Dans un article paru dans le Point du 15/12/22 Kamel Daoud rappelle qu’« en Russie, les députés ont voté en novembre une loi anti-LGBT qui définit désormais la relation sexuelle traditionnelle, c’est-à-dire encouragée et bénie, au nom de la nation et de ses « valeurs ». Ce qui amène l’auteur à penser que la guerre froide avec la Russie est passée de l’idéologie à celle du sexe. A l’époque du mur de Berlin, si les modalités de l’obtention de l’orgasme étaient tout à fait secondaires, on peut dire aujourd’hui que la libido est devenue une affaire mondiale (comme on l’a vu lors de cette coupe du monde de football). « Le mur de Berlin trace désormais sa ligne sur les corps et selon la définition politique de la liberté sexuelle qui prévaut de chaque côté du mur ». Cette liberté étant considérée par les autocraties comme une marque de décadence.
Bien sûr, les pays musulmans sont du même côté que la Russie puisque dans ceux-ci « l’homosexualité est un crime, autrefois puni par la défenestration, aujourd’hui par la peine de mort et de prison »… « La sexualité devient dès lors un enjeu du nationalisme, et les frontières du monde se redessinent selon la nature redéfinie de l’orgasme, ses libertés et ses interdits. La nation se constitue d’abord par sa manière de faire l’amour ou de l’interdire ». Le puritanisme dans les pays arabes a tout de même ses paradoxes car « le viol conjugal, le viol, les mariages précoces sont une norme dite « culturelle », dessinant ce qu’est désormais le goulag derrière le rideau. ».
Je pense que la libido n’est qu’un des marqueurs qui séparent les sociétés où règne l’oppression religieuse ou idéologique des sociétés attachées à la liberté et à la tolérance même si celle-ci n’est pas acceptée par tous ses membres. Remarquons que si les pays occidentaux ont permis de jouir de son corps selon ses choix, on y observe un nouveau puritanisme qui touche cette fois l’hétérosexualité où l’on recherche et pourchasse tout ce qui pourrait ressembler à une agression sexuelle ou ressentie comme telle. D’un côté de la frontière on peut permettre une hétérosexualité débridée jusqu’au crime en brimant l’homosexualité jusqu’à la mort, de l’autre côté on lutte contre l’homophobie en canalisant l’hétérosexualité jusqu’à la culpabilité.
Illustration : Gustave Courbet "Sommeil"