Nous sommes entre deux guerres. Pas encore dans le temps, mais dans l’espace. Entre l’Ukraine et la Palestine, en oubliant des conflits qui se déroulent ailleurs, notamment en Afrique. Il y a des morts qui nous touchent plus que d’autres ou plutôt des morts plus silencieux que d’autres. Les chaînes de télévision, ne parlons pas des réseaux sociaux que je ne fréquente pas, ont du grain à moudre, et les galonnés ont succédé aux blouses blanches sur notre petit écran. Moi, qui suis horriblement stéréotypé, j’avoue être surpris de constater que sur une chaîne d’information comme LCI, ce sont habituellement de jeunes femmes charmantes, à la voix douce, qui expliquent en détail aux téléspectateurs les qualités et les défauts des armes de mort utilisées par les belligérants, la stratégie des armées en présence, cartes à l’appui, anticipant le mouvement des troupes et les erreurs faites par les uns et les autres, en faisant le bilan des tués, des blessés, futurs amputés. Elles exposent doctement les modalités des carnages devant les généraux - masculins – présents sur le plateau, pris à revers et qui n’ont plus qu’à opiner du képi. La douceur féminine n’est plus ce qu’elle était, et on se met à regretter parfois la parité qui amène les femmes à partager avec les hommes ce qu’ils ont de pire. Illustration : Frédéric Font "Femme en noir et blanc'"