C’est en 1677 que le Hollandais Johan Hamm ou son compatriote Antoine Van Leeuwenhoek découvrit les spermatozoïdes alors qu’ils étaient à portée de main depuis la nuit des temps. A l’époque, certains, les « spermatistes », pensèrent que les spermatozoïdes étaient des êtres entièrement formés, de sexe soit masculin soit féminin et devant leur profusion se sont même demandé si le sperme d’Adam ne contenait pas déjà toute l’Humanité à venir. « Voilà donc toute la fécondité qui avait été attribuée aux femelles rendues aux mâles ». (Moreau de Maupertuis cité par Kûss et Grégoir, Histoire illustrée de l’urologie).
De Graaf qui, à la même époque, toujours aux Pays-Bas, découvrit le follicule ovarien, donna au contraire, avec les « ovistes », la priorité à l’ovule et un rôle secondaire au spermatozoïde. La vérité est, comme toujours, à la jonction des deux.
Mais sans aller jusqu’au machisme des « spermaticistes », à la question enfantine : comment on fait les bébés ? La réponse va souvent dans le même sens quand les parents expliquent la fécondation à leur rejeton curieux comme l’introduction active de la « petite graine » paternelle dans le ventre maternel ainsi passivement fécondé. Récit soutenu par la biologie habituellement enseignée qui décrit, en somme, une course effrénée et concurrentielle des spermatozoïdes pour atteindre l’ovule confortablement installé dans une trompe (« la belle endormie » ou « femme au foyer » pour les féministes) attendant que l’un d’eux (« le preux chevalier ») réussisse à perforer son enveloppe pour apporter son lot complémentaire et indispensable de chromosomes, en calquant ainsi sur le coït la pénétration d’un gamète féminin par un gamète masculin.
Des biologistes, notamment féminines, s’élève contre cette présentation de la fécondation qui leur semble obéir à des stéréotypes (voir l’article de Slate) : une présentation où l’élément mâle domine par sa mobilité et son agressivité. Ces biologistes se rangent ainsi du côté de de Graaf et des « ovistes », dans la querelle du XVIIème siècle. Non sans quelques arguments, les deux gamètes s’accrochent en fait l’un à l’autre dans une alliance féconde par l’encastrement de protéines à géométrie complémentaire situées à la surface de leur membrane.
« La petite graine » aurait dans ce cas du souci à se faire quant à son prestige : ce ne serait pas elle qui pénètrerait de force dans l’ovule grâce à son énergie et à sa tête aussi chercheuse que perforatrice, mais c’est l’ovule qui la boufferait après l’avoir attirée dans ses filets. Une conception qui devrait plaire aux féministes.