Dans le journal américain Science est parue en Octobre 2013 une étude de deux psychologues sur l’influence de la lecture sur la perception sociale, le degré d’empathie et l’intelligence émotionnelle. Les tests ont été effectués immédiatement après la lecture d’extraits d’œuvres littéraires soit de fiction, soit « sérieuses ». Il s’avère, selon cette étude, que seule la fiction (et plus particulièrement celle des auteurs russes du XIXème siècle et des auteurs contemporains les plus prestigieux) renforce temporairement la capacité à imaginer et à comprendre l’état mental d’autrui. L’intelligence émotionnelle étant évaluée par la capacité à deviner les émotions traduites par des yeux photographiés.
La lecture de la littérature de fiction, qui décrit les relations entre individus et les émotions, constituerait donc une sorte d’entraînement pour augmenter le niveau d’empathie et de compréhension des relations sociales. Il est vrai que la lecture d’un livre de comptabilité ne prépare pas à percevoir les émotions d’autrui, sauf si l’on y constate les preuves d’une faillite ou de malversations.
Pourtant je me pose la question : le cinéma et la télévision, dont les images sont regardées de façon quotidienne et par l’immense majorité d’entre nous, délivrent des flots de fiction qui, si elle n’a pas toujours la qualité de celle écrite par les grands auteurs, devrait augmenter chez tous le niveau de compréhension de l’autre. Or je me demande si ce n’est pas l’inverse. La profusion des émotions qui se déversent sur les écrans finit peut-être par nous anesthésier et par lever en nous une défense, une protection contre ce déferlement émotionnel. Mauvais entraînement qui pourrait nous rendre moins sensible à autrui, comme le surentraînement d’un athlète finit par diminuer ses performances.
Mais peut-être que ce que l’on voit est-il différent de ce que l’on imagine. Le roman ne suscite que l’imagination, c'est-à-dire la construction personnelle d’un monde qui nécessite un effort, alors que l’image est reçue de façon passive.
Magritte : « La lectrice soumise »