Les gens qui parlent au nom du peuple me font immanquablement penser à ceux qui parlent au nom de Dieu. Sans doute parce qu’ils sont le plus souvent aussi dangereux les uns que les autres.
Bien sûr, si l’on n’a jamais démontré que Dieu existe ou n’existe pas, le peuple, lui, existe bel et bien. Mais c’est une nébuleuse dont la composition et les limites sont floues et variables, si bien que celui qui parle en son nom a toujours l’opportunité de les fixer selon ses intérêts et en représente en général qu’une fraction, celle qui approuve son action, et qui n’est pas forcément majoritaire.
Je n’ai évidemment pas la prétention de définir ce qu’est le peuple, d’autant plus que ce terme a des significations multiples. A partir des définitions du Petit Robert, on pourrait entendre par peuple, dans le sens qui nous intéresse, la partie de la population la moins fortunée et la moins cultivée mais en plus grand nombre par opposition aux élites, dont les classes dirigeantes, qui seraient aisées et détentrices des connaissances. Cette opposition schématique néglige les classes moyennes qui amènent tous les intermédiaires entre les deux groupes. Si l’on peut admettre que le peuple ne roule pas sur l’or, il est par contre très courant de trouver des gens pauvres de grande culture, Spinoza en est un exemple. Si la fortune peut aider à acquérir plus facilement les connaissances, ce n’est heureusement pas un privilège de la fortune qui peut même rendre idiot et être tout à fait compatible avec l’inculture.
J’ai entendu une définition un peu simpliste de Michel Onfray lors de son passage à une émission TV, le peuple, disait-il, est celui qui subit le pouvoir. Selon cette définition on pourrait en conclure que les aristocrates qui subirent le pouvoir tranchant des révolutionnaires pendant la Terreur était en fait le peuple.
Alors quand quelqu’un dit : « je parle au nom du peuple », on peut lui poser la question : « d’où tu parles ? ». Mais certains pour ne pas répondre à cette question aussi indiscrète que difficile déclare d’emblée : « nous sommes le peuple ». Et nous voilà le bec cloué.