• La petitesse d'un grand hommeDans ses mémoires ("Le voleur dans la maison vide"), Jean-François Revel raconte une anecdote à propos de Jean Cocteau (p 182 de l'édition Plon). Il s'agit cependant d'une anecdote de seconde main puisqu'elle lui a été racontée par un certain Philip Lasell :

    " Une autre fois, il me racontait comment une riche admiratrice de Jean Cocteau...avait fait porter au poète, pour qu'il le lui dédicaçât, un exemplaire de "Thomas l'imposteur" à chaque page duquel elle avait épinglé un billet de mille francs. En 1925, un manoeuvre gagnait par an cinq mille francs, un employé dix mille. Un hectare de bonne terre en Beauce valait six mille francs. Comme le roman de Cocteau a trois cents pages, l'étrenne ne manquait donc pas de munificence. Pourtant l'"enchanteur" s'abîma, racontait Philip, dans une colère convulsive parce que la postulante avait omis d'accrocher un billet à la toute ultime page, le feuillet blanc qui suit l'achevé d'imprimé"


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  • Ces dernières années les penseurs ont la manie du « post ». Post-quelque chose : post-moderne, post-vérité. Et le créateur du mot ainsi composé prétend faire une découverte, et les post-utilisateurs de manier un nouveau concept.

    Il me semble qu’après une situation ou une conception observée dans le passé, ce qui survient après, modifié ou pas, appartient au présent, et on ne voit pas ce que ce « post » vient faire dans la description du présent qui est toujours le résultat d’une évolution ou d’une rupture par rapport au passé. On pourrait dire ainsi que le monothéisme est un post-polythéisme et le médecin un post-guérisseur.

    Quant à l’expression « post-moderne », elle devrait logiquement exprimer l’avenir, mais elle exprime dans le présent une réaction par rapport au passé (le postmodernisme, était un ancien mouvement artistique en réaction avec ce qui précédait).

    Mais le plus étonnant est d’utiliser le « post » pour exprimer le contraire. Ce qui est le cas pour post-vérité, car cette trouvaille veut dire en réalité l’absence de vérité confirmée, un fait non vérifié, mais passant pour une vérité grâce à la multitude de ceux qui peuvent aujourd’hui diffuser des faits non établis. Il s’agit tout simplement de rumeur, de calomnie, de désinformation ou de mensonge. Mais il paraît tellement plus savant de dire post-chose.

    D’une façon générale, en forgeant une nouvelle expression, son auteur suggère que la nouveauté de son concept est telle qu’il n’a pas trouvé un mot dans toute la langue pour l’exprimer, et qu’il a donc été obligé de recourir à un néologisme pour le faire.

    L’abus de langage peut aussi être vu comme un excès de mots provoquant une ivresse à la fois du producteur et du consommateur. Ivresse euphorique pour le premier et triste pour le second.

    Quand j’ose me frotter à certains textes de sociologie ou de philosophie, je suis toujours surpris par le langage souvent utilisé qui semble exprimer la volonté de ne pas pas être compris ou seulement compris par ceux qui possèdent les codes de déchiffrement. Je me trouve englouti dans une avalanche de mots, dont on se demande si elle ne recouvre pas du vide ou une pensée squelettique et répétitive qui pourrait aisément se résumer en un texte court utilisant un vocabulaire normal.

    L’obscurité et la logorrhée sont-elles des gages de profondeur ?

    Je ne le pense pas. Les quelques textes écrits par des penseurs gréco-romains que j’ai pu lire m’ont toujours paru clairs. Et plus près de nous, j’ai toujours admiré les textes de Nietzsche qui sont d’une parfaite clarté, même si sa pensée est parfois difficile à suivre en raison même de sa richesse, mais chaque phrase a une signification aisément accessible.

    On pourrait me rétorquer que la médecine se sert aussi d’un langage hermétique pour ceux qui ne font pas partie du corps médical. C’est vrai. Mais là nous ne sommes plus dans le discours ou dans l’interprétation, mais dans un vocabulaire technique et souvent scientifique. Les articles médicaux, lorsqu’ils ne sont pas de vulgarisation, sont destinés aux médecins, mais ceux-ci, par contre, ont le devoir de s’exprimer dans un langage courant et compréhensible face à un patient.

    La sociologie et la philosophie ne sont-elles destinées qu’aux sociologues ou aux philosophes ? Ce serait dommage.


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  • MascaradeChacun sait que Jean-Luc Mélenchon le 26 novembre au soir, après la mort de Fidel Castro, s’est illustré devant la statue de Simon Bolivar en déclamant dans un élan élégiaque, bien qu’un tantinet boursouflé :

    «Fidel, Fidel ! Demain était une promesse ! Fidel marche au ciel et voici l'épée de Simon Bolivar qui marche devant lui, devant nous !».

    Les gens sains d’esprit se sont demandés si le porteur du Front de gauche n’était pas fiévreux pour expliquer cette sortie délirante, mais il semble aux dernières nouvelles que la température du leader minimo était normale au moment de son auguste déclamation.

    Il faut donc évoquer d’autres hypothèses :

    1. Celle de Michel Onfray reste plausible : Méluche n’avait-il pas fumé la moquette ?
    2. La vocation rentrée de Jean-Luc ne serait-elle pas celle d’un tragédien ? Cette occasion lui permettait alors de montrer son talent déclamatoire.
    3. Il ne croit absolument pas à ce qu’il dit, mais il faut bien se faire une place sur l’échiquier politique plutôt encombré, et la révolution reste toujours un créneau porteur attirant les générations montantes qui veulent à chaque fois changer le monde, et les vieux nostalgiques des combats perdus qui espèrent en gagner un avant de mourir.
    4. Il croit à ce qu’il dit, et c’est un négationniste. Admirateur de Robespierre, en négligeant la Terreur, admirateur de Chavez, en négligeant la ruine de son pays, admirateur de Castro et ses quelques avancées sociales en négligeant le sang versé et les milliers de prisonniers. Exactement comme les négationnistes fascisants qui admirent Hitler pour avoir promu la « voiture du peuple » ou Mussolini pour avoir fait construire des autoroutes, mais repoussant dans le néant les camps d’extermination et les fours crématoires.

    Et il semblerait qu’un à deux français sur dix envisageraient de voter pour ce négationniste.


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  • Dimanche. Un ciel d'un bleu glacial sur Paris. Le soleil est déjà bas au début de l'après-midi, les ombres des arbres du parc Monceau s'allongent démesurément. 

    Nous sommes allés au Musée Cernuschi situé à l'une des entrées du parc. Vingt oeuvres de Lebadang (donation de son épouse) y sont exposées du 2 novembre 2016 au 5 mars 2017. Je ne connaissais pas cet artiste. Français d'origine vietnamienne, en France depuis l'âge de 18 ans, il est mort l'année dernière à l'âge de 94 ans.

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  • Deux couples ont tenté la parité présidentielle : le couple de la maison Clinton et celui de la maison Hollande.

    Il y a entre eux une curieuse similitude inversée.

    Bill est passé en premier, et a réussi parfaitement son coup malgré quelques frasques libidineuses qui auraient pu définitivement bloquer la maison Clinton.

    Par contre Hillary, qui avait patienté en attendant son tour, a échoué de justesse. Un mâle bizarre lui a pris la place contre toute attente.

    Pour la maison Hollande, c’est la femme, Ségolène, qui est passée d’abord. Elle a échoué malgré sa bravitude et sa fraternité. En fait, ce fut une chance pour la France, car il n’est pas impossible qu’il lui manque un boulon si l’on se réfère à sa dernière sortie à Cuba, où des irresponsables l’avaient imprudemment envoyée, en déclarant qu’à défaut d’avoir en sa possession une liste des prisonniers politiques de cette île progressiste, ils devaient ne pas exister ICI. Elle a été rapatriée de toute urgence.

    François s’est présenté à la présidentielle après que Ségolène, la mère de ses enfants, eût tâté le terrain. Et il s’est retrouvé à l’Elysée. Il a pu revêtir son casque de moto pour aller tromper sa maîtresse après avoir trompé Ségolène avec cette dernière.

    Lessivé, François a finalement jeté l’éponge, objet qui avait d’emblée montré son utilité en raison des trompes d’eau qui arrosèrent son unique mandat.

    A travers la maison Clinton et la maison Hollande, on a donc assisté à un échec de la parité, et à mon avis à la fin des tentatives présidentielles successives par couple.


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    SE SUPPORTER

    Magritte : "Méditation"

     

    Ainsi suis-je né

    Ainsi suis-je fait

    Il est trop tard pour protester

    Et se plaindre à qui d'être ainsi fait ?

    Et puis on se console comme on peut

    Ça aurait pu être pire

    Ça aurait pu être mieux

    Alors on prend l'habitude

    On émousse les angles

    On cache les creux

    On joue à être quelqu'un de bien

    Parfois ça marche

    Parfois ça marche pas

    Surtout avec les siens

    Alors il faut se supporter

    Et que les autres vous supportent

    Comme je suis né

    Comme je suis fait

    Et on devient insupportable

    Comme si les autres étaient responsables

    De ce que l'on est

    Et l'on devient vieux

    Avec le temps on finit par s'aimer

    Un peu

    Un peu tard

    Au moment de se quitter


    Paul Obraska

     

     

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    Adieu les duettistes !On se souvient de Laurel et Hardy, ce couple d’acteurs dont les films nous ont fait rire, je parle pour les plus anciens. Le rire venait du contraste entre un obèse autoritaire mais qui devenait à la fin la victime des bêtises de son compagnon mince, faible, pleurnichard, et maladroit.

    Deux duettistes viennent de quitter la scène : Sarkozy et Hollande. Ils furent également des acteurs contrastés. Le premier, en muscles, agité, toujours en mouvement, se voulant volontaire et décidé. Le second : rond, mou, indécis et pleurnichard par obligation.

    Cependant, contrairement à Laurel et Hardy, ensemble ils n’étaient pas drôles, mais séparés ils pouvaient l’être.

    Ils étaient nos cibles préférées, et nous les avons usés jusqu’à la corde et la corde a fini par rompre.

    Il va falloir se concentrer sur d’autres cibles.

    Juppé s’est éclipsé dans les coulisses, son répertoire n’ayant pas convaincu les spectateurs. Coppé est tombé dans la fosse d’orchestre sous les sifflets, en glissant sur un pain au chocolat.

    Nous attendons les ridicules de Fillon dont la sobriété du jeu est pour l’instant agaçante.

    Valls dans le rôle d’un matador peut réserver des surprises face au troupeau dispersé de l’étable de gauche.

    Quant à Mélenchon, nous connaissons déjà tout son répertoire, et ses rodomontades ne font plus rire personne, mais il a un public un peu demeuré qui le prend encore au sérieux.

    Comme cibles, Sarkozy et Hollande étaient si commodes. A ce titre, nous les regretterons.

    Adieu les duettistes !


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    Bal tragique à l'Elysée : une chute


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    Lorsque des responsables politiques veulent renouer des relations avec la Russie de Poutine, les mêmes qui n’éprouvent aucun remords à avoir des relations quasi amicales avec la Chine ou l’Arabie saoudite, bien connues pour respecter les droits de l’homme, ou la Turquie que l’on envisage toujours de faire entrer dans l’Union européenne, alors qu’elle est bien connue pour respecter ses minorités, la liberté de l’information, et même la liberté tout court, les mêmes, dis-je, font la fine bouche.

    En géopolitique, discuter avec un autre pays n’implique pas que l’on soit d’accord avec ses actes à l’intérieur ou à l’extérieur, mais il paraît souhaitable de discuter avec ses dirigeants si l’on veut tenter d’infléchir leur politique.

    En diplomatie, discuter avec un adversaire, voire un ennemi, est le plus souvent nécessaire.

    A titre individuel, c’est l’entre-soi qui domine : on ne fréquente vraiment que ses amis.

    Le plus souvent, les gens lisent les journaux qui leur conviennent étant d’accord avec leurs articles, ils se branchent sur les sites de la même tendance, ils n’écoutent peu ou pas ceux qu’ils ont classé définitivement dans le camp opposé, et font aisément l’impasse sur leurs arguments sauf pour contredire certains d‘entre eux. Quelle que soit la parole de l’opposant, elle a toutes les chances d’être d’emblée rejetée. Non seulement les gens n’écoutent vraiment que la parole qui correspond à la leur en recherchant un « effet écho », mais il arrive pour les plus fanatiques de ne pas vouloir même tolérer la présence de ceux avec lesquels ils ne sont pas d’accord.

    Le meilleur exemple fut l’agression verbale subie par Alain Finkielkraut lorsqu’il était simplement venu écouter les discours à « Nuit debout ». Haine violente de jeunes idiots, ne supportant que l’entre-soi comme tous les extrémistes, et qui n’avaient pas le centième de l’intelligence et de la culture de celui qu’ils traitaient de fasciste. Fascisme, terme dont les gauchistes font un large usage sans en bien connaître la signification mais dont ils venaient, par leur attitude, d’appliquer l’une des caractéristiques.   


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    De l’inutilité des grandes messes citoyennesLe Comité d'orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination (voir 193. Une débat citoyen sur la vaccination ?), vient de rendre son rapport (Pourquoidocteur.fr, ).

    Ce Comité recommande, à terme, une levée de l'obligation vaccinale, en précisant toutefois qu'avant d'atteindre cet objectif, il faudra convaincre les Français du "bien-fondé de la vaccination". Et pour y arriver, le comité préconise "un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité". Autrement dit : ce qui était simplement recommandé pour certains vaccins deviendrait obligatoire pour redonner confiance aux Français.

    Et une fois l’adhésion de la population et des professionnels de santé acquise, par cette manœuvre machiavélique :"il devrait être possible de lever le statut obligatoire et fonder la vaccination sur la compréhension de son intérêt par tous tant à titre individuel que collectif".

    Bien sûr, ce comité insiste – à juste titre - sur la nécessité de la transparence pour ce qui concerne la publication des liens d’intérêt et la diffusion d’informations scientifiques, notamment les événements secondaires et indésirables.

    On voit ici l’intérêt de ce « débat citoyen » qui s’est déroulé pendant plusieurs mois pour aboutir à ce genre de conclusion.


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