On sait que la destinée du poil fait partie des dogmes religieux : raser les cheveux, totalement ou partiellement, ne pas les couper et les couvrir d’un turban ou les cacher par un voile, et bien sûr exhiber les poils du visage, exhibition réservée à l’homme et redoutée par la femme.
La mode est une religion transitoire et fluctuante pour laquelle les fidèles sont prêts à faire des sacrifices, brûlant ce qu’ils ont adoré et adorant ce qu’ils avaient brûlé. En décembre 2009 dans « Pile poil », je m’étais étonné de la mode pour les gens montrant leur bobine, de l’exposer aux yeux de tous avec une barbe de plusieurs jours, un hirsutisme un peu malpropre, souvent constellé de poils blancs qui enlaidissait et vieillissait son porteur, alors que certains d’entre eux avaient facilement recours à la chirurgie esthétique pour maintenir un semblant de jeunesse.
Je pensais que cette mode de la barbe naissante (et non de la barbe constituée) ne durerait pas. Et bien, pas du tout, cette mode persiste et même s’amplifie, recrutant de plus en plus de fidèles qui tiennent à être à la page (alors que l’on aimerait qu’elle soit tournée) et pas seulement en France.
L’ennui est qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une barbe fournie et il est impératif qu’elle le soit. On n’expose pas une moquette avec des trous. Et les chirurgiens esthétiques aux USA commencent à se frotter les mains devant l’engouement des New-Yorkais pour les implants de barbes en particulier par transplantation des cheveux de la nuque. L’un d’entre eux verrait trois à quatre hommes par semaine venus pour « bénéficier » de ce type d’opération, une barbe complète étant facturée la bagatelle de 2 à 8000 dollars ! (c’est moins cher au Moyen-Orient). Certains se feraient même implanter des barbes complètes pour suivre la mode actuelle après les avoir éliminées au laser pour avoir suivi une mode antérieure.