• C’est la faute à Descartes

     

    C’est la faute à Descartes

    Les étrangers disent des Français qu’ils sont cartésiens et ces derniers l’admettent, non sans fierté. Les éloges n’ont pas cessé de couvrir la  « méthode » de raisonnement du philosophe, elle est même considérée comme une source du progrès scientifique. Méthode basée sur des principes qui se veulent indiscutables (dont le fameux cogito) admis comme vrais s’ils sont évidents et clairs. La garantie de cette véracité étant la perfection de Dieu dont tout découle et il est exclu que dans sa bonté le divin créateur puisse induire le penseur en erreur. Le doute qui fait partie des principes cartésiens ne s’appliquant évidemment pas à l’existence de Dieu qui, étant parfait, a nécessairement l’attribut de l’existence (belle tautologie).

    A partir de ces évidences claires révélées  « intuitivement » et garanties par Dieu, on peut expliquer la totalité du monde par le raisonnement déductif. Descartes n’admet le résultat des expériences que si elles viennent conforter son système et ignorent celles qui ne lui conviennent pas. Il est ainsi à contre-courant de son époque en matière scientifique où l’on partait, depuis des années, des expériences réalisées ou observées pour appréhender la réalité (comme le fit Galilée, Pascal et bien d’autres).

    Il faut se rendre à cette l’évidence claire : en appliquant sa fameuse méthode, Descartes n’a pas cessé de faire des erreurs et d’échafauder des théories fantaisistes purement métaphysiques et sans aucun fondement ou démonstration autre qu’intellectuelle.

    C’est ainsi qu’il créa les animaux-machines pour bien montrer que l’homme n’était pas un animal, que la jonction de l’âme et du corps se situait au niveau de la glande pinéale (épiphyse) parce qu’unique et au milieu du cerveau, que la lumière se déplaçait de façon instantanée (sa vitesse fut mesurée peu de temps après, c’est une erreur tout à fait admissible, mais il ne serait pas venu à l’idée de Descartes de tenter de la mesurer), que sa théorie du mouvement des corps célestes ne résista pas à celle de la gravitation de Newton, et plus grave, il trouva que la circulation sanguine, parfaitement décrite par Harvey, était erronée car cette description ne cadrait pas avec sa logique « hors sol », ce qui le conduisit à en faire une autre remplie d'erreurs (et j’en oublie).

    Que diriez-vous d’une méthode qui n’aboutirait le plus souvent qu’à des erreurs ?  Pensez-vous que le raisonnement et la construction intellectuelle sont les sources de toute vérité en négligeant l’expérience et la réalité des faits ou en ne les considérant seulement que comme complémentaires ? Êtes-vous toujours fier d’être cartésien ?

    Une analyse des conceptions cartésiennes fut remarquablement faite par Jean-François Revel en 1976 dans son "Descartes inutile et incertain".

    Louis-Michel Dumesnil : Descartes fait une démonstration de géomètrie devant la Reine Christine de Suède

    « Les défavorisésLa solitude du lampiste »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 8 Août 2013 à 10:43

    Bonjour Paul

    Est-ce être cartésienne que  de ne pas ceder d'un iota sur les choses dont on est absolument sur , ? Dans ce cas je le serais mais à faible pourcentage Dieu merci, car l'être autant que Descartes, est fermer la morte à la connaissance, au doute, à l'evolution des choses et de soi-même.

    Et puis, c'est tellement réconfortant de se dire, que l'on a toujours à apprendre, à découvrir, à céder à la curiosité enrichissante ou non, car même dans ce cas celle-ci permet des comparaisons !

    Penser tout savoir et s'obstiner dans cette sottise, est je crois de la paresse et pousse, étant blasé à vieillir plus vite !

    (Les contradicteurs systhématiques étant toujours plus ridés que la normal !!)

    Bonne journée Paul

    2
    Jeudi 8 Août 2013 à 11:04

    Les philosophes des siècles passés étaient rares, très rares à fonder leurs pensée sur l'athéisme et même à exclure Dieu de leur réflexion. Leur logique était inséparable d'une dose de métaphysique. Etroitesse d'esprit ou gage donné à des pouvoirs de droit divin?

    Descartes qu'on présente comme un "cartésien" n'était qu'un homme de son temps.

    3
    Jeudi 8 Août 2013 à 11:42

    Pangloss a raison Doc, il faut replacer Descartes dans le contexte de l'époque. Etre "cartésien" n'est certainement pas un avantage pour l'humanité actuelle. Sous le soleil, bonne journée.

    4
    Jeudi 8 Août 2013 à 12:17

    je ne saurais être aussi catégorique que notre ami Pangloss, à mon avis les cartésiens du temps de Descartes s'apparentent plutôt aux bornés, (même intelligents d'aujourd'hui), d'ailleurs on ne mets plus Dieu à toutes les sauces et surtout pas pour donner du poids à ces idées !

     

    (C'est porte et non morte, n'est-ce pas Paul, mais vous aurez rectifié de vous même) !

    Nettoue

    5
    fanfanchatblanc Profil de fanfanchatblanc
    Jeudi 8 Août 2013 à 12:21

    Je pense que les philosophes à cette époque ne pouvait pas ouvertement résister à l'idée de Dieu c'était très dangereux.. 

    Je partage votre point de vue concernant une construction intellectuelle qui négligerait l'expérience.. et surtout la réalité des faits.. 

    Bonne journée Dr WO

    6
    Dr WO Profil de Dr WO
    Jeudi 8 Août 2013 à 13:50

    Bien sûr à cette époque Dieu n'était pas discutable, ni même les dogmes de la religion. D'ailleurs Descartes a été condamné par l'Eglise à propos (je crois) de la substantialité. Mais à cette même époque, Bacon traçait la voie de la science, Pascal (dont on ne peut douter de la religiosité) séparait science et religion et faisait des expériences toujours valables de nos jours et ne parlons pas de Galilée. Descartes, lui, construisait une pièce montée métaphysique basée sur la perfection de Dieu, et hermétique à tout autre chose, fier de sa méthode (dont tous les principes existaient déjà chez les Grecs) qui lui paraissait inattaquable et qu'il affirmait nouvelle par rapport à tous ses prédécesseurs. Mais si les prémices sont faux, ce qui sort est faux même si le raisonnement est juste (très "cartésien" cette phrase )

    7
    Dimanche 11 Août 2013 à 02:04

     

    Bonsoir Dr WO

    Helas, helas, meme son fameux cogito est mis a mal. En voci mon analyse : Il n’y a pas de dualisme entre le soma et la psyché ; car la psyché n’est pas de taille à rivaliser : le soma l’emporte toujours. Cela se révèle par le fait que le corps est à jamais soumis à l’espace et au temps ; tandis que l’esprit, lui, est à jamais soumis au corps. Cette liaison différée existant entre le corps et l'esprit en relation avec l’espace-temps de l’Univers explique véritablement les spécificités de l’un et de l’autre. L’un, est ; pendant que l’autre, pense être.

     

    Bien a vous...

     

    P.-S. : En etant en Pologne, je n'ai aucune maitrise de l'exposition de mon commentaire...

    8
    Dr WO Profil de Dr WO
    Dimanche 11 Août 2013 à 10:25

    La séparation du corps et de l'esprit (l'âme) était de son temps et continue à l'être pour la plupart des religions. Mais on est avant de penser.

    9
    Dimanche 11 Août 2013 à 16:59

    Pas fière d'être de la patrie (pas de la partie) des cartésiens, surtout après avoir lu cet article. De mon côté, je pressens que l'esprit et le corps ne font qu'un.

    10
    Dr WO Profil de Dr WO
    Dimanche 11 Août 2013 à 17:09

    Pour les athées : l'esprit ne va pas sans le corps, mais le corps peut aller sans l'esprit.

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