LE RETOUR DE LA NUIT
Branlant sur leurs membres décharnés
Les morts étonnés revinrent à la vie
Sortis du monde de l’obscurité
Leurs yeux de taupe furent éblouis
Par les lumières qu’ils avaient oubliées
Alors ils fermèrent les yeux
Il n’y avait pas de mots pour traduire leur nuit
Et ils restèrent silencieux
Et quand les mots venaient à leur esprit
Ils mourraient sur leurs langues figées
Ils couvraient l’encre bleue de leur bras
Comme s’ils avaient honte d’avoir été torturés
Ils craignaient que les autres ne les croient pas
Ils restèrent longtemps silencieux
Puis ceux qui trouvèrent les mots pour le dire
Témoignèrent pour les taiseux
Pour ceux qui enterraient leurs souvenirs
Et les revivaient dans l’insomnie
Et d’autres se suicidèrent
Après leur retour à la vie
Brûlant le lambeau de lumière
Qu’ils avaient arraché à la nuit
Paul Obraska
George Grosz « Heureux d’être de retour » 1943
Le dernier dimanche d'avril est la "Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation".