Sur ce blog j’ai été amené à critiquer les prestations médiatiques du Pr Raoult : 324, 315, 312, 311. L’excès s’est exprimé dans l’interview qu’il a accordé à Pujadas pour LCI par cette déclaration inouïe dans la bouche d’un médecin dans l’exercice de son métier : "Le HCSP (Haut conseil de santé publique), c’est une opinion comme une autre, je m’en fiche un peu", "Vous voulez faire un sondage entre Véran et moi pour voir qui [les gens] croient ? ». S’il a raison de dire qu’une déclaration du HCSP est une opinion comme une autre, par contre, évoquer la possibilité d’un sondage pour établir une vérité médicale, en parlant de croyance, est plutôt déconcertant, et du même niveau que le sondage improbable où les Français interrogés ont été une majorité à penser que la chloroquine était efficace sur la covid-19. Comment un médecin du niveau de Raoult a-t-il pu proférer une telle ânerie digne d’une émission de téléréalité ?
Je continue à penser que l’attitude médiatique de Raoult a eu et a toujours des conséquences fâcheuses, mais cet excès médiatique n’implique aucunement que le protocole qu’il a suivi pour le traitement de la covid-19 n’est pas valable. Il l’est en théorie, mais les preuves manquent pour affirmer une éventuelle efficacité sur les malades.
L’étude du Lancet, massive, mais du type observationnelle, n’a pas permis de la démontrer, mais soulève nettement la possibilité d’une nocivité. Cependant, les auteurs de l’étude eux-mêmes sont prudents et ne cachent pas les biais possibles de leur étude.
Comme il fallait s’y attendre, nous assistons au phénomène du balancier, et voilà la chloroquine et ses dérivés interdits pour le traitement de la covid-19 par toutes les instances. L’OMS demande de suspendre les essais sur la chloroquine qu’elle parrainait dans la crainte de cet effet nocif. C’est dommage pour la vérité, mais comment faire autrement sur le plan éthique ?
Pour ma part, si les recommandations sont nécessaires, je suis contre l’interdiction faite aux médecins de prescrire, surtout dans une situation de controverse. La Nivaquine et le Plaquenil sont largement prescrits dans d’autres indications, ses effets secondaires possibles sont parfaitement connus, comme le sont les précautions à prendre, et la surveillance à assurer.
On prend encore une fois les médecins pour des idiots. Laissons-les prescrire en leur âme et conscience, ils ont été formés pour ça, ils ont le souci de respecter l’intérêt de leurs patients, comme de prendre leurs responsabilités, parfois à leurs dépens. Que l’on ne leur force pas la main dans des situations incertaines, que ce soit de la part de l’Etat ou de la part des patients qui ont de plus en plus tendance à exiger une prescription prônée sur internet ou médiatisée par un médecin.