• Un clapotis médiatique a été déclenché par deux maires écologistes récemment élus. Celui de Bordeaux qui veut supprimer le sapin de Noël dressé chaque année sur une place pour les fêtes de fin d’année, en écrasant une larme sur cet arbre coupé alors que l’on en coupe des millions pour fabriquer beaucoup de nos objets dont la plupart des meubles de tous les domiciles et de toutes les mairies. Quant au maire de Lyon, il est hostile au Tour de France cycliste en le considérant comme machiste et polluant. Il est évident qu’une course réservée aux hommes est de nature machiste, puisque masculine, et si la course était mixte, le fait qu’un homme puisse, selon toute vraisemblance, la gagner serait sans doute considéré comme sexiste et discriminatoire. J’ignore si ce genre de mesures permettra à l’humanité de vivre plus longtemps, mais il est certain qu’avec elles, le temps lui paraîtra plus long.


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  • Quand on abuse d’une vierge, enlevée à sa famille d’adoptionMarie, c’est son nom, a obtenu un certificat de virginité délivré par l’Eglise malgré sa multiparité. On parle désormais d’en interdire la délivrance qui n’est d’ailleurs exigé aujourd’hui que dans des milieux attardés. Cela fait des années que Marie a été enlevée par des Calabrais appartenant à la Mafia (la Ndranghéta). Qu’elle est promenée dans les rues sous bonne garde, qu’elle est obligée de s’incliner et de faire allégeance en passant devant le domicile des chefs de cette organisation dont on sait ce qu’ils font des femmes sous leur domination. Ce qui ne les empêche pas de rechercher la respectabilité auprès du ciel et de ses servants, en y ajoutant, pour faire bonne mesure et pour la bonne cause, quelques deniers issus du crime organisé. Marie, tout en bonté, ne peut que s’incliner. Sa famille légitime, pape en tête, a beau la réclamer afin qu’elle reste dans son giron en exclusivité. Le chef de la famille a même été jusqu’à excommunier les ravisseurs. Rien n’y fait, la mafia calabraise s’est pris d’affection pour elle, et la traite convenablement, l’habille de robes somptueuses, et la sort périodiquement, à dates fixes, portée à bras d’homme sur un podium doré aux yeux de tous. Que fait la police ?


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  • Le coq aux plombs

     Ceruti, Giacomo, dit il Pitocchetto ; 1691–1768 "Nature morte au coq mort"

    J’aime bien le coq au vin. J’ose espérer que le coq dans mon assiette n’a pas été abattu en raison de son chant un peu trop matinal mais pour être consommé. Ce qui compte c’est pourquoi l’on meurt, car il est scandaleux de mourir pour avoir chanté et tout à fait normal pour être mangé. Ce qui compte aussi c’est la façon de donner la mort, car tuer par un coup de feu est autrement plus répréhensible que d'égorger. 

    Aussi je pense pouvoir manger mon coq en toute tranquillité sans déclencher une salve de protestations et des milliers de protestataires apposant leur signature au bas d’une pétition réclamant justice pour mon coq marinant dans du vin.

    Peut-on parler ici de discrimination ? Pourquoi demander justice pour l’un et pas pour l’autre ?

    En mai dans le village de Vinzieux, un coq prénommé Marcel fut tué d’un coup de feu par un voisin exaspéré par ses chants. Et voilà que plus de 75000 personnes au 17/08/20  ont signé une pétition (cliquez ici pour voir cette pétition) lancée par le propriétaire du coq mort au chant d’honneur, dénonçant « un acte barbare » et réclamant « justice pour le coq Marcel ». Un habitant de la commune ardéchoise de 450 âmes a déclaré, ému, “Nous avons été profondément choqués par ce drame”. Signalons que le tueur de gallinacé insensible au côté patrimonial sonore du chant du coq a reconnu les faits et sera jugé début décembre par le tribunal de Privas.

    Ne disons plus que les autorités se désintéressent de la ruralité : « Le conflit autour du coq Maurice avait incité l’Assemblée nationale à voter en janvier une proposition de loi introduisant la notion de “patrimoine sensoriel” des campagnes dans le droit français. Elle doit prochainement être présentée aux sénateurs ».

    Le sensoriel de mon coq au vin est incontestable, mais est-il recommandé de manger son patrimoine ?


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  • Des brèves qui soulagent« Téhéran crie victoire, samedi 15 août, après le rejet à une écrasante majorité par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution américaine visant à prolonger l’embargo sur les armes en Iran…Seuls deux des quinze membres du Conseil ont voté pour la résolution. Deux autres, la Russie et la Chine, ont voté contre et les onze membres restants du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés européens des Etats-Unis. Si le texte avait obtenu neuf voix favorables, Pékin et Moscou – qui entendent pouvoir vendre des armes à Téhéran dans un avenir proche – auraient certainement mis leur veto en tant que membres permanents » (Le Monde). C’est ainsi que l’Iran pourra continuer à fournir en armes ses filiales au Moyen Orient, au Liban, au Yémen, en Syrie…

    Des brèves qui soulagent« Grâce à un arrêté préfectoral, la jauge passe de 5000 à 9000 spectateurs pour la Cinéscénie du parc vendéen Le Puy du Fou ce samedi 15 août. » Pas d’inquiétude : le virus craint les Chouans. Mais une telle décision est-elle le fait du prince ou celui-ci craint-il la famille de Villiers ?

     

    Des brèves qui soulagent

    A Lourdes, le Seigneur reconnaitra les siens

    Des brèves qui soulagent« Lors de la cérémonie nationale d'hommage aux six humanitaires tués dimanche, le Premier ministre à appeler les associations à ne pas quitter le Niger ». Les ONG meurent mais ne se rendent pas. C'est désarmant. Le journal nous engage par ailleurs à revivre la cérémonie en hommage aux six morts.

    On dit beaucoup de bien de Jean Castex, c'est sûrement vrai, mais je n'arrive pas à le prendre au sérieux. Peut-être est-ce sa façon de parler, de dire des évidences d'un ton définitif. Il me fait un peu penser à Bourvil vantant "l'eau ferrugineuse", sketch dont les plus âgés se souviendront.


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  • Vacances romaines

    Non, je ne suis pas à Rome mais à Noirmoutier. Néanmoins un texte de François-Guillaume Lorrain paru dans Le Point, se référant à l’ouvrage de Alberto Angela « Une journée dans la Rome antique », m’a permis de faire un saut très bref dans la Rome antique, un séjour dépaysant par les temps qui courent car les Romains ne connaissaient ni les microbes, ni les virus et leur ignorance leur permettait de ne pas les craindre comme le montrent ces quelques extraits dans le désordre :

     « En l’an 115, sous Trajan, Rome, cinq fois plus petite que Paris en surface, compte près de 1 million d’habitants. D’où ces plaies qui nous sont familières : encombrements géants, terribles nuisances sonores, prix exorbitant des loyers, crise du logement. Il y a cependant plus de lupanars (46) que de bibliothèques (28). Dix fois plus de bains publics (1 000) que de temples (100). Malgré cet engorgement, les espaces verts occupent un cinquième de la surface, quelques places sont des îlots de calme. Mais l’impression qui domine est la cohue peuplée de gens de toutes les origines, les esclaves, clé de voûte du système, provenant de nombreux pays. Les élèves ajoutent leurs décibels en suivant à l’extérieur les leçons de leur professeur (grammaticus), assis sous un portique, lisant à voix haute.

    Le plus surprenant est l’omniprésence des « gratte-ciel » : les insulae. Des immeubles de cinq à sept étages. Il y en avait près de 50 000, contre seulement 1 800 domus, maisons particulières. Gardés par un ostiarius, un concierge muni d’un bâton dissuasif en bois d’olivier, composés d’appartements de trois pièces fermées, ils abritaient l’essentiel de la population, qui y mangeait assise autour d’une table, et non alanguie sur des lits, comme le Satiricon le laisserait penser. Espace cuisine et toilettes coexistaient, les Romains ignorant l’existence des microbes. Autre réalité aussi envahissante que nos terrasses actuelles : les tabernae, boutiques qui colonisent les trottoirs. Il y en a pour tous les métiers : chaudronnier qui tape comme un sourd avec son marteau, confiseur, miroitier, marchand de perles, de couronnes funéraires, fabricant de sandales. Chacune se distingue par son enseigne, mais la plupart affichent un phallus en bronze doté d’un grelot, des tintinnabula porte-bonheur, que les Romains accrochaient aussi autour de leur cou ou qu’ils effleuraient au fond d’une niche, afin de conjurer le mauvais sort.

    On commence vers 6 heures du matin pour le réveil du maître, on termine à la nuit tombée dans les alcôves, où le mâle romain, apprend-on, peut faire à peu près ce qu’il veut avec une relation, femme ou homme, pourvu qu’elle soit socialement inférieure. Ce qui n’empêche pas une certaine émancipation de la femme, qui, à cette époque, peut hériter, divorcer, vivre en concubinage.

    Que mangeaient les Romains ? Au petit déjeuner, pain, figues sèches et fromage. Au déjeuner, brochette, poisson grillé, olives, œufs durs, légumes et garum, condiment à base de poisson dont ils raffolaient. Le tout servi dans les popinae, tavernes où l’on mangeait sur le pouce, en demandant parfois des faveurs sexuelles à la serveuse, qui emmenait le client à l’étage ou dans l’arrière-boutique. La pudeur n’était pas le fort des Romains. Quand on a bien bu et bien mangé, il faut soulager sa vessie : à l’angle des rues, on disposait de grandes amphores ouvertes sur le côté. Elles étaient collectées par les employés des fullonicae, les blanchisseries, en quête de cette urine qu’on déversait sur le linge, qui était ensuite foulé. Pour la grosse commission, direction les milliers de latrines, finement décorées, lieu de rendez-vous amicaux, comme les thermes. Aucune séparation n’était prévue entre les sièges alignés en rang, chacun disposant pour la toilette intime d’un bâton muni d’une éponge qu’on jetait après usage. Terminons sur une note culturelle : les librairies. Elles étaient nombreuses, propriétés des affranchis. Rouleaux de papyrus, tablettes de bois, parchemins dépliants format livre de poche, produits dans l’arrière-boutique par des copistes… tous esclaves »

    Me voilà pleinement déconfiné, non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps.


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  • 3001ème

    Je me suis aperçu ce matin que le billet précédent est le 3000ème édité sur ce blog et il se trouve que ce dernier a pour titre « Mea culpa ». On ne saurait mieux dire.

    Le monde occidental est traversé par un vent de contrition soulevé par des rafales de demandes d‘excuses présentées par le tribunal de l’histoire, si bien qu’il finit même par s’agenouiller préventivement. Seules les victimes, ou supposées telles ou leurs descendants ont droit à la parole du fait de leur statut de victime, un statut souvent acquis par procuration séculaire plutôt que vécu. Un statut recherché plutôt que celui de vainqueur, mais il est vrai que le fait de culpabiliser ou d'insulter l’ancien vainqueur ou ses descendants est une forme de victoire. On a la victoire que l’on peut.

    Donc, en commettant 3000 billets, il est certain que j’ai heurté, traumatisé, agressé émotionnellement des visiteurs égarés sur ce blog. Aussi je tiens, ici, à leur présenter mes excuses en mon nom et en celui de mes descendants pour ne pas avoir d'histoire.


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  •  

    Mosquée au Bangladesh (photo Rehman Asad /AFP/ 25.05.20). Fin du Ramadan.


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  • Foule à Bordeaux. Pas de distanciation physique possible, mais tout le monde porte un masque. A noter, au premier plan, une dame fait ce qu'il ne faut pas faire. Dans cette foule une personne sur vingt environ a été contaminée (sans doute moins à Bordeaux), et bien sûr le nombre de personnes encore contaminantes est encore plus faible. Choper le truc, ce n'est pas de chance, mais plus il y a de monde moins vous aurez de chance d'y échapper. La plupart guériront de ce truc et beaucoup ne l'auront même pas vu passer.

    NB. Ceci pour participer à l'information monomaniaque en continu. Sans doute le regret de ne pas avoir été invité sur un plateau pour rejoindre la cohorte de mes confrères en mal d'image et au discours répétitif. 


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  • La charité médiatique

    Après l’apparition d’une nouvelle tribune dans les médias signée par des personnalités (dont l’actrice Binoche qui n’en manque pas une), j’avais envie de faire un billet à propos de ce genre d’action pleine de bons sentiments où se presse un petit monde de privilégiés, et qui ressemble fort à un acte de charité envers ceux qui le sont moins. Mais je suis tombé sur un article de Jean-Marc Proust paru dans Slate et qui dit les choses beaucoup mieux que je ne saurais le dire et avec plus de verve que je ne saurais le faire. Aussi je me suis permis (sans l’accord de l’auteur) de le retranscrire ci-dessous :

    La charité médiatique

    « On n'en a pas un peu assez des tribunes bonne conscience du show-biz ?

    Jean-Marc Proust — 7 mai 2020 à 14h35

    Comme si les morts du Covid-19, le confinement et la crise ne suffisaient pas à notre malheur, un autre châtiment nous est infligé : une tribune dans laquelle des stars nous font la leçon.

    Encore.

    Encore une putain de tribune dégoulinante de bons sentiments nous indiquant la voie à suivre, signée par les pires profiteurs et profiteuses du système que ces gens prétendent dénoncer.

    Régulièrement, stars du cinéma, du théâtre ou du show-biz, créateurs et autres millionnaires croient bon de dispenser au vil peuple leur haute conscience économico-politico-écologico-késaco-sociale pour s'indigner d'injustices – dont ils ne souffrent jamais – ou tracer d'un doigt inspiré les lignes d'un monde meilleur – à condition que le leur ne change pas.

    Nous avons là, parmi les signataires, quelques scientifiques égaré·es. Les pauvres! Espérons qu'on ne les y reprendra plus.

    J'ignore qui rédige ces lignes insipides avant de les soumettre à ses collègues des hautes sphères mais, récurrentes et mièvres, elles ne m'inspirent plus que du dégoût.

    Car cette tribune, comme les précédentes, est une farce perfide, une mascarade minable, une tartufferie dégueulasse.

    Les signataires cachetonnent aux deniers publics depuis des lustres, vivant de la billetterie autant que de subventions. Ces personnes paient, je l'espère, beaucoup d'impôts, peut-être en France.

    Les signataires dénoncent des «inégalités sociales toujours croissantes», et il leur semble «inenvisageable de “revenir à la normale”».

    Ces signataires voyagent en classe business aux quatre coins du monde, fréquentent des hôtels 5 étoiles où on leur offre rarement la plus petite chambre, ont sans doute plusieurs appartements, maisons, voitures et autres accessoires d'un luxe inutile, croulent sous le pognon. Mais quand même, entre deux rasades de champagne, ces inégalités sociales toujours croissantes leur restent en travers de la gorge.

    Tartuffes!

    Parfois, on fait un don à une ONG. Et surtout, on signe des tribunes. C'est important les tribunes, ça éduque le peuple.

    La vie de ces personnalités est une atteinte permanente à l'environnement et à la planète qu'elles entendent protéger. Yann Arthus-Bertrand a sans doute passé plus de temps en hélicoptère dans sa vie que n'importe qui n'en passera dans le métro. Peu importe : il a signé.

    Le collectif de « 200 artistes et scientifiques » se fait une haute idée de l'écologie : « Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d'un grand nombre d'humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture », écrit-il.

    L'écologie façon show-biz, c'est simple : on voyage en first mais attention, chez soi, au marché Raspail par exemple, on achète des produits bio et puis on demande aux domestiques de trier le verre. Parfois, on fait un don à une ONG. Et surtout, on signe des tribunes. C'est important les tribunes, ça éduque le peuple.

    Mais de là à voyager dans la bétaillère d'un avion, il y a un pas que leurs escarpins Louboutin (oui, Christian Louboutin a signé) ne sauraient franchir. Il est plus simple de donner la leçon aux usagèr·es de la ligne 13 que de s'y aventurer soi-même.

    Au fait, ces signataires cachetonnent aussi à la publicité, non ? Robert De Niro, sans doute devenu un vieillard nécessiteux puisqu'il doit arrondir ses fins de mois en faisant la promo du nouveau modèle Kia (désolé, c'est tombé sur toi, Bob, mais les autres ont le cul aussi merdeux que le tien), a lu et signé ce qui précède.

    Je pouffe.

    Finalement, il faut du talent, bien du talent, pour parvenir à ce niveau de foutage de gueule stratosphérique. Chapeau les artistes !

    N'excluons pas qu'à l'occasion d'un festival ou d'une autre cérémonie aux paillettes dispendieuses, l'une de ces stars ait bouffé du pangolin.

    « La transformation radicale qui s'impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n'aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. À quand les actes ? C'est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence »poursuit la fameuse tribune.

    Mesdames et Messieurs qui nous invitez à la dignité et à la cohérence, je ne souhaite pas cette transformation radicale que vous appelez de vos vœux, parce qu'elle vous foutrait à terre. Vous seriez les premièr·es perdant·es de cette transformation radicale.

    Je ne suis pas certain que vous envisagiez, par exemple, de ne plus prendre l'avion qu'une fois tous les deux ans ou de voir vos cachets amputés de 99% pour vous approcher du niveau du SMIC.

    Qu'on rende à la biodiversité l'espace bouffé par le béton de vos diverses résidences secondaires. Le cumul de vos 200 bilans carbone ne doit pas être loin de celui d'une usine Peugeot.

    Aujourd'hui, vous vous bâfrez du système et j'en suis heureux pour vous. Je vous souhaite de tout cœur qu'il en soit de même demain. Continuez à vivre de vos talents et à réjouir votre public.

    Mais restez à votre place. Cette tribune n'est ni digne de votre talent, ni cohérente avec votre mode de vie. Oubliez-la. Réfutez-la. N'en signez plus. Jamais.

    Car s'il y avait une première chose à espérer du monde d'après, ce serait la disparition de ces tribunes myopes, vaines, égocentriques, vulgaires et méprisantes ».

    Illustration : Bernard Buffet


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  • "...Il y a, mine de rien, une tentation qui se profile chez quelques-uns de nos commentateurs et tribuns : oublier la souffrance des gens, se jucher sur les épaules des morts et des réanimés pour pousser leur chansonnette et prouver que l’on avait raison de fustiger les méfaits du libéralisme et du progrès – ah ! cette jubilation bonasse (mais, en réalité, cynique car se jouant sur le dos des victimes) pour saluer la « revanche » du réel sur l’« arrogance » des hommes et leurs « péchés » divers et variés ! 

    Et puis il y a, enfin, une niaiserie : l’idée que le virus serait intelligent ; qu’il aurait un message à délivrer ; et que ce virus-là en particulier, ce coronavirus, autrement dit ce virus couronné, ce roi des virus, serait investi, telle une ruse de l’Histoire hégélienne, d’un peu de l’Esprit du monde – comme si un virus pensait ! comme si un virus savait ! comme si un virus vivait ! s’il y a une chose, une seule, à savoir sur les virus c’est, disait mon maître, Georges Canguilhem, patron de l’école française d’épistémologie, qu’à la différence de la bactérie qui reste un être vivant, le virus n’est ni vivant ni mort et n’est, le plus souvent, que la radicalisation et la métaphore de l’être-pour-la-mort… 

    De cette pensée magique, de ce providentialisme noir et à la petite semaine, de ce catéchisme virologique, nul n’est tout à fait indemne. 

    Mais il y a deux familles intellectuelles et politiques où les dégâts sont considérables. 

    À gauche : ceux des écologistes, souverainistes et autres antimondialistes qui, donc, « l’avaient bien dit » ; ces J’vouslavaisbiendit trop heureux de nous rappeler qu’il fallait « sortir des traités » (Mélenchon) ! « produire français » et ne manger que des fruits de saison (Montebourg) ! se méfier des « marchés internationaux » (Philippe Martinez et les dix-huit autres signataires de l’appel « Plus jamais ça ») ! bref, ces médecins imaginaires (non plus « Le poumon, vous dis-je », mais « Le virus, vous dis-je ! ») qui ne veulent pas manquer le « rendez-vous » avec la pandémie, qui sont obsédés par le risque (cela s’est écrit !) de « rater la catastrophe » et qui nous saoulent avec leur fameux « jour d’après », cette version évangélique du Grand Soir d’autrefois, où rien ne devrait plus être « comme avant » – l’« avertissement de la nature » de l’un ! l’« ultimatum » de l’autre ! et, chez tous, cette servilité à l’égard du virus qui fait de la profession médicale, qui n’en demandait pas tant, une caste sacerdotale consacrée au nouveau rituel !

    À droite : telle église pentecôtiste américaine qui voit le Covid-19 comme un jugement de Dieu, un reckoning, punissant ceux des États qui ont légalisé l’avortement et le mariage pour tous ; tel évêque français, Mgr Aillet, à Bayonne, expliquant, dans une église vide, que « Dieu utilise les peines qui nous frappent » pour que nous en tirions des « leçons de conversion et de purification » ; telle ancienne ministre, Mme Boutin, tweetant que « nous savions tous que quelque chose allait se passer » et qui jubile, elle aussi, de voir la planète, gentille maman, nous faire enfin panpan cucul ; tel prêcheur islamiste, Hani Ramadan, frère de son Frère, pour qui le coronavirus est le fruit de nos « turpitudes » et apparaît comme un rappel à l’ordre de la morale et de la charia ; sans parler des dirigeants qui, comme Viktor Orban en Hongrie, bondissent sur l’occasion et interprètent, eux aussi, le marc de café nanométrique de la moderne idole coronale pour nous sortir, comme on sort du bois, les éléments de langage de leur reprise en main illibérale…" 

    C'est un extrait de la chronique de Bernard-Henri Lévy parue dans Le Point d'aujourd'hui et avec lequel je suis d'accord. Il dit mieux les choses que je ne les aurais dites. Non pas que les déclarations des opportunistes soient forcément fausses, mais attribuer la preuve de leur éventuelle justesse au covid-19 et profiter de l'épidémie pour se grandir et même se réjouir me semble indécent. Les idéologues ne recherchent aucune preuve de la véracité de leur idéologie dans les milliers de morts provoqués chaque année par la grippe, mais une épidémie virale inhabituelle en devient une. Or depuis quelques années les épidémies virales venant d'Asie se succèdent. Si les précédentes ont peu touché l'Europe, les prochaines risquent fort de le faire régulièrement comme elle fut touchée jadis par la peste qui fut toujours interprétée par nos ancêtres comme un signal, le plus souvent divin. On y ajoute aujourd'hui le bien fondé de ses opinions aussi profanes et décalées soient-elles.


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