• Ségolène Royal dont on ne savait que faire a été envoyée aux pôles - comme le fut Rocard - ce qui lui a permis de se faire photographier dans un équipage adéquat, et de diffuser son image pour bien montrer qu’elle prend son rôle au sérieux malgré le froid intense qu’elle affronte dans son nouveau fief. S’estimant la référence en matière d’écologie, elle intervient de façon plutôt « encombrante » aux dires de ses interlocuteurs non consentants. Mme Royal a répliqué vertement à ceux qui la considéraient comme « encombrante » que cette accusation était sexiste.

    Le sexisme s’est rapidement inscrit, propulsé par les affaires récentes, dans la panoplie des « ismes » : racisme, fascisme, nazisme, panoplie complémentaire à celle des phobies. On a donc un double panel pour couvrir de honte l’interlocuteur avec lequel on est en désaccord sans avoir besoin de recourir à une argumentation raisonnée.

    A noter que « communisme » ne fait pas partie de ces panoplies nauséabondes malgré les millions de morts et les souffrances dont il fut responsable au XXe siècle, alors qu’il continue à sévir sous nos yeux sous une forme ou sous une autre. Cet « isme » marxiste, bien que totalitaire et sanglant, conserve une virginité étonnante. Le communisme n’a jamais vraiment été considéré sous nos climats comme un insulte car c’est une croyance qui, comme les religions, est hors de la raison et mérite donc le respect.

    L’usage du « isme » peut se faire de deux façons : soit en défense, soit en attaque.

    L’accusation de sexisme par Mme Royal est de l’ordre de la défense : à ses yeux, elle n’est jugée encombrante que parce qu’elle est femme, sous-entendu que des interventions auprès de Mr Hulot de la part d’un homme auraient été jugées judicieuses. Affirmation pour le moins ridicule et je le dis sans le moindre sexisme.

    Le portrait de la communicante noire (certains utiliseraient le terme ridicule de « racisé », plus « colonial » que diversité, mais que l’on pourrait justement considérer comme raciste) de Macron publié dans le Canard enchaîné fut jugé raciste dans un article rédigé par un autre Afro-Français alors que ce portrait n’avait que la causticité habituelle des portraits, que le sujet soit noir ou blanc, rédigés par cette journaliste.

    Il arrive que la défense d’un Afro-Français dans une discussion consiste à traiter l’autre de raciste après un échange un peu vif. Il arrive même qu’un Afro-Français dans son tort traite l’autre de raciste sans aucune raison pour sortir vainqueur de l’altercation. Ce fut l’aventure survenue à un médecin accusé à tort de propos racistes par un patient mécontent (celui-ci fut par la suite débouté en justice).

    Le sexisme ou le racisme comme arguments défensifs risque d’exiger de la part de l’homme blanc des précautions oratoires, et cette réserve prudente pour ne pas se faire taxer de racisme (ou de sexisme) constitue en elle-même un racisme (ou un sexisme) à l’envers : ne pas trop critiquer, même ce qui est objectivement critiquable, c’est ne pas considérer l’autre sur un pied d’égalité puisque l’on s’efforce de le ménager. Lorsque Macron osa parler du contrôle souhaitable de la natalité en Afrique il fut accusé dans l’hexagone de s’attaquer au ventre des femmes noires alors que la surnatalité sur ce continent est un problème réel et admis par les Africains eux-mêmes.

    Les « ismes » d’attaque sont essentiellement le fascisme et le nazisme. C’est à tort et à travers que le terme de « fasciste » est utilisé par des gens qui ne semblent pas bien connaître sa signification et qu’ils dégainent avec une grande facilité pour déconsidérer des personnes qui ne le sont manifestement pas lorsqu’il s’agit simplement de conservateurs de la culture du pays et de sa langue.

    Le terme de « nazi » est vicieusement réservé aux Israéliens, descendants des survivants des camps d’extermination nazis. Quelles que soient les critiques que l’on peut faire à la politique à courte vue du gouvernement israélien et à ses agissements, les Israéliens ne se conduisent évidemment pas comme des nazis. L’adolescente palestinienne, dont on parle ces jours-ci, qui a insulté et frappé un soldat israélien en public et devant les caméras n’eut pas vécu bien longtemps avec un soldat nazi. Le soldat israélien, lui, s’est efforcé de ne pas réagir devant les provocations de cette jeune fille, fière de son exploit pour lequel elle ne prenait qu’un risque limité, et par lequel elle s’est assurée une célébrité mondiale et la gloire dans son camp.


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  • Un article paru dans Le Point du 11 janvier traite du narcissisme à propos de l’ouvrage d’un philosophe, fondateur de l’Ecole occidentale de méditation, rien de moins, intitulé : « Sauvez votre peau ! Devenez narcissique » et le journaliste embraye sur « l’amour de soi s’est quelque peu démocratisé : 2 milliards d’humains se contemplent dans le miroir de Facebook en guettant les likes, 300 millions gazouillent leurs humeurs sur Twitter, chaque seconde, plus de 1000 selfies sont pris à travers le monde »

    Pour ce qui concerne la multitude des tweets, on ne peut pas parler d’amour de soi mais de l’expression brève d’une opinion avec l’avantage que peut apporter l’anonymat permettant insulte et haine : c’est plus souvent la haine de l’autre que l’amour de soi qui s’exprime par ce réseau.

    Par contre pour ce qui concerne Facebook ou tous les réseaux où l’on peut exposer sa bobine et/ou son corps, il s’agit d’une exhibition de soi. Bien entendu, cette exhibition peut avoir un intérêt professionnel, c’est ainsi que des personnes gagnent leur vie avec leur image. Pour les autres, ce n’est pas du narcissisme mais de l’exhibitionnisme, c’est à dire l’inverse du narcissisme.

    Narcisse était, dans la légende, amoureux de lui et que de lui, en étant totalement indifférent à l’amour des autres. A l’inverse, s’exposer sur internet c’est rechercher l’amour des autres en comptant fébrilement les « suiveurs » et les « likes ». On espère l’admiration des autres, on existe que par les autres, et justement, peut-être, parce que l’on ne s’aime pas. De même une fréquence trop élevée des selfies peut signifier l’inquiétude sur son propre corps, ce qui n’est pas le cas de Narcisse.

     

    Narcissisme et exhibitionnisme

    Le Caravage "Narcisse"

     

    Existe !...Sois enfin toi-même, dit l’Aurore,

    O grande âme, il est temps que tu formes un corps !

    ................................................................................................................................

    Mais moi, Narcisse aimé, je ne suis curieux

    Que de ma seule essence ;

    Tout autre n’a pour moi qu’un cœur mystérieux,

    Tout autre n’est qu’absence.

    ................................................................................................................................
    Toi seul, ô mon corps, mon cher corps,

    Je t'aime, unique objet qui me défend des morts ! 


    PAUL VALERY (Poésies)


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  • Le mot de 20017Il me semble que le nom commun le plus communément utilisé en 2017 est : harcèlement.

    L’individu sous nos climats semble avoir perdu toute sérénité, toute joie de vivre, il se sent harcelé, moralement et parfois physiquement, chez lui par ses voisins, dans la rue, dans les transports en commun, au travail par les réflexions désagréables du chef, ou son regard concupiscent ou sa main baladeuse, à l’école où l’élève est harcelé par le professeur qui lui demande de travailler et le professeur harcelé par l’élève qui le traite de bouffon.

    Un harcèlement réciproque et universel où l’on veut vous humilier, vous discriminer, vous obliger à travailler, à étudier, on ne vous écoute pas assez même quand vous n’avez rien à dire et on ne vous informe jamais assez mais quand on vous informe, vous êtes harcelé par la publicité.

    Chaque individu se sentant harcelé par autrui se tourne vers l’Etat pour lui demander protection et punir ses petits camarades qui le harcèlent.

    Mais si nous sommes tous harcelés, il y en a qui le sont plus que d’autres. Et le monde au sud frappe à nos portes pour venir se faire harceler à notre manière.


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  • A propos de la publication envisagée par Gallimard des pamphlets antisémites de Céline suant de haine, de violence et d’imbécillité, le premier ministre a déclaré dans un entretien au Journal du Dimanche :  "Je n'ai pas peur de la publication de ces pamphlets, mais il faudra soigneusement l'accompagner".

    Passons sur l’illusion de l’efficacité de « l’accompagnement » qui ne fera ni chaud ni froid à ceux qui ne rêvent que de bouffer du juif et qui trouveront là un hors-d’œuvre à leur goût, mais saluons le courage d’Edouard Philippe qui en tant que non-juif[1] n’a pas peur que soit alimentée la haine antijuive, rebaptisée antisionisme, qui fleurit notamment dans les quartiers dits défavorisés au point - entre autres - de rouer de coups des adolescents, d’assassiner des enfants, de jeter une brave femme par la fenêtre, de torturer un jeune homme pour lui extorquer de l’argent qu’il n’a pas, de terroriser un couple âgé pour les mêmes raisons avec la logique élémentaire suivante : juif = argent. On peut certes penser que des raisonnements aussi primaires sont à la hauteur de la cervelle défavorisée de ceux qui raisonnent ainsi. Pas du tout. Céline était un salaud avec une plume logorrhéique que l’on peut aimer ou pas, mais n’était pas débile, et que dire de Marx (d’origine juive de surcroît) qui dans la « Question juive » considérait que quasiment tous les juifs étaient banquiers à l’époque où dans l’est de l’Europe la plupart étaient dans la misère.

    Le courage de Mr Edouard Philippe

    Marc Chagall : « Vitebsk »

    L’antisémitisme n’est pas de l’ordre de l’intelligence, mais de la psychiatrie. L’antisémite ne demande qu’à alimenter son fantasme et son amour du complot. « Les Protocoles des sages de Sion », publiés aujourd'hui en démontrant au préalable, ce que tout le monde sait, qu’il s’agit d’un faux qui avait été jadis fabriqué par les services russes, seraient néanmoins perçus comme un projet authentique par ceux qui sont a priori persuadés de sa réalité.

    Il est tout de même étonnant que l’on tente de nos jours, et jusqu’au ridicule, de modifier l’histoire et les œuvres d’art pour ne pas heurter la sensibilité des uns ou des autres, mais que l’on trouve tout à fait admissible de diffuser dans toutes les bonnes librairies des œuvres qui appellent au meurtre d’une minorité sous un label littéraire fallacieux.

    Enfin, il est heureux que Mr Edouard Philippe n’ait pas peur, mais comme tous les inconscients. Son courage lui permet d'affronter les agressions anti-juives qui se multiplient depuis des années dans l'hexagone.

     

    [1] Du moins je le suppose, car tout le monde a probablement un ascendant juif dans sa famille : il a été évalué que les juifs représentaient environ 10% de la population de l’empire romain. A cela il faut ajouter les mariages mixtes, , et bien sûr les conversions au christianisme depuis 2000 ans, soit par conviction (Cardinal Lustiger), soit par obligation (probablement Montaigne du côté maternel), soit par intérêt (père de Karl Marx converti au protestantisme et dont la famille comptait nombre de rabbins).


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  • Phobophobie 

    Notons que cette image est sexiste.

    Je n’ai ni peur ni aversion en voyant des gros ou des grosses, et j’ai même écrit un article pour leur défense : « Plaidoyer pour les gros », mais je commence à avoir une véritable phobie vis à vis de la phobie.

    Je me sens également victime d'une phobie à être sans cesse soupçonné ou même accusé d’être phobique à l’égard de mes semblables pour peu qu’ils aient une particularité quelconque. Ce qui veut dire, si l’on respecte la signification des mots, que l’on me traite de névrosé lorsque quelque chose ne me plait pas alors que les censeurs estiment qu'elle n'a aucune raison de me déplaire. J’ai tout de même le droit d’avoir un jugement sur autrui et pas forcément le même que celui des penseurs corrects. Le jugement personnel n’est pas un acte qui porte préjudice à l’autre. Dans ma pratique j’ai bien été obligé de dire à des gros qu’ils étaient trop gros, et le risque que pouvait représenter cette obésité, je passais alors du jugement à l’acte mais dans l’intérêt de mon patient.

    Cette inflation de la phobie finit par devenir paralysante, et le signe d’une infantilisation des personnes que l’on considère comme incapables de se défendre elles-mêmes.

    Notre société occidentale devient un ensemble d’individus fragiles, susceptibles, irritables et surveillés. Une société précautionneuse, pusillanime, apeurée, châtrée (au sens imagé) pour ses défenses, et châtiée (aux deux sens du terme) pour son langage où l’humour deviendra de plus en plus constipé jusqu’à l’occlusion.


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  • Ce matin, Raffarin, interrogé sur France Inter, a déclaré que ce qui le séparait notamment de Wauquiez, qui vient d'être élu à la tête des Républicains, est la tendance identitaire de ce dernier. Dans une tendance identitaire on peut mettre beaucoup de choses, mais il apparait que le terme "identité" devient de plus en plus un gros mot clivant.

    Or comme je l'avais déjà rapporté en 2015 l'identité semble avoir un substratum neurologique. Des études ont montré qu'il existerait une zone particulière du cortex préfrontal* impliquée dans l'identification des menaces et l'élaboration des réponses à y apporter. Devant une menace comme l'évocation de la mort, l'isolement ou le sentiment de ne pas comprendre la situation, cette région du cerveau s'activerait et serait associée à une réaction de repli identitaire sur son groupe social, ethnique ou religieux ou bien à un désir de punir ceux qui violent la norme.

    Que devant une menace, et chaque jour le montre, les individus cherchent refuge dans le groupe dont ils font partie, qu'il soit social ou ethnique et/ou se raccroche à une idéologie notamment religieuse est une évidence. Qu'ils cherchent à défendre cette identité est compréhensible, même si cette défense peut devenir meurtrière, mais qu'un groupe de neurones situé dans le lobe préfrontal soit spécialisé dans cette conservation de l'identité en tant que défense lors des conflits est tout de même étonnant.

    D'où l'idée qu'ont eu des chercheurs de l'université de Los Angeles et de l'université d'York (Royaume-Uni), de désactiver temporairement cette zone à travers le crâne par des impulsions magnétiques pour voir si, en présence d'un contexte angoissant ou de ce que les sujets testés considèrent comme une menace étrangère, ceux qui étaient "neutralisés" auraient moins tendance aux replis religieux et identitaires et à moins d'hostilité envers la menace supposée.

    Effectivement, en neutralisant la « zone identitaire » et de gestion des menaces, ces chercheurs ont obtenu des résultats allant dans ce sens, mais le faible nombre de sujets testés (une quarantaine) et une méthodologie critiquable invitent à la prudence.

    Quelles que soient les critiques que l'on peut formuler à l'égard de cette étude, elle est tout de même troublante. Cette zone préfrontale est-elle le fruit de l'évolution, faisant partie des structures et des comportements liés à « l'instinct de conservation » ? ou s'est-elle spécialisée secondairement à nos comportements ? Et peut-on considérer la religion comme une défense ? Peut-être l'est-elle face à la mort (ce qui n'empêche pas les croyants d'avoir peur de la mort), mais l'histoire démontre que la religion est identitaire au point de se comporter davantage comme une idéologie agressive que comme une idéologie protectrice.

    Personne ne conteste que les gens puissent affirmer leur identité lorsqu'il s'agit d'un groupe social, ethnique ou religieux, là où les choses se gâtent c'est lorsqu'on se réfère au niveau national et c'est là que l'identité devient un gros mot. 

    Dans le cours de l'histoire le concept de nation a mis longtemps à s'imposer après l'appartenance à une cité, à une région, à un roi. Va-t-on assister à la dislocation des nations ? Petits ensembles ou Grands ensembles ? Ou les premiers dans les seconds ? Et pour compliquer les choses ajoutons-y les clivages religieux qui, eux, sont intra et transnationaux.

    * Lobe cérébral situé derrière le front, d'où mon titre qui ne fait aucunement référence au Front National.


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  • Les mélenchonistes, insoumis de pacotille dans une société démocratique, sont les dignes successeurs des communistes staliniens admirateurs de l’URSS qui furent pendant des décennies sourds et aveugles aux témoignages de ceux qui en réchappaient, et qui devenaient en racontant simplement ce qu’ils avaient vécu, les cibles de leurs insultes et les objets de leurs calomnies pour déconsidérer leur témoignage.

    Les extrémistes, enfermés dans une vérité inoxydable forgée hors du réel, n’apprennent jamais rien de l’histoire. Ils rejettent sans état d’âme la réalité rapportée par les témoins dont le discours est interprété par eux comme faisant partie d’un complot pour déconsidérer la vérité dont ils sont les détenteurs, vérité qui se doit d’être immuable et imperméable à toute discussion et à tout fait contraire.

    C’est ainsi que Laurence Debray, fille de Régis Debray (copain de Mélenchon) et de la Vénézuélienne Elisabeth Burgos, rapportant la situation actuelle que vit le peuple vénézuélien, et sa famille qui s’y trouve, devant JL Mélenchon à « L’émission politique » du 30/11/17 s’est fait traiter par celui-ci sur son blog de « marionnette grotesque », mais il n’a pas utilisé l’expression « vipère lubrique » très prisée des staliniens, il est vrai qu’il est plutôt de tendance trotskiste.

    Depuis, Laurence Debray subit un déferlement d’injures et de haine sur les réseaux des lâches anonymes, et même directement par voie téléphonique.

    Que le destin nous préserve des insoumis au bon sens et au faits. Il est vrai que l’insoumis Ruffin, toujours debout en représentation, mais qui ne représente abondamment que lui-même, affirme, avec sa modestie habituelle, qu’il ne se sent pas prêt à assumer le pouvoir. Ainsi soit-il.


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  • Attention ! Le Père Noël est une ordureIl va livrer à nos chères têtes blondes et brunes des jouets espions fabriqués en Chine. Ne vous fiez pas à l'allure innocente de cette poupée "Mon amie Cayla" (et à son copain le robot I-Que) à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession car, justement, elle n'est pas tenue au secret de la confession. Tout ce que vous lui direz dans une conversation intime pourra être aisément capté par un étranger, et celui-ci sera également capable de faire parler à distance cette poupée connectée et pourquoi pas demander des renseignements à l'enfant. La connexion peut s'établir aisément avec un portable à une vingtaine de mètres. Quant à la société basée à Hong Kong "Des vérifications /par la Cnil/ ont permis de relever que la société collecte une multitude d'informations personnelles sur les enfants et leur entourage : les voix, le contenu des conversations échangées avec les jouets (qui peut révéler des données identifiantes comme une adresse, un nom...) » (L'Express)

    On vit une époque formidable. Et on peut se demander si...

    LES ENFANTS RÊVENT-ILS ENCORE ?

    Devant des boîtes de conserve en fer Rêvent-ils d'une imprenable forteresse ? Les hautes tours découpées sur un ciel lunaire Où sont prisonniers un roi et une princesse Qu'ils délivreront des hordes guerrières

    Inventent-ils des monstres inconnus ? Pour se prouver qu'ils n'ont pas peur Les monstres seront bien sûr vaincus Par l'enfant intrépide devenu gladiateur

    Rêvent-ils devant un long bout de bois ? Que par magie ils transformeront en galère Lancée à la poursuite des méchants aux abois Qui seront capturés par les enfants corsaires

    Leurs rêves sont-ils déjà préfabriqués ? Par le prêt-à-rêver des adultes commerçants Par les boîtes électroniques d'images animées Devant les lutins tout faits virevoltant sur l'écran Devant des monstres de plastique déjà imaginés Par des aventures que d'autres ont inventées Les mêmes pour les enfants du monde entier

    Enfin pour les enfants de ceux qui peuvent payer Partout les boîtes de rêves industriels s'achètent Pour gaver des enfants capables de tout imaginer Eux qui ont des rêves pleins la tête Des rêves à eux qui restent coincés Par des machines sans vie Alors laissons-les rêver Ces petits

    En liberté


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  • IA

    IA

    J'ai lu récemment un roman de science-fiction (cela faisait une éternité que je n’en avais pas lu un) écrit par l’américain Walter Tevis, et intitulé « L’oiseau d’Amérique » sur le thème rabattu des robots. Dans ce livre paru en 1980 (4 ans avant la mort de l’auteur), les humains avaient confié dans le passé l’essentiel des activités aux robots, y compris celle d’organiser et de diriger. Ce transfert de pouvoir étant justifié par le désir de promouvoir la paix et de permettre à l’humain futur, libéré de toutes les tâches, de ne songer qu’à lui-même en réduisant au minimum les contacts avec ses congénères pour éviter toute friction, source de violence. Le résultat – vous vous en doutez -  ne fut guère fameux, marqué par la disparition progressive des enfants et des vagues de suicide collectif : le retour de la violence, mais sur soi-même.

    Ce roman est une illustration de ce que l'on peut craindre. Je trouve, comme d’autres, que l’intelligence artificielle dont on parle beaucoup, et avec enthousiasme, n’est pas un progrès séduisant mais une chose plutôt effrayante.

    Mon smartphone et mon ordinateur me demandent parfois avec une voix tentatrice ce que je veux et je leur rabats toujours le caquet (mon téléphone n’a plus de clapet). L’IA, après avoir envahi les transports, va sûrement permettre ceux de la libido : le robot baiseu-r-se (là, il faut faire dans l’inclusif) nanti-e de tous les atouts pour cette fonction est proche de l’accouchement.

    J’étais dans ma jeunesse un modeste joueur d’échecs et j’avoue avoir été dépité, il y a déjà pas mal d’années, lorsqu’une machine, même si elle avait été programmée par d’autres humains, triompha du champion du monde, démontrant ainsi qu’une bonne partie de l’intelligence n’est basée que sur la mémoire. Puisque le champion du monde d’échecs se faisait battre par un ordinateur, je n’avais plus de dépit à prendre une déculottée face à la machine, j’avais intégré ma défaite.

    Toutefois, je commence à me sentir personnellement visé en apprenant que le robot chinois Xiao Yi ("petit médecin") a aisément réussi l’épreuve écrite du concours national chinois d’entrée en médecine avec 456 points sur 600 (sans recourir à internet). Un candidat humain a heureusement sauvé l’honneur en obtenant 553 points (il a toute ma sympathie) alors que les ingénieurs de l'Université Tsinghua de Pékin, avait fait ingurgité à la machine pas moins d'un million d'images, 53 000 ouvrages, deux millions de dossiers ainsi que 400 000 documents et rapports médicaux.

    Les bras m’en tombent.

    Un défi que les humains ne pourront jamais relever. Pourquoi encombrer notre mémoire puisque la machine de ce point de vue est bien supérieure, nous ne faisons plus l'effort de retenir, et une amputation de la mémoire conduira peut-être à un déficit de la pensée, car celle-ci est aussi faite de rapprochements que l'ordinateur effectuent plus vite et mieux que nous. Il ne restera plus aux humains, qu’à intégrer leur défaite…Ou de briser les machines sophistiquées et présentes dans tous les domaines, concurrentes dangereuses car elles pourront peut-être un jour se fabriquer elles-mêmes.

    Ainsi dans ma vie j’ai lu des romans d’anticipation qui me paraissaient à l’époque totalement imaginaires pour voir finalement l’imaginaire se réaliser sous mes yeux.


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  • Un vent vertueux souffle sur le monde. Des documents révèlent que des gens très bien cherchent à éviter de payer des impôts en toute légalité, et leurs noms circulent sur les vecteurs de délation généralisée. Et les envieux s’indignent. Pourtant si l’on donnait le choix à ces envieux : préférez-vous payer des impôts ou ne pas en payer sans pour autant frauder, quel choix feraient-ils ?  

    Un vent vertueux souffle sur le monde. Il est venu des femmes qui, à juste titre, ne veulent plus être l’objet des assauts masculins non désirés jusqu’à en devenir criminels*. Un vent de délation souffle sur les réseaux sociaux : chaque jour des porcs sont balancés dans l’auge médiatique. Parfois ce ne sont que des porcelets qui avaient l'intolérable, l'irrespectueuse et grossière tendance, mais sans aller plus loin, à flatter les fesses des dames qui leur plaisaient (bien que Jane Birkin disait jadis – mais c’était avant – que ça lui remontait le moral). Une fois dans l’auge on en sort définitivement sali par la rumeur avant toute enquête, et les acteurs accusés se voient retirés des affiches, des films ou des séries, et les gens connus écartés comme des pestiférés avant tout jugement.

    La tristesse de la vertuUn vent vertueux pénètre dans les salles de garde des hôpitaux dont les murs sont parfois ornés de fresques très grivoises que des personnes scandalisées par leur existence voudraient faire repeindre, alors que l’accès de ces salles de garde n’est réservé qu’aux internes. J’en ai connu de très belles, dont une réalisée par Chaval avec un panneau intitulé « Mon Dieu, prothèsez-nous » et l’on devine de quelle prothèse il s’agit. Il paraît que ces fresques heurtent (qui ?) : elles seraient (bien modestement) pornographiques, alors que la pornographie autrement plus « hard » sort par tous les pores de nos écrans, et surtout sexistes car l’univers médical était dans le passé presque entièrement masculin. J’ignore quelle est l’opinion des internes féminines devant cet environnement plus phallique que vaginal.

    Pour paraphraser Aragon : l’avenir de l’homme, ce n’est pas la femme, mais le délateur et la délatrice en charge de la surveillance de la vertu placée au-dessous de la ceinture ou dans le compte bancaire.

    Aussi devant la montée de cette vertu triste et qui n'est pas sans danger, je tiens à rendre hommage à ce pilote de l’armée de l’air américaine qui fit preuve de résistance en dessinant avec habileté une verge céleste.

    La tristesse de la vertu

    Devant les protestations outrées, notamment féminines, ses supérieurs ont affirmé par la suite que le dessin d’un phallus dans le ciel ne faisait pas partie de l’entraînement des pilotes et ils se sont excusés auprès de la population, car « tout le monde était sous le choc » devant ce phallus géant et provocateur flottant au-dessus de leurs têtes.

    * En retour les hommes peuvent devenir des objets de haine de la part des femmes (féministes et/ou lesbiennes). Voir "La douceur féminine n'est plus ce qu'elle était".


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