QUI SAIT ?
Qui sait si un jour vous n’allez pas déplaire ?
Vous ne saurez pas toujours pourquoi
Et que pouvez-vous y faire ?
On ne peut être que soi
Parce que vous êtes l’enfant
De votre père ou de votre mère
Parce que vous êtes noir dans un pays de blancs
Parce que vous êtes blanc dans un pays de noirs
Parce que les autres vous pensent différent
Parce que vous n’avez pas la même histoire
Mais ce n’est pas votre histoire !
Ce sont des histoires de trépassés
Chaque vivant traîne des morts
Comme des racines déterrées
Certains en sont fiers
On se demande pourquoi
On n’est responsable que de soi
Et encore
Vous risquez un jour de déplaire
Parce que vous pensez ce qu’ils ne pensent pas
Parce que vous ne croyez pas ce qu’ils croient
Parce que vous êtes pauvres dans un pays de riches
Parce que vous êtes riches dans un pays de pauvres
On peut vous haïr parce qu’on envie ce que vous êtes
On peut aussi vous haïr pour rien quand on est bête
Mais la haine, l’envie, la bêtise, ce n’est pas rien
On se retrouve dans un camp séparé des siens
On vous achève d’une balle à bout portant
On vous met la tête dans un nœud coulant
On vous tranche les oreilles et les mains
On vous gaze, on vous brûle, on vous enterre
Parfois on vous torture avant
Pour de faux aveux aux vrais assassins
Vous risquez un jour de déplaire
Peut-être même à votre voisin
Même si vous semblez lui plaire
Parce qu’il vous sourit chaque matin
Sera-t-il un jour votre délateur
Ou même votre assassin
Ou au contraire votre sauveur ?
Qui sait ?
Paul Obraska
Francisco Goya : « Le 3 mai 1808 » (1814)