Dans son discours du 5 décembre 2013, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, a donné quelques exemples de la façon dont parfois le « médiateur » (dénomination idéologique de professeur) aborde la littérature française avec « l’apprenant » (le terme d’élève présuppose un maître ce qui est intolérable dans la perspective d’une lutte des classes où l’enfant doit conquérir son autonomie et ne pas être dominé) : « C’est ainsi que l’on invite les futurs bacheliers non à réfléchir à l’oeuvre de Mme de La Fayette mais à réécrire le récit de la rencontre de la Princesse de Clèves dans le style d’un journaliste people ou encore à reprendre des pages de Proust de manière moderne en supprimant les subordonnées, ou enfin à corriger Apollinaire en remettant les mots du si célèbre Pont Mirabeau dans le bon ordre ».
Faire goûter la beauté des textes et d’en trouver le sens importent peu, il parait plus important de déterminer l’énonciateur et à qui s’dresse l’énonciation, « de quel genre relève ce texte et dans quel registre il se situe ». L’imagination sémantique des cuistres qui président aux destinées de l’éducation nationale n’a pas de limites dans le ridicule et dans la nuisance.
Plutôt que de transmettre les trésors de la littérature française qui se suffisent à eux-mêmes, et pour ne pas ennuyer « l’apprenant » en lui demandant les efforts nécessaires pour acquérir leur connaissance et lui donner le plaisir de la lecture, on l’invite à triturer, à concasser, à broyer, à piler, à écraser les textes littéraires pour en faire une bouillie où les ingrédients disparaissent et le goût avec, comme celle que l’on prépare pour les enfants en bas âge.