• La vie étant une maladie sexuellement transmissible et toujours mortelle, des milliers et des milliers d’êtres humains disparaissent chaque jour. La mort est une fatalité scandaleuse, mais c’est ainsi.

    Les morts accidentelles sont des morts illégitimes car elles interrompent prématurément le cours d’une vie sans qu’elle ait épuisé son potentiel. Outre les interruptions volontaires par suicide, ce sont celles où la mort est provoquée par une rencontre traumatisante imprévisible, fruit d’une coïncidence chronologique fatale.

    Les morts du terrorisme font partie de cette dernière catégorie. Ce sont des personnes qui meurent parce que présentes en un lieu donné à une heure précise.

    Les trois morts et les blessés de Londres font la « une » des journaux avec des titres dramatiques (« terreur sur Londres »). On parle évidemment de la « voiture folle » qui fauche des passants sur le pont de Westminster alors qu’il s’agit d’un illuminé conduisant une voiture pour tuer. Une personne ivre et/ou drogué qui prend néanmoins sa voiture peut également faucher un groupe des personnes attendant sur un trottoir et aboutir au même résultat que le terroriste illuminé.

    Au moment même où s’est produit cet acte criminel de Londres, beaucoup plus de piétons sont morts renversés par des voitures à travers le monde (on en déplore plusieurs milliers par an en Europe), et bien entendu à l’heure de cet attentat, bien plus de vies ont été fauchées de façon criminelle ou du fait de combats guerriers.

    Nous sommes les alliés objectifs des terroristes en donnant à leurs actes un retentissement médiatique disproportionné lorsqu’il ne s’agit pas d’une tuerie de masse.

    Les morts n’ont pas la même importance. Pourquoi un mort par terrorisme serait-il plus important qu’un autre ? En raison de la cause ? Sans doute, mais là est l’erreur. Chacun d’entre nous a plus de risque de mourir par un accident de la circulation que de la main d’un terroriste, et pourtant le terroriste instille plus de peur que la circulation. C’est son but et nous contribuons à sa réussite.

    En réalité, ne devrait-on pas considérer l’attentat de Londres par sa dimension que comme un fait divers ? Les fous, religieux ou non, fanatiques ou pas, courent les rues et il faut savoir que les rencontrer peut s’avérer fatal.


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  • La proposition Molière

    J’ai lu dans différents journaux les avis portés par des chroniqueurs sur le débat entre les cinq candidats arrivés en tête dans les sondages pour les présidentielles, et réunis hier soir sur le plateau de TF1. J’ai eu l’impression de lire des comptes rendus d’une manifestation sportive : les postures, les gestes, les piques, les répliques, les gagnants, les perdants, à cela près que les perdants et les gagnants n’étaient pas toujours les mêmes selon le chroniqueur à la différence du spectacle sportif.

    Très peu de place pour le contenu même du débat, pour la bonne raison que ce contenu figure dans les programmes et est déjà connu.

    On peut donc se demander quel est l’intérêt de tels débats où il s’agit plus de confrontations entre les concurrents eux-mêmes que de débats argumentés.

    En fait, l’intérêt est de juger les concurrents en tant qu’acteurs : sur leur posture, leur expression, leur sang-froid, leur esprit de répartie, voire sur leur humour.

    Et il est possible que ce spectacle puisse faire basculer une partie de l’électorat indécis vers tel ou tel candidat uniquement sur des apparences, sur de la superficialité.

    On peut donc se demander s’il ne serait pas plus opportun d’utiliser de véritables acteurs en politique, comme ce fut le cas aux USA, et ce ne furent pas les plus mauvais politiciens dans ce pays, d’autant plus que l’essentiel des programmes provient des cogitations et du travail des conseillers. Il suffirait d’avoir pour la fonction, de la prestance, de la mémoire, un peu de caractère, un peu d’esprit et beaucoup de bons conseillers.

    Federico Milano : « Trois comédiens »


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  • Rétropédalage historique

    Erdogan, estampillé du pléonasme d’islamo-conservateur, est la figure exemplaire du rétropédalage historique. Installé à la tête d’une Turquie qui se voulait moderne depuis la transformation réalisée au forceps par Atatürk qui avait réussi à débarrasser son pays du poids inerte de la religion. Erdogan cherche à redonner à l’islam la place qu’il avait perdu en éliminant les opposants, bien servi en cela par l’échec d’un coup d’Etat foireux, et en passe de remplacer un régime démocratique par une autocratie. Le nouveau sultan insultant au passage des pays européens pour ne pas avoir permis à ses ministres de faire campagne sur leur sol en faveur du vote visant à accroître ses pouvoirs, considérant en quelque sorte les Turcs expatriés comme des enclaves turques en Europe, à défaut de voir son pays au sein même de l’Union européenne. L’insulte absurde proférée contre l’Allemagne et les Pays-Bas étant de les traiter de nazis (à défaut de les traiter de terroristes) et la menace brandie, celle de l’arme d’invasion massive des réfugiés retenus plus ou moins sur le sol de la Turquie au prix des avantages concédés par Angela Merkel.

    Après la période coloniale, nombre de pays musulmans ont suivi l’exemple d‘Atatürk en voulant se débarrasser du poids de l’islam, comme l’ont tenté Nasser, Bourguiba ou même Saddam Hussein ou le Shah d’Iran, en prenant la voie du nationalisme plutôt que celle de l’islamisme mais au prix de dictatures parfois sanglantes un peu trop souvent justifiées par le colonialisme passé. A présent, l’influence de l’islamisme va croissant. Un romancier, entre autres, ne subit-il pas une véritable inquisition en Algérie pour la publication sur internet d’une œuvre d’imagination ? Dans ce pays l’islamisme a perdu une bataille mais pas la guerre.

    Le rétropédalage historique ne concerne pas seulement les pays musulmans. Toutes les religions qui avaient perdu de leur influence au XXe siècle, reviennent en force jusqu’à discuter les apports de la science comme le montre le succès du créationnisme aux USA. Les avancées sociétales sont aujourd’hui remises en cause dans nombre d’Etats avec Trump, mais aussi en Europe comme le montre l’offensive contre le droit au recours à l’avortement.

    En Asie, la Chine redevient l’Empire du Milieu. Poutine s’efforce de retrouver la puissance de l’URSS face au mollusque européen. Les partis dit populistes veulent l’explosion de l’UE, et le rétablissement des nationalismes qui ont ensanglanté l’Europe pendant des siècles. L’Angleterre a montré la voie en sortant de l’UE, sans exclure dans l’avenir la désunion du Royaume Uni revenant ainsi des siècles en arrière.

    Bienvenue dans le nouveau monde disloqué d’antan où dominaient les légendes, qui contraste avec le commerce mondialisé, mais contesté par les protectionnistes, et avec la communication planétaire instantanée par internet, mais qui devient autant une arme de désinformation, un vomis de haine anonyme, une diffusion de complots fantaisistes, et un miroir de l'exhibition de soi que le véhicule des connaissances.

    Courbet : « Le désespéré »


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  • La chevelure des femmes

    Nike doit commercialiser en 2018 un hijab de sport. Ce produit a été étudié, notamment pour ce qui concerne les  caractéristiques du tissu, spécialement pour la pratique sportive. On peut se demander si ce hijab ne séduira pas les sportives non musulmanes conservant les cheveux longs en pratiquant leur sport. 

    Bien sûr, ce couvre-chef est destiné aux musulmanes, non pour maintenir la chevelure en place sans être gêné par elle lors des mouvements sportifs, mais uniquement pour cacher les cheveux.

    On se demande évidemment pourquoi les religions monothéistes tiennent tant à cacher la chevelure des femmes, notamment dans le judaïsme où chez les orthodoxes les femmes vont jusqu'à se raser la tête et porter perruque, et en islam où une femme non voilée peut  être considérée comme une putain par les "bons musulmans". Dans le christianisme le voile n'est aujourd'hui  réservé qu'aux religieuses. 

    Ce que l'on peut constater pour la chevelure féminine, c'est qu'elle est en général abondante et d'une grande beauté, comme le montre ce tableau de Renoir : "Jeune fille peignant ses cheveux"

    La chevelure des femmes

    Alors pourquoi la cacher ? On pourrait évoquer plusieurs hypothèses :

    1. Les hommes qui ont inventé les religions sont jaloux. La calvitie touche les hommes et exceptionnellement les femmes.

    2. Les cheveux sont érogènes en eux-mêmes, ce qui devrait conduire les hommes à cacher également leurs cheveux, l'homosexualité étant unanimement et formellement condamnée par les religions.

    3. La chevelure des femmes accroit leur pouvoir de séduction. L'homme religieux étant un être particulièrement obsédé par le sexe, il est prudent de ne pas réveiller le cochon qui sommeille en lui, d'autant plus que cette pauvre bête a très mauvaise réputation aussi bien dans le judaïsme qu'en islam.

    4. Les religions sont absurdes, notamment pour ce qui concerne les phanères, ce que ce petit sonnet tente d'évoquer.

    PHANERES

     

    Devant les idoles tu devais te découvrir

    Respecter le bois, le plâtre et la peinture

    Sinon, passant, tu risquais d’en mourir

    L’idole devenait chair dans la torture

     

    Devant l’Eternel reste la tête couverte

    Cheveux de femme voilés, crânes rasés

    Cheveux longs enturbannés

    Pour les poils de la tête, Dieu déconcerte

     

    Subtilité de la théologie pilaire

    Les poils semblent Lui plaire

    Sur les joues et le menton

     

    La vertu serait nichée dans la barbe prolifique

    Comme la force dans les cheveux de Samson

    Et les poils envahissent la face des fanatiques

     

    Voir aussi : "Cachez ces cheveux que je ne saurais voir"

     

     


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  • A propos du programme d'Emmanuel Macron, la journaliste du Monde Audrey Tonnelier s'est appliquée, le 24/02/17, à répondre aux lecteurs, et la première question posée fut la suivante :

    Sylvain : Bonjour. Faut-il qualifier le programme économique de Macron de social-libéral ou de droite modérée ? Se trouve-t-il à mi-chemin entre la gauche sociodémocrate et la droite humaniste ? Merci.

    Cette question est très révélatrice de l'importance accordée en France aux étiquettes. les choses doivent être classées et nommées. L'emballage est plus important que le contenu. 

    En septembre 2014 j'avais déjà publié un article ("Le verbe"), également à propos de Macron, que je reproduis ci-dessous :

    Quand on lit les articles des journalistes étrangers et notamment ceux des pays européens ou lorsqu’on les écoute à propos de la vie politique française, ce qui semble les frapper le plus est l’importance donnée dans les débats à l’idéologie. Ils s’étonnent que le débat serve plus à s’affronter en restant sur des positions dogmatiques et inconciliables qu’à trouver des points d’accord permettant d’avancer et de sortir des situations difficiles.

    Dans l’esprit des idéologues, le pragmatisme est un gros mot. Au lieu de tenter de sortir de la merde, beaucoup préfèrent y patauger pour rester dans la chaleur des idées toutes faites, ce qu’ils appellent des convictions, et peu importe si celles-ci sont inapplicables. L’idéologie peut même pousser l’idéologue à refuser de parler à l’autre, d’emblée considéré comme un ennemi puisqu’il n’a pas les mêmes idées que vous.

    De ce fait, étiqueter devient plus important qu’agir. Dans une récente émission télévisée /en 2014/, Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste a affirmé que « le Parti socialiste ne sera pas social-libéral ! » et a estimé que son parti avait "un problème de doctrine" et devait "inventer un nouveau progressisme". Donc apparemment, pour cet homme politique le problème essentiel n’est pas de réduire le chômage, de permettre de vivre décemment de son travail et en sécurité, mais de définir une idéologie et de porter une étiquette, clefs fondamentales des solutions.

    De la même façon, l’étiquette appliquée à une personne est une marque indélébile qui peut la rendre d’emblée suspecte, et même condamnable, avant de pouvoir juger de ses actions. Le cas exemplaire est celui d’Emmanuel Macron, récemment nommé ministre de l’Economie dans le gouvernement socialiste, et considéré d’emblée comme un « social-traître » parce qu’il a travaillé dans une banque, et donc collaboré avec l’ennemi. On pourrait aussi logiquement penser que pour s’occuper d’économie, il est préférable de connaître la finance, et qu’un ancien cadre d’une banque (que l’on traite avec mépris de banquier comme si la banque lui appartenait) est probablement plus compétent que ces politiques dont la seule profession qu’ils connaissent est de faire de la politique, et qui, pour la plupart, n’ont jamais mis un pied dans une entreprise alors qu’ils prétendent réglementer son fonctionnement.

    Si tout a commencé avec le verbe, en cas d’abus, tout risque également de finir avec lui.


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  • La cérémonie de la bien-pensanceJe n’ai regardé de la retransmission télévisuelle de la remise des Césars que l’hommage rendu à Georges Clooney qui, avec son compère Dujardin, avait abandonné la publicité pour des capsules de café pour déplorer l’élection de Donald Trump à la tête des USA.

    Mais aussi l’hommage bien mérité rendu par le cinéma français à Belmondo, un acteur qui m’a donné bien du plaisir. J’ai été touché par le contraste entre cet homme diminué par les séquelles de son accident vasculaire cérébral et le jeune homme pétaradant, virevoltant, cascadant, montré auparavant dans des extraits de ses films.

    Je n’ai pas vu le reste, mais lu le compte-rendu de la soirée et des remises des récompenses.

    Il me semble que les spectateurs ont eu le privilège de recevoir sur leurs smokings et leurs robes de soirée un coulis abondant de bons sentiments.

    Les interventions rapportées donnaient plus l’impression d’un meeting politique que d’une manifestation artistique. Le britannique Ken Loach, s’était même fendu d’un message lu sur scène en son absence : « À présent, c'est à vous, Français, de faire un choix. Nous, qui sommes vos amis depuis tant d'années, espérons que dans l'élection à venir vous pourrez rejeter l'amertume de la droite et voter en faveur de l'espoir suscité par la gauche. ». De quoi je me mêle ? Si le Brexit nous le permet, nous sommes prêts – généreusement - à exporter Outre-Manche notre gauche pleine d’espoir bien qu’un brin farfelue. Je suis sûr que l’humour anglais et leur Reine permettront d’y résister.

    Bien sûr, les spectateurs émus ont eu droit aux inévitables films sur la banlieue où les acteurs et réalisateurs d’origine africaine montrent leur talent – et c’est tant mieux – mais qui commencent à avoir un air de déjà-vu.*

    La réalisatrice de l’un d’eux n’a pas manqué d’égrainer les noms des jeunes victimes de la violence des policiers qui, bien entendu, n'est pas admissible lorsqu’elle n'est pas justifiée pour se défendre, mais elle a aussi rappelé, pour faire le plein, le nom des deux gamins qui, poursuivis pour un délit qu’ils avaient commis, sont malheureusement morts électrocutés dans l’enceinte d'un poste électrique dans lequel ils s'étaient bêtement réfugiés pour échapper au contrôle de police. Il me semble que dans ce cas la violence venait plus de l’EDF que des policiers eux-mêmes. En lisant ce discours j’ai eu l’impression que la France vivait sous un régime autocratique où la justice n’intervenait jamais.

    Il faudrait tout de même prévenir tous ces malheureux qui risquent leur vie en traversant Méditerranée pour rejoindre nos banlieues que les survivants, une fois arrivés, seront exposés au pire.

    Bien sûr, François Ruffin était là après s’être reposé après une trop longue Nuit debout. Il s’en est pris à ce pauvre François Hollande pour ne pas avoir fait cesser les délocalisations et ne pas avoir terrassé la Finance comme promis : « François Hollande a l'occasion sur le fil de prouver que son ennemi, c'est la finance, qu'il puisse sortir de l'impuissance et se bouger le cul ». C’est comme si c’était fait.

    Un beau meeting politique, mais sans débat. On a vu le succès de l’unanimité hollywoodienne opposée à l’élection de Trump.

    * A noter que dans cet étalage de bons sentiments, personne n'a osé s'offusquer de l'antisémitisme de la réalisatrice franco-marocaine oscarisée de Divines, Houda Benyamina, et de son actrice Oulaya Amamra. L'antiracisme de la bien-pensance est sélectif.


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  • Le Français se détourne-t-il de la politique ?

    John Sloan : "Nuit d'élection"

    On dit que les Français sont dégoûtés de la politique et s’en détournent.

    Je ne crois pas. Le Français est un animal politique qui n’est pas en voie de disparition, malgré les misères que lui font les politiciens, le spectacle qu’ils donnent d’eux-mêmes, et de l’impuissance dont ils font souvent preuve.

    Peut-être que le Français sent confusément qu’il a sa part de responsabilité dans cette impuissance par le rejet des actions lorsqu’elles lui sont proposées, et, en définitive, c’est lui qui met au pouvoir des hommes et des femmes dont le CV devrait parfois le dissuader de leur donner des responsabilités, de les installer, puis de les pérenniser dans les ors de la République alors qu’il avait toutes les raisons de les renvoyer à la maison. Il faut dire que le choix qui lui est proposé répond rarement à son attente, d’où l’importance de l’abstention lors des élections. Mais le Français est un animal politique difficile à satisfaire, sauf en tant que militant où il est capable de se satisfaire de n’importe quoi.

    On dit qu’il se désintéresse de la politique. A voir. Dans ma sphère minuscule, je remarque que lorsque je commets, en tant qu’amateur incompétent, un petit article sur la politique, j’ai en général deux fois plus de visiteurs et de commentaires que lorsque je traite d’un autre sujet. Certes, la blogosphère n’est nullement représentative du pays, mais l’ensemble des réseaux sociaux en sont un reflet et finissent par être considérés comme l’émanation du peuple, sans doute à tort, quand on se penche sur leur contenu qui donne parfois la nausée.

    Lorsqu’un auteur rédige des articles où il se dit consterné par la politique, il ne cesse lui-même de les multiplier pour exposer sa consternation, ce qui est tout de même une preuve d’intérêt. La politique est manifestement le sujet principal des conversations publiques ou privées. Même ceux qui se disent philosophes parlent bien plus souvent de politique que de philosophie.

    Le moindre pet de travers pousse des gens à descendre dans la rue. Les moindres déclarations des politiciens suscitent des commentaires, critiques ou approbateurs. Les gens sont à l’affût : ils dégainent le tweet plus vite que leur ombre ou le quolibet vengeur au comptoir du café du Commerce.

    Alors je ne pense pas que le Français se détourne de la politique. Il aime la politique, d’un amour dont il se dit invariablement déçu dans le présent pour n’aimer que son souvenir, et n’apprécie le plus souvent les responsables politiques qu’une fois morts.


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  • Je lis assez régulièrement les chroniques que Kamel Daoud fait paraître dans Le Point. Algérien vivant à Oran, il a, me semble-t-il, un regard lucide et courageux (il est l’objet d’une fatwa létale) sur l’islam qu’il connaît bien puisqu’il a une vision de l’intérieur et qu’il a lui-même été très croyant dans sa jeunesse.

    Ce qui n’a pas empêché un aréopage d’intellectuels français, se proclamant meilleurs connaisseurs de l’islam que lui, de le conspuer lorsqu’il s’est permis de dire, après les agressions sexuelles commises sur plusieurs centaines d’Allemandes par des Arabes dans la nuit du jour de l’an 2016, que les musulmans avaient un problème sérieux avec la sexualité et le corps des femmes. Ce qui n’est pourtant qu’une évidence, mais aux yeux aveugles de ces intellectuels bien-pensants, il ne fallait pas toucher à ce qu’ils considèrent comme les nouveaux damnés de la terre quoi qu’ils aient pu faire.

    Dans sa chronique dans Le Point du 16/2/17 intitulé « Le droit de ne pas achever un livre », il écrit que l’on a le droit sans se sentir coupable d’abandonner un livre que l’on estime mal écrit ou ennuyeux. Ce qui m’a soulagé, car l’ironie veut que j’ai abandonné la lecture du roman par lequel il s’est fait connaître : « Meursault, contre-enquête ». Je l’avais largement entamé, mais je finissais par m’y ennuyer et la vie est trop courte pour persister dans l’ennui. J’ai néanmoins relevé dans cet ouvrage cette réflexion du héros qui m’a plu : « La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J’aime aller vers ce Dieu, à pied s’il le faut, mais pas en voyage organisé » (p 76 Actes sud – Babel).

    A propos de livresDans sa dernière chronique, Kamel Daoud rapporte la réflexion d’un de ses collègues : « La religion est un livre qui a bien marché » et il ajoute cette phrase : « Autodafé inversé : le livre brûle le monde ». Il s’agit, bien sûr, des livres dits sacrés et je trouve cette phrase remarquable par sa vérité et sa concision.

    Le livre le plus original est la Bible hébraïque, l’Ancien Testament, une réussite dont les auteurs ne devraient pas se réjouir à titre posthume car leur œuvre littéraire a fait le malheur de leurs descendants en suscitant deux suites qui ont brûlé le monde : le Nouveau Testament et le Coran.


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  • Mr Macron n’a pas hésité à déclarer en Algérie que la colonisation était un crime contre l’humanité. Comme vous y allez, jeune homme !

    Il est cependant indéniable que les colonisations se sont le plus souvent accompagnées de crimes touchant les populations civiles, et que ces exactions peuvent entrer dans les définitions multiples des crimes contre l’humanité, notion qui date de 1945.

    La colonisation n’est pas le mode le plus redoutable de la conquête. C’est ce mode que les Romains avaient utilisé pour bâtir leur empire en respectant les mœurs et les dieux des peuples conquis, mais à qui ils imposaient leur administration, leurs impôts et leur armée.

    Les conquêtes que l’on peut appeler « assimilatrices » qui visaient à imposer aux peuples conquis les mœurs et la religion des conquérants ont été autrement plus dures. Ce fut le cas des conquêtes arabes. Dès que les arabes sont sortis de la péninsule arabique ils sont devenus des colons bien plus exigeants que les colonisateurs européens. A côté de la population d’origine berbère, une partie des Algériens est constituée de descendants des armées arabo-musulmanes venues d’Egypte conquérir une terre plus ou moins chrétienne.

    Demander des comptes à l'Occident n'exonère pas les autres de leurs propres crimes dont ils n'ont jamais fait repentance comme pour l'esclavage organisé par les Arabes.

    Toute l’histoire de l’humanité, faite de guerres et de conquêtes, pourrait être considérée comme une succession de crimes contre l’humanité selon les définitions adoptées après la II ème Guerre mondiale, et continuent à être largement commis de nos jours et notamment par les anciens colonisés. Les civilisations se sont bâties et mélangées sur des montagnes de cadavres. Mais elles se sont aussi mutuellement enrichies en créant art et savoir.

    Les interlocuteurs algériens de Mr Macron ont probablement apprécié sa déclaration. Pensez donc ! Eux qui continuent à macérer dans la colonisation passée en la rendant responsable de leurs erreurs de gouvernance alors qu’ils sont indépendants depuis plus d’un demi-siècle. Une colonisation que l’on peut condamner aujourd’hui selon une idéologie qui n’avait pas cours dans le passé, mais qui a laissé derrière elle, à côté des souvenirs douloureux, un pays structuré et une manne pétrolière.

    Se placer en victime éternelle de la colonisation est une « posture alibi » qu’il n’était pas nécessaire de renforcer. Posture contagieuse car également adoptée par une fraction de la population française d’origine maghrébine qui n’a jamais, par son âge, connu la colonisation et qui prétend continuer à être colonisée dans la société française en revendiquant le statut de victime par procuration, et celui d’accusatrice perpétuelle d’une société démocratique qu’elle semble rejeter alors qu’elle n’est pas avare d’assistance.    


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  • Aimer la vie

    Berthe Morisot : « Chrysanthèmes (le panier renversé) »

    Quand on a la chance de ne pas se sentir vieux, il vaut mieux n’utiliser son miroir que pour le strict nécessaire. Ce miroir, qui, comme le disait Cocteau, devrait réfléchir avant de renvoyer votre image.

    Il y a cependant trois signes qui me rappelle mon âge :

    Le premier tient à la courtoisie des autres (et oui, ça existe encore) : ce fut le moment (et ce moment crucial m’a surpris) où l’on a commencé à me céder une place assise dans le métro. On peut éviter son miroir mais pas le regard implacable des autres. Signe d’autant plus patent que la place est cédée par une femme et pire, par un homme d’âge moyen, dont je me sentais plutôt proche.

    Le second est une petite difficulté à mettre ses chaussettes, signe qui vous rappelle que la rigidité a remplacé définitivement la souplesse.

    Le troisième est la répétition des enterrements. Aujourd’hui, je fréquente plus d’amis morts que de vivants.

    Et dans le cortège qui accompagne la personne défunte, il y a toujours quelqu’un qui ne manque pas de dire cette phrase irritante : « il ou elle aimait la vie ». Une phrase que l’on entend fréquemment dans les médias lorsqu’on interroge les proches d’une personnalité défunte.

    Le moins que l’on puisse dire est « qu’aimer la vie » est un trait de caractère sans grande originalité, et qui ne mérite donc pas d’être mis en exergue. Et qu’en outre, cette formule sous-entend, assez bêtement, que puisque cette personne aimait la vie, elle ne méritait pas de mourir ou qu’aimant autant la vie, il est étonnant qu’elle ait pu la quitter.

    On peut en déduire que ceux qui mériteraient de mourir ne seraient que ceux qui n’aiment pas la vie. D’ailleurs, logiquement, nombre d’entre eux se suicident. Cependant, certains claironnent à qui veut les entendre qu’ils n’aiment pas la vie en évitant soigneusement de se suicider pour en faire parfois leur gagne-pain, comme le fit Cioran.


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