Erdogan, estampillé du pléonasme d’islamo-conservateur, est la figure exemplaire du rétropédalage historique. Installé à la tête d’une Turquie qui se voulait moderne depuis la transformation réalisée au forceps par Atatürk qui avait réussi à débarrasser son pays du poids inerte de la religion. Erdogan cherche à redonner à l’islam la place qu’il avait perdu en éliminant les opposants, bien servi en cela par l’échec d’un coup d’Etat foireux, et en passe de remplacer un régime démocratique par une autocratie. Le nouveau sultan insultant au passage des pays européens pour ne pas avoir permis à ses ministres de faire campagne sur leur sol en faveur du vote visant à accroître ses pouvoirs, considérant en quelque sorte les Turcs expatriés comme des enclaves turques en Europe, à défaut de voir son pays au sein même de l’Union européenne. L’insulte absurde proférée contre l’Allemagne et les Pays-Bas étant de les traiter de nazis (à défaut de les traiter de terroristes) et la menace brandie, celle de l’arme d’invasion massive des réfugiés retenus plus ou moins sur le sol de la Turquie au prix des avantages concédés par Angela Merkel.
Après la période coloniale, nombre de pays musulmans ont suivi l’exemple d‘Atatürk en voulant se débarrasser du poids de l’islam, comme l’ont tenté Nasser, Bourguiba ou même Saddam Hussein ou le Shah d’Iran, en prenant la voie du nationalisme plutôt que celle de l’islamisme mais au prix de dictatures parfois sanglantes un peu trop souvent justifiées par le colonialisme passé. A présent, l’influence de l’islamisme va croissant. Un romancier, entre autres, ne subit-il pas une véritable inquisition en Algérie pour la publication sur internet d’une œuvre d’imagination ? Dans ce pays l’islamisme a perdu une bataille mais pas la guerre.
Le rétropédalage historique ne concerne pas seulement les pays musulmans. Toutes les religions qui avaient perdu de leur influence au XXe siècle, reviennent en force jusqu’à discuter les apports de la science comme le montre le succès du créationnisme aux USA. Les avancées sociétales sont aujourd’hui remises en cause dans nombre d’Etats avec Trump, mais aussi en Europe comme le montre l’offensive contre le droit au recours à l’avortement.
En Asie, la Chine redevient l’Empire du Milieu. Poutine s’efforce de retrouver la puissance de l’URSS face au mollusque européen. Les partis dit populistes veulent l’explosion de l’UE, et le rétablissement des nationalismes qui ont ensanglanté l’Europe pendant des siècles. L’Angleterre a montré la voie en sortant de l’UE, sans exclure dans l’avenir la désunion du Royaume Uni revenant ainsi des siècles en arrière.
Bienvenue dans le nouveau monde disloqué d’antan où dominaient les légendes, qui contraste avec le commerce mondialisé, mais contesté par les protectionnistes, et avec la communication planétaire instantanée par internet, mais qui devient autant une arme de désinformation, un vomis de haine anonyme, une diffusion de complots fantaisistes, et un miroir de l'exhibition de soi que le véhicule des connaissances.
Courbet : « Le désespéré »