Traditionnellement, à la fin de l'année, un jury se réunit pour décerner le grand prix de l'humour politique. Et le vainqueur 2022 est …Fabien Roussel. Le patron du PCF est en effet l'auteur de cette phrase drolatique : « La station essence est le seul endroit en France où celui qui tient le pistolet est aussi celui qui se fait braquer. » Bien trouvé !
Mais sans vouloir du tout être désobligeant vis-à-vis de Fabien Roussel qui reste un concurrent méritant, on doit constater qu'il y a plus comique que lui : deux candidats tout à fait exceptionnels – mais dont la prestation désopilante est, hélas, intervenue trop tard pour pouvoir candidater au prix de l'humour politique.
On a nommé d'abord Anne Hidalgo : une vraie surprise, car l’humour n’est pas sa spécialité. À la vérité, ce n'est pas une de ses phrases qui mérite d'être saluée, mais l'intégralité de son sketch. Elle se produisait à Bruxelles, devant le frère du maire de Kiev, dans le cadre d'une réunion consacrée à la reconstruction de la capitale ukrainienne. Hilarant ! D'abord son anglais, dont elle s'appliquait, probablement, à le rendre caricatural. Mais surtout ses conseils pour Kiev : il fallait à la capitale un plan vélo et des pistes cyclables. Comme à Paris. Paris prend modèle sur Copenhague, Kiev doit prendre modèle sur Paris et Paris – quelle chance ! – l'y aidera.
Le vélo, c'est bien. Les habitants de Kiev auraient bien tort de n'y pas assez penser, tout occupés qu'ils sont à éviter les missiles russes et de slalomer entre les ruines. Le vélo ! Que la maire de Paris, en outre ex-candidate à l'élection présidentielle, ait pu, pince-sans-rire, aller jusqu'au bout de sa prestation de chansonnière sans pouffer est tout à fait remarquable. Plein de sensibilité, en outre Anne Hidalgo sait à qui elle parle : à un pays dont le président en guerre fut en d'autres temps un humoriste. D'où cette diplomatie de l'humour dans laquelle Anne Hidalgo excelle. Sa reconversion est toute trouvée.
Humour absurde
Second nominé, Jean-Luc Mélenchon. Lui aussi reste grave dans son one-man-show. Il ne sourit pas, un peu comme Raymond Devos qui déclamait sérieusement des absurdités. Mélenchon, ce sont des énormités. Trop drôle ! Lui qui plaide pour une VIe République vertueuse, qui ne serait ni monarchique ni verticale, gouverne son parti comme un autocrate vétilleux, adepte de purges et ne détestant pas le népotisme jusqu'à nommer Sophia Chikirou, une amie intime, dans les instances dirigeantes. Lui, chantre d'une refondation démocratique, nomme à la tête de La France insoumise un de ses fidèles favoris Manuel Bompard, qui se flatte de ne pas faire du vote l’alpha et l’oméga de la démocratie.
Tout ça ne peut être qu'une grosse blague, n'est-ce pas ? Qu'on ne croit surtout pas que le chef, l'inspirateur, la conscience de la Nupes, principal rassemblement de l'opposition parlementaire, parle sérieusement. Il nous amuse, il nous balade. Les trotskistes sont bien connus pour leur sens de l'humour.
Trop drôle encore sa réplique aux Clémentine Autain, François Ruffin, Eric Coquerel ou Raquel Garrido, tous membres de La France insoumise qui contestent ses méthodes et leur exclusion : « Les anciens ont des difficultés d'admettre les nouveaux et l'angoisse de perdre de la lumière médiatique à leur profit. » C'est tout lui, ça, de faire à d'autres le procès qu'il mérite plus que quiconque, incapable qu'il est de décrocher en vieil acteur jaloux. Prière d'y voir un humour énooooorme.
Que Fabien Roussel nous pardonne, mais sa petite phrase est bien gentillette par rapport au lourd que balancent ses deux challengers. Elle garde, certes, un gros mérite : déclencher le rire spontanément quand les autres commencent par faire peur.