litterature

Publié le 10 Octobre 2014

Ainsi le prix Nobel de littérature a été décerné à Modiano. Il s'agit du quinzième récolté par la littérature française et la France reste un peu plus en tête des prix Nobel pour cette matière. Je suis plutôt content que ce grand dadais (de 69 ans mais avec 1,98 m) ait été honoré, car c'est un homme sympathique aussi mauvais à l'oral qu'il est bon à l'écrit.

C'est un régal de voir sa confusion devant une caméra, ses phrases qu'il ne termine que rarement, sinon par d'amples gestes de la main comme des points de suspension. Au spectateur de deviner la suite, de la même manière qu'il laisse ses lecteurs dans l'indécis et le non-dit, à eux de remplir les blancs avec leurs rêves.

C'est un régal de voir sa modestie aucunement feinte lorsqu'il se demande, perplexe, les raisons pour lesquelles les Suédois lui ont décerné ce prix en le comparant même à Proust dans ses explorations du temps passé.

Il y a deux ans j'avais publié sur ce blog un petit article le concernant. Je le reproduis ci-dessous.


J’ai lu quelques livres de Patrick Modiano[1] et j’ai commencé son dernier roman : « L’herbe des nuits ». Au bout de quarante pages, je me suis dit : encore ! Il exagère, il recommence ! Oui, il fait à chaque fois le même livre à peu de choses près, et je continue à le lire !

La trame est toujours la même. Un homme s’exprimant à la première personne, dont on ne sait pas ou peu ce qu’il est et ce qu’il fait, est à la recherche de son passé, peut-être pour y trouver sa place dans le présent. Des retours en arrière portés par des notes, des pérégrinations dans des quartiers de Paris et des lieux (surtout des cafés). Des noms surgissent, des personnages plutôt esquissés que décrits tournent en rond autour du narrateur, à moins que cela soit l’inverse. On ne sait pas trop pourquoi le narrateur se trouve mêlé à ces personnages ou fréquente leur milieu, et tout est noyé dans le halot du souvenir et l’incertitude de la mémoire. Le récit fait souvent référence à une période trouble comme l’occupation allemande. Les personnages sont souvent peu recommandables (le « Je » est maintes fois interrogé par un policier), mais le narrateur n’est pas très explicite ou il n’en sait trop rien car les personnages qui se succèdent sont insaisissables comme des fantômes et conservent souvent longtemps leur mystère.

Quant à l’intrigue, il n’y en a pas dans le sens linéaire du terme, et je serais incapable de raconter un de ces livres. Elle est ébauchée par petites touches entre le passé et le présent, le second n’étant qu’une quête incomplète et incertaine du premier. Une intrigue brisée en zigzag dans la trame temporel, mais menée habilement pour soutenir l’attente.

Alors pourquoi lire du Modiano ? Là est la magie de cet écrivain. Prendre un de se livres, c’est être pris par lui, et on ne le quitte pas si la magie opère (car ses romans sont inégaux). Le plaisir de lire une écriture parfaite mais d’une grande simplicité, et finalement le destin de ces personnages, la plupart disparus, qui ne sont souvent que des noms, nous intéresse et on espère voir leur mystère éclairci au fil des pages. Oui, Modiano exagère, il ne se renouvelle aucunement et je comprends que l’on puisse s’en lasser, mais j’ai hâte de reprendre la lecture de « L’herbe des nuits » (beau titre).


 

[1] La place de l’étoile, Une jeunesse, Pedigree, Dans le café de la jeunesse perdue, Rue des boutiques obscures, Horizon.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Dr WO

Publié dans #littérature, #Modiano, #Nobel

Repost0

Publié le 22 Décembre 2013

Dans son discours du 5 décembre 2013, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, a donné quelques exemples de la façon dont parfois le « médiateur » (dénomination idéologique de professeur) aborde la littérature française avec « l’apprenant » (le terme d’élève présuppose un maître ce qui est intolérable dans la perspective d’une lutte des classes où l’enfant doit conquérir son autonomie et ne pas être dominé) : « C’est ainsi que l’on invite les futurs bacheliers non à réfléchir à l’oeuvre de Mme de La Fayette mais à réécrire le récit de la rencontre de la Princesse de Clèves dans le style d’un journaliste people ou encore à reprendre des pages de Proust de manière moderne en supprimant les subordonnées, ou enfin à corriger Apollinaire en remettant les mots du si célèbre Pont Mirabeau dans le bon ordre ».

Faire goûter la beauté des textes et d’en trouver le sens importent peu, il parait plus important de déterminer l’énonciateur et à qui s’dresse l’énonciation, « de quel genre relève ce texte et dans quel registre il se situe ». L’imagination sémantique des cuistres qui président aux destinées de l’éducation nationale n’a pas de limites dans le ridicule et dans la nuisance.

Plutôt que de transmettre les trésors de la littérature française qui se suffisent à eux-mêmes, et pour ne pas ennuyer « l’apprenant » en lui demandant les efforts nécessaires pour acquérir leur connaissance et lui donner le plaisir de la lecture, on l’invite à triturer, à concasser, à broyer, à piler, à écraser les textes littéraires pour en faire une bouillie où les ingrédients disparaissent et le goût avec, comme celle que l’on prépare pour les enfants en bas âge.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Dr WO

Publié dans #éducation, #littérature

Repost0

Publié le 19 Novembre 2013

Je lis en toi comme dans un livre

Dans le journal américain Science est parue en Octobre 2013 une étude de deux psychologues sur l’influence de la lecture sur la perception sociale, le degré d’empathie et l’intelligence émotionnelle. Les tests ont été effectués immédiatement après la lecture d’extraits d’œuvres littéraires soit de fiction, soit « sérieuses ». Il s’avère, selon cette étude, que seule la fiction (et plus particulièrement celle des auteurs russes du XIXème siècle et des auteurs contemporains les plus prestigieux) renforce temporairement la capacité à imaginer et à comprendre l’état mental d’autrui. L’intelligence émotionnelle étant évaluée par la capacité à deviner les émotions traduites par des yeux photographiés.

La lecture de la littérature de fiction, qui décrit les relations entre individus et les émotions, constituerait donc une sorte d’entraînement pour augmenter le niveau d’empathie et de compréhension des relations sociales. Il est vrai que la lecture d’un livre de comptabilité ne prépare pas à percevoir les émotions d’autrui, sauf si l’on y constate les preuves d’une faillite ou de malversations.

Pourtant je me pose la question : le cinéma et la télévision, dont les images sont regardées de façon quotidienne et par l’immense majorité d’entre nous, délivrent des flots de fiction qui, si elle n’a pas toujours la qualité de celle écrite par les grands auteurs, devrait augmenter chez tous le niveau de compréhension de l’autre. Or je me demande si ce n’est pas l’inverse. La profusion des émotions qui se déversent sur les écrans finit peut-être par nous anesthésier et par lever en nous une défense, une protection contre ce déferlement émotionnel. Mauvais entraînement qui pourrait nous rendre moins sensible à autrui, comme le surentraînement d’un athlète finit par diminuer ses performances.

Mais peut-être que ce que l’on voit est-il différent de ce que l’on imagine. Le roman ne suscite que l’imagination, c'est-à-dire la construction personnelle d’un monde qui nécessite un effort, alors que l’image est reçue de façon passive.

Magritte : « La lectrice soumise »

Voir les commentaires

Rédigé par Dr WO

Publié dans #cinéma, #émotions, #empathie, #fiction, #littérature, #psychologie, #TV

Repost0