En recherchant la définition du mot « islamisme » dans Le Petit Robert, je constate, et c’est plutôt rare, un certain embarras des rédacteurs du dictionnaire. En effet, cette définition commence par une citation sans grande signification de Nerval, mais contenant le mot islamisme, suivie par « Mouvement politique et religieux prônant l’expansion ou le respect de l’islam ». Le OU introduit une ambiguïté, car si l’islamiste (« Qui est partisan de l’islamisme ») ne fait que respecter l’islam, tous les musulmans sont islamistes, ce qui, il faut l’avouer, constituerait ce bel amalgame tant redouté des bonnes âmes. D’un autre côté ce OU, plein de malignité, pourrait suggérer que l’expansion de l’islam fait partie de son respect ce qui rétablirait une certaine cohérence à la définition.
Quoi qu’il en soit, sans doute pour éviter tout embarras sémantique, les médias ont créé, à côté, entre autres, du bobo, du hipster ou du yuppie, un nouveau socio-type : le « radicalisé ». Ce terme a l’avantage d’évacuer l’islam de l’équation, en évitant de mettre en évidence l’objet et le but de la radicalisation.
En fait, pour être plus exact, on devrait substituer au terme de « radicalisé », d’une neutralité bienveillante* introduisant une pointe de pathologie susceptible d’être traitée**, celui plus précis et plus redoutable d’ « islamiste fanatique », c’est à dire prêt à prendre les armes, et au besoin donner sa vie en acquérant le statut envié de martyr, pour imposer au monde entier le respect de sa religion, en appliquant la quasi intégralité des textes sacrés de l’islam, en occultant cependant les quelques versets qui prônent, par-ci, par-là, la tolérance des autres religions et le respect de la vie, amendements que l’on pourrait attribuer à une divine repentance pour le moins inattendue. Personne n’est parfait.
* Notons que dans le titre du Canard enchaîné sur l'image qui illustre cet article, les radicalisés seraient traqués, terme qui donne au radicalisé une position de victime.
** Ce qui avait conduit à créer des centres de "déradicalisation", le radicalisé étant quasiment considéré comme atteint d'une maladie contagieuse.