Des voix s’élèvent de plus en plus contre le sacrifice des jeunes pour sauver des vieux, encore que des moins vieux meurent de la COVID-19. Le Marianne de cette semaine consacre même « la une » à cette question : « Enquête sur l’état de nos enfants, stress, anxiété, idées noires, difficultés d’apprentissage… » et dans son article, Emmanuel Todd propose : « Il faut rembourser les jeunes pour leur sacrifice ». Personne ne conteste que cette pandémie perturbe grandement l’activité habituelle des jeunes, qu’il s’agisse de l’enseignement, de la recherche d’un emploi (déjà difficile en période normale) ou des loisirs, mais la jeunesse actuelle n’est-elle pas atteinte d’une certaine fragilité ? Peut-être parce qu’elle n’a pas connu de véritable épreuve. C’est triste à dire, mais la jeunesse est régulièrement sacrifiée, et au regard de l’Histoire le sacrifice actuel n’est pas des pires. Lors de la Première Guerre mondiale, une bonne partie a été tuée entre deux tranchées, chair à canon, chair amputée ou chair défigurée.
Lors de la Seconde : une partie massacrée en raison de l’incurie des généraux, une autre prisonnière pendant des années, une autre dans les maquis et certains torturés, une autre exterminée dans des camps. Lors de la Guerre d’Algérie : 28 mois de service militaire, et trop souvent la mort dans les Aurès ou des blessures à vie. Alors, ne faut-il pas relativiser ? Illustration Otto Dix : "Flandre"