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MEUTES XXIII

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LE RETOUR DE LA NUIT

 

Branlant sur leurs membres décharnés

Les morts étonnés revinrent à la vie

Sortis du monde de l’obscurité

Leurs yeux de taupe furent éblouis

Par les lumières qu’ils avaient oubliées

Alors ils fermèrent les yeux

Il n’y avait pas de mots pour traduire leur nuit

Et ils restèrent silencieux

Et quand les mots venaient à leur esprit

Ils mourraient sur leurs langues figées

Ils couvraient l’encre bleue de leur bras

Comme s’ils avaient honte d’avoir été torturés

Ils craignaient que les autres ne les croient pas

Ils restèrent longtemps silencieux

Puis ceux qui trouvèrent les mots pour le dire

Témoignèrent pour les taiseux

Pour ceux qui enterraient leurs souvenirs

Et les revivaient dans l’insomnie

Et d’autres se suicidèrent

Après leur retour à la vie

Brûlant le lambeau de lumière

Qu’ils avaient arraché à la nuit

 

Paul Obraska         

 

George Grosz « Heureux d’être de retour » 1943

 

Le dernier dimanche d'avril est la "Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation".

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O
La mémoire collective se nourrit des célébrations comme un rappel de vaccination. La mémoire individuelle n'est le plus souvent conservée que chez les victimes (c'est elles qui ont besoin de la résilience). Dr WO
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T
Bonsoir Paul. Vous réduisez mon propos, je ne suis pas d'accord. Vous avez lu et commenté mon poème 'Etoile', vous connaissez donc ma sensibilité. Je ne crois pas aux symboles, aux lieux de mémoire, aux commémorations. On n'est pas meilleur croyant en se prosternant devant un Jésus sur sa croix ; c'est dans le coeur que ça se passe. Je crois à la mémoire collective, à l'hérédité, aux leçons du passé et à l'action dans le présent. Je crois en la résilience. Bien à vous. Tibicine
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O
Les massacres du passé n'ont jamais empêché les massacres à venir. La mémoire n'a malheureusement rien d'utilitaire, mais ce n'est pas une raison pour l'effacer et la considérer comme une sensiblerie. Comment éliminer le sentiment de persécution, puisque celle-ci existe depuis des siècles pour les persécutés. Dr WO
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T
Bonjour Paul. J'ai entendu une femme un jour dire ;_ il n'y a pas de vie 'après'Auswitch mais une vie 'avec' Auswitch. Je crois que tous les hommes et les femmes qui ont vécu la guerre peuvent dire celà. Car si Auswitch fut une machine particulièrement macabre et qui restera un fait historique marquant du XXème siècle, il y a eu tous les autres génocides et les guerres du terrorisme. Si le devoir de mémoire est important pour reconnaitre la douleur de celui qui fut torturé, il est crucial que les peuples du monde protègent les victimes des états dictateurs qui massacrent des gens de leur peuple et tuent leurs enfants pour un bulletin de vote aujourd'hui. La mémoire d'hier doit servir pour aujourd'hui ; sinon ça n'a aucun intérêt et cela donne l'effet inverse ; de la sensiblerie et le sentiment de persécution. Bien à vous. Tibicine
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O
Parce que les rescapés étaient la preuve de la honte de l'humanité et de l'échec de la civilisation. La preuve que quel que soit le degré atteint par un peuple civilisé, il n'était pas à l'abri de la barbarie la plus stupide et de la plus inutile. Le rescapé était le témoin resté vivant de l'abjection de l'homme. DR WO
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C
Beau poème, Doc ! qui décrit une réalité dont on a du mal à apprécier le mécanisme. J'ai entendu récemment dans un reportage sur le procès de Heimann que, même en Israël, pendant longtemps les rescapés des camps de ma mort étaient regardés avec une sorte d'incompréhension mêlée de méfiance.
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O
Oui, bien que la psychanalyse a une démarche inverse : percer le mur de l'oubli. Dr WO
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L
Quel poeme fort en emotion ! Le tableau accompagne superbement bien l'univers imaginé . On oublie pas Doc .Je ne savais pas que cette journée existait Comme vous le dites si bien on enterre les souvenirs trop douloureux cela nous aide à vivre .
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O
Les hommes ont commis beaucoup d'horreurs et en commettent encore, mais l'oubli est aussi une nécessité pour vivre. Dr WO
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J
C'est un très bel hommage. On reconnaît bien là votre sensibilité ... L'horreur ici n'a pas d'adjectif... et quand l'on prend conscience de tout cela, (à condition de le vouloir) on rougit presque et même surement d'oublier tant soit peu, d'oublier même beaucoup... désolée si je vous semble pessimiste....
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O
Ce massacre, ignoble par son ampleur, son organisation industrielle et sans la moindre utilité pour les massacreurs, amplement archivé, restera comme l'évènement historique le plus honteux du XXe siècle et de l'humanité. Dr WO
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S
Qu'en sera-t-il quand les derniers témoins de cette horreur ne seront plus là pour raviver notre mémoire ?
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L
PS - correction ; "l'inimaginable"
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O
Tout cela est vrai et mon poème a tenté de le traduire. Dr WO
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L
Votre poème doc est très beau il rend hommage à ces hommes qui ont vécus l'horreur dans toute sa splendeur, ces hommes comme vous dites qui ont connu l'obscurité la plus sordide qu'il puisse exister, et c'est vrai que certains n'ont pas pu supporter le retour à la lumière, car ils ont retrouvés un monde inconnu pour eux, un monde pas prêt d'accepter de croire qu'il existe des mondes sordides, j'ai lu le livre d'une rescapée des camps qui retranscrit très bien ce sentiment d'être seule au monde en revenant parmi les siens, elle a dit qu'elle était considérée comme une revenante dérangeante par les siens et les autres incapables d'imaginer l'immaginable. Nous devons nous souvenir pour éviter que cela se reproduise.
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O
Beaucoup préfèrent oublier l'histoire et certains aimeraient la contester. Les massacres restent d'actualité. Dr WO
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P
Souvenons-nous! Notre présent l'exige.
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