn, qui est partisan de la PMA pour les lesbiennes, considère (dans Le Point du 13/07/17) que ce "droit" est la conséquence du mariage homosexuel et que l'on peut ranger dans la pathologie "l'infertilité" d'un couple dont les deux membres sont fertiles mais pas ensemble (ce qui peut exister pour un couple hétérosexuel). Raisonnement un peu tordu qui, de toute façon, ne peut pas s'appliquer aux femmes seules et qui donne au passage un caractère pathologique à l'homosexualité.

    Voir aussi : « 158. Les 343 fraudeuses »,« 210. La médecine au service du désir » et # Ne balance pas ton sperme


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  • 290. La secte des « antivax »Les gens qui s’opposent aux vaccinations ont leurs activistes qui se sont constitués en une véritable secte, imperméables à toute logique ou raisonnement, interprétant les faits dans leur sens ou les niant tout simplement. C’est une croyance hors de la raison et, comme telle, elle peut devenir menaçante et agressive.

    C’est ainsi qu’aux USA, au Canada ou en Australie des parents qui ont perdu un enfant en bas âge, celui-ci n’ayant pas été vacciné, ou habitant dans une région où la couverture vaccinale est insuffisante pour assurer une protection collective, sont harcelés et accusés sur Facebook par des activistes « antivax » d’avoir tué leur enfant afin d’exonérer l’absence de vaccination de toute responsabilité : « Tu es une mauvaise mère. Tu as tué ton enfant. Tu méritais que cela arrive à ton fils. Tout cela est faux –ton enfant n'existe pas » (message reçu par une mère du Midwest aux USA) – « Ils nous ont traité de tueurs d'enfants et dit qu'on avait le sang d'autres bébés sur les mains. Ils nous ont dit de nous suicider » (selon une mère australienne). Les parents sont éventuellement menacés, si, après cette douloureuse épreuve, ils décident de militer en faveur de la vaccination. « Un article de CNN indique aussi que trois pédiatres américains connus pour leur défense des vaccins ont reçu tellement de menaces en ligne qu'ils ont désormais des agents de sécurité à leurs côtés lorsqu'ils font des conférences sur ces questions » (Slate).

    Le rejet des vaccinations comme prophylaxie « non naturelle » des maladies infectieuses peut aboutir à des absurdités qui seraient risibles s’il ne s’agissait pas d’une question de vie ou de mort. Récemment, un couple bourguignon, parents de deux enfants de 2 et 4 ans non vaccinés, a passé une annonce sur le Bon Coin pour trouver des personnes atteintes de rougeole afin d’exposer leurs enfants à la contamination pour qu'ils développent une immunité naturelle ! "Recherche de cas de rougeole en France" a été publiée sur le Bon coin le 29 mai, l'annonce a, depuis, été désactivée. "Nous sommes parents de deux enfants de 2 et 4 ans. Nos petits n'ont pas encore eu la rougeole et ne sont pas vaccinés pour cela. Nous ne préférons pas qu'ils le soient comme nous l'avons été : de manière naturelle". Le couple s’est plaint ensuite dans un tweet d'avoir été censuré par le site de petites annonces…

    Ce retour à la nature finit par faire peur. Cette volonté de balayer science et progrès conduirait à l’extrême à revenir à la condition animale.

    Les écologistes ont leur part de responsabilité dans cette dérive, mais on peut justement devenir  écologiste parce que l'on est porté par un goût parfois déraisonnable pour le naturel. Quand on voit la députée européenne Michelle Rivasi être réticente aux vaccinations et prôner le traitement du cancer par l’homéopathie que tous les étudiants en médecine devraient apprendre à son avis (voir "287. Des écologistes irresponsables"). Quant à Yannick Jadot (en tête du baromètre des hommes politiques) s’il n’est pas contre les vaccins (mais en plaçant Mme Rivasi en deuxième position sur sa liste aux européennes), il considère que l’homéopathie est efficace, peu importe ce qu’il y a dedans, ce qui est la définition même du placebo. Aussi, je me demande si lui-même n’est pas un placebo qui donnera l’illusion de l’efficacité dans la mesure où il fait fi des données scientifiques.


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  • 289. Handicap extrême

    Chacun a pu voir sur nos lucarnes les manifestations de joie, que j’ai trouvées déplacées pour ne pas dire indécentes, de ceux qui soutiennent les parents de Vincent Lambert lorsque le 20 mai la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise de l'alimentation et de l'hydratation maintenant en vie cet homme de 42 ans, tétraplégique en état végétatif irréversible depuis dix ans, et qui avaient été arrêtées le matin même par les soignants du CHU de Reims.

    Le CDPH, comité de l'ONU, avait demandé à la France de suspendre l'arrêt des traitements dans l'attente d'un examen du dossier sur le fond. L’ONU, dont on a pu admirer à plusieurs reprises et dans bien des domaines le degré d’absurdité des décisions, tient à examiner sur le fond un dossier qui a été examiné et réexaminé depuis 10 ans !

    Les juges de la cour d’appel se référant à cette décision onusienne (qui n’a aucune force juridique en France et le gouvernement français vient de déposer un pourvoi en cassation) ont estimé que l'Etat français devait "faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées le 3 mai 2019 tendant au maintien de l'alimentation et l'hydratation" de Vincent Lambert.

    On considère donc ce pauvre homme tétraplégique, sans aucune conscience (ou "minimale") et sans espoir de la retrouver, simplement comme un handicapé ! Jusqu’où peut aller un handicap ? Quand je dis "aucune conscience", à vrai dire, je n'en sais rien, mais si la conscience persiste chez cet homme, elle devrait être insupportable pour lui.

    Ceux qui s'opposent à l'euthanasie passive parlent de respect de la dignité humaine, mais je ne vois pas en quoi on respecte la dignité de cet adulte en le maintenant dans un état bien inférieur à celui d'un nourrisson, et si sa conscience est suffisante pour qu'il s'en rende compte, cet amour que l'on entend lui prodiguer en le maintenant de force dans cet état de dépendance absolue me semble proche du sadisme. En fait, ses parents tiennent à le maintenir en vie non pas pour lui, mais pour eux.

    Cette affaire est évidemment dramatique. Une famille déchirée autour d’un être humain perdu et dont la sépulture provisoire est depuis dix ans un lit d’hôpital. Il faut admirer au passage le travail des soignants du CHU de Reims qui ont maintenu les fonctions vitales de ce patient en évitant les complications du décubitus. On discute, en effet, de savoir si l'alimentation et l'hydratation sont des soins ou pas, mais l'intervention régulière (probable) des kinésithérapeutes est évidemment un traitement. Le maintien en vie de cet homme perdu a dû coûter fort cher à la collectivité. Dans notre société, on admet ce coût lorsqu’il persiste un espoir, ce qui ne semble pas être le cas ici. On peut se demander, avec une certaine cruauté, si les parents de Vincent Lambert ne devraient pas prendre eux-mêmes en charge leur fils à leur domicile, et à leurs frais, afin de le maintenir dans son état végétatif jusqu’à leur propre mort.

    Bernard Buffet : "L'enterrement"


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  • Au siècle dernier, les corps de métier dont la fonction est de porter secours aux autres ou de rendre service à la population étaient respectés par tous, voire sacralisés. En dehors de gens ivres ou atteints d’une maladie mentale, qui ne respectait pas les médecins, les infirmières, les pompiers, la police lorsqu’elle venait vous protéger ou les enseignants chargés de sortir la jeunesse de son ignorance ? En France, tous ces corps de métier sont mis au service de la population le plus souvent plus ou moins gratuitement grâce aux impôts. On peut d’ailleurs se demander si l’état d’esprit de la population ne s’est pas modifié par le fait même que ces corps de métier sont à son service ce qui peut conduire certains à remplacer le respect par l’exigence.

    J'ai eu la chance d’exercer mon métier de médecin pour sa plus grande partie au siècle (ou au millénaire) dernier et je suis donc effaré d’apprendre que les agressions de médecins se multiplient : 1126 en 2018, et ce chiffre ne concerne que celles qui ont été déclarées au Conseil de l’ordre. Seulement 46% des agressions sont suivies d’une plainte, les médecins hésitant à le faire dans la crainte de représailles.

    288. La désacralisation des soignants

    Ce sont surtout les médecins généralistes qui sont touchés (70%), un peu plus souvent en centre-ville (54%), mais elles sont également observées en milieu rural, c’est ainsi que le département du Nord a connu le plus grand nombre d’agressions (123), et que la Lozère se distingue par la plus forte proportion : 6 agressions pour 161 médecins en exercice.

    Les deux tiers des agressions ne sont heureusement que verbales et quand elles sont physiques la panoplie des armes éventuellement utilisées est riche : couteau, cutter, canne, arme à feu (3 fois) ), bombe lacrymogène et une fois un caddy !

    288. La désacralisation des soignants

    Pourquoi tant de violence ? Les motifs d'agression sont toujours les mêmes : reproche relatif à la prise en charge, temps d'attente jugé excessif, mais le vol est en bonne place (18%) juste devant le refus de prescription (médicament, arrêt de travail) (16%) puis le refus d'établir un certificat de complaisance ou de falsifier une ordonnance (11%). "Lors d'une visite à domicile, une femme médecin a été séquestrée trois heures par le patient, qui réclamait son document".

    Sans faire de parallèle, on observe une désacralisation des soignants dans les conflits récents. Jadis on ne tirait pas sur une ambulance, pendant la guerre de Syrie par ex. les cibles favorites furent, au contraire, les ambulances, les médecins portant secours aux ennemis et les hôpitaux susceptibles de les abriter d’autant plus facilement bombardés qu’ils étaient sans défense. Car quoi de plus démoralisant pour un combattant que de savoir qu’en cas de blessures personne ne pourra venir le secourir. Il est certain que le respect du blessé, du malade et de ceux qui les soignent est un concept plutôt judéo-chrétien.

    Ne pas respecter la personne qui porte secours à un être humain, c’est ne pas respecter l’être humain lui-même et donc un indice de barbarie.

    La sacralisation des soignants fait partie d’un système de valeurs universaliste qui semble reculer face à une autre échelle de valeurs basée sur l’assignation identitaire. Taper sur un soignant laisse les gens plus ou moins indifférents, taper sur un transgenre (ce qui est stupide), provoque un scandale et passe en boucle sur les médias.


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  • Les écologistes ont un goût prononcé pour tout ce qui peut ramener l’être humain à la nature et au naturel, une démarche sympathique lorsqu’elle est possible, à condition toutefois qu’elle ne devienne pas dangereuse et qu’elle ne verse pas dans l’ésotérisme (tendance Rabhi) ou dans la nostalgie naïve d’un paradis perdu qu’il suffit de retrouver pour résoudre les problèmes actuels de l’humanité. Cette attitude peut amener à négliger le réel et les données scientifiques ou même s’opposer à elles. Cet amour de la nature veut ignorer ce qu'elle peut avoir de cruelle - n’oublions pas les famines et les épidémies - et se double d’une hostilité à l’égard des artifices introduits par l’être humain, de ses découvertes qui lui ont permis de dominer son environnement, malheureusement au risque de le détruire, mais aussi de survivre en améliorant son sort, avec une longévité qui s’est progressivement accrue, particulièrement depuis un siècle avec les progrès médicaux et pharmacologiques. Des progrès que des écologistes n’hésitent pas à remettre en cause, en particulier parce que les médicaments sont fabriqués par des laboratoires qui en tirent bénéfice, d’où une appétence pour la phytothérapie qui n’est pourtant pas dénuée de dangers. Voir : « 44. Cette bonne nature ».

    Michelle Rivasi n’est pas n’importe qui : elle est eurodéputée EELV et actuellement n°2 sur la liste verte aux futures élections européennes. Elle est connue pour ses positions anti-vaccins qui lui furent reprochées par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Il semblerait que Rivasi envisage d’attaquer Buzyn en diffamation en arguant que ses enfants et elle-même sont vaccinés. J’ignore si ces vaccinations ont été faites avant que naissent les convictions de Rivasi ou si ses convictions n’ont pas fait obstacle à sa prudence.

    Quoi qu’il en soit, on ne peut oublier que cette écologiste de pointe a cherché à diffuser le documentaire Vaxxed au parlement européen en février 2017, et que ce sont les protestations des députés britanniques qui ont conduit à l'annulation de cette projection. C’est encore une militante d’Europe Ecologie Les Verts, Martine Ferguson-André, qui a organisé des projections de Vaxxed dans notre pays à l'annonce en 2017 de l'augmentation du nombre de vaccins rendus obligatoires pour la petite enfance. Ce film n’est pas anodin, il a été réalisé par Andrew Wakefield à l’origine d'une publication « scientifique », ayant été par la suite réfutée pour fraude et falsification, tentant d’établir un lien entre le vaccin ROR et l’autisme. Ces écologistes, Rivasi en tête, ont donc eu à cœur de diffuser un « documentaire conspirationniste de propagande anti-vaccins ».

    Mme Rivasi ne s’en tient pas là. Fidèle à l’hostilité répandue chez les écologistes vis à vis du chimique et des laboratoires pharmaceutiques, elle réclame que les médecines alternatives et notamment l’homéopathie soient enseignées à tous les étudiants en médecine. Peu importe que dans la plupart des pays les sociétés savantes (et récemment les Académies de Médecine et de Pharmacie en France) considèrent que les produits homéopathiques sont des placebos, que l’on peut, certes, utiliser, mais sans pour autant les rembourser et sans décerner un diplôme pour l’exercice de cette pratique afin de ne pas donner à l’homéopathie un label scientifique. Toutes les études sérieuses ont montré l’effet placebo de l’homéopathie, sauf une faite en Suisse en 2011-12 (à laquelle Rivasi se réfère volontiers), critiquée sur le plan méthodologique et qui contient cette remarque : « Si l’homéopathie est très susceptible d’être efficace, mais que cela ne peut pas être formellement prouvé dans des test cliniques, la question se pose de savoir quelles sont les conditions nécessaires pour que l’homéopathie puisse montrer son efficacité et réaliser son potentiel, et quelles conditions menacent de l’empêcher ».[1] Remarque illustrant ce que les homéopathes disent souvent pour leur défense : l’homéopathie est une thérapeutique si particulière que les protocoles appliqués à l’allopathie ne lui sont pas adaptés. Démarche scientifique inversée.

    Mme Rivasi n’a pas froid aux yeux quant à l’intérêt des médecines alternatives et en premier lieu de l’homéopathie : « Je pense qu’on doit intégrer, dans la formation initiale des médecins, des qualifications, des certificats de médecines complémentaires qui soient obligatoires… Oui, il faut former les patients. Leur dire que plus on leur donne de médicaments, plus cela aura des effets secondaires. Et les informer de l’existence d’alternatives qui sont beaucoup moins chères. L’information circule aussi via l’entourage. Par exemple, pour les gens qui ont un cancer, c’est incroyable. Ils font confiance aux médecins qui les soignent, et en même temps ils savent qu’il y a autre chose à côté » (Interview sur le site Kaisen).

    En effet, les médicaments efficaces peuvent donner des effets secondaires, personne ne le conteste, et il est certain que l’homéopathie n’en donne pas : quand on ne donne rien, il ne se passe rien. Et vous avez bien lu, ne pas faire confiance aux médecins pour soigner votre cancer alors que des médecines alternatives comme l’homéopathie ou l’acupuncture existent pour le traiter.

    Ces gens sont dangereux. Je ne voterai pas pour eux.


    [1] Gudrun Bornhöft and Peter Matthiessen (eds.) Homeopathy in healthcare: effectiveness, appropriateness, safety, costs. Springer, 2012.


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