Hier, dans ma rue, à 20 heures, il y avait moins de monde aux fenêtres pour applaudir les soignants. Sans doute en raison du dé-confinement qui semble siffler prématurément la fin de la partie, et d’un certain calme revenu dans les services hospitaliers consacrés à l’épidémie. Ce cérémonial inédit et sympathique a permis à des voisins inconnus de se faire signe à travers la rue pendant les quelques minutes que dure cette cérémonie de reconnaissance, parfois ponctuée de bruits de casserole et d’une envolée de trompette. J’y participe modestement en ayant l’impression de m’applaudir en applaudissant les soignants, même si je n’en fais plus vraiment partie.
Cet hommage est d’autant plus sincère qu’il est lointain.
Les médias ont rapporté à plusieurs reprises la volonté de chasser des infirmières qui voulaient emménager dans des locaux plus près de leur travail, les copropriétaires ou colocataires craignant qu’elles emménagent avec elles le virus du covid-19 récolté à l’hôpital où elles couraient le risque d’en être atteintes.
A présent, ce sont leurs enfants, que l’on mettait déjà à la garderie pour permettre à leurs mères de soigner les autres, et dont l’accès dans certaines écoles (notamment à Toulon et Toulouse) a été refusé (ou en étant privés de récréation) depuis la reprise scolaire par crainte, là aussi, qu’ils puissent transporter avec eux le virus éventuellement acquis par un parent au chevet de ceux qui en mourraient. Les familles ont reçu un courrier précisant : « les enfants dont les parents ont une profession prioritaire ne pourront pas intégrer leur classe habituelle » et « ne pourront pas prendre leur récréation en commun ».
Des enfants que l’on traite ainsi comme des pestiférés. A Toulouse, en effet, le rectorat a préconisé que « les enfants des personnels soignants » restent « sur les écoles spécifiquement dédiées à leur accueil afin de ne pas occasionner un brassage d’enfants qui ne serait pas en accord avec les conditions sanitaires requises ». Mais ils peuvent se consoler car l’un de leurs parents, au moins, est applaudi chaque soir à 20 heures après le bulletin de guerre. Solidaires ma non troppo.